| Nom de naissance | Modesta Pozzo |
|---|---|
| Naissance |
Venise |
| Décès |
(à 37 ans) Venise |
| Activité principale |
| Langue d’écriture | Italien |
|---|---|
| Mouvement | féminisme |
Œuvres principales
Le Mérite des Femmes
Moderata Fonte, de son vrai nom Modesta Pozzo connue aussi comme Modesta Pozzo de' Zorzi ou Modesta dal Pozzo (Venise - ), était une femme de lettres vénitienne reconnue comme une des pionnières du féminisme. Son ouvrage le plus connu, Le Mérite des femmes, eut une large influence en Italie et en Europe durant la Renaissance et inspira plusieurs œuvres consacrées à la dignité et l’excellence des femmes.
Les détails de sa vie sont connus par sa biographie rédigée en en 1593 (soit un an après sa mort) par son oncle Giovanni Niccolò Doglioni (1548-1629), et figurant dans la préface de la première édition du Mérite des Femmes.
Modesta Pozzo naît le à Venise, dans une famille aisée appartenant à la classe des "citadini originari". Son père est avocat mais elle n'a pas le temps de le connaître car il meurt avec sa femme en 1556 de la peste. Modesta, alors âgée d'un an, est placée avec son frère aîné Leonardo auprès de sa grand-mère maternelle, Cecilia de Mazzi. Elle est ensuite placée au couvent de Santa Marta, où elle était considérée comme une enfant prodige (en effet, elle était capable de réciter de longs sermons entendus ou lus une seule fois), mais où elle reçoit une éducation limitée, comme l'était celle des petites filles à l'époque.
À l'âge de neuf ans, avec son frère Leonardo, elle rejoint à nouveau la famille de sa grand-mère où elle profite de l'enseignement prodigué à son frère aîné. Sa famille ayant remarqué ses prédispositions pour la littérature, et notamment la poésie, elle apprend le latin et la composition auprès de son grand-père Prospero Saraceni, qui était lui-même notaire et homme de lettres. Si aucun cursus scolaire n'existait encore pour les filles, son frère, lui, poursuit son éduction en cours de grammaire, et lui apprend à lire, à écrire en latin, dessiner, chanter, ainsi qu'à jouer du luth et du clavecin. Doglioni écrit même qu'elle tirait davantage profit de ces leçons que son frère ("che maggior profitto fece assai di lui").
Le , à vingt-sept ans, Moderata épouse Filippo de' Zorzi, un avocat au ministère chargé de la gestion de l'eau de la ville de Venise (Officio dell'Aque). Ce dernier s'intéresse probablement à la littérature, comme en témoigne le sonnet qu'il signe en préface d'une des œuvres de son épouse, La Resurrezione. Leur mariage semble avoir été particulièrement heureux car de' Zorzi rend la dot un an et demi après leur mariage. Un document officiel daté d' affirme que « de' Zorzi retourne la dot grâce à la gentillesse, le grand amour et la bonne volonté qu'il a ressenti et ressent pour Moderata».
Une de ses premières œuvres connues est une pièce musicale religieuse jouée devant le Doge Da Ponte en 1581 au festival de la fête de Saint Stéphane, Le Feste [les fêtes].
En 1581, elle publie son poème épiqueTredici Canti del Floridoro (Les treize chants de Floridoro) dédié à Bianca Cappello et son nouveau mari, le duc de Florence. Ce poème est probablement le second ouvrage de chevalerie publié par une femme italienne, après Il Meschino de Tullia d'Aragon, édité en 1560.
Moderata a écrit deux poèmes religieux La Passione di Cristo (Passion du Christ) et La Resurrezione di Gesù Cristo nostro Signore che segue alla Santissima Passione otava rima da Moderata Fonte (la résurrection de Jésus Christ, notre Seigneur, qui suit la Sainte Passion en octaves par Moderata Fonte). Dans ces œuvres, elle décrit en détail les émotions de la Vierge Marie et Marie Madeleine devant le Christ mort puis devant sa résurrection, illustrant sa croyance profonde et soulignant la participation active des femmes dans les événements de la Passion et de la résurrection du Christ.
Son œuvre la plus connue est Il Merito delle donne, Le Mérite des femmes, publié en 1600, dans laquelle elle critique le comportement des hommes envers les femmes et où elle célèbre les vertus et l'intelligence de la femme, sans pour autant revendiquer l'égalité entre les deux sexes.
Lorsqu'elle meurt en couches de son dernier enfant, à Venise le , à l'âge de trente-sept ans, Pozzo a eu trois enfants : le plus vieux est âgé de dix ans, la seconde de huit, le troisième de six.
Elle est enterrée dans le cloître des frères mineurs de Saint-Roch. Son mari a déposé une épitaphe en marbre sur son tombeau qui décrit Moderata Pozzo comme « femina doctissima » [une femme très savante].
En raison de sa vie retirée et de sa position sociale, elle a joui pour la postérité d’une réputation irréprochable. Au XVIIIe siècle, F. S. Quadrio la qualifie de « savia madre di famiglia » tout en louant sa verve créative. Au XXe siècle, Emilio Zanette écrit : «fu una moglie e una mamma esemplare, come era stata una esemplare signorina» [elle fut une épouse et une mère exemplaires, comme elle avait été exemplaire avant son mariage]. Pourtant, dans Le Mérite des Femmes, la position d’épouse se révèle la plus difficile à supporter pour les femmes.