| Type de série | Série télévisée |
|---|---|
| Titre original | The Prisoner |
| Genre | Espionnage |
| Création |
George Markstein Patrick McGoohan |
| Production |
Everyman Films Incorporated Television Company (ITC) |
| Acteurs principaux | Patrick McGoohan |
| Musique |
Ron Grainer (générique) Wilfred Josephs Robert Farnon Paul Bonneau Albert Elms |
| Pays d'origine |
|
| Chaîne d'origine | ITV |
| Nb. de saisons | 1 |
| Nb. d'épisodes | 17 |
| Durée | 52 minutes |
| Diff. originale | – |
Le Prisonnier (The Prisoner) est une série télévisée britannique en dix-sept épisodes de 52 minutes, créée par l'écrivain et ancien agent des services secrets George Markstein et Patrick McGoohan, acteur principal, scénariste et producteur délégué de la série. En version originale, elle a d'abord été diffusée au Canada à partir du sur le réseau CTV, puis au Royaume-Uni du au sur le réseau ITV.
Au Québec, elle a été diffusée à partir du à la Télévision de Radio-Canada.
Présentée initialement comme un thriller du même moule que la série précédente avec Patrick McGoohan, Destination Danger (Danger Man en Angleterre ; Secret Agent en Amérique du Nord), la série Le Prisonnier utilise les « ficelles » du roman d'espionnage, teintées de science-fiction, d'allégorie et de drame psychologique. Le contexte de la guerre froide, la combinaison des thèmes de la contre-culture des sixties et sa mise en scène surréaliste ont fait du Prisonnier une série qui a influencé la production des programmes de science-fiction, de fantastique, et la culture populaire en général,.

Un agent attaché à un service du renseignement britannique démissionne brutalement de son poste et se dirige vers son appartement londonien au volant de sa Lotus Seven. Il est suivi et, alors qu'il fait ses valises pour quitter la ville, un gaz anesthésiant est diffusé par la serrure de son appartement. À son réveil, il se trouve séquestré dans un lieu étrange, le « Village (en) » dont les habitants (anciens espions et activistes tous vêtus d'habits colorés similaires) obéissent à un comportement moutonnier et semblent accepter leur sort d'internés. Un badge numéroté sur la poitrine identifie ces habitants. L'homme est désormais le Numéro 6. Ce lieu de villégiature pittoresque mais aseptisé est dirigé par le Numéro 2 qui veut soutirer à Numéro 6 des renseignements sur les raisons de sa démission. Ce dernier refuse de porter le badge qui indique son numéro, de donner les raisons de sa démission, et se rebelle contre ce milieu carcéral. Multipliant en vain les tentatives d’évasion et cherchant à subvertir les activités collectives (carnaval, jeu d'échecs, concours d'artisanat…), il veut savoir qui est le Numéro 1 et se déclare libre envers et contre tout.
Le projet de créer la série Le Prisonnier a été conçu en 1966, durant le tournage de la 3e saison de Destination Danger dont McGoohan était l’acteur principal et George Markstein consultant pour l’écriture du scénario. La paternité de l’idée de départ est incertaine, car la mention : « Créé par… » est absente du générique,.
• En quête d’un créateur. Le succès a été immédiat, dès la diffusion des premiers épisodes en 1967. McGoohan, l'acteur vedette, et Markstein, le scénariste, ont accordé de nombreux interviews pour parler de la série, déclarant l’un et l’autre en être le principal concepteur. Cette double revendication ne satisfaisait pas les fans, parmi lesquels figuraient des journalistes. Ceux-ci enquêtèrent en vue de découvrir le nom du créateur. Ils publièrent de nombreux articles, les interviews se multiplièrent et ce, durant des années, sans que l’incertitude soit dissipée. Certains prirent parti pour l'acteur, d'autres pour le scénariste,,.
• Hypothèse « McGoohan ». Le journaliste américain John J. O'Connor (en), dans un article publié en 1978 dans le New York Times, écrit que McGoohan est le seul créateur de la série,. Andrew Pixley, dans son ouvrage The Prisoner: A Complete Production Guide publié en 2008, fait référence à un une interview de 1988, dans laquelle McGoohan raconte que pendant le tournage de la troisième saison de Destination Danger (soit en 1965-66), il fit part de son intention d'arrêter la série à Lew Grade (en), le directeur d’ITC Entertainment, auquel il expliqua avoir conçu le projet d'en tourner une nouvelle qu'il lui présenta oralement. Il précisa en outre qu'elle serait produite par Everyman Films Limited, la société qu'il venait de créer avec le producteur David Tomblin (en). Pixley dit être convaincu de la véracité de cette déclaration,.
David Healey, ajoute une précision se rapportant à cet entretien : après que McGoohan lui eut présenté le concept du Prisonnier, Lew Grade se serait écrié:
« C’est tellement fou, que ça pourrait bien marcher ! (It's so crazy, it just might work !) »
Grade était connu pour ses réactions spontanées. Lorsqu’un projet lui plaisait, il donnait son accord sur le champ, sans lire le script. Une bonne idée et une star lui suffisaient, ce qui était le cas en l’occurrence. Plus récemment en 2011, Rupert Booth, biographe de Mc Goohan, écrit :
« Markstein a très certainement développé le concept, en y apportant ses propres connaissances dans la pièce, et il est tout à fait possible qu'il ait également donné son nom à la série. Cependant, mon opinion personnelle est que c'est McGoohan qui a imaginé le thème d'un homme emprisonné et que Markstein a trouvé un scénario qui tenait compte du désir de McGoohan de situer une série à Portmeirion,. »
En France, à l'occasion de la rediffusion de la série sur M6, la critique Sylvie Dauvillier écrit dans Télérama le :
« Étrange série, sortie tout droit de l'imagination d'un homme : Patrick McGoohan, tout à la fois réalisateur, producteur de certains épisodes et interprète du héros : le Numéro Six. »
• Hypothèse « Markstein ». Mais d'autres auteurs, journalistes ou écrivains, ont été convaincus par les arguments de Markstein. Dave Rogers par exemple, dans son ouvrage The Prisoner and Danger Man (1989), affirme que celui-ci a revendiqué la paternité de la série à juste titre et que McGoohan a seulement tenté par la suite de s'en attribuer le mérite.
Plus tardivement, Robert Fairclough, dans un ouvrage publié en 2005, mentionne un document de 4 pages, considéré comme ayant été rédigé par Markstein. Il s'agit d'un dossier de presse publié en 1967 par ITC, destiné à être utilisé comme aide-mémoire par les scénaristes. Les thèmes de la série y sont présentés dans leurs grandes lignes. Fairclough en conclut que ce document constitue la preuve que Markstein en est le créateur.
Toutefois six ans plus tard, en 2011, Rupert Booth, biographe de McGoohan, fait remarquer que celui-ci a évoqué le sujet du Prisonnier, pour la première fois, dans une interview en 1965. Or, Markstein aurait écrit le document de 4 pages deux ans plus tard, preuve selon Booth, qu'il n'est pas le principal créateur de la série.
• Hypothèse « MacGoohan et Markstein ». Depuis les années 1970, après de nombreux interviews et ouvrages écrits pour tenter de répondre à la question initiale : « Qui est le créateur de la série ? », l'incertitude demeure. Les fans et les journalistes ont d'abord pensé que c'était McGoohan, puis, dans les années 1980, ils ont fini pas accorder à Markstein le statut de co-créateur.
Au début des années 2010, Rupert Booth, le biographe de McGoohan, propose la réponse suivante :
« L'influence réelle de Markstein dans l'élaboration de la série ne sera probablement jamais connue, mais on ne peut nier que bon nombre des idées initiales et des thèmes généraux de la série provenaient de McGoohan. La série porte indéniablement sa marque,. »
• Principale source. Durant les années 1950, Markstein était reporter criminel. Dans le cadre de ses recherches relatives à la Seconde Guerre mondiale, il a découvert qu’en Grande-Bretagne, certaines personnes récalcitrantes ayant des liens avec les services secrets, avaient été incarcérées dans une prison très particulière située en Écosse, près d'Inverness, qui dépendait du Special Operations Executive (Direction des opérations spéciales). Markstein s'en est inspiré pour Le Prisonnier et a suggéré à McGoohan que le personnage en cours d'interprétation dans Destination Danger, John Drake, pourrait soudainement démissionner, puis être kidnappé et envoyé dans un tel endroit,,,.
Cette suggestion se concrétisera : le Numéro 6, personnage central de la série, sera emprisonné dans un lieu où la mission des geôliers consistera à asservir et détruire la personnalité des prisonniers par tous les moyens, mais il sera le seul esprit rebelle qu’ils ne pourront pas briser.
Autres sources. McGoohan a mentionné trois autres sources l’ayant inspiré. La première est le 3e épisode de la 2e saison de Destination Danger, La Ville fantôme, dans lequel Drake (personnage principal de la série interprété par McGoohan) filtre une école d'espionnage en Europe de l'Est pendant la guerre froide. Située au milieu de nulle part, cette école est conçue pour ressembler à une ville anglaise normale, où élèves et instructeurs se côtoient comme dans n'importe quelle autre ville. Mais en réalité, les instructeurs sont des prisonniers virtuels qui ne quitteront probablement jamais les lieux.
Les deux autres sont d'origine théatrale. En 1955, McGoohan a joué dans 2 pièces : Moby Dick—Rehearsed (en) d'Orson Welles et dans la version théâtrale télévisée de L'Emprisonné (The Prisoner) de Bridget Boland. L'expérience acquise en ces deux occasions lui a été très utile, douze années plus tard, pour l'interprétation du Numéro 6.
• Instructions aux scénaristes. Dans une interview en , McGoohan a déclaré qu’il avait rédigé un document de 40 pages, sorte de vadémécum, à l’intention des scénaristes. Il contenait toutes les précisions concernant l’organisation de la vie au Village : type de téléphones utilisés, système d’égout, nourriture etc..Le concept de la série était si inhabituel qu’il fallait tout leur expliquer, car ils étaient accoutumés à des séries comme Destination Danger. Ils ont tous reçu une copie du vadémécum mais quelques-uns n’ont pas donné suite. Selon McGoohan, ils étaient en quelque sorte « prisonniers » de leur conditionnement.
• Scénaristes. Les 17 épisodes de la série ont été écrits par 12 scénaristes. En voici la liste classée par ordre alphabétique (après McGoohan et Markstein) :
En ce qui concerne le 1er épisode « L’arrivée » (The arrival), Markstein a déclaré dans une interview du , qu’il en était le scénariste sans mentionner David Tomblin, alors que les deux noms figurent au générique.
Mais sept ans plus tôt, dans une interview de , McGoohan avait dit :
« Le premier, je l'ai réécrit. Le résultat n'était pas celui que je souhaitais
(The first one I re-wrote. It came out...not the way I wanted.). »
Après le tournage du 13e épisode, les relations entre McGoohan et Markstein se sont détériorées, au point que celui-ci a préféré ne plus collaborer à la série. Plus tard il résumera la situation en ces termes :
« Quand l'égocentrisme a pris le dessus ! Vous savez, quand McGoohan était tout ! Quand McGoohan écrivait, concevait, réalisait… et ne savait pas où il allait. Ma présence était superflue – et on a vu le Résultat après mon départ. »
,.

Le tournage a lieu à Portmeirion, au nord-ouest du pays de Galles, où se trouve le Dôme vert (The Green Dome), ainsi qu'en Angleterre, précisément à Borehamwood pour les studios britanniques de MGM et à Londres pour l'abbaye de Westminster et le palais de Buckingham, en passant le cap Béveziers, dans le Sussex de l'Est.
Sauf indication contraire, les informations mentionnées dans cette section peuvent être confirmées par la base de données cinématographiques IMDb, présente dans la section « Liens externes ».
En France, la série a été achetée par Pierre-André Boutang et diffusée dans son émission Nouveau Dimanche à partir du sur la deuxième chaîne de l'ORTF, mais sans les 13e, 14e et 15e épisodes. L'ultime épisode a été diffusé en France, le . Sur les quatorze épisodes doublés, seuls treize ont été diffusés, ce qui était courant à l'époque. Une première rediffusion l'été 1971, puis l'été 1972, ne concerne que quelques épisodes, dont certains ont été rediffusés en 1975-1976 dans Samedi est à vous sur TF1, puis sur la même chaîne en semaine l'après-midi en mars . Jusqu'en 1984, le dernier épisode, Le Dénouement, ne fut pas rediffusé. Alain Carrazé, qui collabore à l'émission Temps X, convainc les producteurs de racheter les droits de la série.
Les amateurs de la série ne s'entendent pas sur l'ordre à considérer lors de la diffusion. Plusieurs tentatives ont été faites pour déterminer un ordre universel, sans succès, étant donné que les diffuseurs, les propriétaires de la série, les créateurs et les amateurs ont un ordre bien à eux.
La série comporte 17 épisodes, bien que Patrick McGoohan n'en ait prévu que sept. Pour favoriser sa vente aux États-Unis, le producteur Lew Grade (en) demanda qu'elle en comporte 26, standard requis par les chaînes de télévision de l’époque. Les décideurs de l'époque s’accordèrent finalement sur 17. Il y a cependant toujours un débat pour savoir si l’arrêt de la série fut le résultat d’un accord mutuel entre les parties ou si la série fut purement et simplement arrêtée.

McGoohan a déclaré que l'essence de la série se trouvait dans les 7 épisodes suivants :
Tout comme Le Fugitif et à la différence de nombreuses autres séries comme Les Envahisseurs, Au cœur du temps, Code Quantum ou V , la série propose un dénouement. Néanmoins, il ne répond pas à toutes les questions posées dans la série (Où se trouve le village ?). Dans l'épisode 7 Le Retour, il est situé sur une île au large du Maroc, en contradiction avec ce que l'on voit dans Le Dénouement (évasion terrestre et retour à Londres par la route), contradictions soulevées par George Markstein. On ne sait jamais non plus explicitement qui l'a enlevé. Patrick Mc Goohan ne propose pas une fin rationnelle et conventionnelle, mais une conclusion délirante qui déroute les téléspectateurs. Dans les années 80, Mc Goohan a expliqué sa vision de la fin de la série. Selon lui, c'était une allégorie et on ne pouvait faire une conclusion à la James Bond.
| Site web | Note |
|---|---|
| Rotten Tomatoes | 90 % |
| Allociné |
| Périodique | Note |
|---|
La série a été très bien accueillie par la critique. L'œuvre est devenue une série culte au point d'être très rediffusée, de faire l'objet de publications régulières et de rééditions sur différents supports, et de voir naître son premier club d'admirateurs une dizaine d’années après sa diffusion. Ainsi, selon le journaliste Pierre Sérisier, « jamais une œuvre télévisuelle n’a été, comme Le Prisonnier, autant documentée, commentée et analysée par une communauté d’admirateurs ».
Elle a essuyé cependant quelques critiques négatives. Le dénouement qui révèle que le « numéro 1 » est en fait le « numéro 6 », fait l'objet de controverses : il déroute les spectateurs dont la furie incite McGoohan à déscolariser ses enfants puis à s'exiler dans les montagnes avec sa famille ; le co-créateur George Markstein, écarté par McGoohan, considère que ce final est en complète contradiction avec le reste du récit. Selon le professeur d'histoire culturelle Jean-Paul Gabilliet, la défiance de McGoohan envers les femmes s'exprime dans la teneur ouvertement sexiste de la série où aucun personnage féminin n'a de rôle positif.

Au Village, les habitants n’ont plus de nom mais un badge avec un numéro. Les épisodes laissent entendre que le numéro 1 a le pouvoir absolu, même si, dans les nombreux mystères posés par le dénouement, on peut venir à en douter[réf. nécessaire].

Le générique a été orchestré par Ron Grainer, choisi par McGoohan lui-même, vers le mois de . Albert Elms fut chargé de concevoir d'autres musiques d'accompagnement, depuis les morceaux les plus langoureux jusqu'aux plus inquiétants, Grainer étant trop occupé pour les composer lui-même.

« Les séquences d'ouverture et de clôture des épisodes du Prisonnier sont emblématiques de la série. »
Elles débutent sur un ciel nuageux, accompagné du bruit du tonnerre, qui se transforme en bruit d'un moteur à réaction. Alors que le thème musical commence, la vue du ciel se dissipe pour laisser apparaître un homme (Patrick McGoohan, le futur Numéro 6), au volant de sa Lotus Seven jaune et verte, immatriculée KAR 120C, roulant à grande vitesse sur une route déserte (la scène a en fait été tournée sur Santa Pod Raceway (en), une piste de dragsters aménagée sur l'ancienne base de la RAF de Podington (en)).
Il passe près du palais de Westminster (à Londres) et entre dans un parking souterrain (le Park Westminster, situé au 5 ou 7 Great College Street à Londres).
Il pénètre d'un air décidé dans le bâtiment par une double porte indiquant la sortie (Way Out), progresse à grands pas dans un long couloir étroit et sombre menant à une autre série de doubles portes et, les ouvrant violemment, il entre dans une pièce dans lequel un fonctionnaire est assis à son bureau.
Très agité, il exprime sa colère (inaudible, couverte par le bruit du tonnerre) à l'homme derrière le bureau et dépose sèchement une enveloppe portant la mention « Personnel et confidentiel, en main propre » (« Private, Personal, By Hands ») - sans doute sa démission - et frappe le bureau avec son poing, faisant sauter la soucoupe sur laquelle se trouve une tasse de thé. L'homme derrière le bureau (George Markstein) ne le regarde même pas et semble jongler avec un stylo ; rien n'indique qu'il ait écouté ce qui lui a été dit.
L'homme en colère, à nouveau au volant de sa Lotus, rentre à son domicile en empruntant The Mall, sans s'apercevoir qu'il y est suivi par un corbillard, immatriculé TLH858. Pendant ce temps, dans un lieu inconnu rempli de classeurs, un système automatisé barre la photo de l'homme avec une croix composée des lettres X, dépose la photo et son dossier dans un tiroir étiqueté « Démissions ».
Toujours suivi par le corbillard et après avoir garé son véhicule sur Buckingham Place, l'homme pénètre dans son appartement au numéro 1, prend rapidement une valise, et range dans une mallette son passeport et des prospectus faisant apparaître des lieux de villégiature exotiques ; on aperçoit sur l'un des documents une plage avec un cocotier. Il semble s'apprêter à partir en vacances.
Le corbillard s'arrête et un homme habillé en croque-mort s'approche de la porte d'entrée. À travers la serrure, il inonde la pièce de volutes de fumée, le gaz rend l'homme inconscient. La dernière chose qu'il voit, par sa fenêtre, sont des immeubles (the View SW1). Il s'ensuit un fondu au noir (lors de certaines diffusions, ce passage faisait l'objet d'une pause commerciale).
Le héros se réveille dans un lieu apparemment identique, se lève, marche droit vers la fenêtre, regarde dehors, mais la vue a changé : il découvre un village, « Le Village ». À travers la fenêtre va se superposer le titre de l'épisode. Dans tous les épisodes sauf quatre, un montage de plans montre le prisonnier en train de courir du Village à la plage, accompagné du dialogue suivant :
« – Où suis-je (Where am I?)
– Au Village. (In the Village.)
– Qu'est ce que vous voulez ? (What do you want?)
– Des renseignements. (Information.)
– Dans quel camp êtes-vous ? (Whose side are you on?)
– Vous le saurez en temps utile... Nous voulons des renseignements, des renseignements, des renseignements... (That would be telling... We want information, information, information...)
– Vous n'en aurez pas ! (You won't get it!)
– De gré ou de force, vous parlerez. (By hook or by crook, we will.)
– Qui êtes-vous ? (Who are you?)
– Je suis le nouveau Numéro 2. (The new Number Two.)
– Qui est le Numéro 1 ? (Who is Number One??)
– Vous êtes le Numéro 6. (You are Number 6.)
– Je ne suis pas un numéro, JE SUIS UN HOMME LIBRE ! (I am not a number, I AM A FREE MAN!)
– (Rire inquiétant) »
Le grand-bi fut choisi par Patrick McGoohan pour contrebalancer l'ambiance futuriste de la série ; le grand-bi est comme un regard sur le passé, accentuant l'intemporalité. D'après la fin du générique des versions alternatives des épisodes L'Arrivée et Le Carillon de Big Ben, la petite roue du grand-bi symbolise la Terre et la grande roue l'Univers.

Le lieu du tournage est le village de Portmeirion, au nord-ouest du pays de Galles, créé par l'architecte Sir Clough Williams-Ellis. Les styles espagnol, autrichien, italien et néoclassique y sont représentés.
La fanfare du Village défile à de nombreuses reprises autour du terre-plein central en interprétant, entre autres, la Marche de Radetzky, de Johann Strauss père.
Le spectateur est, en réalité, incapable de situer le Village, même de façon approximative. Il apparaît successivement comme situé en Lituanie, près de la frontière polonaise ou sur une île au large du Maroc. Dans le dernier épisode, relatant l'évasion du prisonnier, il se trouve sur une route menant directement à Londres.
L'énorme ballon blanc qui intervient lors des tentatives d'évasion pour neutraliser ou étouffer les récalcitrants est en réalité un ballon-sonde de météorologie. Au départ, le gardien devait être un petit véhicule télécommandé surmonté d'un gyrophare avec des boudins gonflables à la base. Difficile à manœuvrer, très bruyant et peu impressionnant, il a fini noyé par de l'eau de mer. L'équipe eut alors l'idée originale d'un rôdeur (en) (Rover dans la VO), conceptuel : un gros ballon blanc minimaliste sans aucun mécanisme, qu'un rugissement en post-synchronisation rend vivant et terrifiant. Plusieurs membres de l'équipe, y compris Patrick McGoohan, en ont revendiqué la paternité.
Patrick McGoohan est doublé par le comédien français Jacques Thébault. Dans la version anglaise, les habitants du village se saluent par un « Be seeing you » que l'on peut traduire par « À bientôt ! ». Pour la version française, Thébault propose la traduction « Bonjour chez vous ! », une formule popularisée par Francis Blanche à la radio lors de ses canulars téléphoniques,.
Lors de sa première diffusion en France, au printemps 1968, la violence de certaines séquences fut amputée par les censeurs de l'ORTF. Ainsi, on ne voyait jamais à l'écran comment « Le Rôdeur » étouffait ses victimes car l'image était supprimée dans tous les épisodes. Dans The Chimes of Big Ben, la tentative de suicide de Nadia fut coupée. De même pour de nombreuses séquences de Free for All où le No 6 se fait gifler par la petite servante, puis rouer de coups. Enfin, l'épisode The General fut traduit par Le Cerveau, pour éviter toute confusion avec Charles de Gaulle, alors président de la République. On fit refaire la version française en remplaçant « le général » par « le cerveau » dans tous les dialogues. Cette précaution sera levée quelques années plus tard, après la mort de De Gaulle. La dernière diffusion sous le titre Le Cerveau fut la deuxième diffusion sur la première chaîne ORTF en .
« Le Prisonnier évoque une forme de psychose schizophrénique, car l'individu lutte contre le système tout en essayant d'y échapper » : « Qu'est-ce que c'est ? » et « Qui est-ce ? » sont les deux grandes questions de la peur.
La simple formulation de telles questions implique un tremblement du réel annonçant tous les fantasmes du double, tous les symptômes de la dissociation caractéristique de la schizophrénie : soit de cette décomposition de l'âme par laquelle Maupassant définit justement la peur...
Mais c'est aussi un véritable éloge de la fuite.
Si les créateurs de cette série culte n'ont jamais souhaité s'expliquer en détail sur la portée symbolique de leur œuvre, de nombreux commentateurs y ont vu un pamphlet plus ou moins dissimulé contre les sociétés modernes. La série dystopique d'espionnage, qui est une dénonciation de la déshumanisation de la société, échappe à la guerre froide en renvoyant dos à dos les Trente Glorieuses et l'État-providence des démocraties occidentales du bloc de l'Ouest, comme le collectivisme et la planification des pays communistes du Bloc de l'Est, « révélant les tares et les limites de chacun ». Ces deux blocs sont ainsi dépassés au profit d'une répartition plus universelle : l'expression du pouvoir et le comportement de l'individu face à celui-ci, entre d'un côté la complète soumission, la complaisance veule et le conformisme aveugle, de l'autre la subversion contre l'autorité, la rébellion contre son aliénation par le détournement des technologies et de la science au service des pouvoirs (caméras de surveillance en forme de globe oculaire, téléphones sans fil, le Rôdeur, centre de contrôle entièrement automatisé et au design froid et lisse…). Patrick McGoohan n'a de cesse d'alerter sur l'emprise impitoyable de services gouvernementaux sur l'individu par toute une kyrielle de méthodes sophistiquées. Très inspiré par les manipulations mentales en usage dans l'espionnage, Le Prisonnier traite de toute une batterie de techniques psychologiques complexes, comme la substitution des rôles du bourreau et de la victime qui excite effectivement des tendances schizophréniques latentes, permettant à un sujet totalement désorienté de se faire avouer lui-même. Drogues hallucinogènes, suggestion par excitation électronique du cerveau sont souvent présentes dans la série et font écho aux réels interrogatoires pratiqués, dès les années 1960, par la CIA et le KGB à l'aide de la mescaline, de la psilocybine ou du LSD[réf. souhaitée].
Le Prisonnier est aussi, fondamentalement, un plaidoyer cinglant pour la liberté de pensée de l'individu contre l'écrasante propagande d'États totalitaires froidement calculateurs et exécuteurs. La séance d'aveux pleurnichards de l'épisode J'ai changé d'avis est une dénonciation magistrale de l'humiliante autocritique qui était imposée aux condamnés politiques lors des procès expéditifs des régimes staliniens des années 1960. Le village constitue clairement, pour les créateurs de la série, une arène où se joue un éternel duel libertaire : l'odieuse insolence et la cruauté émanant d'un pouvoir pénitentiaire occulte mené par le Numéro 2 sont combattues par l'humour grinçant du Numéro 6. McGoohan incarne cette défiance salutaire de l'individu face à une coercition totalitariste administrée et inhumaine en défendant son libre-arbitre et sa dignité d'être humain doté de droits légitimes[réf. souhaitée].


Patrick McGoohan, dans les années 1990, avait l'intention d'adapter Le Prisonnier en long métrage, mais le projet n'a jamais abouti. Ce projet de long métrage est resté dans un tiroir jusqu'à ce que Christopher Nolan, juste après la sortie de Batman Begins, évoque l'idée de réaliser ce long métrage.
En 2009, la série a été reprise sous forme d'une mini-série en six épisodes, également intitulée Le Prisonnier. Il s'agit d'une adaptation américaine réalisée par Nick Hurran, avec Jim Caviezel dans le rôle du numéro 6, diffusée sur la chaîne câblée AMC les 15, 16 et . Le Numéro 2 est joué par Ian McKellen.
Cependant, bien qu'ayant repris plusieurs concepts de la série d'origine tels que les numéros, la boule blanche ou l'ambiguïté de certains épisodes, la mini-série en diffère beaucoup en proposant une interprétation différente de celle de Patrick McGoohan. Cette mini-série ne serait donc pas un remake de la série Le Prisonnier, mais plutôt une reconnaissance et un hommage.
Patrick McGoohan s'expliquera en 1977 sur la série lors d'une demi-heure d'entretien accordé à la télévision canadienne TVOntario, invité par le présentateur Warner Troyer.
À la fin de la série, le Numéro 6 s'évade pour rentrer chez lui comme toute personne qui, ayant fini sa journée de travail, retrouve son logement douillet pour se ressourcer. Selon Gilles Visy, dans ce dernier épisode, « le Numéro 6 jouera métaphoriquement une partie d'échecs contre l'énigmatique Numéro 1 via le Numéro 2. Ce n'est pas sans rappeler le chevalier du Septième Sceau qui combat la mort sur l'échiquier de la vie ».
Patrick McGoohan avait auparavant joué dans une série d'espionnage « normale » qui avait eu un succès international : Destination Danger (Danger Man, en version originale).
De cette série au Prisonnier, il ne change rien : ni son appartenance initiale aux services secrets, ni sa coiffure, ni son style.
Tout se passe comme si on cherchait à nous faire comprendre que le Prisonnier est John Drake, ce qui accroît l'impression de basculement du réel que la série cherche — et réussit — à donner. En réalité, le spectateur ne sait rien du prisonnier : juste qu'il est né le (saison 1, épisode 1) : c'est le seul renseignement qu'il concède à ses geôliers. Il s'agit de la véritable date de naissance de l'acteur.
« La voiture de Numéro 6 était une Lotus Super 7 S2 Cosworth (immatriculée KAR 120C), elle ouvrait tous les épisodes de la série. Pour le dernier épisode, la première Lotus KAR 120C ayant été revendue en Australie au début de 1967 (avant d’être finalement détruite dans un accident) et la seconde, immatriculée LCK 88D, appartenant à un certain Frank Rycroft qui l'a revendue peu après le tournage,, il a été demandé à Caterham Cars de récréer une troisième voiture sur la base d'une S3 pour permettre à N° 6 de s'enfuir à son bord… enfin libre ! »
Pour l'anecdote, le village-hôtel de Portmeirion est utilisé dans les épisodes « Le paysage qui accuse » et « Enterrons les morts » de Destination Danger (Danger Man en version originale). Le thème du double (Schizoïd Man) avait également été utilisé dans Destination Danger. L'épisode de la deuxième saison de Destination Danger La ville fantôme (Colony Three) évoque une ville pour l'entraînement d'agents secrets ennemis dont on ne s'échappe pas et qui n'existe sur aucune carte.

Le thème d'un agent secret placé dans un environnement dont la logique semble absurde et qui lutte pour garder sa santé mentale avait déjà été évoqué dans trois films auparavant :

Éditeur TF1 VIDEO :
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