| Alias |
Nikolaus Franz Niembsch, Edler von Strehlenau |
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| Naissance |
Csatád, Banat, |
| Décès |
(à 47 ans) Oberdöbling, Basse-Autriche, |
| Activité principale |
Nicolas Lenau, nom de plume de Nikolaus Franz Niembsch Edler von Strehlenau, est un écrivain autrichien. Il est né le à Csatád, Royaume de Hongrie, et mort le à Oberdöbling (de), (quartier de Vienne en Autriche).
Poète romantique du « mal du siècle », il est proche de Jean Paul, et souvent comparé à Byron. De caractère instable, il s'est complu dans le rôle de « beau ténébreux » ; il finira fou.
Son œuvre a influencé les artistes romantiques du monde germanique, dont les compositeurs Robert Schumann et Franz Liszt.
Son père, fonctionnaire de la monarchie habsbourgeoise, meurt en 1807, après une vie dissipée. Il laisse ses enfants à la garde de leur mère. Elle se remarie en 1811. Ce deuxième mariage lui permet de donner une éducation digne à ses enfants.
En 1811, Lenau entre dans un collège de Piaristes, apprend le latin et la religion chrétienne, et commence le violon et la guitare. Il se passionne pour le violon et restera sensible à la sonorité poétique (il est l'un des poètes de langue allemande utilisant le vers rimé).
Son grand-père, le colonel Joseph Maria Niembsch (1752-1822), anobli en 1820 sous le nom de Edler von Strehlenau, fait venir ses petits-enfants de Hongrie et finance les études de Nicolas. L'enfant passera ses vacances en Hongrie, « à courir par les bois et les prés, à dénicher les oiseaux et à observer la vie villageoise ».
En 1819, il entre à l’université de Vienne, étudie la philosophie et l'agronomie. En 1820, il prend le nom de plume de Nikolaus Lenau. Il étudie le droit hongrois à Pozsony, puis se tourne pendant quatre ans vers la médecine. Il ne termine pas ses études. Il s’essaye à l’écriture avec quelques vers de jeunesse.
Sa mère meurt en 1829. Cette mort, signe d’une Providence injuste, lui fait perdre la foi. Sa tendance à la mélancolie est confirmée. Peu après, il écrit le poème Der Seelenkranke (Le malade de l'âme) qui commence ainsi : « Je porte dans mon coeur une blessure vive et la porterai en silence, toujours ».
En 1830 il s'enthousiasme pour le mouvement polonais de libération de l'empire russe. Il écrit en signe de soutien ses Polenlieder (Chants polonais, publiés en 1835). Celui, intitulé À l'auberge évoque l'ambiance de ces temps et de ces lieux, et un peuple qui se rebelle. La révolte est réprimée et le poème censuré.
De 1832 à 1844 il écrit une œuvre importante. Un héritage reçu de sa grand-mère lui permet de se consacrer à la poésie. Ses premiers poèmes sont publiés dans le journal Aurora, édité par le jeune Johann Gabriel Seidl. Il voyage beaucoup. Des amis comptent, pour les deux mois d'été de 1844, 644 heures en diligence, soit près d'un mois.
Au début du mois de novembre 1831, Lenau part à Heidelberg. Il veut passer un examen pour devenir médecin. Il loge au Roi du Portugal (n° 146 de la rue principale) et fait la connaissance du poète et professeur Gustav Schwab. Ce dernier favorise la publication de ses poèmes chez l’éditeur Cotta. En 1832, Lenau lui dédie un recueil de poèmes.
Il participe à la création d’une association d’étudiants, Frankonia, autorisée par le sénat après de nombreux efforts infructueux. Il avait déjà un contact avec des étudiants à Vienne depuis 1820, qu'il reprend et entretient après son arrivée à Heidelberg. Une association interdite l'accueille dans ses rangs. Elle porte le nom de Jacquouilles des tonneaux (traduction non littérale), d’après le nom de leur lieu de rendez-vous : le « petit tonneau doré ». Il le raconte dans une lettre du à Karl Mayer. Il va à Stuttgart, dans le Wurtemberg, État libéral pour l'époque, pour fuir la censure et publier ses œuvres. Il y prend des leçons de Gustav Schwab.
Il se lasse par son entourage, europamüde (« fatigué de l'Europe ») selon l’expression de l’époque. Il s’intéresse à l’Amérique. Il décide de partir.
En octobre 1832, après une longue traversée, il débarque à Baltimore. Il vit dans une colonie de l’Ohio, puis rejoint pendant six mois la communauté utopiste de New Harmony, fondée par Robert Owen. Il est déçu : la vie dans la forêt, l’hiver, le matérialisme des gens. Il se met à détester les Américains qui « « sacrifieraient Dieu pour 3 dollars ». Ses lettres manifestent son hostilité à l'égard des Viennois, des Autrichiens, des Souabes, des Américains, etc., c'est-à-dire des peuples. Il déteste les peuples, mais il aime les personnes. Il est misanthrope, mais il est un homme d'une politesse sans égal envers son prochain. Il retourne alors en Europe en 1833.
Durant son absence, son premier recueil a obtenu un grand succès. Il écrit à Mayer : « Il en est des poètes en Autriche comme des cigares à Brême. On les expédie en Amérique, là ils reçoivent l'estampille étrangère et à leur retour dans la patrie chacun s'extasie sur leur délicieux parfum, alors qu'auparavant même le diable n'aurait pas voulu y toucher. ».
Il partage sa vie entre Stuttgart et Vienne (six jours de voyage). À Stuttgart il écrit, et à Vienne il aime.
En 1836 paraît sa réécriture de Faust, et l’année suivante, Savonarole, une œuvre épique qui montre la lutte contre l’utilisation politique et intellectuelle du christianisme à des fins d'oppression. Ses poèmes suivants paraissent en 1838. Ils sont influencés par sa passion malheureuse pour Sophie de Löwenthal (née de Kleyle, 1810-1889), la femme d’un de ses amis. Cette liaison accélère son effondrement moral après une phase passionnée.
En 1842 paraissent les Albigeois, et en 1844, il entreprend la rédaction d’un Don Juan ; les fragments paraîtront après sa mort.
La même année, après une attaque, sa folie augmente. De la fenêtre d'un rez-de-chaussée qui appartient à ses amis de Stuttgart, il saute en chemise et chaussettes et crie : « Je veux aller là où se trouve la liberté ! ». Il est interné en octobre 1844 dans la « maison de santé » (c'est-à-dire un hôpital psychiatrique) de Winnenthal près de Stuttgart. Il est transporté en mai 1847 dans le « Centre de soin » du docteur Görgen à Oberdöbling près de Vienne. Il y reste trois ans avant de mourir. Sa folie aurait pu être causée par une syphilis ayant dégénéré.
Ses différentes réécritures, Faust, Savonarole, Les Albigeois, Don Juan, montrent que Lenau est plus un adaptateur qu’un créateur pour la prose. Les personnages qui l'intéressent, Faust, Don Juan, les tziganes, les brigands, Zizka, ont un point commun avec lui : ils sont en marge de la société, exclus, insoumis ou insatisfaits, cherchant toujours le bonheur ailleurs.
La poésie lui apporte une voie d’expression personnelle et originale : il peut y exprimer son sens musical des choses. Il puise son inspiration en partie dans la nature (la steppe hongroise de son enfance et les montagnes autrichiennes, la mer), et en partie dans son expérience de la vie et son désespoir.
Son lyrisme paradoxal, car il chante l’ennui et le désespoir, a inspiré de nombreux musiciens. Robert Schumann a mis certains de ses poèmes en musique, comme Meine Rose (Ma rose), Kommen und Scheiden (Arriver et partir), Die Sennin (L'apalgiste), Einsamkeit (Solitude), Der schwere Abend (Le soir lourd). Fanny Hensel (compositrice, sœur du compositeur Felix Mendelssohn), choisit les poèmes Der Vorwurf (Le reproche), Abendlied (Chant du soir), Die Sennin. Franz Liszt s’est inspiré de ses textes, notamment pour Der traurige Mönch (Le moine triste) et deux épisodes de son Faust, dont la célèbre Méphisto-Valse. Lenau fut un modèle pour F. Kreutzwald, auteur d'une épopée nationale et d'un recueil de contes et poèmes contemplatifs. Le compositeur suisse Othmar Schoeck a mis en musique plusieurs de ses poèmes pour ses cycles de lieder.
De nombreuses rues, écoles et hôpitaux (certains psychiatriques) furent baptisés à son nom. Une « Lenaustrasse » existe à Nuremberg. Le nom de sa ville de naissance, en Roumanie aujourd'hui, fut changé de « Csatad » en « Lenauheim » en 1926.