John Vanderpant

John Vanderpant
Portrait de Vera (Olivia) Weatherbie par John Vanderpant (1930)
Biographie
Naissance

Alkmaar (Pays-Bas)
Décès
(à 55 ans)
Vancouver (Colombie-Britannique)
Nom de naissance
Jan van der Pant
Nationalité
Canadien d’origine néerlandaise
Formation
Activités
Conjoint
Catharina over de Linden (1911)

John Vanderpant, né le à Alkmaar aux Pays-Bas et mort le à Vancouver en Colombie-Britannique, est un photographe canadien d’origine néerlandaise, ami des arts et auteur. Portraitiste reconnu pour ses effets de lumière et poses originales, il est l’un des principaux membres du mouvement moderniste de l’époque au Canada. Il joue également un rôle de catalyseur dans la communauté artistique de Vancouver en faisant reconnaitre la photographie comme un art à part entière grâce à sa galerie d’art et aux nombreuses conférences qu’il donne à travers le pays.

Jeunesse et formation

Né le 11 janvier 1884 à Alkmaar (Pays-Bas), Jan van der Pant est le fils ainé de Jan van der Pant, marchand de tabac et importateur, et de Catharina over de Linden. Destiné à prendre la succession de son père, il travaille quelque temps dans l’entreprise familiale avant de commencer ses études universitaires en 1905 à l’Université d’Amsterdam, puis à celle de Leyde jusqu’en 1912. Étudiant en littérature, il commence à écrire de la poésie et publie de 1907 à 1910 ses poèmes dans des revues littéraires néerlandaises en plus d’écrire un livre, Verzen (Vers), paru à Haarlem en 1908. En janvier de la même année, le journal Nederland in riip publie sa première photo, un paysage hivernal. Suivra la publication d’une nouvelle, Haar verdriet (Son chagrin). En 1910, alors qu’il étudie toujours à Leyde, il commence à travailler comme photojournaliste pour le magazine Op de Hoogte (Au courant) même s’il n’a pas de formation en photographie. Il continuera avec des articles illustrés de photos sur l’Italie, le Portugal, les Pays-Bas et le Canada.

Immigration au Canada

“A fan of grasses”, photo de Jan van der Pant (Bibliothèque universitaire de Leyde)

Séduit par la beauté des paysages autant que par les avantages que présentait le Canada pour les agriculteurs néerlandais, il y immigra avec sa nouvelle épouse en 1911. D’abord établi à Okotoks (Alberta), il y ouvrit un studio de photo tout en continuant à publier des articles illustrés dans des journaux et revues des Pays-Bas, travaillant même provisoirement pour le gouvernement canadien en 1912 pour encourager l’immigration en provenance de ce pays. En 1916 il ouvrit un nouveau studio à Fort Macleod (Alberta), lequel sera suivi d’un troisième à Pincher Creek (Alberta). C’est pendant cette période qu’il adopta la version anglaise de son nom et sera dorénavant connu comme John Vanderpant.


Photographe en Colombie-Britannique

Window Patterns (décennies 1920-1930) (Collection du Art Gallery of Ontario)

La petite ville d’Okotoks offrant peu de possibilité d’expansion pour un photographe, le couple déménagea en 1919 à New Westminster en Colombie-Britannique où John ouvrit un nouvel atelier, le Columbia Studio, où il se distingua de ses concurrents grâce à son approche pictorialiste différente de celle à la mode et jouant sur des effets d’ombre et de lumière, sur les textures et la composition pour créer ce qu’il appelait des images vivantes, mises en valeur par un tirage au bromure d’argent, le tout donnant des portraits riches et évocateurs,. Bientôt, de nombreux artistes voulurent se faire photographier par lui; sa photo de l’écrivain et philosophe indien Rabindranath Tagore, prise en 1929, devait établir sa réputation .

En 1921, Vanderpant fit la connaissance du photographe Harry Upperton Knight. Sous son influence il introduisit des effets de peinture dans ses photographies de paysages et objets usuels qu’il présenta dans des expositions locales aussi bien que dans des salons internationaux. Bientôt ses photographies furent reproduites dans de nombreuses revues en Europe et en Amérique et furent récompensées par nombre de prix et médailles. En 1922, Vanderpant fut le seul Canadien à participer à l’exposition de la Royal Photographic Society de Grande-Bretagne dont il fut élu membre en 1926. Deux ans plus tard, sa photo Window Pattern fut achetée par un musée d’art de San Francisco pour sa collection permanente ,.

En 1926, il devait s’associer à Harold Mortimer-Lamb, journaliste, ingénieur et photographe, connu pour sa promotion du Groupe des Sept, et ouvrir le 26 mars 1928 la galerie d’art Vanderpant Galleries au 1216 Robson Street de Vancouver (Colombie-Britannique), à la fois salle d’exposition et centre de rencontre pour la musique et la poésie où l’on pouvait entendre de la musique enregistrée grâce au gramophone Columbia de Vanderpant. Ce partenariat ne devait durer qu’une année, des différents financiers et artistiques étant survenus entre les deux hommes, mais la galerie continua à accueillir les rencontres de la Vancouver Poetry Society. Des peintres comme Emily Carr, A.Y. Jackson, Jock Macdonald, Max Maynard, Frederick Varley et W.P. Weston y présentèrent leurs œuvres pendant que les étudiants de la Vancouver School of Decorative and Applied Arts, du BC College of Arts et de la faculté de musique de l’Université de Colombie-Britannique s’y rencontraient. En 1931, la galerie présenta ce qui fut probablement la première exposition d’œuvres des photographes Imogen Cunningham et Edward Weston au Canada ,.

Entretemps, Vanderpant continuait sa carrière photographique, mais, désillusionné par les salons, cessa d’y participer. Sans rejeter le pictorialisme de ses débuts, son style, souvent motivé par des considérations spirituelles, s’orienta à partir de 1926 vers le modernisme. Ses photographies prennent la forme d’une interprétation de plus en plus abstraite d’objets naturels : gros plans de fruits, de fleurs, de légumes, voire de cols de chemise de lin. L’exposition individuelle qu’il tiendra à la Vancouver Art Gallery quelques années plus tard (1932) affirmera sa fascination pour la beauté d’objets courants comme du papier d’emballage, des ampoules électriques, des piles de vaisselle ou de livres, voire même des blocs de bois. Néanmoins, après qu’un critique eut affirmé en 1925 que son travail ne reflétait pas « l’esprit canadien », il se mit à photographier les élévateurs à grain des Prairies,. Ses photographies prenaient en même temps un caractère de plus en plus moderniste et expérimental comme celle du Temple of Today (vers 1934), illustrant précisément un élévateur à grain.

En 1930, sous contrat de la Canadian Pacific Railways, il traversa le Canada de Vancouver à Québec pour la prochaine célébration du jubilé d’or du chemin de fer du Pacifique. Les quelque 1000 photos qu’il en rapporta, centrées sur l’architecture, contribuèrent à souligner le caractère industriel, novateur et moderne du pays,.

Pendant ces années, Vanderpant s’employa également à faire connaitre les artistes canadiens et à faire reconnaitre la photographie comme un art en soi. Dès 1920, il lança le premier New Westminster Photographic Salon qui sera suivi, trois ans plus tard, par le New Westminster International Salon of Pictorial Photography qui seront les seuls salons internationaux tenus dans l’Ouest du pays pendant la décennie 1920. À partir de 1924 il commença à donner des conférences sur la photographie dans des clubs au Canada et à l’étranger, défendant les mouvements modernistes que ce soit en photographie, en architecture, en musique, littérature ou poésie. En 1935, sous les auspices de la Galerie nationale (aujourd’hui Musée des beaux-arts du Canada), il entreprit une série de conférences à travers le pays sur la photographie qui sera suivie deux ans plus tard par une autre série de conférences à Edmonton, Calgary et Lethbridge patronnée par l’Université d’Alberta.

La grande Dépression du début des années 1930, joint à une santé chancelante, devait s’avérer désastreuse pour Vanderpant qui dut en 1934 vendre la maison qu’il avait fait construire quatre ans auparavant. Plusieurs artistes comme Frederick Varley et Philip Henry Surrey quittèrent alors Vancouver, accentuant son sentiment d’isolement. Atteint d’un cancer au poumon, il devait s’éteindre le 24 juillet 1939 à l’âge de 55 ans.

Son œuvre fut pratiquement oubliée après sa mort. Ce n’est qu’en 1976 qu’une rétrospective organisée par le Musée des beaux-arts du Canada fera reconnaitre la contribution qu’il avait apportée au développement de la photographie au Canada.

Œuvre

Three Sisters (Trois soeurs), par John Vanderpant (décennies 1920-1930) (Collection de la Art Gallery of Ontario).

Inspiré au départ par l’école pictorialiste, Vanderpant sera influencé au cours des ans par les photographes Alvin Langdon Coburn (1882-1966), Edward Steichen (1879-1973) et Clarence Hudson White (1871-1925), tous trois ayant appartenu à leurs débuts à cette école. Au cours des ans, il développa toutefois un style plus personnel. Armé d’une caméra Ansco équipée d’une lentille f/6,3, il s’efforça de donner à ses photographies une impression de peinture. Ses gros plans hors contexte, des angles inhabituels photographiés dans des tons doux et des éclairages dramatiques étaient retravaillés au montage en rognant ou agrandissant les images et en les retouchant pour « mettre ses idées en lumière », leur donnant souvent une connotation spirituelle soulignant la beauté plastique d’objets ordinaires. Celles-ci furent reproduites dans de nombreuses revues tant en Europe qu’en Amérique.

Grand ami des arts, Vanderpant appartenait à la fois à la British Columbia Art League, à la Arts and Letters Club de Vancouver et à la Vancouver Poetry Society. Ses conférences dans les clubs de photos à une époque où n’existait pas encore de revue de photographie influencèrent nombre de jeunes artistes aussi bien peintres, comme Emily Carr, Charles Hepburn Scott et Max Singleton Maynard, que photographes comme Anton Joseph Helders et possiblement Yousuf Karsh.

Expositions

Honneurs et récompenses

Dans les collections publiques

Famille

Jan van der Pant devait épouser à Haarlem Catharina over de Linden (décédée en 1955) le 6 juillet 1911. Appartenant à l’Église de la Science, ses croyances religieuses influenceront l’œuvre de son mari. Le couple aura trois enfants : Anna (1913), John (1915) et Catharina (1917).

Notes et références

Notes

  1. ↑ Mouvement esthétique s’opposant au courant documentaire, et fondé sur l’idée que l'art photographique doit simuler la peinture et l'eau-forte, privilégiant l'intervention humaine dans la création photographique. Il atteignit son apogée dans la décennie 1890 avant de s'effacer progressivement après la Première Guerre mondiale.
  2. ↑ Mouvement artistique et culturel des débuts du XXe siècle qui a marqué pratiquement toutes les formes d’art. Il est caractérisé par une recherche d’innovation et de rupture avec les conventions établies, valorisant l'expérimentation formelle, l’abstraction et la subjectivité.

Références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 Sheryl Salloum, « Vanderpant, John (Jan van der Pant) », sur Dictionnaire biographique du Canada, (consulté le )
  2. 1 2 3 4 Bassnett & Parsons 2023, p. John Vanderpant.
  3. 1 2 Joan M. Schwartz, « Vanderpant, John », sur The Canadian Encyclopedia, (consulté le )
  4. ↑ Vanderpant, John, écrit non publié cité dans « Underlying Vibrations » de S. Salloum, p. 51.
  5. ↑ (en) Rosemary Donegan, Industrial Images, Hamilton, Art Gallery of Hamilton, , p. 96
  6. 1 2 3 4 5 6 (en) MacDonald, Colin, « John Vanderpant », sur National Gallery of Canada / Musée des beaux-arts du Canada., (consulté le )
  7. ↑ « John Vanderpant », sur Musée des beaux-arts du Canda, (consulté le )
  8. ↑ (en) « Malcolmson Collection: Works by John Vanderpant », sur Art Gallery of Ontario, (consulté le )

Bibliographie

Sur la photographie au Canada

Sur John Vanderpant

Voir aussi

Articles connexes

Liens externes