| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom de naissance |
Joseph-Aimé Péladan |
| Pseudonymes |
Sar Péladan, Sar Mérodack, Peladan |
| Nationalité | |
| Activités | |
| Père |
Adrien Péladan (d) |
| Fratrie |
Adrien Péladan (d) |
| Distinctions |
|---|
Joseph-Aimé Péladan, dit le Sar Mérodack Joséphin Peladan, né à Lyon le , et mort à Neuilly-sur-Seine le , est un écrivain et critique d'art français.
Issu d'une famille de cultivateurs et de commerçants, Joseph-Aimé Péladan, qui se donnera plus tard le prénom de Joséphin, est le fils de Louis-Adrien Péladan, journaliste à La France littéraire, fondateur de La Semaine religieuse et de Joséphine Vaquier. Son frère aîné, Adrien, né en 1844, futur médecin et érudit, l'instruit très tôt de toutes sortes de connaissances et, dès l'enfance, il réside à Lyon, à Avignon puis à Nîmes. Il manifeste un esprit indépendant qui lui vaut d'être renvoyé du lycée pour avoir traité un professeur d'athée, puis du petit séminaire de Nîmes.
Il entre comme employé au crédit Faillelle à Paris. Il voyage à Rome et à Florence où il se prend de passion pour le Quattrocento et pour Léonard de Vinci. De retour à Paris, il publie une nouvelle, Le Chemin de Damas, et entre à L’Artiste d'Arsène Houssaye, où il rédige des critiques d'art.
En 1884, il rencontre Léon Bloy et Paul Bourget, et enthousiasme Jules Barbey d'Aurevilly qui préface son roman, Le Vice suprême en 1884. Ce livre, premier volume du cycle romanesque La Décadence latine : éthopée qui en comptera 21, empreint de romantisme, met en scène des héros d'envergure supérieure, en prenant résolument le contre-pied du naturalisme de Zola, « ce pourceau qui est en même temps un âne ». Ce premier roman lui apporte une célébrité immédiate à 26 ans. Il passe deux jours en prison pour avoir négligé de régulariser sa situation militaire et publie un très grand nombre de romans, toujours ornés de frontispices d'artistes, dont Curieuse! en 1886, L'Initiation sentimentale en 1887, À cœur perdu en 1887, Istar en 1888, La Victoire du mari en 1889, etc. Il se pare du titre de « Sar » et du prénom babylonien « Mérodack ».
Les circonstances de la mort de Jules Barbey d'Aurevilly suscitent de violentes attaques entre ses deux disciples Péladan et Bloy. La crise éclate en , lorsque Mme de Bouglon apprend que le « secrétaire » de Barbey est en réalité une femme - Louise Read. Dès lors se dessinent deux partis qui s’affrontent pour la succession de l’écrivain : celui de Bouglon, soutenu par Péladan, et celui de Louise Read, soutenu par Léon Bloy. Pour Joséphin Péladan, Léon Bloy et Louise Read auraient laissé mourir Barbey d'Aurevilly sans l'assistance d'un prêtre. Un procès retentissant fut intenté par Péladan à l’encontre de Léon Bloy et de Léon Deschamps, rédacteur en chef de la revue La Plume. Louise Read sera instituée légataire universelle dès .


C'est à son frère Adrien (1844-1885), l'un des premiers homéopathes français, que Joséphin Péladan devrait son entrée dans une branche toulousaine de la Rose-Croix.
En 1888, Péladan fonde avec Stanislas de Guaita l'Ordre de la Rose-Croix kabbalistique qui accueille aussi Papus et Charles Barlet.
L'artiste devient alors le mage et l'intercesseur qui permet au commun des mortels d'effleurer la réalité supérieure. Il se sépare du groupe en 1891 pour fonder un événement artistique et spiritualiste, regroupant les artistes et les intellectuels autour de l'Ordre de la Rose-Croix catholique et esthétique du Temple et du Graal. Il compose la formule « Ad Rosam per Crucem ad Crucem per Rosam, in ea in eis gemmatus resurgam - Non nobis non nobis Domine, sed nominis tui gloria soli, Amen », qui reprend une devise templière (Comment on devient mage, 1892).
S'inventant des origines chaldéennes, qui le rendent descendant des prophètes, il rassemble un groupe d'artistes français et belges et l'année suivante, organise le premier des Salons de la Rose-Croix, du au , à la galerie Durand-Ruel : « Ce jour, l'Idéal eut son temple et ses chevaliers, et nous, Macchabées du Beau, nous allâmes apporter à Notre-Dame, aux pieds de notre Suzerain Jésus, l'hommage du temple et l'agenouillement des Rose-Croix. »[réf. nécessaire] C'est un très grand succès. Soixante artistes français et étrangers y exposent leurs œuvres, dont nombre de peintres et sculpteurs de talent (Ferdinand Hodler, Fernand Khnopff, Jean Delville, Carlos Schwabe, Antoine Bourdelle). Vingt mille Parisiens et le Tout-Paris mondain et artistique, Stéphane Mallarmé, Émile Zola, Paul Verlaine, Gustave Moreau, viennent le visiter, au son du prélude de Parsifal et des Sonneries de trompette composées par Erik Satie. Plusieurs Salons de la Rose-Croix vont suivre de 1892 à 1897. Si plusieurs élèves de Gustave Moreau participent, tels Georges Rouault et certains de ceux qui deviendront bientôt les Nabis comme Félix Vallotton ou Émile Bernard, d'autres artistes comme Edward Burne-Jones, Pierre Puvis de Chavannes ou Gustave Moreau déclinent l'invitation.
Ces Salons restent parmi les événements majeurs de la dernière décennie du XIXe siècle, ils font figure pour le renouveau de l'idéalisme et témoignent d'une tendance vers le spirituel qui anime les grands mouvements de l'art du début du XXe siècle. Ce groupement d'artistes se divisera en raison de divergences idéologiques et surtout du catholicisme trop rigoriste de Péladan.
Péladan ambitionne d'extirper la laideur du monde moderne, en s'opposant ainsi au matérialisme ambiant ; à ce titre, il est un porte-parole du mouvement symboliste. Il rédige plusieurs manifestes qui témoignent d'une grande culture artistique et une saisissante Réfutation esthétique de Taine qui accompagne son ouvrage majeur, L'Art idéaliste et mystique (Paris, 1894). Prônant une re-sacralisation de l'art et de la vie, Péladan opte délibérément pour un transfert du religieux vers l'art, dans la plus pure tradition baudelairienne. Son ton, les symboles choisis pour la Rose-Croix, ne relèvent plus vraiment d'un ésotérisme qu'on a souvent caricaturé, mais témoignent d'une volonté de s'opposer au trivial et inaugurent une pratique « publicitaire » que les avant-gardes exploiteront abondamment par la suite. Si Péladan utilise un ton souvent polémique ou lyrique, révélateur de son caractère passionné, c'est au service de convictions sincères et d'une défense de la grandeur de l'art qu'il estime prostitué sous une Troisième République souvent mercantile.
Ses titres de « mage » et de « sar », ainsi que ses préférences vestimentaires, toujours élégantes - « drapé d'un burnous noir en poil de chameau filamenté de fils d'or, en velours vieux bleu, botté de daim, et, comme Absalon, chevelu […] la barbe ointe d'huile de cèdre » -, font de lui la cible des caricaturistes, adversaires du dandysme : il est surnommé « le Mage d'Épinal », le « Sar dîne à l'huile », « Platon du Terrail », « le faux mage de Hollande » (Willy), ou encore « le Sar pédalant ». Rodolphe Salis ose le cruel « Artaxerfesse », qui lui vaut des poursuites de l'intéressé.
Quand il se prend de passion pour Wagner, il vient à Bayreuth vêtu d'un habit blanc, d'une tunique bleu ciel, d'un jabot de dentelle et de bottes de daim, avec un parapluie retenu au côté par un baudrier.
L'opéra Parsifal est, pour lui, une révélation : Péladan se met à composer des pièces de théâtre, influencées par la musique wagnérienne et le caractère mystique qui s'y déploie ; il publiera une étude sur les opéras de Wagner « en matière de thérapeutique pour désintoxiquer la France de son matérialisme ». Sans fausse modestie, il affirme : « J'ai conquis, à force de talents, peut-être de génie, le droit de ma pensée pleine, entière, et devant tous. J'ai six mille nuits durant valeureusement aimé la langue française ; je puis tout dire en français. J'y suis burgrave sans vasselage. »
Le Sar Péladan se marie le à Paris (7e) avec la comtesse Leroy de Barde, née en 1863, veuve de Henri, Gaston, Raoul Leroy, comte de Barde, née Joséphine de Malet-Roquefort, fille du vicomte et de la vicomtesse de Malet-Roquefort, petite-fille du comte et de la comtesse de Larmandie. Ils divorcent le .
Il se lance dans la carrière théâtrale avec Le Fils des Étoiles (créé en 1892) et Babylone (créé en 1893) dont le peintre belge Jean Delville brosse les décors, puis il reconstitue la trilogie d'Eschyle La Prométhéide. Ces créations s'inscrivent dans l'avant-garde en mettant en scène un spectacle d'art total, elles remportent du succès et impressionnent d'autres auteurs comme le suédois August Strindberg qu'il rencontre en 1897, inaugurant une amitié et une admiration réciproque durable, et partageant une évolution parallèle vers le christianisme.
D'autres pièces constituent un événement marquant comme la représentation de Sémiramis à l'Amphithéâtre antique de Nîmes en 1904.
Il produit d'innombrables plaquettes de critique d'art, contribuant à faire connaître en France l'œuvre de Léonard de Vinci, publiant un opuscule très fin intitulé De l'androgyne. Ses textes critiques, éloquents autant que richement documentés. La métaphysique et le débat esthétique y sont le ressort principal, dans une langue riche et éloquente.
Il est aussi « homme de presse, publiant à peu près sept cents articles ». Ses contributions sont nombreuses, notamment à L'Artiste, L'Art décoratif, Comœdia, La Revue hebdomadaire, Le Figaro, Mercure de France, Le Soleil, Revue bleue, etc. Il participe aussi en 1909 à l'éphémère revue parue en France Akademos.
En définitive, le contexte de la fin de siècle s'éloignant, Joséphin Péladan renonce à ses outrances vestimentaires et vit dans la vénération de sa seconde femme, Christiane Taylor, une ancienne admiratrice, vivant péniblement de critiques d'art « que l'ancienne ironie des badauds empêchait de remarquer » (d’après Henry Bordeaux).
En 1909, il reçoit le prix Charles Blanc de l'Académie française pour Textes choisis de Léonard de Vinci et, en 1914, le prix de Joest de la même Académie pour Nos églises artistiques et historiques.
Mort en 1918, alors presque oublié, il est inhumé à Paris au cimetière des Batignolles (6e division).
