Jean Taragnat, né le 8 avril 1816 à Yssac-la-Tourette, mort le 27 janvier 1878 à Nouméa, est un missionnaire, chercheur d'or, entrepreneur et propriétaire foncier de Nouvelle-Calédonie.
Jean Taragnat naît le 8 avril 1816 dans le village auvergnat d'Yssac-la-Tourette, dans une famille de maçons depuis plusieurs générations, profession qu'il adopte également.
En mars 1842, en compagnie de deux autres garçons du village, dont Blaise Marmoiton, et du curé, Guillaume Douarre, il rejoint à Lyon les frères maristes. Tous s'embarquent pour la Nouvelle-Calédonie à bord du Bucéphale, qui les dépose à Balade, sur la côte nord-est, de la Grande Terre, le 21 décembre 1844. Ils célèbrent leur première messe le 25 décembre, jour de Noël, et commencent les travaux de construction des bâtiments de la mission, dans lesquels Jean Taragnat joue un rôle majeur.
En 1846, il contracte une hernie suffisamment grave pour devoir se rendre à Sydney voir un médecin. Pendant son absence, en juillet 1847, la mission est attaquée par les tribus voisines et Blaise Marmoton tué. Les missionnaires se replient d'abord à Anatom (Vanuatu), où les rejoint Jean Taragnat jusqu'à août 1848, puis sur l'Île des Pins, et retournent à Balade en 1851,.
Atteint de fièvres contractées à Anatom, Jean Taragnat se joint comme interprète à l'équipage de l'Alcmène, navire chargé fin 1850, sous le commandement de Jean d'Harcourt, de cartographier avec précision le nord-est de la Nouvelle-Calédonie. Il contribue à sauver les quelques survivants du massacre par les tribus kanaks d'un canot de l'expédition sur l'île Yenghebane.
Cependant, suite semble-t-il à des conflits internes, Jean Taragnat demande à être relevé de ses vœux religieux, et quitte la Nouvelle-Calédonie pour l'Australie fin janvier 1852. Avec un autre frère défroqué, il séjourne à Melbourne, puis se rend aux mines d'or de Bendigo, où ils amassent « un joli pécule. » Jean Taragnat l'utilise pour créer une société de construction d'infrastructures minières grâce à laquelle il s'enrichit. Formellement relevé de ses vœux début 1854, il se marie le 20 juin avec Jeanne-Marie Gouge, française du Grand-Abergement, dans l'Ain, tout juste arrivée en Australie.
Naturalisé australien en juillet 1855, Jean Taragnat achète des terrains et s'établit entrepreneur en bâtiment à Sydney. Parents d'une fille née en décembre 1859, après avoir perdu un garçon, le couple Taragnat quitte l'Australie, « à la tête d'une petite fortune », pour s'établir à Nouméa au printemps 1860. Une entreprise de bâtiment prospère est créée, qui permet à Jean Taragnat de ne cesser d'acheter des terrains, en particulier dans la Vallée des Colons. Une deuxième fille naît en juin 1862. En 1867, il est nommé assesseur au Tribunal de Commerce et, en 1869, achète une briqueterie.
En 1872, la famille Taragnat s'embarque pour la France afin de s'installer à Clermont-Ferrand, mais le retour à Nouméa est rapide.
Jean Taragnat meurt de fièvre typhoïde le 27 janvier 1878. On liquide son outillage « au meilleur marché possible. » Sa famille fait construire le Château Hagen, dont une légende dit qu'il aurait dessiné les plans.
« Jean Taragnat, ils ne pouvaient se passer de toi, tu savais tout faire, tant de choses, construire une porcherie, fabriquer une table avec des rondins, des chaises avec quelques planches récupérées sur le bateau qui vous a déposés, toi et les trois maristes sur la côte de Mahamat, tu as su apprendre et comprendre aussi ces hommes improbables, surgis devant vous en ce milieu du XIXe siècle, loin de chez toi. Et ce chez toi, en Auvergne, qui ne t’était en fin de compte pas grand chose, lorsqu’on est quasi orphelin, enfant, nul lieu n’a d’importance. Après l’Australie et l’espoir de l’or, déçu, Nouméa, le commerce, le retour vers Hienghène, l’Alcmène, histoire terrible dont tu revins meurtri, mais content d’avoir pu sauver quelques vies. Quelques mois, une année entière à la mairie, puis la maison, jamais terminée à l’image exacte d’un rêve entrevu dans ton esprit ! Quand l’as-tu eu, ce rêve ?
Au moment du départ, en pleine mer, une fois à terre, ou bien lorsque ton mentor t’a laissé la bride sur le cou ?
Et ce rêve, celui de tous ceux qui t’ont suivi, quel est-il ? »
— Nicolas Kurtovitch, Les Heures italiques