| Laguatans | |
| Période | Antiquité |
|---|---|
| Ethnie | Berbères |
| Langue(s) | Berbère nasamon |
| Religion | Croyances berbères, culte de Gurzil, aujourd’hui Islam |
| Région d'origine | Cyrénaïque |
| Région actuelle | Tunisie, Libye orientale Algérie, Maroc |
| Rois/monarques | Cabaon, Antalas |
| Frontière | Empire romain au Nord, Sahara au Sud, Égypte antique à l'Est. |
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Les Laguatans ou Louata ou Lawâta (arabe : لواتة), sont une confédération tribale berbère qui résidait en Cyrénaïque pendant la période romaine, et se retrouve jusqu'aux confins de l'Égypte. Avec les Austuriens, ils sont une branche d’un peuple du désert, les Nasamons. La confédération est également désignée sous les noms de Lévathes, Zaguantans ou Ilaguas à l'époque byzantine. Les auteurs arabes la mentionnent sous les noms de Lagwata ou Lwata.
Ils ont été nommés de diverses manières : Laguatan, Louata, Lawâta, Lwata, Luwata, ou encore Ilagua (pluriel Ilaguas). Tadeusz Lewicki (en) affirme que la tribu descend du peuple des Libu, eux-mêmes descendants de la tribu des Lubim ou Lehabim (signifiant « peuple des flammes » en hébreu) mentionnés dans la Bible, eux-mêmes descendants de Misraïm fils de Cham. Ils étaient également connus sous le nom de Levates, signifiant chez les berbères « le peuple du haut ». Le nom « Louata » apparaît lorsque les arabes veulent passer du singulier (« Loua ») au pluriel avec l’ajout du suffixe.
Les généalogistes arabes les classent parmi les tribus berbères descendantes de Butr et les attribuent à Loua le Jeune, fils de Loua le Grand, lui-même fils de Zahik. Parmi ses branches les plus importantes figure celle des Mazata, qui s’établit en Égypte, Libye, Tunisie et Algérie, notamment en Tripolitaine, dans les Aurès, le Hodna, le sud tunisien, le kairouannais et le Djebel Oueslat. D’autres branches importantes figurent également, dont celle des Sedrata, fils de Nitat, fils de Loua, ainsi que les Mazura, fils de Masslet, fils de Loua. Parmi leurs tribus établies dans les Aurès, Ibn Khaldoun mentionne les Banu Saada, les Banu Zanjan, Banu Rihan et les Banu Badis.
Ibn Hazm rapporte que des généalogistes berbères les font descendre des coptes, théorie démentie par Ibn Khaldoun. L'historien Christian Courtois défend la thèse de leur localisation initiale en Égypte, en prenant appui sur un passage d’Ibn Khaldoun, qui est aussi un autre argument, peut-être le principal, de l'archéologue David Mattingly. Ce dernier avance en effet : « Il (le passage en question) établit que les Lagwatas (Laguatans) sont originaires d’Égypte et se déplacèrent à travers le désert derrière Barqa (la Cyrénaïque antique). Une branche s’installa en Tripolitaine et dans le Ouarsenis (actuelle Algérie), une autre, les Nefzawa, sur d’autres territoires (probablement le moderne Nefzaoua en Tunisie). La tribu par la suite gagna Kairouan et au-delà ». L'un des clans des Laguatans, celui des Mazata, était présent en Égypte, jusqu'aux portes d'Alexandrie.
Depuis sa première apparition à la fin du IIIe siècle, la confédération joue un rôle important dans la politique de l’Afrique romaine, vandale, byzantine et au début de l'ère arabe. Les Laguatans émergent à la fin du IIIe siècle, lorsque les premiers groupes commencent une migration vers l'ouest, depuis leurs régions d'origine dans le désert libyen. Sous le nom d'Austuriani (reflétant probablement une sous-tribu dominante à l'époque), ils apparaissent comme des pilleurs de la Cyrénaïque et de Tripolitaine au IVe siècle. Dans les années 520, sous leur chef Cabaon, ils remportent une victoire majeure sur les Vandales, gagnant une indépendance effective par rapport à ces derniers. En effet, elle joue un rôle clé dans la seconde moitié du VIe siècle, en étant la tribu cheffe d’une coalition tribale visant à reprendre Tripoli des Vandales et affrontent en 544 le militaire Serge de l’exarchat de Carthage et qui gouvernait Tripoli, qui fait assassiner 80 dirigeants de la confédération à Leptis Magna lors d’un banquet. Cet acte fait suite à différentes plaintes d’individus se plaignant de vols de leurs récoltes par ces derniers. La confédération se rebelle alors, contraignant Serge à solliciter l’aide de son oncle Solomon, gouverneur byzantin de la province d’Afrique, et ils rejoignent alors d'autres chefs de tribus berbères qui s'étaient également rebellés, y compris le chef des Frexes, Antalas. Ces derniers battent Salomon, le tuent, et dispersent son armée en Byzacène en 545. Après cette guerre, des groupes de Louatas s’installent dans le centre tunisien et atteignent le nord, et certaines sources attestent même qu’ils assiègent la forteresse de Laribus avant de regagner leurs terres. Néanmoins, la confédération résiste à nouveau face aux byzantins en 548, et des groupes infiltrent encore une fois la Byzacène et marchent cette fois en direction de Carthage, incitant le général Jean Troglita, un des plus hauts gradés de l’empire byzantin, à se retirer vers le nord afin de réorganiser son armée. Ainsi, il bat les Louatas lors d’une bataille sanglante au cours de laquelle 17 chefs berbères sont tués. À la suite de cette bataille, une paix est conclue entre les deux camps, mais à partir de 563, les hostilités reprennent et ces derniers continuent à infiltrer la Byzacène. Selon le poète byzantin Corippe, ils partagent les croyances berbères et vénèrent Gurzil, identifié comme étant le fils d'Amon et d'une vache sacrée. Avant la conquête islamique, une partie des Louatas sont juifs. De plus, la résistante auréssienne face à la conquête islamique, Kahina, se nomme « Kahina des Louatas », laissant supposer une origine issue de la confédération.
Elle est l’une des premières confédérations berbères à avoir été au contact des Arabes au début de la conquête islamique, s’allie avec eux et se convertit rapidement à l’islam. Certains récits arabes rapportent alors que la confédération aurait rencontré le calife Omar Ibn Al-Khattab. Par ailleurs, elle rejoint l’armée de Oqba Ibn Nafi, et Hassan Ibn Al-Nu’man s’appuie sur eux en nommant Thawran Al-Louati à la tête de cette armée, en 693. Ainsi, il devient le premier commandant d’armée islamique d’origine berbère, et accompagne l’armée de Tripoli jusqu’au Maroc, et c’est de cette manière que les Louatas s’installent dans tout le Maghreb. Ces derniers sont parmi les premiers à soutenir l’imam Abderrahman Ibn Rustam après sa fuite de Kairouan et son arrivée à Tahert, en 761-762, et leur position au sein de l’État Rostémide se renforce juste après le mariage d’un homme de la confédération avec une membre de la famille de l’imam Abdelwahab, jusqu’à ce qu’ils se fassent expulser de Tahert par les Houaras. Ils s’étaient installés dans la zone de Tahert après avoir suivi un gouverneur kairouanais en expédition, et leur chef, Aura Ibn Ali Ibn Hicham est employé au service du gouverneur fatimide Obeid Allah. Ils s’installent de la vallée de Mindas à l’est, les séparant des Beni Oudjidjen (probablement Beni Toujine), jusqu’à Ouarslef à l’ouest, et sont nomades. Par ailleurs une guerre éclate entre les Beni Oudjidjen et les Louatas, après qu’une femme des Oudjidjen épouse un homme des Louatas, et les premiers reçoivent l’appui d’autres tribus comme les Zenata ayant comme chef Yala Ibn Mohamed El Ifreni, et les Matmata, ayant comme chef l’émir Gharana. À la suite de cette guerre, les Louatas sont expulsés, les poussant à migrer sur une montagne au sud de Tahert, rencontrent une tribu maghraouenne mais se font expulser par cette dernière, les poussant à s’installer dans le Tell algérien.
Par ailleurs, les Louatas des Aurès soutiennent le chef nukkarite Abou Yazid et tenaient en sujétion les Kutamas et Houaras voisins, pouvant fournir 1 000 cavaliers et un grand nombre de fantassins, les Hafsides se servant d’eux pour lever l’impôt auprès des autres tribus des Aurès, et fournissant un grand nombre d’hommes à ces derniers lors de leurs campagnes. Quand les Hafsides ont arrêté de gouverner les Aurès, les Banu Saada passent dans le camps des Dhwawdas qui contrôlent le territoire et occupent les mêmes fonctions de leveurs d’impôts mais doivent néanmoins fournir des hommes et payer aussi l’impôt. Cependant, les Banu Rihan et les Banu Badis gardent leur indépendance, jusqu’à ce que la famille Mozni prenne la gouvernance du Zab et fait payer l’impôt à ces deux tribus en leur envoyant des raids de tribus arabes. Les Banu Badis occupent N’gaous et les plaines autour, situées au pied des montagnes, et les tribus arabes qui y stationnent l’hiver paient un tribut aux Banu Badis.
Ils participent également à la révolte d’Ibn Yessel, souverain de Tahert s’étant révolté contre les Fatimides en 947-948, et à cause de ce soutien, El Mansour, le troisième sultan fatimide, lance une expédition contre ces derniers, vivant dans le Sersou, et les expulse dans le désert. Au VIIIe siècle, lorsque le khardjisme est répandu au Maghreb, les Louatas sont la confédération dominante aux côtés des Zénètes, avant de se faire dépasser par les Sanhadja, Kutamas et Maghraouas au IXe siècle, poussant les Louatas à migrer avec les Lemta dans le désert du Sahara. Entre le XIe siècle et le XIIe siècle, les Louatas vivant dans le Sahara Occidental, pris d’une ferveur religieuse, partent en direction du Maghreb et du Soudan (actuel Sahel) dans le but de convertir les sahéliens non musulmans et les maghrébins pratiquant peu l’islam.
Pendant le moyen âge islamique, Ibn Khaldoun note que ce groupe berbère très mobile s'est propagé depuis les oasis du désert occidental d'Égypte vers la Cyrénaïque, la Tripolitaine au sud et vers le centre de la Tunisie et l'Algérie orientale. En Tunisie, on retrouve les Louatas sur tout le territoire à travers de nombreuses tribus dont le noyau provient d’eux, comme par exemple les Fatnassa, ou encore les Mazata. Leur position géographique est très variée dans le pays, notamment dans les régions de Gabès, de Sfax, de Bizerte, dans le Cap Bon, de Mateur, de Makthar, de Téboursouk, de Kairouan, dans le Djebel Oueslat, ainsi que dans les abords de Tunis. Néanmoins, leur structure tribale s’est effondrée à la fin du moyen âge, et ces derniers se sont intégrés à d’autres tribus depuis. Ernest Pellissier rapporte par exemple qu’environ 1 000 Louatas vivaient parmi les Mhadhba. Des documents mentionnent également l’existence des « Louatas Ben Khedher » et « Louatas de Maqta’ Tinja » près de Bizerte. Une fraction des Ouled Ayar nommée Louata a intégré des groupes tripolitains tels que les Soualem, les Skarna, les Hababsa et les Tarhouna, formant leur propre cheikhat chez les Ouled Ayar Guebala. Le cheikh Salem Ben Yagoub mentionne dans son ouvrage Histoire de Djerba et de ses savants que certains habitants de Cedghiane font remonter leurs origines à la confédération. Parmi un des héritages les plus importants de l’île figure la mosquée Beni Daouad, connue sous le nom de « Mihrab Louata », dont la construction date du Xe siècle. Cependant, la branche la plus importante de cette confédération dispersée est celle qui se nomme « Louata Boutrif », payant des impôts s’élevant à 1 650 dinars en 1731-1732, considérée comme une tribu « pûrement tunisienne ». Un nombre significatif de Louatas s’installe dans la région de Téboursouk, plus précisément près de l’Oued Rmal, et payent leurs impôts avec les Mzougha et Zouagha au début de l’ère husseinite, avant de devenir une unité fiscale indépendante en 1850, placés sous la tutelle du cheikh Hassan Ben Ali Zarli. Certains documents indiquent qu’ils quittent ensuite la région de Teboursouk pour la campagne au sud de Béja, au milieu du XIXe siècle. La région a l’est de Medjez El-Bab voit également l’arrivée d’un groupe de Louatas venus de Zaghouan ou de Makthar pour s’établir à Qariat Laatach et Henchir Zerib, couvrant environ 320 hectares. Cette confédération compte parmi les plus anciennes tribus de Tunisie, notamment dans le sud-est. Pendant les cinq premiers siècles de l’Hégire, ils dominent les montagnes et les plaines de la Djeffara, avant que les Hilaliens prennent le contrôle de la région entre 1051 et 1233. La présence des Louatas dans le sud de Gabès est mentionnée dès le IXe siècle, et dans la région de Sfax à l’époque d’Ibn Khaldoun. Les Mazata, une de leur fraction les plus importantes, s’installent dans le Djebel Oueslat et le Kairouanais, où des sources mentionnent le « lac Louata » sur les rives de l’Oued Merguellil. Ibn Idhari mentionne également leur présence dans la région de Gafsa et du Jérid, citant Ibn Al-Qattan (en), qui a déclaré qu’elles faisaient partie des tribus berbères qui se sont révoltées sous le règne d’Abu Iqal en 839, qui a envoyé son commandant Issa Ibn Ri’an Al-Azdi contre eux dans cette région. L’historien tunisien Khaled Jouini rapporte que des fractions de Louata s’établissent entre Gafsa et le Djebel Chareb, zone où résident aujourd’hui les Hamama. Elle s’installe à Béja pendant la période aghlabide, et des sources mentionnent qu’elles se rebellent contre le pouvoir pendant l’été 882 dans cette région, en assiégeant notamment Qarna, ancienne ville située aux abords de l’Oued Siliana, la pillent, et attaquent ensuite Béja, pillant notamment ses greniers dans un contexte de famine et sécheresse. Ils parviennent à vaincre l’armée du général Mohamed Ibn Qurhub, tué au combat, mais subissent par la suite une défaite face aux troupes rassemblées par Ibrahim II, qui les assiègent près de Béja et leur infligent une défaite. Lors de l’effondrement de l’État Ziride suite aux attaques hilaliennes, un groupe de Louatas s’installe dans la plaine de Satfoura près de Bizerte. Les Chenini de la région de Tataouine font également remonter leurs origines aux Louatas. En Kabylie, des Louatas vivent près de Béjaïa, vivant dans la plaine de Tegrart, cultivant la terre et fournissant des hommes à l’armée du sultanat de Béjaïa à l’époque d’Ibn Khaldoun.
Par ailleurs, un émirat est créé et attribué aux Louatas, qui vivent sur le Djebel Louatas entre Gabès et Sfax, à savoir l’émirat des Beni Mekki à Gabès, dont les descendants font remonter leur lignée à Mekki Ibn Faraj Ibn Ziyadat Allah Ibn Abi-Hussayn Al-Louati, cet émirat existant de 1222 à 1394, et son influence s’étendant de Tripoli jusqu’à Sfax. Néanmoins, après la perte de Djerba en 1362 et de Tripoli en 1370, son influence se réduit alors aux frontières de Gabès. Par la suite, le sultan hafside Abu Abbas Ahmad (1371-1394) parvint à y mettre fin en février 1380, le pouvoir passant aux Dabbab et Ouled Mohelhel sulaymites, et l’émirat prend définitivement fin en 1394 après la mort de son dernier émir.
En Égypte, un homme appelé Badr Ibn Selam, chef des Zenaras égyptiens, se révolte contre les mamelouks pendant la période ottomane, menant à un massacre de la tribu par le gouvernement égyptien et poussant ce dernier à trouver refuge auprès des arabes de Barqa. Des Zenaras se trouvent également au Maroc, dans la Tadla, mêlés aux Beni Jaber de la confédération des Jochem. Quelques débris de la confédération vivent en Haute-Égypte, vivant de l’élevage de troupeaux et de la culture des terres.
Les Louatas se partagent en plusieurs branches, à savoir :
Cependant, le généalogiste Ibn Sabek et son école font descendre les Maghagha et les Djedana de Macela.
À ces fractions qui descendent de Loua le Jeune, les Nefzaoua qui sont les descendants de Nefzaou fils de Loua l’Ainé et frère de Loua le Jeune, sont considérés comme étant les cousins des Louatas. À toutes ces fractions, Ibn Sabek y ajoute les Tidghas qu’il considère comme Louatas, bien que d’autres y voient plutôt une fraction des Nefzaoua.