| Agrippine | |
| Série | |
|---|---|
| Auteur | Claire Bretécher |
| Genre(s) | Bande dessinée humoristique |
| Personnages principaux | Agrippine, sa famille, ses amis |
| Lieu de l’action | France |
| Époque de l’action | XXIe siècle |
| Éditeur | Dargaud |
| Première publication | janvier 1988 - |
| Nombre d’albums | 8 (en 2009) |
| 1999 : Alph-Art humour au Festival d'Angoulême pour Agrippine et l'ancêtre | |
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Agrippine est une série de bande dessinée réalisée par la Française Claire Bretécher dont les huit albums sont publiés entre 1988 et 2009.
Elle présente les dilemmes existentiels et les préoccupations futiles d'une adolescente gâtée, caricaturant à l'absurde les travers d'une bourgeoisie parisienne coincée entre existentialisme et société de consommation. Les ados y sont dépeints sous les traits de faux rebelles avant tout préoccupés par le paraître et la séduction, tandis que les adultes sont souvent des hippies attardés qui veulent garder leur illusion de liberté d'esprit tout en menant une vie étriquée.
En 1988 sort le premier tome, Agrippine, qui permet de faire connaissance avec le vocabulaire et les personnages. Trois ans plus tard, en 1991, sort le deuxième album, Agrippine prend vapeur, dont le titre comporte une expression souvent utilisée dans Agrippine. Ce deuxième tome montre la réaction d'Agrippine quand sa meilleure amie se trouve un copain. Les deux albums suivants, Les Combats d'Agrippine (1993) et Agrippine et les inclus (1995), montrent les premières amours d'Agrippine (Morose le Hachis et Persil Wagonnet).
En 1998, la bande dessinée prend un nouveau tournant avec Agrippine et l'ancêtre, qui fait apparaître Zonzon, l'arrière-grand-mère d'Agrippine. Cet album est le plus vendu de la série. Dans la continuité du précédent album, Agrippine et la secte à Raymonde (2001) a sa propre intrigue : les amis d'Agrippine tombent tous peu à peu dans une secte. En 2004, sort Allergies, qui reçoit des critiques mitigées, en raison de la transformation d'Agrippine en une jeune qui fume et se drogue. Le huitième et dernier album, Agrippine déconfite, sort en 2009. L'intégrale des cinq premiers tomes sort en 2000 et celle qui regroupe les huit tomes sort en 2010.
Les personnages d'Agrippine sont des caricatures des adolescents des années 1990 et de leurs parents, souvent de mentalité « soixante-huitarde ». Bretécher elle-même insiste sur le fait que plus que ses personnages, ce sont les situations dans lesquelles elle les place qui l'intéressent : « Ce sont des caractères, je n'ai pas besoin de les aimer. Agrippine est un personnage pratique qui permet d'aller dans plusieurs directions. Elle pourrait aussi bien devenir un personnage secondaire. ».
Pierre Bourdieu qualifie Agrippine d'« évocation […] rigoureuse, quasi ethnographique » de la bourgeoise intellectuelle parisienne saisie dans tous ses aspects : postures corporelles, langage, préoccupations (comme l'obsession des parents pour la réussite scolaire), etc.. Les enjeux liés aux familles recomposées y sont particulièrement exposés.
Cet aspect documentaire n'empêche pas Bretécher de créer des personnages adolescents « profondément universels », moqueurs face au jeunisme des adultes et d'un scepticisme teinté d'indifférence face à leurs injonctions contradictoires.
Cette critique sociale est dans la lignée des Frustrés (1973-1981), dont Agrippine apparaît « en quelque sorte [comme] la fille bâtarde […], aussi superficielle et égoïste que ses militants de parents se voulaient engagés et décidés à changer la société ».
Dans L'Obs, Bretécher explique le choix de ce prénom « horripilant » : « C'est la mère de Néron. Je voulais quelqu'un qu'on ait envie de détester tout de suite ».
La série Agrippine est régulièrement saluée pour son « langage formidablement inventif ». Dans ses œuvres antérieures, notamment Les Frustrés, Bretécher faisait déjà du langage l'un des meilleurs moyens de caricaturer la vacuité et les contradictions de ses personnages archétypaux. Dans Agrippine, l'auteure continue à cataloguer les tics de langage de ses contemporains, tout en allant « bien au-delà de la caricature ». Dans la série, en effet, elle utilise un argot français contemporain, non seulement restitué, mais également en grande partie inventé — par exemple lorsqu'elle extrapole les tics langagiers adolescents (« anglicismes mal digérés, verlan et constructions elliptiques, abréviations et déformations ») ou qu'elle invite divers termes pour évoquer la complexité des liens familiaux à l'ère des divorces (« faux-demi », « double-demi », « demi-doubles »). Bretécher réussit cependant à donner à ses inventions un aspect extrêmement naturel, allant « toujours dans le sens où va la langue elle-même ».
Cette inventivité verbale témoignant d'« un sens aigu de l'observation participante » est restée constante au long des vingt ans sur lesquels s'est étalée la publication de la série. Elle participe grandement de l'humour d'Agrippine.
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