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Louis Frank (né le à Bruxelles et mort le dans la même ville) est un philosophe et juriste belge, pionnier du mouvement féministe belge.
Militant libéral et pacifiste, il voue sa carrière à la défense des droits de la femme et de l'enfant et à un nouvel ordre social. Il représente Marie Popelin au barreau lors de l'affaire Popelin et co-fonde la Ligue belge du droit des femmes. Il produit de nombreux ouvrages, essais, pamphlets et articles dans ce domaine.
Louis Frank naît dans une famille juive belge modeste,. Son père Meyer Frank est agent de change et sa mère Eugénie Herman est femme au foyer. Son père décède lorsque Louis Frank a seize ans.
Il poursuit une scolarité brillante et, en , il est lauréat du concours général des athénées du royaume.
En , il obtient un diplôme en droit et en philosophie de l'université libre de Bruxelles, avec les mentions distinction et grande distinction. La « Laurea in Giurisprudezia con lode » de l'université de Bologne lui est décernée un an plus tard, en , pour son travail sur les enfants illégitimes, et la presse le remarque à la suite de la publication d'une série impressionnante de travaux.
Engagé dans la philanthropie juive, il lui consacre deux ouvrages. Il soutient farouchement Alfred Dreyfus, et intervient au barreau en sa faveur lors de son procès, ainsi que lors de celui d'Émile Zola en .
Il travaille brièvement comme avocat-conseiller de banques, mais renonce à ce poste en pour se consacrer à la cause féministe.
Louis Frank est l'avocat de Marie Popelin lors de l'affaire Popelin. Devant le tribunal, il conteste l'argument selon lequel la fonction d'avocat serait essentiellement une fonction publique, et avance qu'aucune disposition légale n'empêcherait les femmes d'y accéder. Il plaide qu'au contraire l'exercice du métier par une femme est conforme à l'esprit du décret du sur la profession d'avocat et l'exercice au barreau et défend une interprétation libérale des lois du Code civil, plutôt qu'une réforme. Il avance en outre des arguments sur l'organisation judiciaire et cite la loi de sur l'acquisition de diplômes.
Il conteste aussi l'argument historique sur l'incompatibilité de la femme avec la fonction d'avocat, citant des contre-exemples tirés du droit romain, de l'Égypte antique, de la Grèce antique et des jeunes civilisations chrétiennes, qui laissaient une place aux femmes dans le débat public et parfois en justice.
Son essai La femme-avocat, publié en , balise l'affaire Popelin.
Louis Frank conclut que sa cliente a le droit de recevoir a minima le titre et la qualité d'avocat. Cette demande est rejetée en .
Malgré cet échec, Frank encourage Jeanne Chauvin à demander son admission au barreau de Paris. Quand sa demande est déboutée, Frank est appelé comme conseil, il coordonne avec elle la stratégie juridique et la soutient en publiant de nombreux articles et pamphlets en sa faveur, attaquant l'injustice du code napoléonien.
Dès , il écrit de nombreux essais sur les droits des femmes et participe à de nombreuses conférences féministes. En , alors en pleine affaire Popelin, il publie un pamphlet majeur La femme-avocat, dans lequel il défend l'entrée de la femme dans le métier d'avocat. Ce dernier prône une révision du Code civil, et ses thèses sont largement vulgarisées.
En , il présente au Congrès universitaire de Gand sa thèse du Droit pour la femme de faire usage du diplôme obtenu, puis se voit décerner le titre de lauréat au concours Rossi, organisé par l'École du droit de Paris, pour son travail sur le thème de la condition politique des femmes.
En , il publie un texte de plus de 600 pages, Essai sur la condition politique de la femme, dans lequel il défend le féminisme et connaît un écho dans la presse et un succès international. Son travail constitue le premier travail significatif sur la question. Il défend une égalité politique indispensable pour une égalité civile, et défend le droit de suffrage politique, administratif et professionnel des femmes.
Frank dénonce les injustices et s'exprime pour une égalité des sexes :
« La société poursuivra sa marche rationnelle pour en arriver enfin, par des transformations successives, à l'égalité civile et politique des sexes, qui sera, dans l'avenir, un des principes cardinaux du droit constitutionnel (p. 223). »
À ce sujet, le New York Herald décrit son travail en ces termes :
« C'est probablement le travail le plus volumineux et compréhensif jamais consacré à la condition sociale et politique du beau sexe. »
Ces positions féministes modérées sont parfois bien accueillies dans la presse, notamment lorsqu'il évoque la création d'une organisation féministe. L'université libre de Bruxelles lui décerne le titre de docteur spécial en droit public pour une thèse sur la condition de la femme et il organise de nombreuses conférences pour rallier des membres à son organisation féministe. Il cherche aussi à augmenter le soutien à sa cause en envoyant des exemplaires à des personnalités telles que la comtesse de Flandre ou le baron de Rothschild, ainsi qu'à des féministes étrangères comme Wilhelmina Drucker, qui le félicitent chaleureusement.
Par la suite, il co-fonde en la Ligue belge du droit des femmes avec Marie Popelin. L'événement est souvent considéré comme l'acte de naissance du féminisme belge. Il dirige l'organisation en tant que secrétaire général et continue de rédiger des ouvrages sur le féminisme comme La femme dans les emplois publics. En , il démissionne de la direction de son organisation. Le journal Messager de Bruxelles décrit cette démission, bien qu'il soit très actif dans la vulgarisation de la cause : « Les femmes se liguèrent bientôt contre lui. Il en avait trop pris pour lui seul... ».

Après avoir quitté l'organisation, il continue à écrire de nombreux ouvrages et articles d'opinion en faveur de l'émancipation de la femme dans la société, tels que Le Grand Catéchisme de la femme, L'assurance maternelle, L'Éducation domestique des jeunes filles. Il touche dans ses écrits à l'ensemble des aspects de la vie des femmes, allant de l'éducation des jeunes filles à l'encadrement des mères, en passant par les assurances maternelles.
Dans les années 1890, il défend le féminisme aux salons du mardi organisés par les époux Ray Nyst et Élise Soyer, elle-même figure marquante du féminisme en Belgique et fondatrice en du journal L'International Féminin.
Il renoue rapidement avec la Ligue, participe aux dîners et à la création du premier Congrès international féministe, qui est organisé à Bruxelles en .
Frank continue aussi d'entretenir des relations épistolaires avec de nombreuses féministes, dont en particulier la Hollandaise Wilhelmina Drucker, avec qui il partage fréquemment des comptes rendus de la situation en Belgique. Frank participe aussi pendant trois ans à l'écriture d'articles publiés dans le journal féministe de Drucker, Évolution. En contrepartie, Drucker fait traduire certains de ses livres en néerlandais.
La question de la paix préoccupe aussi Frank, et il défend le rôle que pourrait jouer la femme dans cette cause devant le Congrès international de la Paix tenu à Anvers en .
Durant cette période, il concentre aussi son activisme dans l'accès aux études supérieures pour les femmes et fonde l'Œuvre des conférences féministes à l'ULB. En , il devient professeur de cette université et dispense des cours sur la législation féministe. L'année suivante, en , il propose trois projets de loi sur Le témoignage de la femme, L'épargne de la femme mariée et Les salaires de la famille ouvrière. Il fonde également un Office féministe universel, centralisant les documents relatifs à cette cause, et améliorant ainsi la coordination entre milieux féministes.
Louis Frank défend le suffrage universel, y compris pour les femmes. Il publie en Le Vote cumulatif ou le suffrage universel proportionnel et un second essai en , Le Suffrage universel proportionnel et intégral. Il est soutenu par Louise Van den Plas, tandis que Marie Popelin reste plus réservée.
Membre de la Ligue patriotique contre l'alcoolisme, il participe à la lutte contre l'alcoolisme. Il prône notamment le féminisme comme remède à ce fléau :
« Seule une coopération active, intelligente et consciente de la femme pourra extirper chez tous les peuples le mal alcoolique. »
Il expose sa thèse dans son ouvrage La femme contre l'alcool publié en .
Vers , Frank s'investit dans le mouvement pacifiste. Il devient l'une des figures de l'Union pacifiste, et participe au plan du Palais Mondial.
En , Frank rédige Les Belges et la paix. Dans son livre, il défend une Belgique pacifiste et internationaliste. Il publie par la suite un second volume, L'Organisation de la Paix et le District fédéral du monde, dans lequel il développe l'idée, selon laquelle la ville de Bruxelles deviendrait une capitale administrative idéale d'une future « Confédération mondiale » et de faire de la Belgique « un centre des institutions mondiales qui se créeront où se développeront à l'avenir ». Frank obtient également le soutien du futur roi Albert Ier
Frank propose également de créer une célébration du centenaire de la bataille de Waterloo en espérant que cela marquera le début d'une période de paix mondiale. En , Frank pense la création de son projet à Tervuren / Bruxelles et tente d'être rejoint notamment par Hendrik Christian Andersen. Les plans seront finalement abandonnés. Le projet sera développé après sa mort et à la fin de la guerre par Paul Otlet.
Selon Françoise de Bueger-Van Lierde, ses idées avant-gardistes, ses prétentions exagérées et son origine juive dans un climat hostile jouèrent en sa défaveur pour la réception de ses idées. Il mourut le à l'âge de 53 ans.