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Architectural Association School of Architecture École d'art Sir Jamsetjee Jeejebhoy (en) |
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Minnette de Silva (en singhalais : මිනට් ද සිල්වා ; en tamoul : மினிட் டி சيلவா), née le à kandy et morte le dans la même ville, est une architecte skrilankaise, figure pionnière du modernisme tropical et du régionalisme critique en Asie du Sud.
Minnette de Silva est la première femme ceylanaise formée à l'architecture et la première femme asiatique élue associée du Royal Institute of British Architects (RIBA) en 1948. Dès 1947, elle est également la première représentante asiatique au Congrès international d'architecture moderne (CIAM) et participe à la fondation de la revue d'avant-garde Marg.
Dans l'après-guerre, elle est l'une des rares femmes architectes au côtés de la Brésilienne Lina Bo Bardi, à diriger son propre bureau d'architecture de manière totalement indépendante. Son oeuvre se caractérise par une synthèse précoce entre les principes structurels modernes (béton brut, pilotis, plans ouverts) et les traditions constructives vernaculaires, le climat tropical et l'artisanat local. En 1996, elle reçoit la médaille d'or du Sri Lanka Institute of Architects (SLIA).
Minnette de Silva naît à Kandy le , au sein d'une famille éminente de l'élite politique et intellectuelle de Ceylan (alors colonie britannique). Issue de la communauté Burgher par sa mère, elle grandit dans un milieu anticolonial, progressiste et ouvert sur le monde.
Son père, George E. de Silva, est un avocat réputé et un dirigeant politique, président du Ceylon National Congress et ministre de la Santé de 1942 à 1947. Sa mère Agnes de Silva (née Nell), est une figure de proue de la lutte pour l'indépendance et la cofondatrice en 1927 de la Women's Franchise Union, militant pour le suffrage universel féminin. Très active dans les mouvements Arts and Crafts, Agnes sensibilise dès son plus jeune âge Minnette aux arts et traditions artisanales locales.
Minnette est la cadette d'une fratrie influente: sa soeur aînée, Marcia (dite Anil de Silva), deviendra historienne de l'art et journaliste d'avant-garde, tandis que son frère Frederick sera maire de Kandy, député puis ambassadeur de Ceylan en France (1968 - 1971).
En 1928, Minnette et sa sœur Anil accompagnent leurs parents en Europe où ces derniers doivent assister à une conférence en Angleterre sur le suffrage universel et le droit de vote des femmes. Pendant ce séjour européen, il est décidé que Minnette restera en Angleterre pour étudier à l'école St. Mary's de Brighton. Mais en 1930, en raison de la crise financière, Minnette est retirée de l'école et rentre à Ceylan.
Durant les années 1930, les activités politiques des de Silva permettent à Minnette de rencontrer de nombreux nationalistes indiens de l'époque. Ainsi, Jawaharlal Nehru (qui deviendra le premier Premier ministre de l'Inde indépendante en 1947) leur rend visite en 1931. Parallèlement, la famille de Silva fréquente l'avant-garde artistique ceylanaise. Ainsi, Minnette se lie d'amitié avec le peintre George Keyt dont elle fait connaissance par l’intermédiaire du cousin de sa mère, le photographe Lionel Wendt. L'appétence de Minnette pour les arts ne se démentira pas. Dans son autobiographie, alors adolescente, elle décrit ses escapades avec sa sœur Anil, dans le monde du théâtre et de l'art.
Minnette de Silva affirme qu'elle s'intéressait à l'architecture depuis l'enfance. Après avoir travaillé brièvement pour un architecte à Colombo, elle demande à ses parents de lui permettre de s'inscrire dans une école privée d'architecture à Bombay. Son père désapprouve fortement son désir de devenir architecte mais sa mère et son oncle lui apportent un soutien moral et financier et Minnette de Silva part étudier à Bombay en 1938.
Ne disposant pas des diplômes requis pour entrer directement à l'université, elle commence comme apprentie au sein du cabinet Mistri and Bhedwar (où elle se lie avec Perin Mistri, pionnière indienne de l'architecure) et suit des cours du soir à l'académie de G.B. Mhatre. Elle est ensuite admise à la Sir Jamsetjee Jeejebhoy School of Art (la Government School of Architecture de Bombay). Cependant, engagée politiquement, elle participe à une manifestation étudiante en soutien au mouvement « Quit India » après l'arrestation de Gandhi et est expulsée de l'école pour avoir refusé de présenter des excuses officielles.
En 1942, en raison de la guerre dans l'océan Indien après la chute de Singapour, Minnette de Silva revient à Ceylan. Bientôt de retour en Inde, elle collabore avec Otto Königsberger, une figure importante de l'histoire moderne de l'architecture indienne. Réfugié allemand, Königsberger a été nommé architecte pour l'état du Mysore (aujourd'hui Karnataka). Elle travaille avec Königsberger sur le projet de Jamshedpur (TataNagar), une ville planifiée pour l'aciérie de Tata.
En 1945, Minnette de Silva et sa sœur Anil participent à la fondation du Modern Architectural Research Group (MARG), un groupe d'architectes, d'artistes et de critiques de Bombay qui se consacrent aux idées modernistes. Le premier numéro du magazine du groupe, Mārg qui signifie chemin en hindi ou ourdou est publié en 1946.
Durant les vacances de printemps 1945 à Ceylan, elle y rencontre Lord Soulbury alors de passage qui la recommande au Royal Institute of British Architects (RIBA). Ceci lui permet de commencer à l'automne 1945 des études à l'Architectural Association (AA School of Architecture) à Londres. Avec sa beauté asiatique et le port de saris colorés, elle crée une impression considérable. Dans la capitale anglaise, Minnette de Silva reçoit une éducation architecturale moderniste qu'elle nuancera au cours de sa carrière.
Durant l'hiver 1946, Minnette de Silva entreprend un voyage sur le continent européen où elle rencontre Le Corbusier avec qui elle établira un lien durable. Le Corbusier la surnommait affectueusement « petit oiseau des iles. » Dans son autobiographie, elle écrit qu'elle fut la première rencontre du célèbre architecte franco-suisse avec l'Inde, quelques années avant ses travaux sur la ville nouvelle de Chandigarh (Pendjab).
En 1947, Minnette de Silva assiste à la première réunion du Congrès international d'architecture moderne (CIAM) d'après-guerre. Cette réunion a lieu à Bridgwater (Angleterre). Minnette de Silva est la représentante autoproclamée de Ceylan et de l'Inde. Elle y présente le travail du MARG et les premiers numéros du désormais célèbre magazine d'art indien du même nom. Sa présence dans les CIAM dure jusqu'en 1956, toujours en tant que déléguée de Ceylan et de l'Inde. Elle y assurera la liaison entre le MARG et les CIAM.
Elle obtient son diplôme de l'AA en 1948 et devuebt la première femme asiatique élue membre associée du RIBA. En août 1948, avant de rentrer dans un Ceylan nouvellement indépendant à la demande de son père, elle prend la parole au Congrès mondial des intellectuels pour la paix de Wrocław (en) (Pologne) aux cotés de son père, de Mulk Raj Anand (rédacteur en chef du Mārg) et de Pablo Picasso.

En 1949, après l'indépendance de Ceylan, Minnette de Silva s'installe dans la demeure familiale de St. George's à Kandy pour y fonder son agence. Elle refuse les postes salariés traditionnels pour exercer en toute indépendance, devenant l'une des rares femmes au monde à diriger son propre cabinet sans associé masculin :
Après mon retour à Ceylan, le problème d'être la première et la seule femme architecte m'est apparu clairement. J'ai travaillé de façon indépendante, pas avec un associé masculin ou un cabinet établi. J'ai dû vaincre la méfiance des entrepreneurs, des entreprises, du gouvernement et des mécènes architecturaux, car jusqu'à mon entrée en scène, c'était un secteur totalement dominé par les hommes.
De Silva s'inspire du travail de son ami Le Corbusier, mais beaucoup plus en accord avec les modèles de construction autochtones. Elle reconnait les limites de copier l'Europe ou de prétendre que rien n'a changé :
Nos besoins collectifs et sociaux doivent trouver leur expression régionale dans les plans d'urbanisme, les programmes de logement et les bâtiments publics. Ce qui arrive si souvent, c'est que nous copions les types de bâtiments occidentaux fermés qui ne sont pas adaptés à notre région, ou que nous adaptons l'architecture traditionnelle d'une manière tout aussi inappropriée.
Elle fait la démonstration de ses principes dans un certain nombre de projets de maison. Sa première œuvre est la maison Katunaratne à Kandy (1947-1951) conçue sur plusieurs demi-niveaux pour épouser la pente naturelle d'une colline.. Elle en fait un compte-rendu dans le magazine Mārg en 1953. Ce projet, premier bâtiment conçu par une femme au Sri Lanka, suscite l'admiration mais aussi de vives controverses. Pour celui-ci, elle adopte un style de constructions moderne : des colonnes de béton, des charpentes en fermettes et des briques de verre. Elle emploie également des matériaux plus traditionnels comme la brique et le bois, tout en incorporant l'artisanat local, laque, tissage, tuiles de terre cuite, ainsi que les œuvres d'artistes srilankais. Elle nomme cette architecture «transrégionale» parce qu'elle ajoute des panneaux mobiles de l'architecture japonaise traditionnelle pour faire les cloisons internes. Elle recherche une relation étroite entre l'intérieur et l'extérieur, permettant à l'abondante nature environnante d'entrer dans la maison. Elle écrit :
Dans notre tradition, il y a toujours eu une relation forte et symbiotique entre l'architecture et l'environnement. Aucun bâtiment ne peut être conçu ou achevé sans cette conscience du paysage et de l'architecture.
De plus, dès le début de sa carrière, de Silva a insisté sur l'importance d'incorporer la riche tradition locale des arts et de l'artisanat dans ses bâtiments. Elle s'attache à passer commande aux potiers, carreleurs et artistes locaux. Elle apprend elle-même le tissage afin de former des artisans à la fabrication de panneaux tissés pour diviser les pièces et couvrir les plafonds.
Les années 1950 constituent sa décennue la plus active. Elle réalise de nombreuses résidences privées (maison Pieris en 1952, maison Asoka Amarasinghe en 1954, maisons jumelées Coomaraswamy), des équipements scolaires comme le Jinaraja College à Gampola (1950-1951), où les classes s'échelonnent le long du relief sans araser la colline, ainsi que des projets de logement collectif comme l'immeuble d'appartements Senanayake (1954-1957) à Colombo.
Minnette de Silva emploie des techniciens formés localement et son équipe compte rarement plus de six personnes. En 1956, elle est rejointe par un jeune architecte anglais, Michael Blee, remplacé l'année suivante par un jeune architecte danois, Ulrik Plesner. Plesner a collaboré avec elle tout au long de l'année 1958 jusqu'à ce qu'il accepte une invitation à travailler avec Geoffrey Bawa à Colombo, s'ennuyant de la vie provinciale et du fait que Minnette de Silva ne lui verse pas un salaire régulier.
Minnette de Silva développe une démarche qu'elle qualifie d'architecture «transrégionale» ou de «modernisme régionaliste», posant les jalons de ce qui sera théorisé plus tard sous le nom de modernisme tropical.
Après le décès de son père en 1950, Minnette de Silva fait un bref séjour en Europe en décembre où elle retrouve un milieu plus compréhensif à l'égard de son travail. Elle passe du temps avec Le Corbusier et rencontre à Paris de nombreux d'artistes indiens modernistes. À cette époque, sa sœur Anil habite dans le 15e arrondissement. Minnette de Silva assiste également à la Triennale de Milan en 1951.
De retour à Ceylan, elle reprend la construction de maisons. Ses projets les plus remarquables comprennent la maison Pieris (1952), la maison Asoka Amarasinghe (1954), et les maisons jumelées Coomaraswamy (1970) à Colombo.
La conception bioclimatique, en rupture avec la «boîte de verre» étanche du style international occidental, elle conçoit des bâtiments ouverts et perméables aux éléments. Surélévation sur pilotis pour faciliter la circulation de l'air, loggias profonde et avant-toits prononcés pour faire écran au soleil et aux pluis de mousson, ventilation traversante et cours intérieures à ciel ouvert (midula).
Elle associe les techniques industrielles modernes (dalles et structures en béton armé, poteaux en béton brut, briques de verre) aux matériaux traditionnels (brique pleine artisanale, charpentes en bois, tuiles de terre cuite, pierre de taille). Elle soutient également activement les communautés d'artisans de Kandy en intégrant directement leurs savoir-faire à l'architecture, panneaux en bois laqué, ferroneries, poteries décoratives et éléments tissés à la main pour former des cloisons légères et des plafonds ajourés.
Minnette de Silva s'intéresse également à l'habitat social, au sujet duquel elle a rédigé un article intitulé Cost Effective Housing Studies (1954-1955). Dans l'immeuble d'appartements Senanayake (1954-1957) à Colombo, elle emploie les unités d'habitation du Corbusier, des pilotis et un toit en terrasse. Mais pour optimiser la circulation d'air, elle utilise de multiples niveaux, des midula (cour intérieure) et des cages d'escalier au centre du plan.
À la suite du décès de sa mère en 1962, elle connait quelques problèmes de santé et une dépression. Elle continue à voyager tout au long des années 1960, passant de longues périodes à l'étranger et laissant son bureau d'architectes décliner. Ironiquement, sa carrière commence à vaciller au moment où l'architecte Geoffrey Bawa commence la sienne.
En 1973, en désaccord avec les orientations politiques du gouvernement local, elle ferme son agence et part s'installer à Londres. Elle écrit la section sud-asiatique d'une nouvelle édition de l'ouvrage de référence, A History of Architecture de Banister Fletcher. Ceci lui ouvre les portes de l'université de Hong Kong où elle sera maitre de conférences en histoire de l'architecture de 1975 à 1979 en renouvelant l'approche pédagogique autour des traditions vernaculaires.
De retour à Kandy en 1979, Minnette de Silva tente de redonner vie à son bureau d'architectes alors moribond. En 1982, elle est mandatée pour concevoir un centre d'art pour la Kandy Arts Association sur un site qui surplombe le lac de Kandy près du Temple de la Dent. Minnette de Silva a voulu que le centre d'art soit une illustration vivante de l'architecture kandyenne contemporaine. Ce complexe, ouvert et bien intégré au site, comprend un auditorium, un restaurant, un foyer avec galeries et des ateliers. Les toits de tuiles sur pilotis sont très présents dans le dessin général.
En 1996, le Sri Lanka Institute of Architects (SLIA) lui attribue sa médaille d'or, reconnaissant tardivement son rôle fondamental dans l'émergence d'une modernité architecturale adaptée aux tropiques.
Elle consacre ses dernières années à la rédaction de ses mémoires, Life and Work of an Asian Woman Architect (1998). Le livre est à la fois un album autobiographique, un résumé de son parcours professionnel, une monographie architecturale et une histoire amateur de Sri Lanka.
Fin 1998, Minnette de Silva est victime d'une chute. À la suite de complications, elle décède le , seule et oubliée à l'hôpital de Kandy, quelques semaines avant la parution du premier volume de son autobiographie.
La plupart de ses créations (une quarantaine au total) ont malheureusement été démolies, remaniées ou ont vu leurs archives dispersées.