| Premier peintre du Roi | |
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Le Romain |
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Catherine-Marguerite Mignard (d) |
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Le Christ au roseau (d) |

Pierre Mignard, né le à Troyes et mort le à Paris, est un peintre français.

Pierre Mignard naît à Troyes, et est baptisé dans l'église Saint-Jean-au-Marché, dans une famille plutôt pauvre, dans le milieu des artisans. Profitant du rôle de viviers d'artistes que rêvet Troyes au début du XVIIe siècle mais aussi inspiré par son frère aîné, Nicolas, qui le précède dans la carrière de peintre, il s'initie rapidement à la peinture.
Tout d'abord destiné à la médecine, Pierre Mignard entre en 1624 dans l'atelier du peintre Jean Boucher à Bourges. De retour à Troyes, il travaille chez un sculpteur nommé François Gentil avant de partir pour Fontainebleau - capitale des arts de l'époque - où il étudie Le Primatice, Rosso Fiorentino et Martin Fréminet. Il peint la chapelle du château de Coubert-en-Brie pour le maréchal de Vitry qui le prend sous sa protection et l'emmène à Paris où il devient l'élève de Simon Vouet en 1630, chef de file de la peinture parisienne. Il rencontre notamment Charles Le Brun,, Eustache Le Sueur et Charles-Alphonse Du Fresnoy avec qui il se lie.
En 1635, il part pour Rome où il rencontre Nicolas Poussin, peut-être le peintre Sassoferrato et Anna Avolara, fille d'un architecte, dont il s'éprend mais qu'il n'épousera qu'en 1660 à la suite d'obstacles divers. Alors qu'il s'était au départ voué au style baroque, dans lequel s'inscrivait Simon Vouet, à Rome, où il demeure vingt ans, il s'oriente vers le classicisme. Il demeure vingt ans à Rome, en réalisant de nombreuses compositions, en particulier ls sujets de dévotion, et connaît un grand succès. Parmi ces œuvres, il peint notamment Saint Charles Borromée ainsi que trois "Vierges à l'Enfant", des portraits de style bolognais qui devinrent célèbres dans toute l'Europe sous le nom de « mignardes ».
En raison de cette expérience italienne, Pierre Mignard fut surnommé « le Romain ».

Devenu célèbre à Rome, il est naturellement rappelé en France par Louis XIV en 1657 et protégé par Mazarin, féru d'art italien.
Sur le chemin de Paris, il rencontre Molière à Avignon chez son frère Nicolas Mignard, dont l'épouse avait hérité d'un des principaux jeux de paume d'Avignon où jouaient les troupes de passage. Les deux hommes deviennent amis et Mignard commence par peindre un portrait de Molière intime (Molière, vers 1658, Chantilly, musée Condé), d'un esprit éloigné de celui que son frère Nicolas avait peint quelque temps auparavant (Molière (1622-1673) dans le rôle de César, dans « La Mort de Pompée », tragédie de Corneille, 1656, Paris, musée Carnavalet). Pour dater le tableau de Chantilly "vers 1658", les archivistes se sont fondés sur le fait que Pierre Mignard et Molière se sont l'un et l'autre définitivement installés à Paris à l'automne de 1658. Mais il est très probablement postérieur. Comme l'a écrit en 2018 G. Forestier dans son Molière (p.109-110), « On ne sait si c’est durant ce séjour avignonnais que, profitant de sa disponibilité, "Mignard le Romain" entreprit de faire à son tour un portrait de Molière. Son premier historien affirme que le tableau daterait du milieu des années 1660 (Simon P. Mazière, abbé de Monville, La Vie de Pierre Mignard, p. 93-95), et une certaine maturité dans les traits de Molière nous inclinerait à le suivre. Quoi qu’il en soit, au contraire de son frère qui avait croqué le comédien dans un de ses personnages de théâtre, il choisit de le peindre dans son intimité, drapé d’une magnifique robe d’intérieur. »
En 1669, Molière composera d'ailleurs La Gloire du Val-de-Grâce, un éloge en vers du chef-d'œuvre de Mignard, La Gloire des Bienheureux, fresque ornant le dôme de l'église du Val-de-Grâce à Paris, commandée en 1663 par Anne d'Autriche pour un montant de 35 000 livres.
Les liens entre les familles de Pierre Mignard et de Molière furent si étroits que c'est Catherine Mignard, fille du peintre, qui fut choisie pour être le la marraine du dernier enfant de Molière, Pierre Poquelin (qui mourut 11 jours plus tard). Mignard conservera toute sa vie son amitié à Armande Béjart, veuve de Molière.
À Paris, Pierre Mignard jouit d'un grand succès. En effet, la famille royale et l'aristocratie lui commandent de nombreux portraits, Il réalise notamment celui du cardinal Mazarin en 1658 et des portraits de la famille royale mais aussi de nombreux travaux de décoration intérieure. Il arbore un style au modelé rond, aux expressions conventionnelles, qui plait à ceux qui lui passent commande. Il se voit ainsi confié la coupole de l'église Notre-Dame du Val-de-Grâce en 1663, le décor d'une chapelle de l'église Saint-Eustache de Paris en 1667 ainsi que le plafond peint de deux salons et de la galerie d'Apollon du château de Saint-Cloud, commandés par Monsieur, frère de Louis XIV en 1677 (les peintures de l'église Saint-Eustache, qui étaient d'ailleurs le pendant de celles de son rival Charles de la Fosse, dans la chapelle des Mariages, furent détruites lors de la construction du nouveau portail. Également, les œuvres réalisées au château de Saint-Cloud disparurent avec la destruction du château lors de la guerre franco-prussienne de 1870).

La réussite de Pierre Mignard suscite toutefois la jalousie et l'hostilité de Charles Le Brun, alors premier peintre du roi à partir de 1664, et une rivalité artistique s'installe entre les deux hommes. Le Brun considère que Mignard est un peintre « sans théorie » et Mignard refuse à maintes reprises d'intégrer l'académie royale de peinture et de sculpture dont Le Brun est directeur pour lui préférer l'Académie de Saint-Luc, sa principale concurrente,.
Cette rivalité est nourrie par la rivalité politique entre les deux principaux ministres de l'époque, Louvois et Jean-Baptiste Colbert, ce dernier étant protecteur de Le Brun et Louvois ayant décidé d'accorder sa protection et son mécénat à Mignard.
À la mort de Colbert en 1683, Louvois, devenu surintendant des bâtiments du roi, favorise Mignard qui bénéficie de commandes pour l'appartement du roi, deux salons et la petite galerie, à Versailles, ainsi que la gestion des campagnes de sculptures pour le parc, l'acquisitions des collections royales et les commandes des Gobelins, au détriment de Le Brun.
Cette querelle artistique se déroule également sur le terrain de la peinture. En 1689, sur une commande de Louvois, Mignard entend surpasser et écraser l'œuvre emblématique de Le Brun, Les Reines de Perse aux pieds d'Alexandre, peinte en 1660, en peignant le même sujet.
À la mort de Charles Le Brun en 1690, Pierre Mignard est anobli et succède à le Brun en tant que premier peintre du roi ainsi qu'à la tête de l'académie royale, au poste de chancelier et de directeur.

Cinq ans plus tard, Pierre Mignard meurt à l'âge de 82 ans, le , au 23 rue de Richelieu à Paris. De grandes funérailles sont organisées à l'église Saint-Roch et il est enterré au couvent des Jacobins, où son tombeau monumental, réalisé par Jean-Baptiste Lemoyne, fut détruit à la révolution. Il avait eu quatre enfants. Sa fille Catherine épousera en 1696 le comte de Feuquières.
Le blason de la famille est : d'azur, au lion d'or, au chef cousu de gueules, chargé de trois trèfles d'or,,,.
Il reste un des plus célèbres peintres classiques français : ami des beaux esprits de son temps (outre Molière, citons La Fontaine, Racine ou Boileau), on lui doit des portraits de Bossuet, de Jacques de Cordon d'Evieu, de la princesse Palatine, de la duchesse de Châtillon, de la comtesse de Fiesque, de Julie d'Angennes, de Mlle de Montpensier, de Mlle de Valois et de la grande-duchesse de Toscane, de Mme de la Sablière, de la duchesse de Brissac, de la duchesse de Ventadour, de Mme de Montespan, de Mme de Maintenon , de Mlle de La Vallière, de Mme de Sévigné, de Mlle de Grignan, de Mlle de Fontanges et de Mme de Tencin. Il a par ailleurs peint dix fois Louis XIV.



Au vu du caractère un peu mièvre parfois attribué à sa peinture, un rapport s'est établi entre son nom et l'adjectif « mignard » ou le mot « mignardise », dérivés péjoratifs de « mignon ». Ce rapprochement n'est toutefois qu'une coïncidence et n'a aucune justification étymologique (le terme « mignard » étant attesté avant la carrière de Pierre Mignard).








Le mémorialiste juge l'artiste et son œuvre :
« La perte de deux hommes illustres fit plus de bruit que celle de ces deux grandes dames : [de] La Fontaine si connu par ses fables et ses contes, et toutefois si pesant en conversation, et de Mignard si illustre par son pinceau. Il avait une fille unique parfaitement belle. C'était sur elle qu'il travaillait le plus volontiers, et elle est répétée en plusieurs de ces magnifiques tableaux historiques qui ornent la grande galerie de Versailles et ses deux salons, et qui n'ont pas eu peu de part à irriter toute l'Europe contre le roi, et à la liguer plus encore contre sa personne que contre son royaume. »
- Saint-Simon, Mémoires, Éditions La Pléiade, 1959, tome I, p. 232.

(Extrait)