Lancelot Lefebure, également orthographié Lanceloot Lefebure, Le Febure, voire Lanceloot Lefebvre ou Lefèvre, est un peintre et dessinateur brabançon du XVIIe siècle, né à Malines vers 1585 et actif principalement à Bruxelles. Il est surtout connu comme concepteur de cartons de tapisseries pour plusieurs séries bruxelloises du milieu du XVIIe siècle, notamment L'Histoire de Constantin et Les Inclinations de l'Homme.
Longtemps resté dans l'ombre des grands noms de la peinture baroque et de la tapisserie flamande, Lancelot Lefebure a fait l'objet d'une réévaluation importante depuis 2009.
Lancelot Lefebure serait né à Malines vers 1585, comme fils de Charles Lefeever ou Lefebure. Lancelot Lefebure serait mort après 1650.
Il avait épousé Esther van der Balen en 1608 à Bruxelles, puis il est enregistré l'année suivante comme maître dans la guilde bruxelloise des peintres. Il obtient la bourgeoisie de Bruxelles le 13 avril 1609.
En 1637, Lancelot Lefebure contracte vraisemblablement un second mariage avec Joanna Herincx.
Alphonse Wauters, en 1878, suppose que Lancelot Lefebure fut peut-être le père du Bruxellois Valentin Lefebvre ou Lefebure, célèbre pour avoir gravé à Venise, en 1682, une suite de planches d'après les plus beaux tableaux des maîtres de cette ville.
En dehors des archives corporatives, Lancelot Lefebure apparaît aussi dans les registres paroissiaux bruxellois. Ainsi, lors du baptême de Lancelot Volders à Notre-Dame de la Chapelle en 1636, son parrain est désigné sous le nom de Lancelottus Le Febure. Il sera aussi le parrain de la fille d'Antoine Sallaert, prénommée Maria, le 1er octobre 1643, également à Notre-Dame de la Chapelle.
A Malines, Lancelot Lefebure semble avoir reçu une formation d'aquarelliste, c'est-à-dire de peintre travaillant notamment sur toile fine ou sur supports préparatoires utilisés dans la production de cartons de tapisseries. Après cette formation, il semble être devenu peintre indépendant à Bruxelles autour de 1609.
Il travailla longtemps à Bruxelles où il forma plusieurs apprentis de 1609 à 1639. Parmi ceux-ci figurent notamment Michel Cornea, Antoine van Eerenbroeck, Jan Clabots, Pierre Tassot dit La Feuille, Gilles van Bleyenberg, Herman van den Berghen, Jacques-Antoine de Meester, Pierre Soetmans, et Jan de Broe.
Lancelot Lefebure apparaît ainsi comme un artiste bien inséré dans le milieu bruxellois des peintres et des tapissiers. Le 28 octobre 1639, Jan De Broe est reçu comme apprenti chez maître Lancelot Lefebevere ou Lefebure, et ce Jan est le gendre de Jan de Strycker, lui-même décrit comme l'un des entrepreneurs les plus importants de l'industrie bruxelloise de la tapisserie.
La notoriété de Lancelot Lefebure repose principalement sur son activité comme concepteur de cartons destinés à la tapisserie. L'Histoire de Constantin et Les Inclinations de l'Homme peuvent lui être attribués. Ces séries furent produites par les ateliers ou directions de production de Matthijs Roelandts et Joris Leemans, deux acteurs de la tapisserie bruxelloise du XVIIe siècle. Les travaux relatifs à ces séries avaient auparavant été, au mieux, liés de manière lâche au dessinateur bruxellois Anton Sallaert, avant que des recherches archivistiques récentes ne permettent leur attribution à Lancelot Lefebure. L'inventaire d'Elisabeth Segers, épouse de Joris Leemans, joue un rôle central dans cette réattribution en révélant que les séries Constantin et Inclinations furent données à Lancelot Lefebure comme dessinateurs de ces tapisseries.
La série L'Histoire de Constantin est l'une des principales œuvres attribuées à Lancelot Lefebure. Il fut chargé en 1637 de recycler les cartons du XVIe siècle de L'Histoire de Jacob, ce qui montre son intervention non seulement comme créateur mais aussi comme restaurateur, retoucheur ou adaptateur de modèles anciens destinés à la tapisserie.
La série Les Inclinations de l'Homme constitue l'autre grande attribution à Lancelot Lefebure. Une tapisserie allégorique de l'Amour appartenant à cette série provient des ateliers de Matthijs Roelants et Joris Leemans, d'après les dessins de Lancelot Lefebure. Cette tapisserie était tissée en laine, soie, fils d'or et d'argent, et comportait dans son cartouche supérieur l'inscription latine Quem non tangit Amor quem non spicula ledunt c'est-à-dire celui qui n'est pas touché par l'Amour n'est pas blessé par ses traits.
Les séries attribuées à Lancelot Lefebure présentent des programmes iconographiques liés à ceux d'autres séries de tapisseries appréciées sur le marché européen au deuxième quart du XVIIe siècle. Lancelot Lefebure connaissait la nouvelle monumentalité introduite dans la tapisserie bruxelloise et française autour de 1620. Son œuvre se situe dès lors au croisement de la tradition locale bruxelloise, très ancienne, et des évolutions baroques qui transformèrent alors la composition des grandes tentures historiées.
Alphonse Wauters, dans Les Tapisseries bruxelloises, ouvrage publié en 1878, mentionnait déjà Lancelot Lefebure, comme un dessinateur qui, à l'âge de 65 ans, reçut en 1650 un allègement fiscal du Conseil de la ville, à la demande des tapissiers bruxellois.
Les auteurs Koenraad Brosens et Veerle de Laet, dans leur étude de 2009, soulignent que Lancelot Lefebure avait largement échappé à l'attention des historiens de l'art, alors même que les sources permettent de reconsidérer sa contribution au dessin de tapisserie bruxellois.
Les deux séries L'Histoire de Constantin et Les Inclinations de l'Homme avaient parfois été attribuées à Antoine Sallaert mais les recherches récentes conduisent à les attribuer à Lancelot Lefebure. Ces deux artistes entretenaient des relations d'amitiés plutôt qu'un rapport simplement concurrentiel puisque Lancelot Lefebure fut le parrain de la fille d'Antoine Sallaert en 1643.