Charles Pichegru

Jean-Charles Pichegru
Charles Pichegru

Naissance
Arbois (province de Franche-Comté)
Décès (à 43 ans)
Ancien 3e arrondissement de Paris
Origine Français
Allégeance Drapeau du royaume de France : entièrement blanc Royaume de France
Drapeau du Royaume de France Royaume de France
Drapeau de la France République française
Arme Artillerie
Grade Général de division
Années de service 1780 – 1796
Commandement Armée du Rhin
Armée du Nord
Armée de Rhin et Moselle
Conflits Guerres de la Révolution française
Faits d'armes Siège de Landau (1793)
Hommages Nom gravé sur l'arc de triomphe de l'Étoile, 3e colonne.
Autres fonctions Député du Jura (1797)
Président du Conseil des Cinq-Cents

Jean-Charles Pichegru, né le à Arbois , dans la province de Franche-Comté (aujourd'hui département du Jura), mort le à Paris, est un général de la Révolution française puis un homme politique de la Première République. Élu député du Jura en germinal an V (), il est nommé le 1er prairial () président, pour une durée d'un mois, du Conseil des Cinq-Cents par 387 suffrages sur 404 votants .

Dénoncé pour trahison avec l'ennemi par son ami Moreau, il est victime du coup d'État du 18 fructidor an V (), arrêté manu militari avec d'autres représentants du corps législatif, et jeté en prison puis déporté sans jugement à la Guyane. Il s'en évade au bout de quelques mois et, ne pouvant rentrer en France, se réfugie en Angleterre. Arrêté à Paris en lors de la conspiration de Cadoudal contre le Premier Consul Bonaparte, Jean-Charles Pichegru est retrouvé mort étranglé avec sa cravate dans sa cellule de la prison du Temple ; la version officielle parle de suicide.

Biographie

Origine

Né au sein d’une famille de paysans, Jean-Charles fait ses premières études au collège d’Arbois, et sa philosophie à l’École militaire de Brienne, tenue par les Minimes ; Il y reçoit une solide éducation puis devient répétiteur de mathématiques où il donne des leçons à Napoléon Bonaparte arrivé pensionnaire en .

En , Pichegru s'engage au régiment de Metz artillerie où il devient sergent.

Carrière militaire

Portrait du général Pichegru vers 1796. Gravure de Pierre-Charles Coqueret, d'après Jean-Baptiste Hilaire Le Dru.

Adjudant en , sous-lieutenant puis adjudant-major en juin de la même année, il est recommandé pour son civisme et son patriotisme par les patriotes de Besançon aux volontaires du 3e bataillon de volontaires du Gard qui rejoint l’armée du Rhin. Ces derniers le déclarent lieutenant-colonel en second du bataillon en .

Dès les premiers affrontements, il se révèle par son habileté manœuvrière et son esprit de décision.

Employé dans les états-majors à Paris en , les vides laissés dans les postes de commandement par l'émigration amènent Bouchotte alors ministre de la guerre à nommer Pichegru général de brigade le , puis général de division avec le commandement de l'armée du Haut-Rhin. C'est à Kembs qu'il rejoint cette division le suivant.

Armée du Rhin : Campagne de 1793 - 1794.

Par décret de la Convention nationale du 13 vendémiaire an II () Pichegru est nommé commandant en chef de l'armée du Rhin en l'absence du général Delmas bloqué dans Landau. Au même moment un autre jeune général de division, Lazare Hoche, se voit nommé commandant en chef de l'armée de la Moselle. Tous deux vont devoir repousser hors des frontières de la République les Prussiens et les Autrichiens avec en ligne de mire débloquer Landau où la garnison française sous les ordres du général Joseph-Marie Tennet de Laubadère est assiégée depuis l'été dernier.

L'inimité entre Hoche et Pichegru ne les empêche pas de combiner leurs efforts pour repousser les armées coalisées et débloquer Landau à la toute fin de l'année  ; cela vaut aux armées de la Moselle et du Rhin ainsi qu'à la garnison de Landau, pour ne pas avoir capitulé, de bien mériter de la Patrie par décret de la Convention nationale en date du 12 nivôse an II ().

Armée du Nord : Campagne de 1794 - 1795.

Par décret du 17 pluviôse an II (), la Convention nationale, après avoir entendu le rapport du Comité de salut public nomme Pichegru général en chef de l’armée du Nord. Après réorganisation de l'armée et plusieurs offensives, il entre à Anvers le . Face aux nombreuses victoires de l'armée française, le Stathouder Guillaume V s'exile en Angleterre le . Pichegru entre triomphalement à Amsterdam le . Durant cette campagne, il bat l’ennemi à Cassel, Courtrai, Menin, s'empare de Bois-le-Duc, Venlo, Nimègue et passe le Waal glacé par cet hiver terrible. La campagne se poursuit deux jours après avec la prise, par un escadron de hussards, de la flotte hollandaise au Helder bloquée par les glaces. De nombreuses représentations, sous le titre Prise de la flotte au Texel, rappellent ce fait d'arme unique dans les annales guerrières où une cavalerie s'empare d'une flotte. Courant février, les Britanniques sont chassés des provinces de Frise, d'Over-Yssel et Groningue, dans le nord des Pays-Bas qui finissent par être complètement occupés à la fin du mois.

De cette campagne, Pichegru y voit davantage la libération plutôt que la conquête de la Hollande, propageant ainsi les idéaux républicains de liberté et d'égalité. Du fait de la bonne tenue de l'armée du Nord, discipline maintenue malgré les rigueurs de la guerre, pillages sévèrement punis, respect des armées vaincues, les État-Généraux des Provinces-Unies décident d'attribuer à Pichegru le grade de général dans l'armée des Pays-Bas, et de lui octroyer une pension de 10 000 florins de Hollande ; celui-ci après remerciement refuse l'un et l'autre, se contentant de l'estime de ce pays nouvellement libre.

Le 13 ventôse an III (), la Convention accorde au général Pichegru le titre de « sauveur de la patrie » et l'affecte comme général en chef des armées de Rhin et Moselle désormais réunies, cette dernière ayant jusque-là été commandée par Jean-René Moreaux, décédé la même année ; le général Moreau lui succédant à l'armée du Nord. D'aucuns ont situé ce dernier à la tête de l'armée de Moselle en raison de la proximité onomastique avec Moreaux.

Fin mars, il arrive à Paris pour des questions relatives à cette nouvelle affectation ; la capitale est alors en plein troubles. La Convention nationale lui donne le commandement en chef de la garde nationale parisienne tant que durera le péril actuel. C'est ainsi qu'il réprime sans faire de victime l’insurrection du 12 germinal an III ().

Une fois le calme revenu, Jean-Charles Pichegru prononce, trois jours plus tard, un discours à l'Assemblée nationale puis se rend à son nouveau QG à Guntersblum près Mayence ; c'est là qu'il reçoit par un courrier les offres de Provinces-Unies qu'il refuse.

Armée de Rhin-et-Moselle : Campagne de 1795 - 1796.

Le Rhin est franchi en même temps que Jourdan et la place de Mannheim tombe entre ses mains en .

L'accusation de trahison

Jean-Charles Pichegru.

Général en chef des armées de Sambre-et-Meuse, dirigée par Jourdan, et du Rhin en 1795, c’est à cette époque que Pichegru entretient des relations amicales avec les monarchistes. Il est notamment contacté par un agent royaliste, le comte de Bourmont. Il accueille surtout les propositions qui lui sont faites au nom du prince de Condé, chef de l’émigration. Les tractations secrètes se déroulent via les agents Fauche-Borel, un imprimeur suisse, et le comte de Montgaillard en quelques semaines avant le déclenchement de la première campagne d’Allemagne.

Le parti blanc lui promet un million au comptant, une rente de 200 000 francs, le maréchalat, le gouvernement d’Alsace et le château de Chambord. Son inertie contraint Jourdan qui marchait sur Düsseldorf à repasser sur la rive gauche du Rhin en . Rappelé par le Directoire, soupçonné de trahison, il doit démissionner en ventôse an IV () et transférer son commandement à Moreau. Restant populaire, il refuse le poste d’ambassadeur en Suède.

Député des Cinq-Cents en 1797 et même président de ce corps du au , Pichegru est convaincu de collusion avec le prince de Condé. Il est ponctuellement en contact à Arbois puis à Paris avec l’imprimeur et agent royaliste Fauche-Borel.

Cette trahison est doublement prouvée d’une part par la correspondance secrète découverte par son ancien camarade Moreau dans le fourgon de Klinglin, un général autrichien, en , et d’autre part via le comte d’Antraigues qui fuyant Venise à l’approche des troupes françaises est arrêté à Trieste par Bernadotte le . Il est transféré et interrogé par Bonaparte personnellement le à Milan. Ce dernier rapporte au Directoire le les éléments recueillis et choisis qui incriminent Pichegru.

Pichegru est arrêté par la garde même du corps législatif après le coup d'État du 18 fructidor an V (). Condamné le lendemain à être déporté à Cayenne, en Guyane, il est conduit dans les déserts de Sinnamary. Au bout de quelque temps il s’évade au Surinam et gagne Londres en prairial an VI () où il reçoit l’accueil le plus distingué, et passe de là en Allemagne.

Le complot et la mort

tombe du cimetière d'Arbois (Jura, Franche-Comté) France
La Mort de Pichegru. Gravure de Fortuné Méaulle d'après un dessin d'Henri Meyer reproduisant la toile de Georges Moreau de Tours.

Il participe à la conspiration de Cadoudal, débarque en Normandie en , mais est livré par un de ses anciens officiers, Le Blanc ou Blanc-Montbrun, policier infiltré. Il est arrêté dans la nuit du et incarcéré à la prison du Temple.

Charles Pichegru meurt cinq semaines plus tard dans la cellule où il est enfermé. Le matin du , on trouve son corps sans vie, une cravate noire serrée autour du cou en tourniquet à l'aide d'une cheville de bois. La thèse officielle parle de suicide.

Transféré au greffe du tribunal, son corps est inhumé le même jour hors de Paris, au cimetière de Sainte-Catherine du faubourg Saint-Marcel, près du lieu-dit de la Croix de Clamart.

En 1862, sa dépouille est exhumée et transportée à Arbois pour y être inhumée grâce à l'obstination d'un descendant collatéral Charles Pichegru négociant en vins à Dole.

Notes et références

Notes

  1. ↑ « ‹ ... › Je vous avoue qu’il était difficile de croire que l’homme qui avait rendu de grands services à son pays, et qui n’avait nul intérêt à le trahir, put se porter à une telle infamie. On me croyait l’ami de Pichegru, et, dès longtemps, je ne l’estime plus »
  2. ↑ Pichegru est de la Franche-Comté et d’une famille de cultivateurs.
  3. ↑ « Pichegru, répétiteur à Brienne, m’apprit les mathématiques lorsque je n’avais que dix ans. Je possédais cette science au plus haut degré. Comme général, Pichegru était un homme d’un talent peu ordinaire, infiniment supérieur à Moreau, bien qu’il n’eût rien fait de véritablement remarquable, le succès des campagnes de Hollande étant, en grande partie, la conséquence de la bataille de Fleurus ».
  4. ↑ « Quand Pichegru se fut livré au parti royaliste, consulté pour savoir si on ne pourrait pas aller jusqu’au général en chef de l’armée d'Italie : N’y perdez pas votre temps, dit-il, je l’ai connu dans son enfance, ce doit être un caractère inflexible : s’il a pris un parti, il n’en changera pas. »
  5. ↑ « Pichegru s’était engagé à réunir son armée à celle des émigrés, à proclamer Louis XVIII et à marcher sur Paris. De son côté, le prince de Condé prenait l’engagement, au nom du prétendant, et par l’intermédiaire de Franche-Boul, Roque de Montgaillard, etc., à donner à Pichegru le gouvernement de l’Alsace, le château de Chambord, 1 million en argent, 200 000 livres de rentes, la terre d’Arbois, qui prendrait le nom de Pichegru ; enfin douze pièces de canon, le grand cordon rouge de Saint-Louis, celui du Saint-Esprit et la dignité de maréchal. En attendant la réalisation de ces promesses on lui envoyait jusqu’à 900 louis à la fois, qui lui étaient fournis par le ministre britannique en Suisse. »
  6. ↑ « Pichegru, disait Napoléon, auquel on parle d’élever une statue, fut pourtant coupable des plus grands crimes que l’on connaisse ; un général qui s’est fait battre exprès, qui a fait tuer ses soldats de connivence avec l’ennemi !. »
  7. ↑ Au Directoire exécutif - Mombello, 22 prairial an V () ‹ ... › Vous trouverez également ci-joint : 1o Une copie du second interrogatoire qu’a subi le comte d’Antraigues ; 2o Les papiers trouvés dans le portefeuille de ce comte, et qui, par leur intérêt, m’ont paru les plus essentiels ; ‹ ... › Bonaparte
  8. ↑ Quant à Pichegru, il fut victime de la plus infâme trahison. « C’est vraiment, disait l’Empereur, la dégradation de l’humanité ; il fut vendu par son ami intime, cet homme, ‹ ... › vint offrir de le livrer pour cent mille écus‹ ... › La nuit venue, l’infidèle ami conduisit les agents de police à la porte de Pichegru, leur détailla les formes de la chambre, ses moyens de défense. Pichegru avait des pistolets sur sa table de nuit, la lumière était allumée, il dormait ; on ouvrit doucement la porte avec de fausses clefs que l’ami avait fait faire exprès. On renversa la table de nuit, la lumière s’éteignit, et l’on se colleta avec Pichegru, réveillé en sursaut. Il était très fort ; il fallut le lier et le transporter nu. Il rugissait comme un taureau. ».
  9. ↑ « Quant à l’inculpation relative à la mort de Pichegru, qu’on assurait avoir été étranglé par les ordres du premier Consul, Napoléon disait qu’il serait honteux de s’en défendre, que c’était par trop absurde. Que pouvais-je y gagner ? faisait-il observer. Un homme de mon caractère n’agit pas sans de grands motifs. M’a-t-on jamais vu verser le sang par caprice ? ‹ ... › Ceux qui me connaissent savent que mon organisation est étrangère au crime. Tout bonnement, Pichegru se vit dans une situation sans ressources ; son âme forte ne put envisager l’infamie du supplice ; il désespéra de ma clémence ou la dédaigna, et il se donna la mort. »

Références

Voir aussi

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Source partielle

« Charles Pichegru », dans Charles Mullié, Biographie des célébrités militaires des armées de terre et de mer de 1789 à 1850, [détail de l’édition]

Bibliographie

Articles connexes

Liens externes