Le paradoxe de Bertrand est un problème en théorie des probabilités qui met en évidence les limites du recours à l'intuition dans cette discipline. Il consiste à prendre au hasard une corde d'un cercle donné et d'estimer la probabilité que celle-ci soit de longueur supérieure au côté du triangle équilatéral inscrit dans le cercle. Le paradoxe est que cette probabilité dépend du protocole de choix de la corde.
Ce problème fut énoncé pour la première fois en 1889 par Joseph Bertrand dans son ouvrage Calcul des probabilités. Bertrand en donnait trois réponses différentes (une chance sur deux, une sur trois et une sur quatre), toutes les trois apparemment valides.
Cet énoncé est présenté comme un paradoxe, alors que si on change de sujet, et qu'on parle de corde placées au hasard, elle ne sont pas influencées par un hypothétique cercle. Choisir que la présence du cercle dans l'énoncé a un impact sur ce qui est proposé: "prendre au hasard" est une erreur. Le hasard est celui qu'on rencontre quand on lance une paille sur une surface.
Soit un cercle de rayon 1. Le côté d'un triangle équilatéral inscrit dans ce cercle a pour longueur . Le paradoxe de Bertrand consiste à déterminer la probabilité qu'une corde du cercle, choisie au hasard, possède une longueur supérieure à .
Le paradoxe de Bertrand met en évidence la dépendance à la méthode de sélection d'une corde « au hasard ». Dès que cette méthode est spécifiée, le problème possède une solution bien définie. En l'absence d'une telle méthode, le terme « au hasard », dans « prendre une corde du cercle au hasard », est ambigu. Les trois solutions présentées par Bertrand correspondent à des méthodes de sélection distinctes et valables, et en l'absence d'autre information, il n'y a aucune raison d'en privilégier une par rapport aux autres.
Une autre façon de visualiser les méthodes consiste à considérer la distribution des milieux des cordes. En dehors des diamètres, une corde est entièrement définie par son milieu. Chacune des trois méthodes de Bertrand conduit à une distribution des milieux différentes : les deux premières méthodes produisent deux distributions non uniformes distinctes, la troisième une distribution uniforme des milieux à l'intérieur du cercle. D'autres distributions peuvent être imaginées, conduisant à des probabilités encore différentes.
Une explication claire du paradoxe se trouve dans l'article de N.C. Petroni, ou encore (pour les méthodes 1 et 3) dans les notes de cours de Jean-François Le Gall.