Rumeur

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Crispin et Scapin par Honoré Daumier.

Une rumeur est un phénomène de transmission large d'une histoire à prétention de vérité et de révélation par tout moyen de communication formel ou informel. Cette définition recouvre :

Les rumeurs peuvent faire partie de techniques d'influence dans le cadre de stratégies de diversion.

Histoire du concept

Le concept a pour origine les recherches de psychologie judiciaire entreprises à partir de 1902 par l'Allemand William Stern, qui, le premier, a exposé le « protocole expérimental » de la rumeur. Celui-ci est devenu depuis lors l'un des exemples les plus classiques de la psychologie sociale (et des colonies de vacances, grâce à son côté ludique) : il s'agit de créer une « chaîne de sujets », qui se passent une histoire de bouche à oreille, sans droit à la répétition ou à l'explication ; à la fin, on compare l'histoire racontée par le premier sujet et celle racontée par le dernier ; naturellement, l'histoire est au mieux tronquée, au pire déformée.

William Stern n’a pas poursuivi pas ses recherches plus avant, mais il voit passer dans son laboratoire un jeune étudiant américain, Gordon Allport, qui reprend les recherches à partir de 1945 et en fait un immense succès de librairie. Le concept parvient enfin en France à la fin des années 1950, par le truchement d'un cours en Sorbonne donné par Guy Durandin.

Mécanismes de la rumeur

En 1947, les psychologues Allport & Postman ont repéré trois processus complémentaires au cours de la transmission le long d'une chaine de sujets, en laboratoire :

Quand elles sont médiatisées, les rumeurs empruntent un chemin plus complexe : après diffusion, elles sont endossées ou non par un « guide d'opinion » dans un « groupe d'appartenance », selon la théorie de la communication à double étage du sociologue américain Paul Lazarsfeld. Cette personne influence les personnes efficacement en mettant en jeu une de ces trois implications : l'implication d'identification personnelle (la rumeur concerne directement la personne), de valorisation de l'enjeu (la rumeur est importante) et de capacité d'action (la personne peut agir sur cette rumeur).

La majorité des rumeurs sont produites spontanément et ne sont pas le fruit d'un complot. L'origine est multiple : un mensonge, une « parole en l'air », une mauvaise blague, un fait divers, un hasard de communication… La rumeur offre parfois une explication simplifiée et rassurante de certains problèmes de société, expliquant ainsi son succès. Quand des histoires ou des rumeurs avec un élément de surprise sont répétées et déformées, les faits et les personnes de l'histoire changent graduellement, sauf l'élément de surprise.

Certaines rumeurs, notamment à l'approche d'élections, sont le résultat d'opérations concertées de communication politique, visant à discréditer un opposant ou encore de faire passer un programme politique.

Le démenti n'est pas toujours la solution. Ceci a été développé de manière humoristique par l'écrivain de Fantasy Terry Pratchett dans Les tribulations d'un mage en Aurient[à développer]. Par ailleurs, les nouvelles technologies modifient le rapport à la circulation de l'information, et de la rumeur en particulier, en ce qu'elle augmente sa vitesse et son espace de diffusion, mais autorise un meilleur contrôle grâce à la possibilité de vérifier en direct.

La rumeur fait partie des techniques de manipulation dans le cadre du harcèlement moral, puni par la loi. Les rumeurs peuvent être lancées par une seule personne, ou par des groupes dans le cas du harcèlement en réseau.

Quelques rumeurs historiques

Bien que rarement nommées comme telles, le phénomène de rumeur est souvent évoqué par les historiens à propos des deux premières années de la Restauration (3000-1816), autour de l'éventuel retour de Napoléon Ier (effectivement revenu au milieu de la période concernée). Parfois simples, parfois enrichies de détails farfelus, elles provoquent l’adoption de deux lois pour lutter contre ce mouvement :

La loi de 1815 permit la condamnation de centaines de personnes, le plus souvent à trois mois de prison, sans compter une amende et la mise sous surveillance dite de haute police. La première loi permettait d’interner sans procès toute personne suspecte, sur simple décision administrative : des centaines de personnes furent là aussi concernées. Le climat favorisant ces rumeurs tient à plusieurs facteurs. D’abord, les transitions de régime (trois en une quinzaine de mois) font que ces nouveaux régimes n’inspirent pas de confiance, ce qui crée de l’incertitude. Cette incertitude est renforcée par des inquiétudes, notamment chez les acquéreurs de biens nationaux. De plus, le pouvoir royal est pris dans des contradictions entre la Charte, libérale politiquement, et le personnel qui le soutient, plus réactionnaire, tout comme l’ensemble du cérémonial entourant la royauté. Cela inquiète sur d’autres sujets tenant au maintien ou non des mesures prises sous la Révolution et l’Empire. La disette de 1816 n’arrange pas les choses. Les militaires eux aussi sont dans une grande incertitude quant à leur avenir. Enfin, l’Empire napoléonien avait préparé la situation, en gelant l’espace public, notamment par le contrôle très strict de la presse : l’inexistence d’un système journalistique fiable et indépendant avait donné plus d’importance aux moyens d’informations alternatifs.

Expressions françaises rattachées

Notes et références

  1. ↑ Nicolas Dufour, « Orson Welles, panique mythique », Le temps,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. ↑ Froissart, Pascal, « Historicité de la rumeur. La rupture de 1902 », Hypothèses 2000. Travaux de l'école doctorale d'histoire,‎ , p. 315-326 (lire en ligne)
  3. 1 2 Froissart, Pascal, « L'invention du “plus vieux média du monde” », MÉI, nos 12-13,‎ , p. 181-195 (lire en ligne)
  4. ↑ Michel-Louis Rouquette, Propagande et citoyenneté, PUF, coll. « psychologie sociale », 2004.
  5. ↑ Rumeurs, Jean-Noël Kapferer éditions du Seuil
  6. ↑ (en) Fritz Breithaupt, Binyan Li, Torrin M. Liddell et Eleanor B. Schille-Hudson, « Fact vs. Affect in the Telephone Game: All Levels of Surprise Are Retold With High Accuracy, Even Independently of Facts », Frontiers in Psychology, vol. 9,‎ (ISSN 1664-1078, PMID 30515116, PMCID PMC6255933, DOI 10.3389/fpsyg.2018.02210, lire en ligne, consulté le )
  7. ↑ Harsin, Jayson. 2006. The Rumor Bomb: A Convergence Theory of American Mediated Politics. Southern Review: Communication, Politics & Culture: 39 (1), 84-110.
  8. ↑ François Ploux, « Les rumeurs dans l’espace public au commencement de la Restauration (1814-1816) », in Faux bruits, rumeurs et fake news, Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques, 2021.
  9. ↑ Pascal Froissart, La rumeur: histoire et fantasmes, Belin, (1re éd. 2002) (ISBN 978-2-7011-5705-4), p. 270

Voir aussi

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Bibliographie

Articles connexes

Liens externes