Lieko Shiga (en japonais : 志賀理江子), née en 1980 à Okazaki, dans la préfecture d'Aichi, est une photographe et artiste contemporaine japonaise. Son travail associe photographie documentaire, mise en scène et installation, et s'intéresse notamment aux rapports entre mémoire, territoire, rites et représentations de la vie et de la mort.
Elle est notamment connue pour Canary (2007), Rasen Kaigan (2008-2012) et Human Spring (2018-2019). Lauréate du prix Kimura Ihei et d'un Infinity Award de l'International Center of Photography, elle a présenté son travail au Museum of Modern Art de New York, au Tokyo Photographic Art Museum et au Palais de Tokyo à Paris.
Née en 1980 à Okazaki, dans la préfecture d'Aichi, Lieko Shiga étudie à partir de 1999 au Chelsea College of Art and Design, à Londres, dont elle sort diplômée en 2004. Durant cette période, elle photographie notamment les personnes de son entourage et des habitants d'un ensemble de logements londoniens. Certaines de ces images sont réunies dans son premier livre, Lilly, publié en 2007.
La même année paraît Canary, recueil de photographies réalisées notamment au Japon et en Australie. Ces deux publications lui valent le 33e prix Kimura Ihei, décerné en 2008. Elle reçoit en 2009 l'Infinity Award du jeune photographe de l'année, attribué par l'International Center of Photography de New York.
En 2008, elle s'installe dans le quartier côtier de Kitakama, à Natori, dans la préfecture de Miyagi, au nord-est du Japon. Elle devient photographe pour la communauté locale, documentant les fêtes, les réunions et les cérémonies, tout en recueillant des témoignages oraux auprès des habitants. Ce travail d'immersion nourrit progressivement sa pratique artistique.
Le séisme de 2011 de la côte Pacifique du Tōhoku et le tsunami qui lui succède dévastent Kitakama. Shiga survit à la catastrophe, mais perd son habitation, son atelier et une partie de ses archives. Elle participe ensuite, avec des habitants, à la récupération et au nettoyage de photographies retrouvées dans les décombres. L'expérience infléchit son travail, sans qu'elle souhaite le réduire à une représentation de la catastrophe.
Elle poursuit son activité dans la préfecture de Miyagi, où elle développe des projets photographiques et des installations. En 2021, elle est lauréate, avec l'artiste Kota Takeuchi, du Tokyo Contemporary Art Award 2021-2023.
Les photographies de Lieko Shiga prennent souvent pour point de départ des personnes et des lieux réels, auxquels elle associe des récits, des souvenirs ou des éléments issus de croyances locales. Elles recourent à des éclairages artificiels, à des filtres colorés et à des scènes construites avec la participation des personnes photographiées. Le résultat brouille les frontières entre enregistrement documentaire et représentation imaginaire.
Dans TIME, Marco Bohr décrit, à propos de Canary, des images qui donnent une forme visuelle à ce qui demeure difficilement perceptible. Le critique Gerry Badger insiste quant à lui sur la dimension expressionniste de la démarche de Shiga, qu'il distingue de l'approche plus retenue de la photographe Rinko Kawauchi. Il souligne également la coexistence, dans son travail, de photographies mises en scène et d'éléments documentaires.
Réalisé à partir de son installation à Kitakama en 2008, Rasen Kaigan (Spiral Coast, « Côte en spirale ») associe portraits, paysages, interventions dans l'environnement et images liées à l'histoire de la communauté. Le projet comprend des photographies prises avant et après le tsunami de mars 2011. Il est présenté lors d'une exposition personnelle à la médiathèque de Sendai en 2012-2013, puis fait l'objet d'un livre publié par Akaaka Art Publishing en 2013.
Dans une étude publiée par 1000 Words, Gerry Badger analyse ce travail comme une réflexion sur le souvenir et la matérialité de la photographie, plutôt que comme un simple témoignage visuel du désastre. Il relève l'emploi de prises de vue nocturnes au flash, de tirages altérés et de procédés photographiques variés. Pour la commissaire et historienne Amanda Maddox, Rasen Kaigan rend également compte d'une collaboration prolongée entre l'artiste et les habitants du village.
La série Blind Date, commencée à Bangkok en 2009 à partir de portraits de couples, est reprise et présentée dans une exposition personnelle au Marugame Genichiro-Inokuma Museum of Contemporary Art en 2017. L'installation comprend des tirages photographiques et une vingtaine de projecteurs de diapositives, mettant en relation les notions de regard, de rencontre et de perception.
Conçue en 2018-2019, la série Human Spring explore les relations entre les changements de saison, les corps, la mémoire et la mortalité. Elle prolonge notamment les réflexions nées de l'expérience de Shiga dans le Tōhoku après 2011. L'ensemble est exposé au Tokyo Photographic Art Museum du 5 mars au 6 mai 2019. Amanda Maddox le situe également dans le contexte des transformations sociales du Japon durant l'ère Heisei.
Son travail s'étend aussi à la vidéo. Dans When the Wind Blows (2022-2023), elle aborde les paysages et les opérations de reconstruction qui ont suivi la catastrophe de 2011, en faisant de la marche un motif central de l'œuvre. Le projet fait notamment l'objet d'un article de Zoé Terouinard dans Fisheye en 2026.
Des œuvres de Lieko Shiga figurent notamment dans les collections du Museum of Modern Art de New York, du San Francisco Museum of Modern Art, du J. Paul Getty Museum de Los Angeles et du Tokyo Photographic Art Museum.