Peg Leg Howell

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Peg Leg Howell
Description de cette image, également commentée ci-après
Photographie promotionnelle de Peg Leg Howell pour Columbia Records, vers 1926.
Informations générales
Surnom Peg Leg Howell
Nom de naissance Joshua Barnes Howell
Naissance
Eatonton, Géorgie, États-Unis
Décès (à 78 ans)
Atlanta, Géorgie, États-Unis
Nationalité Américaine
Activité principale Chanteur, guitariste, auteur-compositeur
Genre musical Country blues, Piedmont blues
Instruments voix, guitare
Années actives années 1920-années 1930, 1963
Labels Columbia Records, Testament Records

Peg Leg Howell, nom de scène de Joshua Barnes Howell, né le à Eatonton, en Géorgie, et mort le à Atlanta, est un chanteur, guitariste et auteur-compositeur américain de country blues.

Actif dans les rues d’Atlanta à partir des années 1920, il est l’un des premiers musiciens de la scène blues de cette ville à enregistrer commercialement. Il grave vingt-huit faces pour Columbia Records entre 1926 et 1929, seul ou accompagné de musiciens comme le violoniste Eddie Anthony, le guitariste Henry Williams et le mandoliniste Jim Hill.

Son répertoire associe le blues, les ballades, le ragtime, les chansons de rue et des morceaux hérités des orchestres à cordes afro-américains. Après plus de trente ans sans enregistrer, il est retrouvé à Atlanta en 1963 par le folkloriste George Mitchell, qui réalise avec lui les enregistrements publiés sous le titre The Legendary Peg Leg Howell.

Biographie

Jeunesse en Géorgie

Joshua Barnes Howell naît le 5 mars 1888 dans une exploitation agricole située près d’Eatonton, dans le comté de Putnam. Il est le fils de Thomas Howell et de Ruthie Myrick.

Il grandit dans un environnement rural où circulent différentes formes de musique populaire, notamment les ballades, les chants de travail, les airs de danse et les premières formes de blues. Howell fréquente l’école jusqu’à un niveau correspondant approximativement à la neuvième année du système scolaire américain. Il travaille ensuite comme ouvrier agricole aux côtés de son père.

Selon le folkloriste George Mitchell, Howell commence à jouer de la guitare vers l’âge de vingt ans. Il affirme avoir appris seul, après avoir passé une grande partie d’une nuit à chercher les accords et les positions sur l’instrument.

Il développe un jeu reposant notamment sur le fingerpicking et l’usage ponctuel de la guitare slide. Son style est généralement rattaché au country blues de Géorgie et au Piedmont blues.

Perte de sa jambe droite

En 1916, Howell est blessé par balle au cours d’une altercation avec son beau-frère. La blessure entraîne l’amputation de sa jambe droite. Il utilise ensuite une jambe artificielle, à l’origine de son surnom "Peg Leg", expression anglaise désignant familièrement une jambe de bois ou une prothèse rudimentaire.

Ne pouvant plus poursuivre normalement son travail agricole, il quitte la ferme. Il travaille pendant environ un an dans une usine d’engrais du comté de Madison, avant de revenir dans la région d’Eatonton. Il exerce par la suite différents emplois occasionnels, sans retrouver d’activité stable.

Installation à Atlanta

En 1923, Howell s’installe à Atlanta. Il y gagne principalement sa vie comme musicien de rue. Il se produit notamment autour de Decatur Street, artère connue pour ses commerces, ses débits de boissons, ses établissements de divertissement et sa forte activité musicale afro-américaine.

Les musiciens de rue de ce quartier jouent pour les passants, dans des fêtes privées, dans des débits de boissons ou à proximité des marchés. Leur répertoire doit pouvoir s’adapter aux demandes du public et ne se limite généralement pas au blues. Howell interprète ainsi des blues, des ballades, des chansons humoristiques, des airs de ragtime, des morceaux dansés et des chansons populaires.

En 1925, il est arrêté et incarcéré pour fabrication ou vente illégale d’alcool. La Prohibition est alors en vigueur aux États-Unis. Howell est détenu au River Camp, un établissement pénitentiaire d’Atlanta. Durant sa détention, il compose ou développe la chanson New Prison Blues, qui devient son premier titre publié.

Carrière discographique

Première séance Columbia

Peu après sa sortie de prison, Howell est repéré alors qu’il joue dans les rues d’Atlanta. Il est invité à participer à une séance organisée par Columbia Records.

Le 8 novembre 1926, il enregistre quatre titres à Atlanta, seul au chant et à la guitare :

New Prison Blues et Fo’ Day Blues paraissent sur le disque Columbia 14194-D. Coal Man Blues et Tishamingo Blues sont publiés sur Columbia 14207-D.

Howell reçoit une rémunération immédiate, à laquelle doivent s’ajouter des droits dépendant des ventes. Les montants exacts sont rapportés différemment selon les sources ; certaines biographies évoquent cinquante dollars pour la séance.

Ses premiers disques paraissent dans la série Columbia destinée au marché afro-américain, dans le contexte des race records. Cette expression commerciale est alors employée par l’industrie phonographique pour désigner les disques interprétés par des artistes noirs et vendus principalement à un public afro-américain.

Peg Leg Howell and His Gang

Pour ses séances suivantes, Howell est souvent accompagné par un petit ensemble généralement désigné sous le nom de Peg Leg Howell and His Gang. La formation comprend principalement Peg Leg Howell au chant et à la guitare, Henry Williams à la guitare et Eddie Anthony au violon.

Eddie Anthony joue du violon dans une tradition issue des orchestres à cordes afro-américains. Sa présence donne à plusieurs morceaux une sonorité qui se distingue du blues joué uniquement à la guitare. Henry Williams assure une seconde partie de guitare. Les deux instruments peuvent alterner les lignes rythmiques, les basses et les réponses mélodiques.

Le 8 avril 1927, Howell, Williams et Anthony enregistrent plusieurs titres à Atlanta, notamment :

Ces morceaux illustrent la diversité du groupe. New Jelly Roll Blues appartient au répertoire du blues, tandis que Beaver Slide Rag met davantage en avant l’influence du ragtime et des musiques de danse.

Enregistrements de 1927 et 1928

Howell poursuit ses séances pour Columbia en 1927 et 1928.

Parmi les titres enregistrés figurent :

Les enregistrements alternent les prestations en solo et les morceaux joués avec son groupe.

Low-Down Rounder Blues devient l’un de ses titres les plus souvent réédités. Il figure en 1959 dans l’anthologie The Country Blues, publiée parallèlement au livre du même nom de l’historien et musicologue Samuel Charters.

Séance avec Jim Hill

Le 13 avril 1929, Howell enregistre à Atlanta avec le mandoliniste et chanteur Jim Hill. Quatre morceaux sont réalisés pendant cette séance :

La Discography of American Historical Recordings attribue notamment les matrices de Monkey Man Blues et d’Away from Home à Jim Hill et Peg Leg Howell,.

Ces titres sont les derniers enregistrements commerciaux connus de Howell avant sa redécouverte dans les années 1960.

Au total, il enregistre vingt-huit faces pour Columbia entre 1926 et 1929.

Style musical

Country blues et blues d’Atlanta

Peg Leg Howell appartient à la première génération de musiciens afro-américains du Sud des États-Unis enregistrée par les compagnies phonographiques durant les années 1920.

Son œuvre est souvent classée dans le country blues et le Piedmont blues, mais son répertoire dépasse ces catégories.

Jeu de guitare

Howell emploie plusieurs techniques de guitare. Son jeu en fingerpicking repose sur une séparation entre la basse, souvent jouée par le pouce, et les notes mélodiques exécutées avec les autres doigts.

Il utilise également la technique de la guitare slide sur certains morceaux. Celle-ci consiste à faire glisser un objet lisse sur les cordes afin de produire des transitions continues entre les notes. Son accompagnement peut être relativement dépouillé lorsqu’il joue seul, mais devient plus dense avec une seconde guitare et le violon d’Eddie Anthony.

Le rôle du violon

Les enregistrements de Peg Leg Howell and His Gang témoignent de la persistance du violon dans les traditions musicales afro-américaines du Sud. Avant que la guitare ne devienne l’instrument dominant du blues rural enregistré, les orchestres à cordes comprenant violon, guitare, banjo ou mandoline occupent une place importante dans les bals et les réunions communautaires.

Le jeu d’Eddie Anthony rapproche ainsi certains enregistrements du groupe des anciennes traditions de danse, du ragtime et de la musique des string bands.

Déclin de sa carrière

La crise économique qui suit le krach de 1929 provoque une forte diminution des ventes de disques, en particulier sur le marché des race records. Columbia cesse d’enregistrer Howell après 1929. Celui-ci continue à jouer dans les rues d’Atlanta avec ses partenaires. Il reprend également, selon plusieurs témoignages, la vente clandestine d’alcool afin de compléter ses revenus.

Le groupe se désagrège progressivement. Henry Williams est emprisonné, tandis qu’Eddie Anthony meurt en 1934. Après le milieu des années 1930, Howell ne joue plus que de manière occasionnelle. Il se produit surtout lorsqu’il a besoin d’argent et finit par abandonner presque entièrement la musique.

Santé et précarité

Howell souffre de diabète. En 1952, sa jambe gauche doit être amputée à la suite de complications de la maladie. Ayant déjà perdu sa jambe droite en 1916, il se déplace désormais en fauteuil roulant.

Il vit dans des conditions très modestes à Atlanta. À la différence de plusieurs musiciens de sa génération redécouverts pendant le renouveau du blues et du folk, il ne reprend pas immédiatement une carrière publique. La réédition de Low-Down Rounder Blues en 1959 attire toutefois de nouveau l’attention de certains collectionneurs et spécialistes du country blues.

Redécouverte en 1963

George Mitchell et Roger Brown

En 1963, les jeunes chercheurs George Mitchell et Roger Brown se rendent à Atlanta afin de retrouver d’anciens musiciens de blues. Après avoir interrogé des habitants près de Decatur Street, ils apprennent que Peg Leg Howell est encore vivant. Des hommes rencontrés à proximité du Shorter’s Barber Shop les conduisent jusqu’à son domicile.

Howell vit alors dans une petite maison et se déplace en fauteuil roulant. Mitchell le reconnaît grâce aux anciennes photographies promotionnelles de Columbia. Selon le récit ultérieur de Mitchell, Howell saisit rapidement la guitare apportée par le chercheur et commence à jouer malgré le fait qu’il ne pratique presque plus régulièrement depuis plusieurs années.

Séance du 11 avril 1963

Après une période de préparation, George Mitchell enregistre Howell le 11 avril 1963 à Atlanta. Il s’agit de l’une des premières séances de terrain importantes réalisées par Mitchell, qui devient ensuite l’un des principaux collecteurs de musique traditionnelle du Sud des États-Unis. Howell interprète d’anciens morceaux de son répertoire ainsi que des chansons qu’il n’avait pas enregistrées pour Columbia.

La séance comprend notamment :

Dix morceaux sont retenus pour un album publié par Testament Records.

The Legendary Peg Leg Howell

Les enregistrements paraissent en 1964 sous le titre The Legendary Peg Leg Howell, sur le label Testament Records.

L’album est produit dans le contexte du renouveau d’intérêt pour le blues rural américain. Il permet de documenter la voix, le jeu et le répertoire de Howell trente-quatre ans après sa dernière séance commerciale. Les critiques soulignent généralement l’importance documentaire du disque. Son état de santé, son âge et sa longue interruption expliquent toutefois que son jeu soit moins assuré que dans les enregistrements Columbia des années 1920.

Mort

En 1966, Howell est hospitalisé au Grady Memorial Hospital d’Atlanta. Les sources mentionnent une maladie chronique affectant son système nerveux, dans un contexte général de santé dégradée.

Il meurt à Atlanta le 11 août 1966, à l’âge de 78 ans. Il est inhumé au cimetière de Chestnut Hill, dans le comté de DeKalb, en Géorgie.

Postérité

Peg Leg Howell est considéré comme l’un des pionniers discographiques du blues d’Atlanta. Ses enregistrements permettent d’étudier une période durant laquelle les frontières entre blues, ragtime, ballades et musique d’orchestre à cordes restent perméables. Le groupe Peg Leg Howell and His Gang constitue également l’un des exemples enregistrés les plus anciens d’un ensemble afro-américain associant le blues rural au violon.

La majeure partie de ses vingt-huit faces Columbia a été rééditée dans des anthologies et des intégrales consacrées au blues d’avant-guerre. Ses enregistrements sont notamment documentés par la Discography of American Historical Recordings, qui s’appuie sur les archives de Columbia et sur les discographies spécialisées.

Discographie

Disques Columbia

Année Face A Face B Référence
1926 New Prison Blues Fo’ Day Blues Columbia 14194-D
1926 Coal Man Blues Tishamingo Blues Columbia 14207-D
1927 New Jelly Roll Blues Beaver Slide Rag Columbia
1927 Papa Stobb Blues Sadie Lee Blues Columbia
1927 Moanin’ and Groanin’ Blues Hobo Blues Columbia
1927 Too Tight Blues Peg Leg Stomp Columbia
1927 Doin’ Wrong Skin Game Blues Columbia
1928 Rock and Gravel Blues Low-Down Rounder Blues Columbia
1928 Please Ma’am Fairy Blues Columbia
1928 Banjo Blues Turkey Buzzard Blues Columbia
1929 Monkey Man Blues Chittlin’ Supper Columbia
1929 Broke and Hungry Blues Rolling Mill Blues Columbia
1929 Turtle Dove Blues Walkin’ Blues Columbia
1929 Away from Home Ball and Chain Blues Columbia

Album

Rééditions sélectives

Notes et références

  1. 1 2 (en) « Illustrated Peg Leg Howell discography », sur Wirz’ American Music (consulté le ).
  2. 1 2 3 (en) Bob L. Eagle et Eric S. LeBlanc, Blues: A Regional Experience, Santa Barbara, Praeger, (ISBN 9780313344237).
  3. 1 2 (en) George Mitchell, « Peg Leg Howell », Blues Unlimited,‎ .
  4. 1 2 (en) Tony Russell, The Blues: From Robert Johnson to Robert Cray, Londres, Carlton Books, (ISBN 9781858682556).
  5. ↑ (en) « Recordings made on Monday, November 8, 1926 », sur Discography of American Historical Recordings, Université de Californie à Santa Barbara (consulté le ).
  6. ↑ (en) « Columbia matrix W143116. Coal Man Blues / Peg Leg Howell », sur Discography of American Historical Recordings, Université de Californie à Santa Barbara (consulté le ).
  7. ↑ (en) « Columbia matrix W143945. Sadie Lee Blues / Peg Leg Howell », sur Discography of American Historical Recordings, Université de Californie à Santa Barbara (consulté le ).
  8. ↑ (en) Samuel Charters, The Country Blues, New York, Rinehart, .
  9. ↑ (en) « Columbia matrix W148271. Monkey Man Blues / Jim Hill ; Peg Leg Howell », sur Discography of American Historical Recordings, Université de Californie à Santa Barbara (consulté le ).
  10. ↑ (en) « Columbia matrix W148273. Away from Home / Jim Hill ; Peg Leg Howell », sur Discography of American Historical Recordings, Université de Californie à Santa Barbara (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes

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