| Louis Gaillard Louis Auguste Gaillard | |
| Naissance | Liège |
|---|---|
| Décès | (à 59 ans) Louvain |
| Origine | Principauté de Liège |
| Allégeance | |
| Arme | Infanterie |
| Grade | Major |
| Années de service | 1793 – 1830 |
| Commandement | Garnison de Louvain |
| Conflits | Guerres de la Révolution française Guerres napoléoniennes Révolution belge |
| Faits d'armes | Combats de Louvain |
| Distinctions | |
| modifier |
|
Louis Gaillard, né le à Liège (Principauté de Liège) et mort lynché le à Louvain (Belgique), est un militaire belge entré au service de la France puis du royaume uni des Pays-Bas.
Il est le commandant de la place forte de Louvain lorsqu'éclate la révolution belge. Le , les insurgés s'emparent de la caserne militaire au début des combats de Louvain. L'armée ouvre le feu sur le peuple puis est contrainte de quitter la ville, laissant 5 mort parmi les Louvanistes, qui estiment Louis Gaillard responsable. Il est retrouvé à Malines le et ramené de force à Louvain où il est livré à la foule et sauvagement assassiné.
Louis Auguste Gaillard intègre l'armée révolutionnaire française et 1793 et termine sa carrière française en tant qu'officier des chasseurs à pied de la Vieille Garde de Napoléon Ier. Après la chute du Premier Empire en 1814, il intègre les forces armées du royaume uni des Pays-Bas et y est promu major avec la fonction de commandant de la place de Louvain dès 1821. En 1830, la garnison de la ville se compose du 2e bataillon de la 11e afdeeling, sous le commandement du major Joannes Fransiscus Battaerd.
La révolution belge déclenchée par les émeutes d'août 1830 à Bruxelles, se propage et se transforme rapidement en une insurrection générale dans l'ensemble des Pays-Bas méridionaux. Louvain est l'une des premières villes à gagner la cause « belge » et, le , éclatent les combats de Louvain.
En effet, le bruit court que la garnison de la ville a reçu des armes, de la poudre et des munitions de la part de la régence et que le général Albert Dominicus Trip van Zoudtlandt (nl) marche avec ses hommes pour venir la renforcer. Le poste de garde du bataillon d'instruction commandé par l'adujdant-major Berents, avait bien reçu des cartouches en prévision de potentiels troubles, mais le major Gaillard, qui commande la place, l'ignore. Lorsque des Louvanistes se présentent dans son bureau pour lui demander des armes, il leurs répond qu'il n'en possède pas et, sur l'insistance de ses interlocuteurs, il finit par dire : « Allez au dépôt, vous en trouverez ». Sur ses mots, le peuple se rassemble sur la Grand-Place de Louvain et se porte vers la caserne d'infanterie de Bay, rue de Tirlemont. Ils s'emparent de la guérite et enfoncent la porte, forçant les militaires à répondre à l'assaut en ouvrant le feu. La fusillade fait un mort, plusieurs blessés et conduit les insurgés à battre en retraite vers l'hôtel de ville de Louvain où ils exigent du conseil de Régence le départ immédiat de la garnison. Le secrétaire communal, seul fonctionnaire qui se trouvait en ce moment à l'hôtel de ville, écrit au major Gaillard pour le prier d'accéder au désir du peuple. Celui-ci choisit de se conformer à la demande du représentant des autorités municipales et, peu de temps après, Jean de Neeff, le commandant de la schutterij locale, se rend à la caserne escorté par la foule afin d'en prendre possession. Là, ils trouvent les munitions supplémentaires, ce qu'ils interprètent comme un mensonge une trahison de la part du commandant de la place.
Une nouvelle fusillade éclate, tuant quatre bourgeois. Le peuple se jette alors sur la garnison, la désarme en partie et la contraint à quitter la ville par la porte du Parc. De nombreuses personnalités politiques en font de même alors qu'une commission de sûreté publique est mise sur pied, composée de Pierre-Joseph Beckx, d'Eugène Claes, d'Adolphe Roussel, d'Ernest de Schrynmakers de Dormael, de Pierre-François Van Meenen et de Jean de Neef. Ce-dernier en profite pour prendre la place du bourgmestre (nl), Gérard d'Onyn de Chastre (nl). Dans la soirée, la populace saccage la demeure du major Gaillard, rue Charles de Bériot (nl) et libère les prisonniers politiques, notamment ceux du début des émeutes, le .

Après l'évacuation de Louvain le , puis la tentative infructueuse de reprendre la ville le lendemain, le major Gaillard, se retire à Anvers avec son épouse. Lorsque la cité portuaire est prise par les volontaires belges à l'issue des combats d'Anvers, il est reconnu et une première fois poursuivit par les hommes du corps franc de Louvain. Il se réfugie à l'hôtel de ville d'Anvers, d'où on le fait disparaître en le confiant au concierge. Alors que le bombardement d'Anvers commence, le major, sa femme et plusieurs officiers de la citadelle d'Anvers décident de regagner Bruxelles pour jurer allégeance au gouvernement provisoire de Belgique. En chemin, ils font escale à Malines le et y retrouvent des Louvanistes qui avaient appris leur venue par la diligence. Aussitôt, quinze d'entre-eux décident d'arrêter le major avec, à leur tête Joseph Bergmans et Jean Hermans, qui veulent le conduire à Louvain. Les chefs du corps franc tentent de les en dissuader et proposent d'emprisonner le major à Malines ou de le conduire à Bruxelles. Parmi eux l'on retrouve Jean de Neeff, Eugène Claes et Jean-Baptiste Hambrock, qui s'inquiètent du sort que pourrait réserver les habitants de Louvain à l'ancien chef de la garnison locale, considéré comme responsable de l'effusion de sang du .
Les combattants n'en démordent pas et l'emmènent de force sur une barque par le canal Louvain-Dyle. Pendant la traversée, il est harcelé par l'un des manœuvres de la barque, François de Bal, qui cherche à lui mettre une corde au cou en disant : « hy moet er aan » (« il faut qu'on lui mette »). Vers 19 h 30, l'embarcation arrive en ville où le peuple s'est rassemblé sur la Grand-Place de Louvain, jurant de mettre à mort le major. Les quelques gendarmes présents sont forcés de se retirer, menacés du même sort par la foule et aucune autre autorité politique n'est présente à Louvain à ce moment. Pierre Stroobants, ouvrier au canal, attend la barque avec sa torche disant : « Ik zal van tyd tot tyd myn fakket op zynen hop wa, nit kloppen » (« j'aurai soin de lui secouer ma torche sur la tête »). À ce moment, Louis Gaillard reçoit un coup de poing à l'arrière du crâne, ce qui le fait trébucher. Jean Quidaes saisit alors le major par les cheveux pour le trainer tandis que Stroobants lui assène plusieurs coups de sa torche allumée, si bien que celle-ci s'éteint au troisième coup. La foule se rue ensuite sur la victime et le traine jusqu'à l'arbre de la liberté pour l'y pendre. Lambert-Joseph Nainfort s'adresse à la foule, le poing ensanglanté : « Ziet ik heb den commandant daer wat gegeven » (« Voyez ! je viens d'arranger un peu le commandant »). Un autre participant au lynchage, Pierre Laurent, déclare : « Het is eenen tuygen duyvel, ik heb er myne vuysten op van een geslaegen » (« c'est un diable bien coriace, je me suis brisé les poings sur ses os »). Une femme participe également au massacre : Jeanne Vankeyenberg, qui attaque la victime au visage avec une paire de ciseaux. Pendant ce temps, Louis Van Leeuw et Libert Van Waremberg amène une corde et essayent de pendre le major à l'arbre, mais celle-ci se rompt par trois fois. Voyant cela, les assaillants achèvent Gaillard à coups de pavés puis le dépouille de ses vêtements et le traîne nu dans les rues de la ville en vociférant.
Le procès se tient au mois de à la cour de Bruxelles : les coupables sont condamnés par contumace à la peine de mort, trois d'entre-eux ayant quitté le pays :
Ils se présentent finalement en aux assises du Brabant et nient tous avoir participé au crime. On procède alors à l'audition des témoins : sur 42 cités à comparaitre, 38 répondent à l'appel. Parmi eux, les docteurs Jacquelaert et Maestraet, qui ont procédé à l'autopsie du corps, relatent avoir trouvé celui-ci entièrement couvert de boue et avoir remarqué des contusions et des blessures sur toutes les parties du corps. Ils indiquent que la peau était altérée par des brûlures, que sur la face et les yeux il y avait un enduit bitumineux, qu'au-dessus de l'oeil gauche, il y avait une plaie qui pénétrait jusque sur l'os et qu'une semblable plaie existait également à l'occiput. Ils précisent également qu'en enlevant le crâne ils ont remarqué sur toutes les parties chevelues du sang caillé et extravasé, au bas-ventre les intestins froissés et que l'état du coeur prouvait qu'il vivait encore au moment où tous les coups lui ont été portés. Enfin, ils affirment qu'il y avait pression circulaire autour du cou et que c'est la strangulation qui a causé la mort, ajoutant que l'état du cerveau l'aurait fait succomber.
Les autres témoins déclarent dans la grande majorité n'avoir rien vu ou ne pas se souvenir, ce qui mène le jury à déclarer les accusés non coupables et le Président de les acquitter.
