
On appelle mazarinades les textes d'actualité publiés pendant la Fronde (1648-1653). Les mazarinades sont de natures très diverses : placards, chansons, pamphlet en prose ou poésies en vers burlesques. Elles traitent de sujets d'actualité politique et sociale, sont destinées à un usage immédiat. Une très grande partie de ces productions sont anonymes et paraissent sur du papier bon marché.
Le Parlement, une partie de l'aristocratie et la cour s'opposent les uns aux autres. Les mazarinades proviennent majoritairement de ces différents partis, une partie d'entre elles critiquent donc ouvertement le pouvoir. Le Roi, Louis XIV, est mineur, c'est sa mère, Anne d'Autriche, qui assure la régence. Cette dernière a pour ministre le cardinal Mazarin. Italien, puissant, immensément riche et dur en impôts : il soulève un mécontentement généralisé dans le Royaume de France. La Mazarinade, qui a donné son nom à l'ensemble du corpus, est un texte de Scarron qui raille le ministre. Un certain nombre de mazarinades sont dirigées contre Mazarin, mais d'autres sont des écrits composés pour le défendre et répondre aux attaques des frondeurs. Des textes de tous bords politiques sont diffusés dans les rues pour quelques sous. Si le phénomène est majoritairement parisien - 91% du corpus paraît à Paris -, il se développe également ailleurs, en particulier à Bordeaux.
Le corpus est très vaste, Hubert Carrier en dénombre 5 000. Les mazarinades sont imprimées, mais un grand nombre d'énoncés circulent également par voie orale, en particulier des chansons. La personne qui vend la chanson la chante à l'acheteur puis lui donne un exemplaire des paroles imprimées. Ainsi, l'acheteur peut la chanter à son tour. La circulation des mazarinades a accompagné voire contribué aux différentes phases de la Fronde, la fonction de ces textes comme de véritables acteurs des évènements est développée par Christian Jouhaud.
De nombreuses imprimeuses et imprimeurs publient des mazarinades sans Privilège royal. Le Privilège est, dans la France du XVIIe siècle, l'autorisation que doit recueillir auprès du Roi quiconque souhaite publier. Cette forme de censure en amont est moins forte pendant la Fronde. Seulement un quart des mazarinades possèdent un Privilège. Le fait que plus de 83% des mazarinades soient anonymes contribue, pour les auteurs, à se prémunir contre la censure.

Celle qui est peut-être la première des mazarinades, intitulée la Requête des trois états du Gouvernement de l’Île de France au parlement de Paris, contre Mazarin, parut vers la fin de 1648. Dès lors, une bataille par la publication - en plus des batailles réelles qui ont lieu aux mêmes moments - commence entre les différentes factions. Chaque matin s’envolaient les mazarinades, des galeries du Palais et du Pont Neuf, « comme des essaims de mouches et de frelons qu’auraient engendrés les grandes chaleurs ». Jean-François Paul de Gondi, le futur Cardinal de Retz fait publier des textes au service de la Vieille Fronde et des frondeurs parlementaires.

La signification politique d'un grand nombre de ces textes est ambivalente, mais d'autres sont des attaques très claires contre la personne du Cardinal. On invente une relation amoureuse entre lui et la reine, condamne sa richesse. Il ne semblait pas se vexer. Gabriel Naudé, son bibliothécaire, fut l'un des plus grand archiviste de ces textes. La bibliothèque Mazarine fut, et reste aujourd’hui, l'un des meilleur lieu de conservation des mazarinades.
Parfois, on appelle à plus de respect du Tiers Etat : Mazarin doit cesser d'augmenter les impôts, les soldats doivent cesser leurs pillages et leurs viols. Ce texte de 1649 (Advis, Remonstrance et Requeste Par Huit Paysans ...), où l'auteur emprunte la voix d'un paysan, nous fournit un bon exemple. Ici, un reproche aux traitements indignes subis par les paysans :
" Ils sont bouffis d'orgueil & de vanité, nous les nourrissions tous & on ne fait de compte de nous, certes, non plus que des excréments. Injustice étrange & incroyable, quasi un reproche à la nature, de nous avoir fait les pères & nourriciers de cette Monarchie, & qu'on nous traite si mal"

Pourtant, au moment de l'arrestation des Princes (1650), on trouve également des textes qui chantent l'union entre Mazarin et la Fronde Parlementaire unis contre les Princes (Condé, Conti, Duc de Longueville).

Parmi les pièces les plus fameuses, celle datée du , intitulée la Mazarinade, très probablement de Scarron :
Cette pièce est une poésie burlesque, mais le style adopté par ces textes varie largement. On trouve, par exemple, quelques parodies de catéchismes détournés pour critiquer les mesquineries du Cardinal. La structure question-réponse, donnant lieu à un échange entre un maître et un disciple, est reprise dans un but humoristique. On trouvera ainsi un échange tel que celui-ci, dans la mazarinade intitulée "Le Catéchisme de la Cour" (1652), attribuée à Roger Bussy-Rabutin :

"Le M[aître]. Où est contenu le sommaire de cette foy?
Le D[isciple]. Dans le Symbole de bons Apostres, divisé en douze articles.
Le M. Recitez-le en Latin.
Le D. Le voicy plustot en mauvais Italien & Franç. 1. Je croy au Roy pour mon interest, lequel est tout puissant à faire agir toutes choses. 2. Et au Mazarin son unique favory 3. Qui a esté conceu de l'esprit de Machiavel, est né du Cardinal de Richelieu. 4. Il a souffert depuis un an, soubs Gaston & la Fronde, est mort pour son Ministère. 5. Il est descendu aux enfers & depuis est resucité des morts."
Quelques années auparavant, en 1649, on trouve un autre exemple, anonyme celui-ci : le Catéchisme des courtisans de la cour de Mazarin, qui contient les demandes et les réponses suivantes : « — Qu’est-ce que Paris ? Le paradis des femmes, le purgatoire des hommes et l’enfer des chevaux. — Qu’est-ce que le mariage ? Le martyrologe des vivants. — Qu’est-ce qu’un procureur ? Un homme qui, avec sa langue, sait vider la bourse de sa partie sans y toucher. — Qu’est-ce qu’un prince ? Un criminel que l’on n’ose punir. — Qu’est ce qu’un jésuite ? Un sage politique qui se sert adroitement de la religion, etc. ».
Les chansons sont également très nombreuses et certainement bien diffusées. Plusieurs ont été attribuées au baron de Blot ou à Marigny, qui relevaient du service de plume. Blot travaillait pour Gaston d'Orléans, tandis que Marigny chansonnait le duc d’Elbeuf sur les ordres du cardinal de Retz. Ces paroliers rédigeaient aussi des libelles en prose, comme Marigny auteur du libelle intitulé Tarif du prix dont on est convenu dans une assemblée de notables, pour récompenser ceux qui délivreront la France du Mazarin.

On cite encore, au nombre des principaux écrits contre Mazarin : Histoire des barricades, Lettre au cardinal burlesque, le Custode de la Reine, Virelay sur les vertus de sa Faquinance, Lettre de Polichinelle à Jules Mazarini, l’Envoi de Mazarin au mont Gibet, le Ministre flambé, le Milliard ou Éloge burlesque de Mazarin, Avis, Remontrance et requête par huit paysans de huit provinces sur les misères et affaires du temps présent, Dialogue de Jodelet et de Lorviatan sur les affaires de ce temps, etc.
Des écrits en faveur de Mazarin, le plus célèbre est celui de Gabriel Naudé, intitulé Jugement de tout ce qui a esté imprimé contre le cardinal Mazarin, depuis le sixième janvier jusques à la déclaration du . Plus connu sous le nom de Mascurat, ce gros volume est une apologie du cardinal en forme de dialogue entre Saint-Ange (Naudé) et Mascurat (l’éditeur Camusat) qui commentent une bonne partie des libelles parus jusqu'alors.
Les auteurs les plus connus des mazarinades sont, outre Scarron et les auteurs nommés ci-dessus, le cardinal de Retz, Saint-Amant, Loret, Sarrasin, Guy Patin, Laffemas, Patru, etc. Cyrano de Bergerac aurait écrit, selon certains historiens, sept mazarinades contre Mazarin, dont le Ministre d'Estat flambé, avant de prendre son parti dans sa Lettre contre Les Frondeurs de 1654. Cependant, l'immense majorité des mazarinades sont anonymes.
Dès la fin de la Fronde, les mazarinades sont considérées par une partie de l'opinion comme des textes médiocres. Une partie de l'élite culturelle rejette cette forme d'art - presque populaire. En effet, le Grand Siècle classique s’apprête à vivre ses heures de gloires avec Racine, Corneille, La Fontaine et autres. L'esprit du classicisme demande une langue unifiée, un respect des règles poétiques, un respect du pouvoir. Les mazarinades entrent en contradiction avec cette vision de l'art, c'est pourquoi on s'en désintéressera.
Les mazarinades sont critiquées tout au long du temps qui nous séparent de leur parution. Au XVIIIe siècle, on trouve notamment cette phrase de Jean-Baptiste Mailly, en 1772 dans L’Esprit de la Fronde : "Un peu de sel noyé dans un torrent de mauvaises plaisanteries, dans des flots de fiel et d’absinthe, dans une foule d’inconséquences et d’absurdités.". En plus de leur style, ce qui dérange est leur statut ambigu : ces textes ne sont ni des œuvres d'art destinées à la postérité, ni des sources historiques. Karine Abiven parle d'un "discrédit, qui affecte classiquement les textes à la frontière du document et de l'objet esthétique".
Toutefois, dans les années 1980, plusieurs chercheurs contribuent à leur retour dans le monde académique. Christian Jouhaud publie Mazarinades, la Fronde des mots en 1985, puis en 1989 et 1991, Hubert Carrier publiera les deux volumes de La presse de la Fronde (1648-1653). Ces recherches s'inscrivent dans un moment où il devient possible en France d'étudier les textes dits "mineurs" du XVIIe siècle. Avec des ouvrages comme ceux d'Alain Viala, notamment, on défait la centralité de figures qui captent toute l'attention (Molière, Louis XIV, ...) pour appréhender la société avec un cadrage plus large. Aussi, les mazarinades - parfois contestataires, parfois grossières - peuvent ainsi devenir des objets d'étude.
Aujourd'hui, notamment grâce à une très bonne utilisation des humanités numériques par les chercheuses et chercheurs, l'étude sur les mazarinades est rendue plus facile. Avant la numérisation de ces documents, il fallait se rendre en bibliothèque et traiter des documents avec peu de métadonnées.
La relative absence de poursuites exercées à l’encontre des pamphlétaires permit de faire de volumineux recueils presque toujours au petit format in-4°. Certaines éditions sont à l'adresse d’Anvers ou de Bruxelles, la plupart sont très incorrectes au point de vue typographique, quelques-unes sont ornées de gravures. La Bibliothèque nationale de France, les bibliothèques de l’Arsenal et Sainte-Geneviève, en conservent de fort nombreux exemplaires : la collection de cette dernière atteint le nombre de 4 272. La bibliothèque Mazarine propose la plus importante et la plus complète, mais non exhaustive, collection au monde, au moins 25 000 pièces issues d'environ 600 recueils factices, dont un grand nombre d'exemplaires multiples. Comme ces ensembles proviennent essentiellement de bibliothèques domestiques ou institutionnelles de Paris ou d'Île-de-France confisquées durant la période révolutionnaire, les mazarinades publiées en province y sont beaucoup moins bien représentées, notamment celles de Bordeaux, nombreuses en raison de l'ampleur de la contestation dans cette ville et des opérations militaires en Guyenne. Ainsi, des mazarinades bordelaises se trouvent conservées aux archives départementales de la Gironde, et à la bibliothèque de Bordeaux, qui en a numérisé une partie. La bibliothèque de Saint-Pétersbourg possède 137 gros volumes de mazarinades contenant environ 6 000 pièces. La British Library à Londres comprend aussi une importante collection de mazarinades (entre 4 000 et 7 000 pièces). La collection de la bibliothèque de l'université de Tokyo (2 709 pièces) est la première à avoir été numérisée et transcrite, sur le site du Projet Mazarinades. Pour une consultation en accès libre, on se réfèrera aux plus de 3'000 textes référencés par le projet Antonomaz.
Les mazarinades s'attaquèrent également aux personnages proches du pouvoir, tel Théophraste Renaudot qui, possédant un privilège pour l'impression de ses gazettes, fut obligé de suivre la famille royale dans sa fuite (pendant qu'à Paris ses deux fils continuaient à publier des pamphlets contre Mazarin). Le Voyage de Théophraste Renaudot, gazettier à la Cour :

« Maistre fourbe et plus menteur que ne fut jamais le plus subtil arracheur de dents qui soit dans le domaine du pont neuf, où diable allés-vous en fuites à Saint-Germain, crainte que vous aviés d'être enfermé dans les barricades, ou d'être ensevely dans l'un des tonneaux qui servirent de rempars à la défence des Bourgeois de Paris lorsque le Roy quittant son Palais, t'avait laissé seul... Dieu, tu manques de nez, si ce n'est que les plus courts soient les plus beaux, ou que les plus puants soient les meilleurs, comme l'on dit des fromages ; mais tu en eus cette fois, car les païsans revoltés étoient resolus de te faire mourir dans un tonneau de la plus fine merde qui se trouve dans les marais, ou dans la rue des Gravilliers... »