| Nationalité | France |
|---|---|
| Naissance |
, Dax (Landes) |
| Décès |
(à 52 ans), La Palud-sur-Verdon (Alpes-de-Haute-Provence) |
| Surnom | Le Blond, Dieu |
| Disciplines | escalade |
|---|---|
| Période active | 1977-2012 |
| Falaise | 8c |
|---|---|
| Solo intégral | 8a |
| Championnats du monde | 4 |
|---|
Patrick Edlinger, né le à Dax et mort le à La Palud-sur-Verdon, est un grimpeur français originaire de la vallée de l'Ubaye. Réputé pour ses ascensions en solo intégral, il est un des pionniers de l'escalade libre de haut niveau et a été, dans les années 1980, l'une des premières figures médiatiques de la discipline.
Surnommé « le Blond » ou « Dieu » par la communauté des grimpeurs, il fut le deuxième grimpeur de l'histoire à réussir une voie en libre après travail dans le niveau 7c (5.12d) avec Nymphodalle (1979), puis dans le niveau 7c+ (5.13a) avec Le Toit (1981). Il fut le tout premier à réussir une voie à vue dans le niveau 7b+ (5.12c) avec Captain Crochet (1982), et le deuxième à le faire dans le niveau 7c (5.12d) avec La Polka des Ringards (1982). Son ascension en solo intégral de Orange Mécanique (8a / 5.13b) en 1989 fut le deuxième réussite de ce type à ce niveau de difficulté dans l'histoire.
Patrick Edlinger est né à Dax, dans les Landes. Son père, Jean-Marie Edlinger (1936–2023)[4], était pilote de l'Armée de l'air en poste à Dax à la naissance de Patrick, avant que la famille ne s'installe à La Seyne-sur-Mer. Les vacances familiales se déroulaient notamment à Ailefroide, dans le massif des Écrins, où Patrick où son père, passionné de montagne, l'a initié à l'escalade à l'âge de neuf ans et l'a accompagné lors de ses premières grandes voies. La famille a ensuite déménagé à Barcelonnette, dans la vallée de l'Ubaye. Sa mère, Éliane, lui a également apporté un soutien indéfectible tout au long de sa carrière de grimpeur. Patrick a une sœur, Corinne ; elle est apparue aux côtés de son frère dans le film de José Giovanni Les Loups entre eux (1985), où elle est créditée sous le nom de Corinne Edlinger dans le rôle de Jackie, la sœur de Patrick.
À l'âge de 17 ans, Patrick quitte l'école pour se consacrer uniquement à l'escalade, fréquentant des sites majeurs comme Buoux, les gorges du Verdon et les Calanques. Passant ses journées en falaise, il lui arrive, faute de trouver des partenaires pour l'assurer, de grimper en solo. C'est à cette époque que le photographe Robert Exertier organise une rencontre entre Edlinger et un autre grimpeur français de premier plan, Patrick Berhault, son aîné de trois ans.

Ensemble, les deux Patrick - surnommés respectivement « le Blond » et « le Brun » - qui partagent le rêve de devenir guides de haute montagne, forment une cordée de grimpeurs remarquable au début des années 1980, réalisant des premières ascensions en libre aux niveaux de difficulté les plus élevés de l'époque ainsi que des courses alpines marquantes. Pionniers dans leur discipline, ils mettent au point un programme d'entraînement intensif incluant course à pied, tractions, musculation et exercices de souplesse. Ils se distinguent par une approche privilégiant la condition physique, le matériel léger et l'escalade libre — allant parfois jusqu'au solo intégral. Il s'illustrent par des réalisations difficiles pour l'époque, faisant monter la cotation de la difficulté, préfigurant une autre façon de grimper, pulvérisant discrètement les codes, toujours rivés à une éthique du geste esthétique et à la maîtrise de leur évolution,. À partir de 1978, ils réalisent plusieurs ascensions notables dans les Alpes, comme le record de vitesse de la Voie des Plaques à l'Ailefroide Occidentale (1 000 m, ED), en effectuant l'aller-retour depuis le village d'Ailefroide en 23 heures durant l'hiver 1980. Puis chacun prendra son virage, se retrouvant de temps à autres, Edlinger celui du rocher, Berhault celui de la montagne en devenant guide et enseignant à l'ENSA.
Au début des années 1980, Jean-Paul Janssen, réalisateur et cameraman, fasciné par le talent et la pratique novatrice de l'escalade libre, Janssen — qui avait déjà réalisé le documentaire Aventures à Bleau (1980) — accompagné de son assistant, Laurent Chevallier, jeune cameraman amateur d’escalade et d’alpinisme qui vient de tourner quelques images au Nanga Parbat avec Patrick Berhault, prend contact avec ces « as de la grimpe ». Cela donnera naissance en 1981 au film avant-gardiste Overdon sur les falaises du Verdon, premier volet d'une trilogie complétée par Overice (tourné dans les cascades de glace de l'Oisans) et Oversand (tourné dans le désert du Hoggar en Algérie).

En , dans le magazine Actuel, parait un article, intitulé « L’overdose en escalade, ça s’appelle la chute ». Cet article de presse sensationnaliste, qui fait passer les adeptes de l'escalade en solo pour des trompe-la-mort, au grand regret de Patrick, met déjà en lumière la philosophie du Blond : « Là-haut, tu ne vois plus de pourriture, de merde ni d’injustice ». C’est alors que Jean-Paul Janssen contacte Patrick en vue d’un futur projet. « Je n’ai pas hésité une seule seconde. Depuis « Overdon », nous avions noué une véritable amitié. Et puis, le projet me plaisait et, chose pas négligeable, Jean-Paul me proposait un cachet de 10 000 francs. Je n’avais jamais eu l’occasion de gagner une somme pareille » racontait Patrick Edlinger.
Le documentaire, nommé La Vie au bout des doigts, sera diffusé le 11 décembre 1982, à la télévision française — dans l'émission Les Carnets de l'Aventure sur Antenne 2 — On y voit Patrick Edlinger en escalade en solo intégral à La Piade, au bord de la mer près de Toulon et sur la falaise de Buoux (Luberon), et il expose sa philosophie de l'escalade où se mêlent hédonisme, respect et amour de la nature, dépassement de soi (physique et mental) et goût du risque. Cette façon de vivre alliée à son physique d'éphèbe (cheveux blonds et longs tenus par un bandeau, musculature fine et sèche), propulsent Patrick Edlinger au rang de star mondiale et d'icône de l'escalade.
En 1984 il est à nouveau devant la caméra de Jean-Paul Janssen dans le documentaire Opéra Vertical, cette fois ci dans les gorges du Verdon. Patrick Edlinger devient en 1984, la personnalité sportive préférée des Français selon un sondage du magazine Paris Match,,.
À l'origine de l'engouement pour l'escalade, Patrick Edlinger, n'est cependant pas qu'une figure médiatique comme certaines voix du milieu de la grimpe le laissèrent penser à l'époque, c'est un grimpeur de haut niveau, polyvalent, qui réalise des solos dans des voies cotées 7a. Il ouvre aussi des voies de difficulté extrême pour l'époque : Ça Glisse Au Pays des Merveilles (1983, second 8a en France) ou La Boule (1985, cinquième 8a+ en France). En 1988, il réalise Les Spécialistes (8b+) dans le Verdon et en 1989, Maginot Line (8b+/8c) et Azincourt (8c). En 1989, il réalisa même Orange Mécanique (8a) en solo intégral.
À l'été 1985, Patrick Edlinger — accompagné notamment de Jean-François « Poil » Lignan et du photographe Gérard Kosicki — entreprend un périple à travers les États-Unis. Parti du Colorado fin juillet, il réalise notamment les ascensions de Grand Inquisitor à Bell Buttress (Colorado) et vient à bout de la voie en fissure Sphinx Rock (8a / 5.13b) en six essais. Le voyage se poursuit jusqu'au Lac Tahoe, en Californie, où il gravit la célèbre Grand Illusion, la toute première voie cotée 8a (5.13b) au monde. Dans le désert de Joshua Tree, il grimpe Asteroid Crack et Five Crying Cowboys avant de conquérir, entre autres, les colonnes de basalte de El Matador à Devils Tower (Wyoming), ainsi que plusieurs autres voies majeures de l'époque. Ce périple historique à travers le pays s'achève en septembre sur les dévers des Shawangunks, près de New York. Patrick Edlinger pulvérisa les voies les plus dures des États-Unis avec une rapidité déconcertante qui a stupéfait la communauté américaine. L'histoire de cette tournée américaine est racontée en images dans le livre Rock Games (1985) du photographe Gérard Kosicki (Éditions Arthaud).
Lorsque le Manifeste des 19 décriant la compétition est écrit en 1985, Patrick Edlinger ne le signe pas. Face au succès grandissant du circuit et aux prétentions des grimpeurs parisiens (notamment par le « gang des Parisiens », composé notamment des frères Le Ménestrel et JB Tribout) ou internationaux qui commençaient à occuper l'espace médiatique, Edlinger qui excelle sur tout types de roche et dans tous les segments de l'escalade, agace. Patrick Edlinger décide de s'aligner en 1986 pour prouver sa suprématie participant à l'une des premières compétitions internationales d'escalade Internationale Sportroccia Bardonecchia, qu'il remporte haut la main en finissant seul finaliste dans la voie Caduta Degli Dei devant plus de 10000 spectateurs en liesse,.
En 1988, Patrick Edlinger répète Les Spécialistes, une voie en toit dans le Verdon, ouverte par JB Tribout qu'il cote 8b+, Edlinger décote cette dernière à 8c. Tribout lui demande alors de « prouver à nouveau son niveau (!) », ce que Patrick Edlinger fait en remportant l'International Sport Climbing Championship Snowbird,, qui fut la première compétition d'escalade organisée aux États-Unis. Toujours en 1988, lors de la compétition Rock Master à Arco, en Italie, organisée pour la première fois sur un mur artificiel, Patrick Edlinger et Stefan Glowacz terminent ex aequo à la première place. Cet événement a marquera un tournant décisif, symbolisant la transition de l'escalade vers sa forme moderne et médiatisée.
En 1989, Patrick Edlinger remporte les Championnats du monde à Munich en Allemagne. La finale a donné lieu à un duel (amical) entre l'Allemand Wolfgang Güllich et Patrick Edlinger. Les images de cet affrontement ont mis en lumière les approches diamétralement opposées des deux grimpeurs : la puissance athlétique de Wolfgang Güllich face à la fluidité et à la lecture technique de la voie propres à Patrick Edlinger. Patrick retourne ensuite à l'escalade en falaise et consacre moins de temps à l'entrainement spécifique pour la compétition sur mur artificiel, en , il participe à deux compétitions officielles UIAA : le master de L'Argentière où il termine 34e et le master de Serre Chevalier où il se place 17e.

En 1995, Patrick Edlinger est victime d'un grave accident lors de l'escalade d'une falaise. Alors qu'il s'entraîne dans les calanques de Marseille sur une voie en 7b et qu'il a sauté plusieurs points d'assurance, une prise casse et il chute de dix-huit mètres. En arrêt cardiaque, il est réanimé par un médecin présent sur place et s'en tire finalement avec quelques déchirures musculaires. Il se retire alors du haut niveau de l'escalade, mais continue à grimper dans le 8e degré.
De 1997 à 2000, il est rédacteur en chef de la revue d'escalade Roc'n Wall, pour y affirmer son éthique de la grimpe « pure et romantique » versus des magazines d'information plus techniques et généralistes.
D’août 2000 à février 2001, Patrick Berhault entreprend la grande traversée des Alpes, en 167 jours, 22 ascensions, plus d'un millier de kilomètres à pied, à ski, à VTT, de la Slovénie à Menton, tantôt en solitaire, tantôt entouré d’amis, documentée dans le documentaire La Cordée de Rêve (2001) de Gilles Chappaz. C'est au cours de ce périple, pour la partie dans les Dolomites, que Patrick Edlinger retrouve son « frère d'armes », reformant 25 ans plus tard leur cordée mythique. Ensemble ils vont avaler plusieurs voies mythiques et historiques de l'alpinisme dans des horaires canon : Le : face nord du Triglav, 2 863 m (Alpes juliennes). Le 5 septembre 2000 : Cima ovest, 2 973 m (Dolomites), voie Cassin-Ratti. Le 6 septembre 2000 : Cima Grande, 2 999 m (Dolomites), voie Brandler-Hasse. Le 11 septembre 2000 : Civetta, 3 218 m (Dolomites), voie Solleder. Le : Civetta, punta Tissi (Dolomites), voie Phillip-Flamm. Le : Civetta, cima Su Alto, 2 958 m (Dolomites), voie Livanos-Gabriel. Le 16 septembre 2000 : Marmolada, 3 342 m (Dolomites), voie du Poisson. Le 18 septembre 2000 : Marmolada di Rocca, 3 265 m (Dolomites), voie Vinatzer et variante Messner. Le : Crozzon di Brenta, 3 135 m (Dolomites), pilier des Français. Le 26 septembre 2000 : Brenta Alta, 2 960 m (Dolomites), voie Detassis. Patrick Berhault écrira dans son journal de bord : « Marmolada. Foudre, grêle, trempés jusqu'au slip. On rit comme des gosses. »
En 2002, Patrick Edlinger devient papa d'une fille, prénommée Nastia, de sa relation avec Matia (Martina Polackova) qu'il épouse et décide de mettre fin à ses ascensions en solo. À partir de 2009, il gère le gîte l'Escalès avec sa femme Matia à La Palud-sur-Verdon. Mais, hanté par de vieux démons ainsi que par la disparition de Patrick Berhault en 2004, qu'il considérait comme son grand frère, la dépression s'installe chez lui. Il passe ses dernières années à mener un long combat contre la dépression et les addictions, qu'il a qualifié de « plus grand défi de sa vie ».
En 2011, il commence l'écriture de sa biographie en collaboration de son ami depuis vingt-cinq ans, le journaliste Jean-Michel Asselin.
Alors, qu'il se relève à peine de cette longue et profonde dépression, Patrick Edlinger décède d'une chute accidentelle dans l'escalier, de son domicile le à La Palud-sur-Verdon, âgé de 52 ans.
Ses obsèques ont lieu le , au crématorium de Manosque, où il est incinéré, dans la plus stricte intimité. Environ 200 personnes, famille, amis et admirateurs ont assisté à ses obsèques à Manosque ; parmi les personnalités présentes figuraient Jean-Paul Lemercier, Michel Béal, Jean-Michel Asselin et le photographe Maurice Rebeix.

À l'annonce de sa mort, des hommages ont afflué de la part des médias internationaux et de grimpeurs de renommée internationale, notamment Catherine Destivelle, Lynn Hill, Ron Kauk, Alain Robert, Stefan Glowacz, Ben Moon, Chris Sharma, Adam Ondra, Jerry Moffatt etc. Catherine Destivelle a rédigé un hommage personnel sur Patrick Edlinger. « Un lézard sur la roche », « une grâce unique », pour la grimpeuse, Patrick Edlinger était magnifique et inégalable. La ministre française des Sports et de la Jeunesse, Valérie Fourneyron, a déclaré à son sujet : « Patrick fut un pionnier de l'escalade libre de haut niveau en France, un homme en quête du défi absolu. Il refusait tout compromis et faisait fi des conventions. Il a consacré sa vie à sa passion : l'escalade. Il a été le premier à élever l'escalade au rang de véritable discipline d'art vivant, ouvrant ainsi la voie à une pratique respectueuse de la nature ».
Après sa mort en et bien que sa biographie ne soit pas terminée, l'éditeur décide de la publier aux éditions Guérin en , et le salue :
« Ce qui reste incroyable, c’est qu’il représente toujours quelque chose pour les jeunes. Ils ne savent plus trop ce qu’il a fait mais son nom est resté. Comme Herzog à l’Annapurna avec l’alpinisme, Patrick Edlinger a fait rentrer l’escalade dans l’histoire de France. »
— Jean-Michel Asselin
Son héritage perdure également à travers à travers des documentaires et articles de presse qui commémorent, à la date anniversaire de sa disparition, sa mémoire et sa vision de l'escalade et les voies et les structures qui portent son nom : en 2012, Chris Sharma a équipé une voie baptisée Le Blond à Oliana (Espagne). En 2014, le festival Escala’Buoux rend hommage à Patrick Edlinger, des amis et grimpeurs prennent la pose, immortalisés par le photographe Robert Exertier, dans le surplomb du film La Vie au bout des doigts. La salle d'escalade de Barcelonnette a été nommée Espace escalade Patrick Edlinger en 2018. Une voie de 250 mètres, nommée Patrick Edlinger, équipée en 2021 par l'ancien compétiteur espagnol David Tarragó et par Paula Revoil et Jesus Cristobal dans les gorges du Verdon, la première ascension fut réalisée par Julien Schilling.
| Nom | Site | Date | Commentaires |
|---|---|---|---|
| Captain Crochet | Buoux, | 1982 | 7b |
| La Polka des ringards | Buoux, | 1982 | 7c |
| Partie Carrée | Buoux, | 1980 | 7c |
| Nom | Site | Date | Commentaires |
|---|---|---|---|
| Baou des Quatre Ouros | Baou des Quatre Oures, | 1980 | 7a/7a+ |
| Le Rut | Buoux, | 1982 | 7a |
| Pilier des Fourmis | Buoux, | 1982 | 7a |
| Orange Mécanique | Cimaï, | 1989 | 8a, solo intégral |
| Nom | Site | Date | Commentaires |
|---|---|---|---|
| Fenrir | Verdon, | 1982 | 7c+ |
| Nom | Site | Date | Commentaires |
|---|---|---|---|
| Ça glisse au pays des merveilles | Buoux, | 1983 | premier 8a français, première ascension |
| La Boule | Sainte-Victoire, | 1984 | 8a+ |
| Sucettes à l'anis | Cimaï, | 1988 | 8b, ouverture en cinq jours |
| Are you Ready? | Châteauvert, | 1988 | 8b+, ouverture en cinq jours |
| Les spécialistes | Verdon, | 1988 | 8b+, première répétition |
| Asymptote | Saint-Crépin, | 1988 | 8b+, seconde répétition |
| Maginot Line | Volx, | 1989 | 8b+/8c, seconde répétition |
| Azincourt | Buoux, | 1989 | 8c, seconde répétition |