
La monnaie numide désigne les monnaies émises dans le royaume de Numidie durant l'Antiquité, notamment sous les règnes de Syphax, de Massinissa et de ses successeurs, puis de Juba Ier. Elle comprend principalement des émissions de bronze, auxquelles s'ajoutent quelques émissions de billon et des monnaies de plomb. Ses types et ses légendes témoignent des relations entre le royaume numide, le monde punique et les cultures méditerranéennes, tandis que sa diffusion accompagne le développement de l'économie monétaire dans une partie de l'Afrique du Nord antique.

Au IIIe siècle av. J.-C., le développement du monnayage numide s’inscrit dans un contexte de consolidation politique et de relations commerciales avec Carthage. Les monnaies puniques constituent alors une référence importante dans l'environnement monétaire de lAfrique du Nord. L'unification des royaumes massyle et masaesyle par Massinissa (238-148 av. J.-C.), à la suite de la deuxième guerre punique, favorise l'affirmation d'un pouvoir royal centralisé. Le souverain renforce l'organisation du royaume et encourage le développement de l'agriculture, tandis que l'émission de monnaies participe à la représentation de l'autorité royale. Après la défaite de Carthage en 201 av. J.-C., Massinissa étend également son influence aux dépens des territoires carthaginois. Cette politique concerne notamment la Tripolitaine, où se trouvent les cités de Lepcis Magna, d'Oea et de Sabratha. Dans la première moitié du IIe siècle av. J.-C., il s'empare des Emporia, territoires côtiers de cette région. Lepcis Magna passe ainsi sous l'autorité numide vers 162-161 av. J.-C., tout en conservant une certaine autonomie institutionnelle. Ces acquisitions témoignent de l’extension de l'influence du royaume vers l'est, sans que la présence de monnaies numides suffise, à elle seule, à déterminer l'étendue exacte de son contrôle territorial,.

Après la mort de Massinissa, en 148 av. J.-C., son fils Micipsa lui succède et maintient les relations avec Rome. Le royaume poursuit son développement dans un environnement marqué par les échanges commerciaux, l'agriculture et l'élevage. La production monétaire constitue progressivement un instrument d’échange et une manifestation de l'autorité des souverains. Toutefois, la crise dynastique qui suit la mort de Micipsa, en 118 av. J.-C., bouleverse l'équilibre politique. Le conflit entre Jugurtha, Hiempsal Ier et Adherbal entraîne une intervention romaine dans les affaires du royaume. Au cours de la guerre de Jugurtha, Lepcis Magna se rapproche de Rome et obtient le statut de cité alliée, selon les sources antiques. La défaite de Jugurtha, en 105 av. J.-C., est suivie d’une réorganisation territoriale : Gauda, son frère, reçoit une partie du royaume, tandis que le roi maure Bocchus Ier, qui a livré Jugurtha aux Romains, obtient des territoires occidentaux. Ces événements contribuent au recul de l'influence numide en Tripolitaine, où Lepcis Magna relève désormais de la sphère politique romaine,.
Après la mort de Gauda, de nouvelles divisions dynastiques affectent la Numidie, notamment entre ses fils Hiempsal II et Masteabar. Hiempsal II exerce le pouvoir sur une partie du royaume et entretient des relations diplomatiques avec Rome. Son règne s'inscrit dans une période de rivalités politiques et de recompositions territoriales en Afrique du Nord. Son successeur, Juba Ier, s'allie à Pompée durant la guerre civile romaine. Après la défaite des forces pompéiennes à Thapsus, en 46 av. J.-C., le royaume de Juba Ier est annexé par Rome, mettant fin à l'indépendance du royaume numide. Les traditions monétaires se prolongent toutefois dans le contexte politique transformé de l'Afrique du Nord, notamment sous Juba II, qui règne sur la Maurétanie de 25 av. J.-C. à 23 apr. J.-C. et dont le monnayage témoigne des influences locales, puniques, grecques et romaines. À l'échelle géographique, les monnaies numides découvertes hors du cœur du royaume, notamment à Lepcis Magna et dans ses environs, permettent d’étudier les relations politiques et économiques entre la Numidie et les régions voisines,,,.

Les premières émissions royales numides apparaissent à la fin du IIIe siècle av. J.-C., dans le contexte de la deuxième guerre punique. Le monnayage attribué à Syphax comprend notamment deux séries de bronzes portant son effigie et une légende punique. Ces monnaies constituent des témoignages de l'affirmation du pouvoir royal numide et des liens entretenus avec les traditions monétaires puniques. Jacques Alexandropoulos propose de rattacher ces émissions principalement à Siga, capitale de la Masaesylie, tout en envisageant également l'existence d'un atelier à Cirta.
Le monnayage attribué à Vermina, fils de Syphax, comprend des bronzes de caractéristiques comparables et de rares monnaies d'argent. La chronologie précise de ces émissions demeure toutefois incertaine. Les monnaies de Syphax et de Vermina se distinguent notamment par la présence du nom royal dans la légende, contrairement à une grande partie des émissions ultérieures, dont les inscriptions sont plus difficiles à interpréter,.
Le monnayage attribué à Massinissa et à ses successeurs constitue l'ensemble le plus abondant du monnayage royal numide. Il se développe à partir du début du IIe siècle av. J.-C. et se poursuit durant les règnes suivants, jusqu'à l'époque de Juba Ier. Les monnaies de cette période sont principalement en bronze et présentent des types relativement proches les uns des autres. L'absence fréquente du nom complet du souverain rend leur classement chronologique et leur attribution difficiles.
Deux monnaies portant une légende développée identifiant Massinissa sont particulièrement importantes. L'une présente le roi lauré, un sceptre sur l'épaule et, au revers, un cheval au pas accompagné d'un sceptre. L'autre associe son effigie à la représentation d'un éléphant. La légende comprend le nom royal en punique, msnsn, suivi du terme hmmlkt, qui désigne la fonction royale. Alexandropoulos considère que ces pièces pourraient avoir été émises pendant le règne de Massinissa, sans exclure totalement une frappe postérieure à titre commémoratif.

D'autres monnaies portent des légendes abrégées de deux lettres, dont l'interprétation n'est pas toujours certaine. Les lettres mn peuvent ainsi correspondre au nom punique de Massinissa ou à celui de son fils Micipsa. Les émissions portant les lettres gn ont été attribuées soit à Gulussa, soit à Gauda. Celles qui portent la légende kn ont notamment été rapprochées de Capussa, mais cette attribution reste hypothétique. En revanche, les monnaies portant la légende ʾl sont attribuées à Adherbal.
Aucune émission ne peut être attribuée avec certitude à Jugurtha dans le classement proposé par Alexandropoulos. L'auteur examine les raisons possibles de cette absence, notamment la situation politique du royaume numide et la place des centres urbains dans l'économie monétaire. Il souligne toutefois que les lacunes documentaires ne permettent pas de reconstituer avec certitude l'ensemble des émissions de cette période.
Bien que l'existence d'un monnayage propre à Jugurtha soit parfois évoquée dans la culture populaire et dans certains ouvrages anciens, aucune pièce de monnaie ni aucun atelier monétaire ne lui a été attribué avec certitude par l'archéologie moderne. En 1870, le numismate Ludwig Müller attribue au roi numide une monnaie en argent représentant une tête royale tournée vers la gauche à l'avers et un éléphant au revers, accompagnés d'inscriptions en écriture punique. Cette attribution est toutefois remise en cause, voire rejetée, par les analyses contemporaines.
Sous Juba Ier, dont le règne sétend approximativement de 60 à 46 av. J.-C., le monnayage connaît une évolution importante. Les émissions comprennent des monnaies de bronze, de billon et d'argent. Les monnaies d'argent incluent notamment des quinaires et des sesterces, tandis que des deniers de type romain sont frappés à Utique durant les années 47-46 av. J.-C., dans le contexte de la guerre civile romaine,.
Les émissions attribuées à Juba Ier présentent une iconographie diversifiée. Elles comprennent notamment des effigies royales, des représentations de Zeus Ammon, des figures associées à l'Afrique, ainsi que des animaux tels que l'éléphant et le lion. Certains types représentent également un édifice interprété comme un temple ou un palais. Les légendes utilisent principalement l'écriture punique, mais certaines monnaies associent une légende latine au droit et une légende punique au revers. L'inscription latine Rex Iuba en constitue un exemple. Le monnayage de Juba Ier, présente également des références à la mythologie gréco-romaine,.
Alexandropoulos relève également une évolution de la métrologie et des dénominations monétaires sous Juba Ier. Les émissions de cette période s'inscrivent dans les traditions antérieures tout en intégrant des influences hellénistiques et romaines. Après la défaite de Juba Ier à Thapsus en 46 av. J.-C., le royaume numide disparaît en tant qu'entité politique indépendante,.
Le monnayage de Juba II occupe une place importante dans l'histoire monétaire du Royaume de Maurétanie et, plus largement, de l'Afrique antique. Il témoigne de l'évolution des traditions monétaires régionales dans un contexte d'intégration progressive au système monétaire romain. Elisabeth Smadja étudie notamment la représentation d'Hercule sur les monnaies de Juba II, dans le cadre de l'iconographie du monnayage maurétanien.

L'étude des monnaies attribuées à Massinissa et à ses successeurs conduit Alexandropoulos à distinguer deux groupes, caractérisés par des différences d'iconographie et de métrologie. Le premier, moins abondant, comprend des monnaies portant une effigie royale diadémée. Le second, beaucoup plus répandu, présente une tête laurée. Ces différences sont également perceptibles dans la représentation du cheval au revers et dans les caractéristiques pondérales des émissions.
Sur la base de ces observations et de la répartition des monnaies découvertes, l'auteur propose d'attribuer le groupe à tête diadémée à Siga et celui à tête laurée à Cirta. Les monnaies à tête diadémée sont notamment moins fréquentes dans les découvertes de Tunisie que celles à tête laurée. Dans un trésor de Cherchell comprenant 80 monnaies numides, 29 appartiennent au premier groupe, tandis que le trésor de Tarhouna, en Tripolitaine, n'en comprend qu'une sur 176 monnaies. Ces données sont utilisées pour étayer l'hypothèse d'une répartition géographique différente des deux séries.

L'attribution des ateliers ne repose cependant pas sur des inscriptions indiquant explicitement le lieu de frappe. Elle demeure une proposition fondée sur les caractéristiques des monnaies et leur distribution. Selon Alexandropoulos, Siga aurait cessé de frapper monnaie sous Micipsa ou peu après son règne, au profit d'une concentration des émissions à Cirta ou, plus largement, dans la partie orientale du royaume. L'existence d'autres ateliers, officiels ou parallèles, ne peut être exclue.
Les émissions attribuées à Cirta présentent des caractéristiques métrologiques et iconographiques rapprochées de celles des monnaies de Carthage. Le groupe attribué à Siga, quant à lui, présente des similitudes avec les monnaies des Barcides, notamment par les dimensions et les poids des pièces ainsi que par certaines variantes iconographiques. Alexandropoulos rapproche ces différences des traditions monétaires respectives de la Massylie et de la Masaesylie,.
Les monnaies attribuées à Siga présentent notamment un roi diadémé et des chevaux au pas, au trot ou au galop, parfois accompagnés d’une palme ou d'un astre. Les séries attribuées à Cirta sont dominées par l'effigie royale laurée et par la représentation du cheval. Les similitudes entre certains portraits des deux groupes ne suffisent pas à écarter l'hypothèse de deux ateliers, les graveurs et les coins ayant pu circuler d'un atelier à l'autre.

Le bronze constitue le métal principal du monnayage numide attribué à Massinissa et à ses successeurs. Alexandropoulos distingue plusieurs modules qui auraient formé une échelle divisionnaire. Les monnaies les plus communes mesurent environ 25 à 28 mm de diamètre et pèsent en moyenne autour de 14.5 g. Elles constituent le pivot du système proposé par l'auteur.
D'autres pièces, plus grandes ou plus petites, sont interprétées comme des multiples ou des fractions de cette unité. Un très grand bronze d'environ 45 mm de diamètre, pesant approximativement 65 à 68 g selon les données retenues, est rapproché des grandes émissions de bronze de Carthage postérieures à 201 av. J.-C. Une monnaie d'environ 35 mm et 25 g pourrait correspondre à un multiple de deux unités. Des pièces de 17 mm et environ 3,5 g, puis de 14 mm et environ 2 g, sont proposées comme fractions de l'unité.
Ces équivalences constituent des reconstitutions métrologiques. La chronologie des monnaies anépigraphes est trop incertaine pour garantir que toutes les pièces réunies dans une même catégorie aient été frappées simultanément. Les émissions de l'unité principale semblent avoir été produites sur une période particulièrement longue, peut-être jusqu'au règne de Juba Ier.
Des émissions de billon sont attestées, mais elles sont rares. Certaines présentent un module et une iconographie proches de ceux des unités de bronze, tout en affichant un poids sensiblement différent. Leur place exacte dans le système monétaire et leur date d'émission restent difficiles à déterminer.
Après les émissions de Syphax et de Vermina, le monnayage royal numide attribué à Massinissa et à ses successeurs est essentiellement constitué de bronze. Les émissions d'or et d'argent ne sont pas attestées pour cette période, à l'exception de rares monnaies d'argent signalées pour Syphax et Vermina. Alexandropoulos rapproche la prédominance du bronze du manque de ressources locales en métaux précieux et de la circulation de monnaies étrangères, notamment de deniers romains,.
Le règne de Juba Ier marque une évolution avec des émissions d'argent et de nouvelles dénominations. Les monnaies de Juba II et de Ptolémée appartiennent, pour leur part, au monnayage royal maurétanien et doivent être distinguées des émissions numides,.

Les monnaies numides présentent plusieurs types d'effigies royales. Sur les émissions attribuées à Syphax, le souverain apparaît notamment nu ou diadémé. Les séries attribuées à Massinissa et à ses successeurs présentent plus fréquemment une tête laurée ou diadémée. Les légendes complètes étant rares, il est souvent impossible d'identifier précisément le roi représenté,.
Alexandropoulos estime que l'effigie de Massinissa a pu servir de modèle à celles de ses successeurs. Les portraits des émissions sans légende ou portant seulement deux lettres ne permettent donc pas, à eux seuls, de distinguer les différents règnes. L'auteur envisage que la couronne de laurier et le sceptre associent l'image royale à des attributs également employés dans la représentation de divinités du monde méditerranéen. Il souligne ainsi la possibilité de connotations religieuses dans l'image royale, sans réduire ces effigies à de simples représentations divines,.
Le cheval constitue l'un des motifs les plus fréquents du monnayage royal numide. Il est représenté au pas, au trot, à l'arrêt ou au galop. Certaines pièces le montrent seul, tandis que d'autres l’accompagnent d'un symbole tel qu'une palme, un astre, un croissant ou un globule. Alexandropoulos relève la continuité de ce motif dans le monnayage numide et le rapproche de l'héritage punique,.
D'autres motifs apparaissent sur les monnaies, notamment la tête d'Ammon, le croissant, le globule, l'œil et différents signes dont la signification reste discutée. Le symbole souvent désigné comme le « signe de Tanit » fait l'objet de réserves de la part d'Alexandropoulos, qui souligne que son interprétation ne peut être tenue pour certaine. L'auteur propose par ailleurs de reconnaître un trophée dans un autre signe parfois confondu avec celui-ci. Certains motifs se retrouvent sous forme de contremarques.
Les émissions de Juba Ier élargissent le répertoire iconographique, avec notamment des représentations d'Hercule, de Zeus Ammon, de l'Afrique, de l'éléphant, du lion et d'un édifice. Alexandropoulos relève, dans cet ensemble, des rapprochements avec les traditions puniques, égyptiennes, hellénistiques et romaines. Les significations religieuses précises de plusieurs motifs demeurent néanmoins hypothétiques,.
Les légendes des monnaies royales numides sont principalement en langue punique et utilisent l'écriture punique. Elles peuvent comporter le nom du souverain, un titre royal ou une abréviation. La brièveté de nombreuses inscriptions est l'une des principales difficultés de l'identification des émissions,.
Le nom de Massinissa apparaît sous la forme punique msnsn, accompagné, sur certaines monnaies, du terme hmmlkt. D'autres légendes se limitent à deux lettres, comme mn, gn, ʾl ou kn, dont l'interprétation varie selon les émissions et les hypothèses d'attribution. Les légendes puniques sont encore attestées sur les émissions numides du Ier siècle av. J.-C.. Sous Juba Ier, une émission associe la légende latine Rex Iuba à une inscription punique au revers,,.
L'usage du punique sur les monnaies est également mis en relation par les auteurs avec la place de cette langue dans la vie politique numide et avec les échanges entretenus avec les populations et les cités de tradition punique. Les sources soulignent par ailleurs l'influence hellénistique sur les représentations royales et sur certains aspects de la culture numide,.

Des monnaies de plomb, parfois constituées d'une âme de plomb recouverte d'une feuille de bronze ou de cuivre, reproduisent les types des monnaies numides de bronze. Elles sont notamment signalées dans une zone allant de Constantine à Alger. Certaines portent une iconographie semblable à celle des émissions royales les plus communes, avec une effigie laurée et un cheval au revers.
La fonction de ces monnaies n'est pas établie avec certitude. Alexandropoulos envisage qu'elles aient répondu à une demande de numéraire supérieure aux capacités de production des ateliers, en raison d'un manque de métal ou d'un débit insuffisant. Il examine également la possibilité d'émissions destinées à répondre à des besoins monétaires particuliers.
D'autres hypothèses ont été envisagées, notamment celle de monnaies votives ou celle d'émissions d'urgence durant la guerre de Jugurtha. Alexandropoulos estime toutefois que les données disponibles ne permettent pas de retenir définitivement une explication unique. Ces monnaies constituent ainsi un aspect encore discuté de l'histoire monétaire numide.

Les monnaies de bronze attribuées à Massinissa et à ses successeurs sont attestées dans de nombreuses régions d'Afrique du Nord. Alexandropoulos signale leur présence depuis Misurata, en Libye, jusqu'au site de Kouass, sur la façade atlantique du Maroc. Les découvertes de Cherchell et de Tarhouna ont notamment été mobilisées pour étudier la distribution des différents groupes monétaires.
Les monnaies numides sont également connues par des trésors et par des exemplaires conservés dans des collections publiques, parfois sans indication précise de provenance. Les découvertes et les trésors recensés par les numismates contribuent à l'étude de leur circulation, mais la perte de certains ensembles et l'absence de documentation détaillée limitent les conclusions possibles,.
Les monnaies de bronze numides circulaient parallèlement à des monnaies étrangères, notamment des deniers romains et d'autres espèces d'argent. Alexandropoulos relève qu'un trésor de Cirta comprenait des deniers romains, des deniers celtibères, des tétradrachmes athéniens et des drachmes massaliotes. Ces données témoignent de la coexistence de différentes espèces dans la circulation monétaire régionale, sans permettre de reconstituer à elles seules les modalités précises des échanges,
Alexandropoulos relève que l'abondance et la diffusion des monnaies de bronze constituent des indices du développement de l'économie monétaire, notamment dans les villes numides. Il souligne néanmoins que l'étendue de cette monétarisation dans les campagnes reste difficile à mesurer.
Le monnayage royal numide doit être distingué des émissions de certaines cités d’Afrique du Nord. L'étude de Nessighaoui Ouafia consacrée aux monnaies des villes autonomes dans l'Algérie antique mentionne notamment Hippo Regius, Cirta, Rusicade et Icosium parmi les cités ayant émis des monnaies. L'autrice situe ces émissions dans le contexte ouvert par la destruction de Carthage en 146 av. J.-C. Les chronologies et les attributions doivent toutefois être examinées séparément pour chaque cité,.
Le monnayage royal maurétanien constitue également un ensemble distinct. Son apparition est postérieure à celle des émissions royales numides. Les monnaies de Juba II et de Ptolémée relèvent du monnayage de Maurétanie, même si elles s'inscrivent dans l'histoire plus large des traditions monétaires de l'Afrique du Nord antique,,.

À l'instar des autres sources matérielles, notamment les stèles puniques et néopuniques, les inscriptions libyques et les vestiges archéologiques, les monnaies numides constituent une source essentielle pour l'étude de l'histoire ancienne en général et de la période numide en particulier. Cette importance tient notamment à l'absence de sources littéraires locales libyques et puniques, qui conduit les historiens à s'appuyer principalement sur les écrits des auteurs grecs et latins. Ces derniers ne s'intéressent à l'histoire de cette région que lorsqu'elle présente un lien avec des événements importants de leur propre histoire. L'étude des monnaies permet ainsi de mieux connaître la nature et les différentes catégories de ces sources matérielles, leurs modalités d'exploitation dans la reconstitution de l'histoire ancienne et leur apport à l'étude de la période numide.
Le Corpus nummorum Numidiae Mauretaniaeque de Jean Mazard, publié en 1955 avec une préface de Jean Babelon, constitue un ouvrage de référence pour l'identification et le classement des monnaies royales et civiques de Numidie et de Maurétanie. Dans son compte rendu publié en 1956, Raymond Thouvenot examine cet ouvrage et son intérêt pour l'étude numismatique,.
Les travaux de Jacques Alexandropoulos analysent les ateliers, la métrologie, la chronologie et la circulation des émissions numides. Ils soulignent que plusieurs questions restent ouvertes, en particulier l'attribution de certaines monnaies à un souverain précis, la datation des émissions anépigraphes et la localisation des ateliers,.