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Lisa J. Grushcow, née en 1974 à Ottawa, est une rabbine canadienne du judaïsme réformé. Depuis 2012, elle est rabbine principale du temple Emanu-El-Beth Sholom, à Westmount, seule congrégation réformée de Montréal. Première femme à diriger cette congrégation, elle était aussi, au moment de sa nomination, la première femme à occuper le poste de rabbin principal dans une congrégation canadienne de plus de 1 000 familles membres. Radio-Canada la présente comme la première femme ouvertement lesbienne à diriger une importante synagogue au Canada.
Boursière Rhodes et docteure de l’université d’Oxford, elle a publié une étude sur l’interprétation rabbinique du rituel de la sota et dirigé un ouvrage collectif sur la sexualité dans la tradition juive. Figure du dialogue interreligieux à Montréal, elle s’est opposée aux projets québécois d’encadrement des signes religieux, a mené le parrainage de réfugiés syriens par sa congrégation et intervient régulièrement dans les médias sur l’antisémitisme au Canada depuis 2023.
Lisa Grushcow naît à Ottawa en 1974 ; sa famille s’installe à Toronto alors qu’elle a deux ans. Elle grandit dans le courant conservateur (massorti) et fréquente la synagogue Beth Tikvah de Toronto.
Elle étudie à l’université McGill, où elle se spécialise en science politique, avec une mineure en études juives, et obtient son baccalauréat en 1996,. Pendant ses études, elle fréquente la congrégation reconstructionniste Dorshei Emet. La même année, la Fondation Y des femmes de Montréal lui décerne le prix Femmes de mérite dans la catégorie « Jeune femme de mérite », et elle est choisie boursière Rhodes pour le Québec. À Balliol College, à Oxford, elle obtient une maîtrise en philosophie (M.Phil.) sur le judaïsme et le christianisme dans le monde gréco-romain, puis un doctorat (D.Phil.),, avec une thèse consacrée aux interprétations rabbiniques de la sota.
Elle se destinait au rabbinat dans le mouvement conservateur. À Oxford, elle tombe amoureuse d’une femme rencontrée lors d’un colloque ; comme le séminaire conservateur où elle comptait étudier n’ordonnait pas alors de rabbins ouvertement homosexuels, elle se tourne vers le judaïsme réformé, un changement qu’elle opère pendant son séjour en Angleterre,,. Elle étudie ensuite au Hebrew Union College-Jewish Institute of Religion à New York, comme boursière de la Fondation Wexner, et y est ordonnée rabbin en 2003.
De 2003 à 2012, elle exerce à la congrégation Congrégation Rodeph Sholom (en), une importante synagogue réformée de l’Upper West Side, à Manhattan, d’abord comme rabbine associée, puis comme rabbine associée principale,. Elle y célèbre des centaines de bar et bat-mitzvah et de mariages, et accompagne des fidèles du milieu de la finance après la crise financière mondiale de 2007-2008. Avec sa conjointe d’alors, elle milite auprès de l’État de New York en faveur du mariage entre personnes de même sexe, légalisé en .
Le temple Emanu-El-Beth Sholom annonce sa nomination le ; elle entre en fonction le , succédant au rabbin Leigh Lerner, qui prend sa retraite après 23 ans à la tête de la congrégation. Elle est officiellement installée le . Elle dit alors ne pas vouloir être perçue comme une femme rabbin ou une rabbin gaie, mais simplement comme une rabbin, et voit dans l’unique congrégation réformée de Montréal un lieu capable d’accueillir ceux qui n’ont pas leur place ailleurs dans la communauté. Elle estimera plus tard avoir été recrutée pour ses compétences, comme « la bonne personne pour ce poste », plutôt qu’en raison de son genre ou de son orientation sexuelle.
En 2015, l’hebdomadaire new-yorkais The Forward la compte parmi les rabbins les plus inspirants d’Amérique ; l’hommage qui l’accompagne souligne ses efforts pour rendre le temple accessible aux personnes handicapées,. En 2019, elle copréside le conseil interconfessionnel des rabbins de Montréal (Montreal Board of Rabbis).
Sa monographie Writing the Wayward Wife: Rabbinic Interpretations of Sotah, publiée en 2006 par les Éditions Brill dans la collection « Ancient Judaism and Early Christianity », étudie la manière dont les sources tannaïtiques et amoraïques interprètent le rituel de la femme soupçonnée d’adultère prévu au livre des Nombres (5, 11-31). Dans la revue féministe juive américaine Lilith, Shira Fischer résume sa thèse : les préoccupations des rabbins touchent les femmes sans porter d’abord sur elles ; elle relève deux constantes dans les textes, l’attention minutieuse au détail juridique et la réticence à présumer la culpabilité.
En 2014, elle dirige pour les éditions de la Conférence centrale des rabbins américains l’ouvrage The Sacred Encounter: Jewish Perspectives on Sexuality, destiné à présenter au grand public la sexualité dans le judaïsme. Elle a également collaboré à The Torah: A Women’s Commentary,.
Au milieu des années 2010, elle tient avec le rabbin orthodoxe torontois N. Daniel Korobkin la chronique à deux voix « Rabbi to Rabbi » du Canadian Jewish News, où les deux rabbins confrontent leurs points de vue sur des questions comme la crise des réfugiés syriens ou l’aide médicale à mourir,. En , alors que le Parlement débat de l’aide médicale à mourir, elle s’y dit profondément préoccupée par le risque de dérive, plaide pour des soins palliatifs accessibles et des garde-fous, mais soutient qu’il n’existe pas de voix juive unanime sur la question et qu’elle accompagnera les fidèles qui feront ce choix.
Lisa Grushcow s’oppose publiquement aux projets québécois d’encadrement des signes religieux. En , son temple accueille une table ronde sur la charte des valeurs, où intervient notamment le philosophe Daniel Marc Weinstock. Le , elle est l’une des deux rabbins à prendre la parole devant quelque 700 personnes lors d’un rassemblement interconfessionnel contre le projet de loi 60, tenu à la synagogue Shaare Zedek ; elle y affirme que le judaïsme voit dans la différence une bénédiction. En 2025, elle juge le projet de loi 94, qui vise à étendre les restrictions sur les signes religieux dans les écoles, contraire aux valeurs partagées par les Québécois et les Canadiens, puis réagit au projet gouvernemental d’encadrer la prière dans l’espace public en estimant que « le problème n’est pas la religion, mais le radicalisme ».
Elle participe en à la première rencontre de responsables juifs et musulmans de Montréal organisée sous l’égide de la Foundation for Ethnic Understanding. Après les attentats de Christchurch de , elle se joint à un rassemblement de solidarité devant le centre islamique El Markaz, à Saint-Laurent, rappelant que la communauté musulmane avait soutenu les Juifs après la fusillade dans une synagogue de Pittsburgh. En , elle participe sur les ondes d’ICI Première à une rencontre avec une religieuse catholique et une guide spirituelle musulmane. En 2022, le temple expose les portraits de l’Indigenous Forced Displacement Project ; la rabbine, qui avait consacré un sermon de Kol Nidre aux torts causés aux peuples autochtones, appelle les Canadiens à reconnaître la part sombre de leur histoire.
Après les attaques du 7 octobre 2023, Radio-Canada fait le portrait de son amitié avec la militante palestinienne bédouine Amal Elsana-Alhjooj, amie et ancienne collègue de Vivian Silver, comme exemple d’un dialogue maintenu malgré la guerre. En , elle participe au lancement montréalais d’une traduction en ouïghour du livre de Viktor Frankl Découvrir un sens à sa vie, soutenue par des membres de la communauté juive.
En , bouleversée par la photo du petit Alan Kurdi, elle appelle sa congrégation à parrainer une famille de réfugiés syriens : « Comme juif nous connaissons ce que c’est lorsque l’on n’a pas une place, lorsque nous n’avons pas d’aide », explique-t-elle à Radio-Canada. Le temple devient le premier organisme juif montréalais à s’engager dans le parrainage de réfugiés syriens, et la collecte permet d’en accueillir deux familles. La rabbine précise que la religion des réfugiés, musulmans, n’a jamais été un critère et voit dans le projet l’occasion de nouer des liens avec la communauté musulmane de Montréal,. La première famille arrive le , réunissant deux frères séparés par la guerre ; « Le vivre-ensemble, on veut montrer ça », dit alors la rabbine,. En 2018, elle appuie la déclaration de 33 rabbins canadiens demandant la suspension de l’Entente sur les tiers pays sûrs avec les États-Unis.
En , elle figure parmi les trois rabbins montréalais en tête d’une pétition de plus de 770 signataires inquiets du projet de réforme judiciaire du gouvernement israélien, et doit prendre la parole lors d’un rassemblement devant le consulat d’Israël.
Après le 7 octobre 2023, elle décrit à Radio-Canada une double souffrance : le massacre lui-même et le sentiment que ce deuil n’a pas été partagé par les voisins non juifs. « Les Juifs, on se sent très isolés depuis le 7 octobre », dit-elle, évoquant des fidèles qui hésitent à garder leur mezouzah à la porte ou à allumer les bougies de Hanoucca à la fenêtre.
Le , une croix gammée est peinte sur le mur de son temple pendant le shabbat. Dans une vidéo publiée sur Facebook, elle rend l’incident public et exhorte la population à dénoncer l’antisémitisme : « Ce qui est encore plus perturbant que l’antisémitisme que nous voyons et que nous subissons, c’est le silence de nos amis non juifs ». En , dans une lettre ouverte publiée par La Presse alors que des militants cherchent à exclure les groupes sionistes du défilé de Fierté Montréal, elle soutient qu’être juive, LGBTQ+ et sioniste n’a rien de contradictoire. Au lendemain de l’attentat de la plage de Bondi, en , elle estime que les auteurs ont voulu signifier aux Juifs « que nous ne sommes pas en sécurité pour célébrer nos fêtes » ; le lendemain, elle allume la deuxième bougie de Hanoucca devant l’hôtel de ville de Westmount, affirmant : « Nous avons plus de lumière que toute cette noirceur ».
Dans la nuit du 4 au , un homme tente d’incendier le temple ; il n’y a pas de blessés, les dégâts sont mineurs et un suspect est arrêté à proximité,. La rabbine souligne que les mesures de sécurité récemment renforcées ont porté leurs fruits et déclare : « L’antisémitisme ne fait pas une différence entre une communauté plus ouverte comme nous et les autres. » Elle appelle l’ensemble de la société à combattre ce problème, comme « ce n’est pas seulement aux femmes de combattre la misogynie ». Elle se dit par ailleurs convaincue qu’il s’agissait d’un crime haineux délibéré, bien qu’aucune accusation en ce sens n’ait été portée.
Interrogée par La Presse canadienne lors du troisième anniversaire du 7 octobre, elle constate que « la société dans laquelle nous vivons n’est pas tout à fait celle que nous imaginions », raconte avoir été insultée lors d’un défilé de la Fierté parce qu’elle portait une étoile de David aux couleurs de l’arc-en-ciel, et conclut : « Ce travail ne peut pas reposer entièrement sur la communauté juive ».
Sa première conjointe est la rabbine Andrea Myers, auteure du récit autobiographique The Choosing (2011). Leur union est bénie religieusement à New York en 2001, et elles se marient civilement à Kingston, en Ontario, en 2003, peu après la légalisation du mariage entre personnes de même sexe dans cette province. Le couple s’établit à Montréal en 2012 avec ses deux filles ; il se sépare environ un an plus tard,. Lisa Grushcow se remarie en 2018 ; en 2022, elle est mère de trois enfants.