Patrick Berhault

Patrick Berhault

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Biographie
Nationalité Drapeau de la France France
Naissance ,
Thiers (Puy-de-Dôme)
Décès (à 46 ans),
arête du Täschhorn au Dom des Mischabel (Suisse)
Carrière
Disciplines Alpinisme, escalade
Période active 1970 - 2004
Compagnons de cordée Patrick Edlinger, Philippe Magnin
Ascensions notables La Haine à la Loubière (La Turbie), Le Toit d'Auguste (La Turbie), face nord des Droites, face nord des Drus
Profession Guide de haute montagne
Plus haute cotation
Falaise 8b/+ au Baou

Patrick Berhault est un grimpeur et alpiniste français, né le à Thiers (Puy-de-Dôme) et mort le sur l'arête du Täschhorn au Dom des Mischabel (Suisse). Il a notamment été guide de haute montagne et professeur à l'École nationale de ski et d'alpinisme (ENSA).

Biographie

Jeunesse

Patrick Berhault, né en Auvergne, déménage rapidement dans le Sud de la France. Il passe sa jeunesse au bord de la mer, entre Nice et Monaco, où il rêve d'abord de devenir plongeur sous-marin. Il découvre la randonnée et s'émerveille pour la montagne à l'âge de 13 ans, grâce à un curé professeur d'anglais.

Il s'inscrit au club alpin monégasque et commence à grimper avec des copains à la Turbie. Puis il s'encorde avec un de ses mentors du Club alpin français, section de Nice, Michel Dufranc qui lui fait découvrir les joies de l'escalade dans le Sud de la France (Baou de Saint-Jeannet, Aiglun, Verdon). Ils parcourent également ensemble quelques voies classiques.

Patrick abandonne l'école après la seconde, pour se consacrer entièrement à sa passion pour la montagne. Il ouvre de nombreuses voies dans le massif du Mercantour (Alpes-Maritimes).

La naissance du « libre »

À la fin des années 1970, en compagnie de Patrick Edlinger, il participe à l’explosion de l’escalade libre en France. En 1980, il libère le célèbre bombé de Pichenibule (7b+) dans les gorges du Verdon, et en novembre il réalise La Haine à la Loubière, secteur d’escalade de La Turbie, le premier 7c+ de France (peu avant que Jean-Pierre Bouvier ne libère le mythique Chimpanzodrome au Saussois, également 7c+). Il pratique régulièrement le solo intégral, mais à la différence de Patrick Edlinger par exemple, qui fit part au grand public de cette pratique extrême dans La Vie au bout des doigts, Patrick pensait que cela devait être une pratique tout à fait confidentielle. Il entreprendra ainsi la plupart de ses réalisations en solo, et dans l’anonymat (dont de vertigineux enchaînements escalade/désescalade par une autre voie/etc.)

En montagne, il développe un style d’action fondé sur la fluidité et la recherche de l’esthétique gestuelle. Il partagera trois années d’escalade et d’alpinisme au jour le jour avec son ami Patrick Edlinger. Durant ces trois ans, ils mettent au point un entraînement sportif intensif à base de footing, de tractions, d’abdominaux et d’exercices de souplesse.

Le style Berhault

En 1978, Patrick Berhault connaît un premier accident en montagne. Avec son ami Pierre Brizzi, à la suite de la rupture d'une corniche, ils dévalent un couloir de 814 mètres aux trois Dents du Pelvoux. Ils ne doivent leur salut qu'à une cordée d'alpinistes qui bivouaquait à proximité du lieu de leur chute ; les ayant vus ramper vers les pentes d'herbe, à moitié comateux, ils purent prévenir les secours.

C'est en 1979 que Patrick Berhault se fait remarquer pour la première fois pour son aisance et sa rapidité dans le massif des Écrins.

Au début des années 1980, il réalise en des temps records, et le plus souvent en solo, les voies les plus dures des Alpes. En 1980, avec Jean-Marc Boivin, ils font le pari incroyable de relier les sommets des Drus et du Fou dans la journée en deltaplane après en avoir gravi la face sud pour le Fou et la directe Américaine pour les Drus.

Le « style Berhault » est né, qui remet en cause bien des usages fondés jusqu'alors sur la lenteur, la lourdeur et une technologie imposante. Toute une dynamique se crée autour de ce mouvement. En même temps qu'il s'aventure en montagne, Patrick Berhault s'investit dans l'univers du « libre » en falaise et fait partie de ceux qui repoussent le niveau des difficultés réalisées. Il effectue notamment des voies d'envergure dans le Verdon, et « libère » des voies d'escalade artificielle (Le toit d'Auguste, près de La Turbie, alors considéré comme un des premiers 8c de France).

1985 : l'éloignement de la montagne et la danse-escalade

À partir de 1985, alors que ses frères de grimpe poussent le jeu jusqu'à la compétition, et que son ami et compagnon de cordée Patrick Edlinger se dévoile au grand public dans les films de Jean-Paul Janssen (La Vie au bout des doigts, Opéra Vertical), Berhault refuse la compétition en signant le Manifeste des 19 et tourne le dos à la scène pour s'orienter vers de nouveaux projets.

Il devient conseiller technique auprès du fabricant de matériel d'escalade et de montagne italien CAMP. Admirateur du célèbre danseur Rudolf Noureev, il s'investit dans une toute nouvelle discipline : la « danse-escalade ». Il s'entoure d'un chorégraphe, met au point des chorégraphies et donne des spectacles, notamment au festival de Châteauvallon. C'est également l'époque où il s'engage dans le développement de l'« escalade sociale » en participant à des stages de formation pour les jeunes de Vaulx-en-Velin.

Le projet d'une vie à la campagne (son mythe du « guide-paysan ») se dessine du côté de Thiers, en Auvergne dans ses collines natales du Forez. Il emménage dans une ferme du hameau au-dessus de Chabreloche avec sa compagne Christiane Bizeray et ses deux filles Flore et Coralie. Tantôt maçon, paysan ou charpentier, il occupe ses journées sans montagne à conduire son tracteur et retaper sa ferme. Il ouvre également quelques voies au rocher Saint-Vincent tout proche, grimpe sur l'église d'Arconsat et la cathédrale de Clermont-Ferrand. Il participe également à la fondation du club d'escalade de Chabreloche, dont la salle porte aujourd'hui son nom.

1990 : le retour à la montagne

C'est au début des années 1990 que Patrick Berhault a amorcé son retour à la montagne. Il passe son diplôme de guide, un objectif longtemps repoussé. Il se constitue une petite clientèle et est bientôt requis pour former lui-même les aspirants-guides au sein de l'École nationale de ski et d'alpinisme. Préférant désormais la cordée au solo, il a renoué, à partir de 1992, avec les ascensions express. Puis les a empilées les unes derrière les autres, de préférence à la saison froide, quand la montagne est calme et ses élèves occupés ailleurs.

Patrick Berhault partage alors sa vie entre des expéditions lointaines (Himalaya, Amérique latine), la formation de guides à l'École nationale de ski et d'alpinisme à Chamonix, et le développement d'une vie locale autour des sports de nature. Convaincu d'une possible revitalisation du monde rural par le loisir, il s'engage fortement dans ce projet et s'investit en Auvergne dans le développement local de l'escalade : création d'un centre d'escalade pour enfants, création de la maison de la montagne de Grenoble. C'est ainsi qu'il met en pratique sa vision écologique du monde et de la société.

1995 : l'alpinisme comme un voyage

À partir de 1995, son projet consiste à développer dans les Alpes une pratique de l'alpinisme construite sur le voyage, l'immersion profonde dans la nature sauvage et le parcours de voies classiques ou modernes permettant de réaliser des enchaînements inédits en fonction de la thématique aventureuse choisie. Défendant l'idée de la grande cordée au fondement de la communauté montagnarde, Patrick Berhault devient le promeut un alpinisme humaniste et écologique, capable de relier les hommes entre eux et avec la nature. En 1996, il s'oppose à une expédition franco-chinoise controversée au Tibet.

Son dernier projet (mars-) consiste à enchaîner en compagnie de Philippe Magnin, les 82 sommets de plus de 4 000 mètres d'altitude des Alpes. Patrick Berhault fait une chute mortelle le , après le 64e sommet, sur l'arête neigeuse entrecoupée de ressauts rocheux qui sépare le Täschhorn du Dom dans le massif des Mischabels (Valais/Suisse). Le passage ne comportait pas de difficulté technique pour ces deux guides professionnels ; cet accident est probablement dû à un excès de fatigue, à la malchance : un pied qui a glissé ou une corniche de neige qui a cédé sous son poids. Pour ne pas se retarder dans ce grand voyage, les deux guides avaient coutume de ne s'encorder que dans les passages de grande difficulté technique et dans les parties crevassées. Son compagnon de cordée, Philippe Magnin déclarera,, des larmes dans les yeux : « Ça ne m'a pas surpris. Je l'avais vu en rêve, cet accident… J'avais vu Patrick tomber. » Quelques années plus tard, Philippe Magnin avoue qu'il voulait tout arrêter. Les deux alpinistes avaient chuté dans le vide, sans gravité. Deux avertissements sans frais. « Tu sais comment ça va finir ? Ou tu vas y passer, ou je vais y passer, ou ce sera les deux. »

Très dure période pour Patrick Edlinger, qui était particulièrement proche de Berhault : « Il manque. C'est un manque dans ma vie. »

Une plaque commémorative en hommage à Patrick Berhault a été érigée sur le socle de la croix située au sommet du Grand Mont (Grammondo en italien), point culminant des sommets du littoral méditerranéen à 1 379 m d'altitude, sur la frontière italienne au-dessus de Menton.

Voyages alpins

Patrick Berhault, qui a milité à l'association Mountain Wilderness, accorde son alpinisme à ses convictions écologistes.

Date Sommet Massif Altitude Avec
face nord du Triglav Alpes juliennes 2 863 m Patrick Edlinger et Tomaz Humar
Cima ovest voie Cassin-Ratti Dolomites 2 973 m Patrick Edlinger
Cima Grande voie Brandler-Hasse Dolomites 2 999 m Patrick Edlinger
Civetta voie Solleder Dolomites 3 218 m Patrick Edlinger
Civetta punta Tissi voie Phillip-Flamm Dolomites 2 863 m Patrick Edlinger
Civetta cima Su Alto voie Livanos-Gabriel Dolomites 2 958 m Patrick Edlinger
Marmolada voie du Poisson Dolomites 3 342 m Patrick Edlinger
Marmolada di Rocca voie Vinatzer et variante Messner Dolomites 3 265 m Patrick Edlinger
Crozzon di Brenta pilier des Français Dolomites 3 135 m Patrick Edlinger
Brenta Alta, voie Detassis Dolomites 2 960 m Patrick Edlinger
Piz Cengalo voie nord-ouest Massif de la Bernina 3 370 m Ottavio Fassini
24 et 25 octobre 2000 Grandes Jorasses, face nord voie Goussault-Desmaison Massif du Mont-Blanc 4 208 m Philippe Magnin
Mont Blanc, Hypercouloir puis arête du Brouillard Massif du Mont-Blanc 4 807 m Philippe Magnin
Cervin, face nord Alpes valaisannes 4 478 m Philippe Magnin
4 et 5 décembre 2000 Eiger, face nord Alpes bernoises 3 967 m Philippe Magnin
Grande Casse, face nord seconde ascension de la voie Boivin-Diaféria-Maurin Vanoise 3 852 m Patrick Gabarrou
19 et 20 décembre 2000 traversée des Aiguilles d'Arves Maurienne 3 510 m, 3 509 et 3 363 m Gaël Bouquet des Chaux
La Meije, voie Pierre Allain (Face Sud) Massif des Écrins 3 893 m Philippe Magnin
Dôme de neige des Écrins, ascension par le versant Bonnepierre Massif des Écrins 4 015 m Valérie Aumage
8 et 9 janvier 2001 Arête Nord-Nord Ouest du Viso (Cresta Berhault pour les Italiens) Alpes Cottiennes 3 841 m en solitaire
Corno Stella, face nord voie Ughetto-Ruggeri (dite voie du Grand Dièdre Rouge) Alpes-Maritimes 3 050 m en solitaire
Marguareis, voie Gogna en face Nord de la pointe Scarason Alpes-Maritimes 2 651 m P. Gabarrou et P. Magnin
arrivée sur la plage de Menton Alpes-Maritimes 0 m -

Un « voyage glaciaire » sur 8 voies, suivi d'un « voyage rocheux » sur 8 autres voies mythiques par −25 °C, ce qui leur vaut le « Cristal 2003 » décerné par la Fédération française de la montagne et d'escalade (FFME). Les 16 voies de ce voyage :

Ses voyages lointains

Films documentaires

Livres

Notes et références

  1. ↑ « Loubière, tête de chien, Turbie : Haine - Prussik Tunnel », sur camptocamp.org.
  2. ↑ « Manifeste des 19 », sur cad-climbers.com.
  3. ↑ [vidéo] « Escalade urbaine Patrick Berhault », Phil Ligrane (Phil Ligrane), , 6:54 min (consulté le )
  4. ↑ Laurent Bernard, « Le club de Chabreloche, créé grâce à Patrick Berhault, fête cette année son 20 anniversaire », La Montagne,‎ (lire en ligne Accès libre)
  5. ↑ Montagnes, « [Il y a] 22 ans, la chute de Patrick Berhault », sur Montagnes Magazine : l'actu montagne, alpinisme, test matériel ski rando, randonnée (consulté le )
  6. ↑ François Labande, Sauver la montagne, Olizane, 2004 (ISBN 2-88086-325-2) p. 136 : « De grands guides dénoncent publiquement cette entreprise, Christophe Profit, Patrick Gabarrou, Patrick Bérhault qui s'insurge : « cette alliance de deux nations fraternellement unies au milieu d'un territoire écrasé par l'oppression ne tient pas la route ». »
  7. ↑ [vidéo] « Patrick Berhault a fait une chute mortelle pendant une ascension (2004) 🏔️ » (consulté le )
  8. ↑ « Patrick Berhault, dernière cordée », Le Monde,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  9. ↑ Pourquoi Patrick Berhault s'est-il tué en 2004 dans les Alpes suisses ?, 1 juin 2008
  10. ↑ Raphaël Lassablière et Gilles Chappaz, Berhault, 1 h 09 min, 2008
  11. ↑ Voie ouverte au dièdre nord-ouest en 1957 par Walter Phillip et Dieter Flamm

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Liens externes