| Pont du Dognon | |
Le pont du Dognon et son reflet dans le Taurion. | |
| Géographie | |
|---|---|
| Pays | |
| Coordonnées géographiques | 45° 56′ 28″ N, 1° 30′ 26″ E |
| Fonction | |
| Franchit | Taurion |
| Fonction | Pont routier (RD 5) |
| Caractéristiques techniques | |
| Type | Pont bow-string |
| Matériau(x) | Béton armé |
| Construction | |
| Construction | 1929-1930 |
| Historique | |
| Protection | Label « Architecture contemporaine remarquable » (2002) |
| modifier |
|
Le pont du Dognon est un pont bow-string en béton armé qui franchit le Taurion entre les communes de Saint-Laurent-les-Églises et du Châtenet-en-Dognon, dans le département de la Haute-Vienne. Construit en 1929-1930 lors de la création de la retenue du barrage de Saint-Marc, il porte la route départementale 5. Il est labellisé « Patrimoine du XXe siècle » depuis 2002.
Le pont relie le nord et le sud de la Haute-Vienne en enjambant la vallée du Taurion, au lieu-dit le Dognon. La limite entre les deux communes passe au milieu du pont.
Le toponyme viendrait de « donjon » (donhon en occitan), en référence à la motte castrale qui domine le site. Ce site fortifié devait son importance stratégique au passage du Taurion, sur un ancien axe reliant Bourges à Bordeaux.
Le pont se trouve sur la retenue du barrage de Saint-Marc, situé près de Saint-Martin-Terressus. La notice Mérimée appelle ce barrage « barrage du Maureix », du nom d'un ancien moulin. Le chemin de Compostelle de Vézelay passe sur le pont.
On a d'abord franchi le Taurion à gué ou en bac, un peu en amont de l'emplacement actuel. Ce passage était le seul moyen de relier la voie romaine passant par Le Châtenet et Sauviat à la route venue du Berry par Ambazac. Les riverains exigeaient parfois un péage.
Un premier pont, probablement du XIIIe siècle, est attesté par la carte de Fayen de 1594. Il est ensuite détruit.
En 1832, un projet de pont suspendu « à fil de fer » est retenu, à l'emplacement du pont actuel. Il n'est terminé qu'une dizaine d'années plus tard. La mairie de Saint-Laurent-les-Églises date l'ouvrage de 1841. La notice Mérimée mentionne plutôt un pont métallique construit en 1855.
Un péage est officiellement instauré en 1842, avec une maison d'octroi à une extrémité du pont. Le tarif dépend du chargement : 50 centimes par piéton ou par animal, un franc pour une charrette chargée et cinq francs pour un chariot chargé tiré par trois chevaux.
Ce pont s'effondre en 1877. Il est remplacé dès 1878 par un pont en pierre à trois arches, utilisé jusqu'en 1930.
Dans les années 1920, la Société des forces motrices de la Vienne, fondée en 1914, équipe le Taurion pour produire de l'électricité. Elle construit deux barrages proches : celui de Chauvan, près de Saint-Priest-Taurion, et celui de Saint-Marc. La retenue de Saint-Marc doit noyer le pont de 1878 et des terrains voisins. La société propose aux riverains, en dédommagement, soit un chemin le long de la retenue, soit des chalands. La plupart choisissent les chalands, qui se révèlent difficiles à manœuvrer.
Le nouveau pont est construit en 1929-1930 par la Société auxiliaire d'entreprise électrique et de travaux publics, sous la maîtrise d'œuvre de la Société des forces motrices de la Vienne. Il est bâti juste à côté de l'ancien, une dizaine de mètres en amont. Il est achevé en 1930, en même temps que le barrage.
Pendant l'Occupation, la Résistance fait sauter la première arche du pont pour bloquer les troupes allemandes. Les sources ne s'accordent pas sur la date : les sources locales parlent de 1943, les sites touristiques de juillet 1944, dans le contexte de la remontée des troupes allemandes vers la Normandie.
Les Allemands font alors abaisser le niveau de la retenue grâce au barrage de Saint-Marc, et passent sur l'ancien pont en pierre, qui réapparaît. Selon les sites touristiques, cet épisode a lieu en août 1944, lors de la fuite de miliciens. Toujours selon la Gazette de l'ASCD, en 1944 le pont n'est toujours pas réparé et l'ancien pont donne des signes de faiblesse. Les Allemands passent alors par Saint-Priest-Taurion ou par La Jonchère et Ambazac.
Une photographie prise le 20 juillet 1950, lors d'une vidange du barrage, montre l'ancien pont et les débris de l'arche détruite pendant la guerre.

Au début des années 1950, l'ancien pont est démoli pendant une vidange, pour laisser passer les bateaux. Selon le niveau de l'eau, on distingue encore ses piles, en aval du pont actuel.
Le site devient touristique. Deux hôtels-restaurants s'installent aux extrémités du pont, dont Le Rallye, tenu par la famille Périéras. Ils ont depuis fermé. Il reste un restaurant tenu par l'ESAT d'Ambazac, côté Saint-Laurent.
La chaussée est étroite et les routes d'accès sinueuses, ce qui a causé plusieurs accidents, dont un accident mortel en décembre 2021.
En 2008, le tablier est rénové : étanchéité, trottoirs, bétons en sous-face et joints de chaussée.
Des poids lourds de grande hauteur, nombreux sur cet axe à cause du transport du bois, avaient endommagé plusieurs poutres transversales. Après des travaux d'urgence fin 2017, le département installe des limiteurs de hauteur de part et d'autre du pont et met en place une déviation pour les poids lourds. Un détecteur de hauteur, réglé à 4,50 m, signale les véhicules trop hauts.
Le pont est ensuite réparé, nettoyé et repeint. Ces travaux sont réalisés par l'entreprise toulousaine Peinture Haute Voltige pour 515 000 euros TTC et s'achèvent au printemps 2020. Ils sont menés avec l'architecte des bâtiments de France. La couleur du pont a changé plusieurs fois au fil des campagnes de peinture, ce qui a parfois suscité des polémiques.
D'autres travaux entraînent une déviation de la circulation en avril 2022. En 2020, le président du conseil départemental propose d'installer des panneaux expliquant l'histoire du pont.
L'ouvrage compte trois travées indépendantes. La travée centrale, de 65 m, est un bow-string. Les deux travées d'extrémité sont formées de poutres paraboliques. Les arcs sont placés au-dessus du tablier et reposent sur des piles. Ce système limite le nombre de piles dans la rivière, ce qui facilite la navigation.
Le pont reçoit le label « Patrimoine du XXe siècle » le 25 mars 2002. Ce label est devenu « Architecture contemporaine remarquable » en 2016.