
L'onanisme est, dans la littérature scientifique des XVIIIe et XIXe siècles, l'acte de se masturber soi-même. Le mot français « onanisme », comme ses pendants dans la plupart des langues européennes, est dérivé du nom d'Onan, personnage de la Bible qui cherchait, par cette pratique, à « répandre sa semence » sans donner d'enfant à l'épouse que lui avait imposée le lévirat.
Ce sens, associé à une condamnation scientifique et morale décrédibilisée par les recherches du XXe siècle, n'est plus guère usité, mais certains chercheurs au XXIe siècle emploient le terme de « cyber-onanisme ».
Le terme apparaît en anglais dans un pamphlet, publié anonymement vers 1712, Onania; or, The Heinous Sin of Self-Pollution, and all its Frightful Consequences in Both Sexes. Ce texte est aujourd'hui attribué à John Marten (1692–1737), un chirurgien britannique.
En français, il est utilisé pour la première fois en 1760 dans l'ouvrage du pasteur Dutoit-Membrini, L'Onanisme ou Discours philosophique et moral sur la luxure artificielle et sur tous les crimes relatifs. Puis le terme est repris en 1770 dans la 3e édition de l'ouvrage de Samuel-Auguste Tissot (1728-1797), L'Onanisme, essai sur les maladies produites par la masturbation. On sait aujourd'hui que la masturbation n'entraîne aucune maladie.
C'est donc à l'origine un terme religieux et moral, puis médical, permettant de désigner la pathologie associée à la masturbation. Il apparaît précisément au moment où cette pratique commence à être considérée comme un fléau social et nuisible à la santé.
La publication à la même période et chez le même éditeur, Grasset à Lausanne, de deux ouvrages religieux et médicaux montre la collusion qui existait à l'époque entre les deux domaines : le médical décrit les déviances et le religieux les condamne au nom de la morale.

C'est le début de deux siècles de persécutions sadiques[réf. nécessaire] (voir Condamnation et répression de la masturbation), qui ne prendront fin qu'au XXe siècle.
Dans l'Ancien Testament, Onan est un personnage qui, refusant de féconder l'épouse de son défunt frère (comme la tradition l'exigeait), aurait préféré « laisser sa semence se perdre dans la terre » (Gn 38, 9-10). Il est clair que, quand John Marten utilise le mot onanisme, il fait allusion à ce récit.
Il y est dit que Er et Onan étaient les deux fils de Juda. Er mourut pour avoir été méchant. Le père voulut que son second fils Onan épousât la veuve, selon l'ancienne loi des Égyptiens et des Phéniciens, leurs voisins : cela s'appelait susciter des enfants à son frère. Le premier-né du second mariage porterait le nom du défunt et c'est ce qu'Onan ne voulait pas. Il haïssait la mémoire de son frère ; et pour ne point faire d'enfant qui portât le nom d'Er, il jeta sa semence à terre, enfreignant ainsi la loi du lévirat. Il fut puni de mort par Dieu.
Contrairement à l'interprétation traditionnelle, l’épisode concerne directement la loi du lévirat selon laquelle le frère devait donner une descendance à la femme de son frère si ce dernier venait à mourir, afin que les biens et la propriété pussent rester dans la famille (Ruth 4 et Jérémie 32). En effet, la famille et la propriété étaient des concepts extrêmement importants dans l’Israël ancien en raison de l’enracinement des fils d’Abraham en la promesse donnée par Dieu à ce dernier.
Ce passage de la Bible ne fait donc aucune référence directe à la masturbation, il n'y est par exemple pas dit qu'Onan n'a pas eu de relations sexuelles avec son épouse.
Voltaire avoue sa perplexité sur ce point car ni la Genèse ni Dom Calmet, qui l'a doctement commentée, ne sont très explicites, mais il convient qu'« aujourd'hui ce qu'on appelle communément le péché d'Onan, c'est l'abus de soi-même avec le secours de la main, vice assez commun aux jeunes garçons, et même aux jeunes filles qui ont trop de tempérament. »
Dans la terminologie de l'Église catholique romaine, l'onanisme désigne par conséquent toute éjaculation en dehors du vagin. Il renvoie notamment au coït interrompu, un moyen faible de contraception, qui consiste à retirer le pénis du vagin avant l'éjaculation pour éviter la fécondation.
L'historien américain Thomas W. Laqueur, dans son ouvrage Le sexe en solitaire : Contribution à l'histoire culturelle de la sexualité, affirme, par des études des sociétés grecques, japonaises, anglaises et des traditions juives et protestantes, qu'avant le XVIIIe siècle, l'onanisme était considéré comme un problème principalement et seulement dans les enceintes monacales, lui-même qu'un « péché véniel promptement absout par une confession. »
La justification et la légitimation scientifiques supposées selon laquelle l'onanisme est mauvais pour la santé apparaissent précisément en 1712 avec la publication anonyme d'Onama, livre en réalité écrit par le docteur anglais John Marten. Il décrit « les diverses formes de « l'auto-pollution », cette « pratique abominable », tant chez les filles que chez les garçons, et indique aux lecteurs le moyen de se procurer des remèdes au prix fort contre un « commerce » susceptible d'engendrer les maux les plus divers, tant moraux que physiques », cherchant à exploiter commercialement le « voyeurisme et [...] la peur » de la pratique de l'onanisme pour promouvoir l'achat de remèdes. L'ouvrage devient « l'un des best-sellers du XVIIIe siècle », se diffusant en Europe et aux Etats-Unis où il y est imprimé à partir de 1724.
Les années qui suivent, « d'abord [...] les encyclopédies savantes puis [...] les plus hautes autorités médicales » réaffirment et légitiment de nouveau les effets supposés de la masturbation. Un moment charnière de ce phénomène est la publication à Lausanne en 1760 du livre L'Onanisme ou Dissertation physique sur les maladies produites par la masturbation par le médecin Samuel Tissot, qui affirme notamment que l'onanisme est « bien plus à craindre que la variole ». Cet ouvrage est une source importante pour l'article « Masturbation » dans l'Encyclopédie, ajout qui est une volonté de Voltaire. L'historien Thomas W. Laqueur décrit ainsi les effets supposés de l'onanisme perçus comme tel au XVIIIe siècle : « la perte des forces, l'impuissance, la dépravation de l'estomac et des viscères, les tremblements, les vertiges, l'hébétation, et souvent une mort prématurée ». « La hantise de la masturbation atteint d'ailleurs le monde des Lumières bien avant de contaminer l'Eglise », qui reprend globalement cette thèse au XIXe siècle.
Thomas W. Laqueur s'oppose à la thèse de Foucault d'une répression de la sexualité chez les Lumières, mais admet la masturbation comme une exception. L'historien américain développe une réponse en quatre points de l'affirmation de cette singularité :

Au XIXe siècle, de nombreux médecins ont très lourdement stigmatisé l'onanisme, peut être sous l'effet du protestantisme, selon Elisabeth Ladenson qui note à propos de l'anti-onanisme : « ce n'est sûrement pas une coïncidence sans importance si tant de personnages majeurs de cette histoire sont soit suisses, soit anglais : le protestantisme semblerait avoir joué un rôle non négligeable dans tout cela ».
Dans l’Onanisme, Tissot dit que son objectif est moins « de convaincre par des raisons que d’effrayer par des exemples ». Parmi les terribles exemples de conséquences inévitables annoncées, figurent, selon les travaux de Jean Stengers et Anne Van Neck sur la vague de peur de la masturbation qui a touché l'Occident au xixe siècle :
Pour faire face à l'onanisme, l'une des pratiques les plus prisées est la cautérisation du clitoris au fer rouge. Foucault développe les méthodes répressives de la sexualité durant ce XIXe siècle dans ces travaux.
Les effets supposés de l'onanisme perdurent dans l'imaginaire et la pensée de la société occidentale jusque dans les années 1960, vu « comme un crime moral, source de maux physiques et mentaux ». Ainsi, Le Grand Larousse affirme que « l'onanisme détermine des accidents très graves : il y a une dépense nerveuse considérable ; de là les troubles digestifs et nerveux, affaiblissement de la force musculaire et de l'intelligence, arrêt de la croissance, etc. Malheureusement, le traitement de l'onanisme est difficile... »
Freud participe au maintien de ces présupposés durant la première moitié du XXe siècle. Bien qu'il soit connu notamment pour sa thèse sur la structuration de la sexualité par une longue période de masturbation infantile, il a auparavant longtemps adhéré à la théorie d'un onanisme nocif. En fait, il défend que la masturbation s'étendant au-delà de la petite enfance « présente un risque non seulement psychique mais « organique » » et « est incompatible avec le progrès de la civilisation,. »
L'onanisme a fait l'objet de nombreux travaux de la part des surréalistes dans leurs études freudiennes. Une des toiles les plus notables sur le sujet est Le Grand Masturbateur de Salvador Dalí.
La montée en puissance des technologies de l'information et de la communication (TIC) ainsi que d'Internet à partir des années 1990 permet l'accès instantané et gratuit à d'incommensurables corpus d'images et de films pornographiques. La pornographie amateur se banalise également. Cela contribue à l'émergence d'une forme d'onanisme qui se vit principalement en ligne, dans la vie virtuelle, et qui prend une place de plus en plus importante dans la sexualité, notamment celle des adolescents et des jeunes adultes.