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Mathilde Henriette Casajeus |
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Peintre, dessinatrice, peintre florale, aquarelliste, graveuse |
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Peinture de fleurs (d), portrait, paysage, nature morte, scène de genre |
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1er prix de l'Union des femmes peintres et sculpteurs (1903), Médaille d'or au Salon des Artistes Français (1930), Officier d'Académie (1899), Officier de l'Instruction publique (1905) |
Mathilde ou parfois Mathide-Henriette Delattre, née le au Caire et morte le à Levallois-Perret, est une peintre française. Remarquée à l’aquarelle de paysages et de fleurs, son œuvre se distingue par une atmosphère poétique. Elle expose au Salon dès 1889, où elle est médaille d'or en 1930. Elle forme de nombreuses élèves et, célibataire et dépourvue de fortune personnelle, sociétaire active de l'Union des femmes peintres et sculpteurs, représente un exemple d’émancipation féminine dans la société d'alors.

Petite-fille d'Alexandre Casajeus dit Crillon, photographe à Paris, Mathilde Henriette Casajeus naît au Caire en 1871. Sa mère Clémentine Alexandrine Casajeus (1844-1931) y séjourne en effet à partir de 1868 auprès du Khédive Ismaïl Pacha, à l'occasion des fêtes d'inauguration du Canal de Suez ; de retour en France, lingère, elle épouse en 1874 à Paris son cousin germain Paul Louis Delattre, employé de commerce, originaire de Crespin, qui légitime la fillette de trois ans, officiellement née de père inconnu. La famille habite 3 rue Pergolèse dans le 16e arrondissement ; son frère Georges naît en 1875 ; son père adoptif y décède en 1886,.
« Comme poussée par une vocation », et après une année d'étude auprès de l'aquarelliste Madame Leroux, Mathilde Delattre est admise au Salon de 1889. Les deux années suivantes elle accroche aux salons de la nouvelle Société Nationale des Beaux-Arts, où ses envois sont remarqués. L'école des Beaux-Arts étant toujours interdite aux femmes, elle diversifie sa formation auprès du peintre académique Henry-Eugène Delacroix, originaire de Valenciennes, qui ouvre en 1891 un atelier dans le 9e arrondissement de Paris, et qui enseigne conjointement avec son épouse Pauline Delacroix-Garnier. Elle est élève dans le même temps du peintre orientaliste Gaston Casimir Saint-Pierre, portraitiste réputé,. Elle fréquente également en 1897 les cours de modelage et d'aquarelle de la Société pour l'instruction élémentaire, y est nommée adjointe au cours d'aquarelle la même année, puis professeur de dessin en 1898 et 1899, sous la direction de Gaston Gérard (1849-1929),.

Mathilde Delattre loue en 1895 avec sa mère un logement-atelier 17 rue Duperré dans le 9e arrondissement, et expose dès lors très régulièrement dans les salons de province, au Salon des artistes français (SAF), à la Société des amis des arts de Seine-et-Oise, au Salon de l'Union des femmes peintres et sculpteurs (UFPS), à la Société nationale d'horticulture de France, etc. Elle est nommée Officier d'Académie le . Elle fréquente en 1900 l'atelier du maître Ferdinand Humbert, responsable du premier cours pour femmes aux Beaux-Arts.
Elle présente natures mortes, paysages et portraits, et s'adonne également à la gravure et à la céramique. En 1901 à l'UFPS, ses toiles sont remarquées : « deux intérieurs bretons d'une bonne composition et d'une belle harmonie, Vieille fileuse et Surveillant la bouillie : la lumière est très bien distribuée ; bref deux toiles excellentes ». Mais c'est surtout à l'aquarelle, où elle se signale dans les grands formats, qu'elle est reconnue. Son aquarelle Pour la procession lui vaut une mention honorable au Salon de 1902(« Véritable triomphe de tons blancs et roses, cet ensemble de fleurs, réunies avec un art savant, apparaît enrichi des teintes les plus merveilleuses, orné des nuances les plus savoureuses »). Elle obtient le premier prix de l'UFPS en 1903 pour son aquarelle Dans un coin du parc, où la critique relève « une prestesse et une fraicheur qui achèvent de classer l’artiste au premier rang des peintres de fleurs ». Elle obtient une troisième médaille en 1905 au Salon, pour son aquarelle Chez la fleuriste, et est nommée Officier de l'Instruction publique la même année. En 1911, sa grande toile Veille de fête au cloître est remarquée par Guillaume Apollinaire.

Elle est associée à partir de 1900 à l'expérience des « XII », regroupement de femmes artistes françaises et étrangères qui exposent conjointement plusieurs années de suite au théâtre de la Bodinière, initiative audacieuse pour l'époque. Elle est la plus jeune de ce collectif où elle va côtoyer, outre des artistes réputées de l'UFPS, Julia Beck et Maria Slavona,. Elle reçoit de nombreuses élèves à son atelier et enseigne également au cours spécial d'aquarelle pour jeunes filles du 17e arrondissement de la Ville de Paris. Elle est Sociétaire des artistes français en 1902, et membre du comité en 1912. Elle est sociétaire à la Société Nationale d'Horticulture de France en 1902, et une première fois membre en 1910 du comité de l'UFPS ; elle exposera à l'UFPS pendant plus de 40 ans, ce qui témoigne de son engagement féministe. Elle introduit ses élèves dans de nombreux salons et expositions ; ainsi au salon de 1914 de l'UFPS, on dénombre dix-huit de ses élèves parmi les exposantes.
Durant la Première guerre mondiale, l'activité des Salons — et l'enseignement dans les ateliers — chute drastiquement. Le village de Crespin où Mathilde Delattre cultivait des fleurs et peignait jusqu'alors étant en zone interdite, l'artiste retrouve alors souvent sa famille parisienne à Perros-Guirec, où elle réalise une série de petits « paysages bretons », huiles sur panneaux saisies sur le vif, dans un style impressionniste tardif. Souvent l'heure de la « prise de vue » est consciencieusement notée, en vue du travail ultérieur sur toile (comme Marine : La pointe de Ploumanach au soleil, peinture, qu'elle expose à l'Union en 1916, et que la presse qualifie de « lumineuse »). Mais elle n'est pas attendue avec ce style dans les salons qu'elle fréquente, et après la guerre elle reprend majoritairement son travail à l'aquarelle.

Elle acquiert dans les années 1920 aux Andelys une petite maison dotée d'un grand parc et y entretient un jardin fleuri : « … de ma petite galerie en plein soleil tamisé par un rideau de fleurs, volubilis & grands pétunias de toutes couleurs, polygonum encore en neige & de brillants géraniums […] je crois n'avoir jamais vu si doux & si bel automne […] cela avec les phlox & les capucines & les feuillages rouges de la vigne vierge & celui des vignes qui ne le sont plus, c'est un véritable enchantement. » Elle en fera le sujet de nombreux « coins de jardins » ou autres « jardins dans une lumière transparente », thèmes sur lesquels elle multiplie alors les variations. Ses compositions — où elle a toujours le souci de créer un cadre, une « circonstance » aux fleurs, et qui dégagent, selon la critique, une atmosphère très subtilement poétique —, vont jouer de plus en plus avec la lumière,. Elle continue à produire également des aquarelles de fleurs en bouquets, qu'elle vend plus facilement.
Le marché de l'art s'est déplacé des salons vers les galeries, et Mathilde Delattre présente en 1927, tardivement mais avec succès, une première exposition particulière à la galerie Georges Petit à Paris, tout en exprimant une certaine réticence envers les prix excessifs de certains « marchands ». En 1925, elle est réélue au Comité de l'Union. En 1927, elle remporte au Salon une médaille d'argent, mais aussi le prix Pillini, créé l'année précédente « pour récompenser des artistes peintres non favorisés par la fortune ». Femme célibataire, Mathilde Delattre vit en effet de son seul travail artistique. Sa correspondance redécouverte dans les années 2020 révèle sa constante énergie comme son indépendance. Elle obtient au Salon une médaille d'or en 1930 avec son tableau Fin de jour, de facture plus moderniste et où se joue une lumière douce. Elle jouit d'une certaine notoriété, María de las Mercedes de Borbón y Orleans prenant par exemple des cours à son atelier en 1936.
Elle est membre d'une société spiritualiste, pour les congrès annuels de laquelle son directeur lui demande des œuvres en prêt.

En 1937, elle est admise par le jury, à côté d'artistes plus célèbres invitées, à l'exposition Les femmes artistes d'Europe exposent au Jeu de Paume, initiative de sociétés professionnelles de femmes artistes. En 1938, elle est élue membre du comité de la Société amicale des peintres et sculpteurs français, et est également secrétaire-archiviste de la Société des aquarellistes.
Le décès en 1931 de sa mère, qui régentait l'activité de l'atelier, diminue sa production et inaugure une période de difficultés financières, aggravée par des accidents et des problèmes de santé qui l'immobilisent fréquemment. Son frère, qui habitait avec elle rue Duperré depuis 1925, décède en 1938. En 1942, elle doit se résigner, ne pouvant plus en honorer le loyer, à quitter son atelier de la rue Duperré (9e) et loue une mansarde rue de Douai à Paris. Elle enseigne jusqu'en 1942 à la mairie du 17e arrondissement, et expose une dernière fois en 1943 au Salon des artistes français, Contre-jour. Sa santé la contraint en 1949 à quitter son refuge de verdure du Grand Andely, et elle finit ses jours à la résidence pour dames de la fondation Greffulhe à Levallois-Perret, où elle meurt en 1950,. Sans fortune personnelle, elle aura cependant vécu de sa profession d'artiste pendant plus de cinquante ans, exemple d'émancipation féminine dans la société d'alors.
L'artiste, « reléguée », dans sa reconnaissance, à l’aquarelle, va évoluer dans ce médium de l’intime, de la sensibilité, et transformer un sujet réputé décoratif en un moyen d'expression personnel. Elle travaille un héritage des natures mortes flamandes du XVIIe siècle et du romantisme floral du XIXe, où le thème de la vanité florale discrète, abondance de floraison et imminence de la fanaison, est fréquent. Elle intégre une touche impressionniste par l’usage de tons clairs et atmosphériques pour les fleurs et les fonds, tandis que les ombres et les feuilles sont traitées en tons atténués de violet et de brun dans une atmosphère feutrée. La lumière est diffuse, presque poudrée. Le lavis, le jeu des réserves et le fondu propres à l’aquarelle participent à une impression de rêve et de légèreté.
La critique distingue souvent son travail de celui de ses grandes contemporaines aquarellistes Eugénie Faux-Froidure ou Blanche Odin, qui recherchent une plus grande exactitude de dessin et de coloris. Elle dépasse la simple étude florale et le souci décoratif, pour proposer une vision poétique, et évolue vers une peinture plus libre, de plus en plus attirée par le plein air, témoignant de son attachement au groupe de Marlotte, artistes du siècle précédent qui souhaitaient peindre sur le motif, en exposant dès 1907 sa toile Le chemin des chardons. Souvenir de Marlotte. « Mlle Delattre est une travailleuse, une chercheuse, qui ne s'est jamais cantonnée dans un genre […] ; de plus en plus éprise de plein air, elle étudie la fleur dans son véritable milieu, sur pied, là où elle a tout son charme. Elle affectionne particulièrement l'heure chaude et atténuée du couchant, et que ses fleurs s'enlèvent sur des ciels dorés, sur des prairies ou sur des eaux glauques, elle sait en pénétrer toute la poésie et le pittoresque ».
Dans ses productions les plus tardives, les effets de lumière et le flou relatif de la végétation exubérante vont en s'intensifiant, avec un caractère presque immatériel; dans ses huiles le traitement de la couleur et la simplification de la forme des fruits par exemple deviennent eux aussi parfois plus modernistes.
Toutes les œuvres actuellement connues de Mathilde Delattre sont présentées sur le projet de catalogue raisonné en ligne.
Mathilde Delattre, à la Mairie de Paris (cours du 17e arrondissement) et/ou dans son propre atelier, forme de nombreuses élèves. Celles qui sont listées ci-après vont être admises à leur tour aux Salons, principalement à celui de la Société des artistes français et à celui de l'Union des femmes peintres et sculpteurs. Certaines, comme Louise Alix ou Yvonne Blanchon, et Hélène Marre, font ensuite évoluer leurs thèmes floraux dans un style plus moderniste, et fréquentent des salons moins académiques.
Mathilde Delattre fait partie, avec Eugénie Faux-Froidure, Blanche Odin, Jeanne Lauvernay-Petitjean, etc. de ces artistes « fleuristes » ayant une certaine notoriété de leur vivant, dans la première moitié du XXe siècle, puis oubliées.
En est créée à l'initiative de sa famille l'association Atelier Mathilde Delattre dont l'objectif est la promotion de la mémoire et de l’œuvre de l'artiste et de ses collègues femmes effacées. L'association se mobilise pour une première exposition rétrospective, la seule exposition posthume connue incluant des œuvres de Mathilde Delattre étant Histoire de la peinture, lors des Journées du patrimoine 2022 à Crespin, au cours de laquelle sont accrochés les tout premiers portraits réalisés par l'artiste en 1894. Des travaux universitaires débutent en 2025, avec une analyse des pratiques et de la professionnalisation de Mathilde Delattre et de quelques-unes de ses collègues. Une biographie est publiée en 2026.