| Naissance | |
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| Décès | |
| Sépulture | |
| Nom dans la langue maternelle |
Maria Benz |
| Nom de naissance |
Maria Benz |
| Surnom |
Maja Benaro |
| Pseudonyme |
Nusch Éluard |
| Nationalités | |
| Activité | |
| Conjoint |
| Mouvement |
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Nusch Éluard est une « artiste » et égérie franco-allemande, née Maria Benz le à Mulhouse dans une Alsace faisant alors partie de l'Empire allemand et morte française le à Paris 18e,. Femme sans tabou et égérie du surréalisme célébrée par les œuvres de Man Ray, Picasso, Miró, Valentine Hugo, Dora Maar, elle participe après la rupture du pacte germano-soviétique en 1941 à la Résistance communiste malgré une santé très altérée et deviendra, selon une légende soutenue par les proches témoins, le personnage nommé Liberté dans le poème du même nom.
Marie Benz naît à Mulhouse, alors chef lieu du district de Haute-Alsace du Reichsland d'Alsace-Lorraine au sein de l'Empire allemand, d'Auguste Benz, propriétaire d'un chapiteau sous lequel il se produit dans les villages du Sundgau et même au-delà de la frontière suisse, et de Marie Joséphine Juchert. Elle ne se départira jamais d'un fort accent typique du Rhin supérieur (de). Dès la naissance de Nusch, sa famille déménage à Mühlacker puis à Hanovre. Elle a deux petits frères ainsi qu'une sœur, morte à un an, en 1916, peu après leur mère. Durant la Grande Guerre, son père, qui la surnomme affectueusement Nusch (Nouche), c'est-à-dire « noix », sans doute au sens où l'on se casse les dents sur elle, la retire de l'école pour la former à l'acrobatie et lui enseigner les jeux de scènes. Elle présente les numéros de clown, de trapèze, de magie. Elle a dix ans quand son père met au point pour elle un numéro de chaînes. Exposée dans un justaucorps couleur chair, elle devient la principale attraction et la première source de revenu du petit théâtre familial.
La famille déménage ensuite à Strasbourg et son père, Augustus Benz, devient français par décret du . En 1922, Maria Benz se produit au Restaurant Drei Könige dans un spectacle de danse donné le jour de seizième anniversaire. L'annonce de ce spectacle est, à ce jour, un des rares documents connu sur sa jeunesse. En septembre de la même année, Maria Benz déménage pour Paris.
En 1929, Nusch rencontra l'architecte et artiste Max Bill à Zurich, possiblement au café Odéon. Comme Max Bill le raconte dans ses lettres à son père, elle travaille pour lui et promeut ses œuvres, d'abord en France et ensuite à Zurich. Max Bill aurait été très amoureux de Nusch et tous deux auraient emménagé rapidement dans sa maison à la Stadelhoferstrasse 27. Grâce à ses compétences de traductrice français/allemand, elle présentait aux clients et potentiels collaborateurs les projets de l'agence publicitaire de Max Bill. Le , la police cantonale communiqua à Nusch son avis d'expulsion : elle n'avait pas de permis de travail et le concubinage était illégal. Pour éviter cette expulsion, le couple cosigne un courrier annonçant leur mariage imminent et demandant un recours. Ce mariage n'aura jamais lieu car le père de Max Bill refusa catégoriquement ce mariage avec celle qu'il décrit comme une "femme douteuse" dans une lettre du . Nusch doit partir en hâte vers Strasbourg avant de rejoindre Paris.
Les années folles sont passées mais Nusch aurait trouvé un rôle régulier d'hypnotiseuse dans un spectacle du théâtre du Grand-Guignol d'épouvante érotique d'André de Lorde. Les faits sont incertains car les archives du Grand Guignol sont vides au sujet de ce passage supposé de Maria Benz. Selon la biographie écrite par Chantal Vieuille, elle y aurait fait également un numéro de catalepsie à la mode Charcot et remporté un certain succès en médium faisant parler les morts. Les acteurs ne sont pas rémunérés par le théâtre mais, comme des artistes de rue, directement par le public, ou par les rencontres qui suivent le spectacle. Pour payer sa petite chambre d'hôtel, près de la gare Saint-Lazare, il lui serait arrivé de dérober un costume et des accessoires de scène pour pratiquer le travail du sexe, la cartomancie et la chiromancie.
Le , Nusch déambule à hauteur des Galeries Lafayette quand elle est abordée par René Char et Paul Éluard, qui, sous prétexte de découvrir une nouvelle Nadja, ont l'habitude de fréquenter des prostituées ensemble et de flirter avec leur homosexualité en partageant les femmes. Ils la rattrapent quand elle cherche refuge dans le métro. C'est jour de relâche, non payé et donc sans repas. Elle dévore les croissants que les deux jeunes hommes lui offrent dans le café situé à l'angle de la chaussée d'Antin et du boulevard Haussmann. Au moment de monter dans le taxi, René Char se défausse galamment.
Dans les jours suivants, Paul Éluard laisse la « poupée pathétique » aux yeux gris bleu et au teint frais s'installer dans le petit appartement de Montmartre abandonné par son épouse Gala, au premier étage du 7 rue Becquerel. L'« actrice » a vingt-quatre ans, l'auteur de L'Art d'être malheureux, fils d'un petit promoteur immobilier bientôt ruiné par la Grande Dépression, dix de plus. Il domine son mètre soixante neuf d'une tête. Elle prend soin de l'intérieur du poète, membre du Parti communiste français, qui a confié la garde de sa fille, Cécile, à sa mère.
À la mi-août, à l'invitation de Gala, il l'emmène avec René Char la rejoindre auprès de Salvador Dalí à Cadaqués. C'est à la fin de cette quinzaine de vacances que Gala demande le divorce. Paul Éluard déménage avant de partir aussitôt à Avignon retrouver le soleil et René Char pendant que Nusch retourne dans sa famille à Mulhouse. Ce n'est qu'après plusieurs semaines de séparation consentie qu'Éluard, ne se voyant pas supporter seul sa fatigue et les difficultés financières, se décide à aller chercher la remplaçante en Alsace. Nusch est aussitôt présentée aux camarades de sa cellule locale, Louis Aragon, Elsa Triolet et André Breton. Le portrait populaire dressé par les surréalistes revient régulièrement sur les numéros de "double vue" pratiqués durant la première soirée passée par Nusch en compagne d'Eluard et d'André Breton chez ce dernier en 1930. La vie commune avec Paul Éluard commence dans le studio du 42, rue Fontaine, un petit atelier loué sous celui de Breton.
En entrant dans le cercle surréaliste, Nusch Éluard participe par exemple à la réalisation de cadavres exquis au crayon de couleur sur papier, avec Paul Éluard, Valentine Hugo, et André Breton.
Par ailleurs, Nusch Éluard devient un modèle inspirant pour le groupe surréaliste, notamment de Man Ray, pour lequel elle sera le célèbre sujet d'une série de photos de nus, solarisées par Man Ray. À partir de ces photographies, Paul Éluard a écrit des poèmes d'amour publiés dans un ouvrage au titre ambigu, Facile. Outre Man Ray, Nusch Éluard est également le modèle d'une série de portraits et de photomontages surréalistes de Dora Maar, notamment Les années vous guettent (1936).

Souvent réduite au statut de « muse » ou d'« égérie » surréaliste, il a fallu attendre les découvertes faites dans les années 1970 par l’expert américain du surréalisme Timothy Baumelle pour s’apercevoir que Nusch Éluard avait élaboré une série de collages, faussement attribués à Paul Éluard mais signés « Nusch ». C'est de manière fortuite que la jeune femme réalisa ces œuvres. En proie à une période d'insomnies vers 1935-1936, elle consulta un psychiatre qui lui suggéra de recourir à l'écriture. À la suite de cela, elle a entrepris de découper des photographies dans des magazines pour en faire des collages, utilisant des cartes postales comme support. L'un de ces collages, intitulé « Bois des îles », a été publié dans la série de 21 cartes postales d'artistes en noir et blanc (La carte surréaliste) éditée par Georges Hugnet en 1937, aux côtés des créations de Marcel Duchamp, Max Ernst, Paul Éluard, Meret Oppenheim, Salvador Dalí ou encore Jacqueline Lamba-Breton.
Parmi les collages recensés, on en trouve un dans une collection privée de Londres. Cinq ont été publiés en 1978. Le fonds Éluard du Musée de Saint-Denis en conserve aussi quelques-uns.
Le mouvement surréaliste a beaucoup occulté le rôle des femmes. À ses débuts, il est exclusivement composé d’hommes, les femmes n’y sont présentes qu’en tant que muses ou amantes. À l'image d'Adrienne Fidelin, Jacqueline Lamba, Dora Maar, Nusch Éluard est souvent réduite au rang de "compagne de" et a été effacée de la scène artistique.
Nusch Éluard est également restée dans l'histoire en tant que femme particulièrement libre dans sa sexualité et son couple.
Le , après presque quatre années de vie commune, Maria Benz épouse Eugène Grindel, alias Éluard, avec André Breton et René Char comme témoins de mariage et la mention "sans profession" sur son acte de mariage. Paul Éluard envisage toujours de finir ses jours auprès de Gala Dalí et préfère l'union libre mais veut mettre à l'abri, en cas de décès, celle dont il se sent responsable. Dans la même mairie du 17e arrondissement de Paris avait eu lieu une semaine plus tôt le mariage de Jacqueline Lamba et d'André Breton, qui au contraire d'Éluard exige de lui et de ses disciples un engagement total envers l'aimée. Nusch Éluard sera dès lors une figure permanente de l'œuvre de son mari.
Après avoir rencontré Paul Éluard en 1933, Pablo Picasso devient un intime du couple Éluard et de leurs amis. Il les reçoit fréquemment rue des Grands-Augustins et passe avec eux des vacances très libres à Mougins en compagnie des couples Lee Miller - Roland Penrose et Man Ray - Adrienne Fidelin. Picasso peint alors de très nombreux portraits de Nusch Éluard, en 1936, 1937 et 1938. Picasso et Nusch Éluard auraient entretenu une liaison à cette époque avec l'assentiment de Paul Éluard,.

À la déclaration de la Seconde Guerre mondiale, Paul Éluard, âgé de quarante ans, est mobilisé à un poste administratif. Il est cantonné à Mignières dans l'Eure-et-Loir où Nusch Éluard vient le rejoindre et prendre pension dans un hôtel de la ville.
En , le régiment d'Éluard est envoyé à Saint-Sulpice-la-Pointe dans le Tarn, où Nusch Éluard le précède et prend une chambre d'hôtel. Éluard est démobilisé le , et le couple file vers Carcassonne pour retrouver leur ami Joë Bousquet. Quand ils rentrent à Paris, ils trouvent à se loger dans un petit appartement situé au 35 rue de la Chapelle, actuelle rue Marx-Dormoy.
En 1942, Éluard entre dans la clandestinité et demande sa réinscription au Parti communiste français clandestin ; il publie des tracts et poèmes subversifs que Nusch Éluard transporte dans des boîtes à bonbons. Paul et Nusch Éluard vont rejoindre leurs amis Christian et Yvonne Zervos dans leur maison de Vézelay.
La guerre finie, Éluard donne des conférences en Europe. Il est le plus souvent accompagné de sa femme. Elle devient alors une importante source d'inspiration poétique, et charnelle.
Nusch Éluard meurt subitement d'une attaque cérébrale , chez sa belle-mère Jeanne Grindel, en présence de Cécile, la fille d’Éluard. Elle est enterrée le au cimetière du Père-Lachaise (84e division).
Après la mort de son épouse, Paul Éluard écrit une série de poèmes, entre hommage à la figure vitale de l'aimée et désespoir (« Poésie ininterrompue », 1946 ; « Le temps déborde », 1947, et « Nusch », 1950).
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| « Nusch », in La Vie immédiate. |
« Vingt-huit novembre mil neuf cent quarante six
Nous ne vieillirons pas ensemble
Voici le jour
En trop : Le temps déborde. »
Adoptée comme une de leurs inspiratrices ou muse par les surréalistes, Nusch Éluard, figure féminine incarnant la régénération par le désir et la liberté, s’inscrit dans une tradition sotérique prisée des amis d'André Breton, celle d'une magicienne et voyante à la lisière entre les mondes réels et imaginaires. Apprêtée et « facile », elle offre aux peintres, sans correspondre pour autant aux canons de la beauté féminine, l'incarnation de l'obscur objet du désir et prête corps et âme à des poses étudiées pour les recherches photographiques de Man Ray, Lee Miller ou Dora Maar.
Avec Paul Éluard, Nusch Éluard expérimente la réalisation à petite échelle d'une utopie pangamique par laquelle le couple, en pratiquant le candaulisme, l'échangisme, le triolisme lesbien, affirme sans freins ses désirs sexuels et transgresse les fondements « névrotiques » de la famille et de la société que dénonçait Karl Marx. Après la rupture idéologique avec André Breton, une première fois en puis définitivement en , le libertinage d'Éluard et Nusch Éluard sera après-guerre soigneusement occulté du portrait officiel d'Éluard consolé par une mineure puis remarié conformément aux impératifs du PCF moralisateur.
Nush Éluard a également laissé des cadavres exquis exécutés avec Tristan Tzara et la femme de celui ci, la peintre Greta Knutson.
Il existe un jardin Nusch-Éluard dans le 18e arrondissement de Paris.
Nusch Éluard est incarnée par l'actrice française Noémie Merlant dans le film Lee Miller d'Ellen Kuras, sorti en 2023.