Après sa scolarité dans sa ville natale d'Oyonnax où son père dirige une entreprise de bijouterie, Paul Collomb étudie le dessin à Paris à l'École des arts appliqués. Sa vocation pour la peinture qui s'y affirme est compromise par la Seconde Guerre mondiale où il revient à Oyonnax afin de suppléer son père mobilisé. Appelé alors au Service du travail obligatoire, un long périple le mène en Allemagne, en Russie et en Pologne.
Il concourt en 1950 pour le prix de Rome de peinture, et n'obtient que le premier second grand prix,. Il obtient le prix Fénéon et celui de la Casa de Velázquez en 1951, soit au sein de la 22epromotion artistique. Il fait la connaissance du graveur dessinateur Jean-Marie Granier, alors résident pour la seconde fois, et qui sera plus tard membre de l'Institut. En 1953, il est pensionnaire de l'Institut français à la Maison Descartes d'Amsterdam et sa peinture sera saluée aux Pays-Bas par une exposition personnelle en au Centraal Museum d'Utrecht qui offre au critique d'art Jan Juffermans(nl) de remarquer pour l’Utrechts Nieuwsblad(nl): «le Centraal Museum d'Utrecht n'a pas coutume d'exposer le travail d'un artiste vivant… Des circonstances surviennent parfois qui justifient l'exception , c'est le cas du peintre français Paul Collomb, âgé de 33 ans, justifié par ses riches qualités qui se révèlent dans le travail exposé ici».
Il est inhumé le au cimetière de Chevrier (Haute-Savoie), village où il résidait et peignait plusieurs mois de chaque année et où un square porte aujourd'hui son nom.
Œuvre
Paul Collomb est reconnu internationalement, comme l'attestent les expositions qui lui ont été consacrées aux États-Unis ou au Japon. Il a beaucoup voyagé et a été inspiré par l'Espagne. Il expose dans la plupart des salons parisiens, en particulier au Salon Comparaisons dans le groupe de Maurice Boitel. Il s'est impliqué dans la conservation du patrimoine culturel pictural et sculptural, issu du 1% artistique, notamment pour les peintures monumentales.
Voulant mettre en évidence les différentes étapes de la création de Paul Collomb, l'analyse formelle des œuvres clés permet une mise en lumière des choix de l'artiste dont chaque toile est une étape. Des tâtonnements de l'extrême jeunesse à l'élaboration de son langage, l'art de Collomb réside en une succession de créations s'enchaînant les unes à la suite des autres. Paul Collomb explique lui-même qu'il peint «par réaction inverse» tout comme l'explicite le thème des jardins et des natures mortes entraînant pour lui l'impérative nécessité de passer subitement à de toutes autres études telles que les plages et mer de Normandie, opposant ainsi la différence de leur thème de même que les réponses d'harmonies et de composition bien différentes.
Marqué originellement par les influences de Georges Braque et Pablo Picasso, c'est à la fin des années 1940 que le langage pictural de l'artiste évolue très sensiblement, prenant conscience que ses créations «sous influence» dérivaient en «un jeu gratuit» avec une perte du sentiment initial. En 1950, Paul Collomb décide de faire table rase et de renouer avec la nature en l'étudiant tout particulièrement; il s'ensuit ses études d'êtres humains, d'arbres, d'eau, de nuages. Il se soucie peu des formules, mais approfondit sa compréhension de la manière des Vieux Maîtres. Il accorde ainsi une grande importance à la composition picturale en vue d'exprimer le plus intensément une sensation: il privilégie néanmoins l'instinct à la réflexion et l'intelligence pour obtenir une inflexion, un rythme, une pulsation intérieure. Collomb affirme que l'art se situe en une subtile conjonction entre le sentiment intérieur puis sa re-création; un aller retour du personnage au signe, va et vient incessant perceptible dans des œuvres telles que La Fiancée juive de Rembrandt ou l'émotion et le trouble se mêlent dans le fait de ne plus savoir si l'on regarde un homme posant la main tendrement sur la poitrine d'une jeune femme ou bien l'enchantement d'un certain ton ivoire posé sur un vieux rouge, délicatement. Ton ivoire qui redevient la main et le vieux rouge la robe, c'est ici que commence le mystère de l'émotion. Pour Paul Collomb il ne faut pas tuer le rêve par la réalisation, l'aboutissement final se matérialisant par l'écriture d'«une sorte de calligraphie se traduisant par la touche». Pour Paul Collomb, «il est fondamental de ne pas suivre une mode, surtout si elle paraît séduisante, sans faire allusion aux résultats matériels mais aux séductions d'ordre spirituel». Collomb déteste ce qu'il nomme la peinture «racoleuse», il recherche inversement et fondamentalement une incantation propre motivée par les questions intérieures de l'artiste et du spectateur. Son objectif est de réaliser une œuvre qui résiste à l'usure de l'habitude, c'est en cela que s'exprime l'art de Paul Collomb.
Gravure
Collomb a produit des eaux-fortes dès 1946, puis de nombreux dessins lithographiques et quelques sérigraphies. En 1978, il publie un essai, À propos de Lithographie (Éditions Alphonse Marré).
Illustration des Contes de Guy de Maupassant, Club de l'Honnête Homme, huit aquarelles, 1987-1988.
Pierre Osenat, Il n'y a que la mer, Éditions Jean Grassin, 1999.
La Semaine Sainte, Séville, Éditions Nanga, 1952, aquarelles et une gravure originale vingt exemplaires de tête et 80 exemplaires numérotés et signés, 2002.
Œuvres exposées dans des salons
Le Nu au Fauteuil, 1949, huile sur toile, exposée à Clermont-Ferrand en 2007.
1951: Galerie Saint-Placide, Paris (première exposition personnelle); exposition à Madrid (Espagne); Salon d'automne (sociétaire en 1955); deuxième Salon de la Jeune Peinture, Galerie des Beaux-Arts, Paris.
1959: Paul Collomb - Dessins et Pastels, Galerie Sagot-Le Garrec, Paris; Galerie Au temps retrouvé, Paris; L'art au village, Saint-Jeoire-en-Faucigny; Paul Collomb - Cinquante peintures, vingt pastels, dix dessins, International Galleries, Chicago.
1959, 1960, 1961: Contemporary French masters, Chicago.
Février-: Galerie Lorenceau, Paris.
1960: Salon Grands et Jeunes d'aujourd'hui, Paris.
Février-: Paul Collomb - Danseuses et arbres, Galerie Lorenceau, Paris.
1986: Paul Collomb, lithographies, Institut franco-japonais de Tokyo; Hommage à Paul Collomb, Centre culturel Aragon, Oyonnax.
1987: Casa de Velãsquez, Caen, Institut de France à Paris, Toulouse, galerie d'Hermance Genève, Avignon, Wimereux chapelle de Chevrier, Salon d'automne, Angers, galerie des Granges à Lyon, Hong-Kong, Japon; Paul Collomb - Rétrospective, Centre culturel Aragon, Oyonnax.
1988: exposition à Hong-Kong, Nîmes à la Galerie des Arts. Grenoble, Barbizon, Avignon, galerie J.M. Menez, Salon Comparaisons, Versailles, galerie Alphonse Marré à Chartres, Grenoble, Salon d'automne, Salon de la Marine à Paris, galerie Triade, Salon du dessin et de la peinture à l'eau, Wimereux.
1989: Grenoble, Lyon, Florence, Saint-Jean-de-Monts; à partir de juin, expositions itinérantes au Japon; Grenoble; Cameroun; Galerie Marcel Guiot, Paris,
1990: Toulouse, Vonnas, Thonon, Avignon, Fontainebleau, Barbizon, École nationale supérieure des beaux-arts de Paris.
2004: Paul Collomb, galerie Vendôme, Paris (mars); manoir de Villedoin, Velles; galerie d'Hermance, Genève; donation à sa ville natale, Galerie Ex Libris, Oyonnax; Paul Ambille, Paul Collomb, Thierry Citron, Alain Bellanger, manoir de Villedoin, Velles.
2005: donation seconde partie à sa ville natale (œuvres des années 1950-1975); Salon de Bourg-en-Bresse; Salon de Condé-sur-Noireau; château de la Bertrandière près de Saint-Étienne.
2006: Paul Collomb, Claude Schürr et Pierre Loeb, galerie Les Artistes Témoins, Nancy; Genève; donation à la ville d'Oyonnax, période 1975-2000.
«L'ambition d'un artiste tel que Paul Collomb, peintre de paysages, de natures mortes et de puissantes figures, n'est pas de chambarder l'art de peindre… Paul Collomb entend, avant tout, se soumettre aux règles d'un métier qui a ses exigences…, ce qui ne l'empêche pas de s'exprimer d'une manière aisée et incisive et de proposer une vision particulière des choses, celle qui n'est pas fabriquée pour suivre une mode ou justifier une théorie.» - George Besson
«Le peintre est un amoureux de son pays natal: une harmonie verdoyante, sobre, grave avec laquelle il se sent profondément en accord. La divinisation de la nature se retrouve dans l'ensemble de ses thèmes de prédilection: nature morte, paysage, personnages. Sa peinture est figurative et intimiste. Chaque toile est un monde en soi, une entité qui se suffit à elle-même. Que ce soit dansla peinture comme dans la réalité, l'aridité et la sécheresse d'une scène ou d'un paysage sont exclues. Le dessin solide soutient une composition équilibrée. La répartition des masses colorées donne le rythme et la vie. La gamme chromatique fait juxtaposer les bleus crus et froids aux tons chauds avec bonheur. Le peintre fait vivre des personnages qui prennent corps dans le tableau. Ils en deviennent presque "charnels" tant l'apparence de réalité est profonde. C'est donc sans conteste que l'on peut qualifier Paul Collomb de Panthéiste.» - Patrick-F. Barrer
«C'est une peinture heureuse, tendre et robuste, saluée en ces termes par le critique George Besson: "Son pinceau sait trouver la palette des couleurs vives ou graves qui, bien ordonnées, communiquent un accent personnel à ses fleurs, à la pulpe de ses fruits, à l'enchantement des fenêtres ouvertes sur la ville et ses décors".» - Gérald Schurr
«Ses toiles témoignent de l'influence qu'exercent su sa peinture Pablo Picasso et Georges Braque, mais il pressent le danger de privilégier la structure du tableau. Un impératif besoin de reprendre contact avec la nature l'incite à travailler sur le motif. L'évolution est déjà sensible dès 1950. Au Salon de la Jeune Peinture, il envoie le Nu au fauteuil qui illustre sa découverte de Francis Gruber et aussi son intérêt pour Gustave Courbet et pour une peinture proche de la réalité.» - Lydia Harambourg
«Comme il l'explique, le réalisme du début est considéré comme une étape vers une peinture davantage suggestive... Désormais, la couleur et la lumière s'imposent dans des compositions qui chantent les beautés de la nature. Collomb met en scène des joies simples, celles procurées par des parties de pêche à la ligne ou par un goûter sur l'herbe. Les natures mortes, les bouquets de fleurs, très colorés, occupent une place importante dans l'œuvre, des compositions qui ne figent jamais ses éléments, laissant pressentir qu'ils ont été autres. Quel que soit le sujet, presque toujours, la lumière structure et ordonnance la composition finale.» - Éric Mercier
«Quand on s'appelle Paul Collomb, on ne s'arrête pas, on explore la piste qu'on a décidé de suivre, même si, initialement, elle passe par Pierre Bonnard. Et il a eu raison, Paul Collomb, car il a trouvé sa voie, sans jamais être un suiveur. Le critique George Besson, le premier, avait discerné l'originalité du peintre natif d'Oyonnax. Très vite, il a été reconnu, invité, des États-Unis au Japon, dans l'Europe entière, démontrant, par un pinceau doté d'une volonté puissante et poétique, qu'il avait sa place parmi ses aïnés et ses contemporains, mieux: leur faisait honneur.» - Bertrand Duplessis
Récompenses
1950: Premier second au grand prix de Rome pour Dans la nature des jeunes filles expriment le retour du printemps.
12Benoît Giraud, Paul Collomb un maître lyonnais de la peinture figurative, approche de sa vie et de son oeuvre, Lyon, université Lyon 2 Institut d'histoire de l'art, , 356p., p.207-211.
↑Janine Bailly-Herzberg, «Paul Collomb», Dictionnaire de l'estampe en France 1830-1950, Paris, AMG-Flammarion, 1985, p.74.
George Besson, Paul Collomb, Éditions Galerie Saint-Placide, Paris, 1955.
George Besson, Paul Collomb, Éditions Galerie Talleyrand, Reims, 1957.
George Besson, Paul Collomb, Éditions Galerie Lorenceau, Paris, 1961.
George Besson, «Paul Collomb», Les Lettres Françaises, no864, .
George Besson, Paul Collomb - Paintings, pastels and drawings, International Galeries, Chicago, 1962.
George Besson, Paul Collomb - Œuvres, 1962-1964, Éditions Galerie Vendôme, 1964.
Pierre Cabanne, Le Midi des peintres, collection «Tout par l'image», Hachette, 1964.
Nane Cailler, «Documentation», Les Cahiers d'Art, no202, Genève, Éditions Pierre Cailler, 1964.
George Besson, Paul Collomb, Éditions Galerie Sagot-Le Garrec, Paris, 1965.
George Besson, Paul Collomb - Dix ans de peinture, Éditions du château d'Annecy, 1967.
George Besson, «Paul Collomb», Les Lettres françaises, no1193, .
George Besson, «Paul Collomb ou le plaisir de peindre», Les Lettres françaises, no1226, .
George Besson, Paul Collomb - Portugal, Éditions Galerie Mignon-Massard, Nantes, 1970.
Jean Dalevèze, Paul Collomb, Galerie Marcel Guiot, 1972.
Bertrand Duplessis, Paul Collomb, Éditions SNPMD, Collection Peintres de notre Temps, 1974.
Paul Collomb, À propos de lithographie, collection «Autoportrait d'un graveur», Éditions Alphonse Marré, 1978.
Francis Parent et Raymond Perrot, Le salon de la Jeune Peinture - Une histoire, 1950-1983, Éditions Jeune Peinture, 1983.
Janine Bailly Herzberg, Dictionnaire de l'estampe en France; 1830-1950, AMG-Flammarion, 1985.
Guy Vignoht, La Jeune Peinture, 1941-1961, Éditions Terre des peintres, 1985.
Bertrand Duplessis, Vérité Paul Collomb, collection «Peintres de notre temps», Éditions S.N.P.M.D., 1986.
Benoît Giraud, Paul Collomb, un maître contemporain de la peinture figurative, approche de sa vie et de son oeuvre, monographie, 356 pages, quatre volumes, Université Lumière Lyon 2, 1989.
Paul Collomb Rétrospective, Édition de la Ville d'Angers, 1992.
Françoise Woimant, Marie Cécile Miessner et Anne Mœglin-Delcroix, De Bonnard à Baselitz - Estampes et livres d'artistes, B.N.F., 1992.
Patrick-F. Barrer, L'histoire du Salon d'automne de 1903 à nos jours, Arts et Images du Monde, 1992.
André Roussard, Dictionnaire des peintres à Montmartre, Éditions André Roussard, 1999.
Emmanuel Bénézit, Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs, Gründ, 1999.
Jean-Pierre Delarge, Dictionnaire des arts plastiques modernes et contemporains, Gründ, 2001.
Éric Mercier, La Jeune Peinture, années 50, tome I: L'Alternative figurative; tome II: Panorama de la Jeune Peinture, ArtAcatos, Zurich, 2010.
George Besson - Itinéraire d'un passeur d'art, Somogy éditions d'art, 2012.
Nombreux catalogues de ses expositions avec des textes de Raymond Cogniat, René Barotte, Maximillien Gauthier, S. Marchand, C. Gleiny, Roger Bouillot, Juliette Darle, R. Stanley Jonhson Chicago, Paris, 1959.[sourceinsuffisante]
Filmographie
La Vie et l'œuvre de Paul Collomb, film documentaire, Paris, Éditions Arts et Résonances.