Porcelaine

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Pièce rectangulaire en porcelaine, peinte avec Les Trois Étoiles du Bonheur: Fu, Lu et Shou, provenant de Chine : période Qianlong, collection Spoelberch, KU Leuven
La porcelaine est caractérisée par sa finesse et sa transparence après cuisson.

La porcelaine est une céramique fine et translucide qui, si elle est produite à partir du kaolin par cuisson à plus de 1 200 °C, prend le nom plus précis de porcelaine dure. Elle est majoritairement utilisée dans les arts de la table. Il convient donc de distinguer cette dernière du céladon et de la porcelaine tendre.

Les techniques de fabrication de la porcelaine atteignent leur perfection en Chine dès le XIIe siècle. En Europe, elle est sans doute identifiée en république de Venise, et de là, commence à être produite de façon intensive en Allemagne au XVIIIe siècle, et en France, à Limoges, au XIXe siècle.

Dénominations et étymologie

Attesté dans Le Livre de Marco Polo, le terme « porcelaine » (emprunt à l’italien porcellana) fait référence à l’apparence vernissée et brillante des coquillages du genre Cypraea et, plus largement, de la famille des Cypraeidae, couramment désignés par ce nom,.

Les Britanniques utilisent les termes china ou bone china pour désigner respectivement la porcelaine dure et la porcelaine à la cendre d'os, un type de porcelaine tendre répandu au Royaume-Uni.

Historique

La plus ancienne porcelaine chinoise vue en Europe est un vase haut de 12 cm datant de la fin du XIIIe siècle ou du début du XIVe siècle conservé au Trésor de la basilique Saint-Marc de Venise. On l'appelle le Vase Marco Polo, quoiqu'il ne soit pas sûr, mais pas impossible, qu'il ait été rapporté de Chine par l'un des Polo.

Après de long débats scientifiques, les experts de la céramique chinoise considèrent aujourd'hui que c'est sous la dynastie des Han de l'est (entre -206 et 220 apr. J.-C.) que sont apparues les toutes premières porcelaines véritables. Pour arriver à cette conclusion, ils ont mis au point une batterie de critères faisant intervenir la température de cuisson (1 260 à 1 300 °C), la proportion de kaolin (30 % à 60 %), le taux d'oxyde de fer (moins de 1,7 %), le taux de porosité (0,6 %), le taux d'absorption (0,3 %), l'aspect translucide (jusqu'à 5 à 8 mm), ou encore la résonance au choc.

La conduite de la cuisson jusqu'à 1 200 °C environ et les poteries blanches vitrifiées utilisant des pâtes principalement composées de kaolin existent donc en Chine depuis le IIIe siècle au moins, même si à cette époque la très grande majorité des céramiques étaient en fait de simples poteries ou, au mieux, des grès. Cette découverte très ancienne de la porcelaine a été une réussite technique dans le domaine de la céramique, même s'il a fallu attendre les XVIIe et XVIIIe siècles pour voir affluer en Europe des porcelaines « coquilles d'œuf » dont la minceur des parois mettait en valeur le caractère translucide.

La porcelaine tendre

Tasse sans anse époque Régence, porcelaine tendre de Saint-Cloud, 1700-1720, musée des arts décoratifs, Paris

Les premières tentatives des potiers et céramistes européens pour reproduire ces porcelaines chinoises remontent au XVIIe siècle, à un moment où leur composition était mal comprise et ses matériaux constituants n'étaient pas largement disponibles en Occident. Les premières formulations étaient des mélanges d'argile et de verre pilé ou fritte. La stéatite ou la chaux furent également incorporées dans certaines compositions. Ces premières porcelaines occidentales sont nommées porcelaines tendres. Malgré leurs imperfections techniques, elles participèrent à l'essor des manufactures anglaises (Chelsea, Worcester) et françaises (Saint-Cloud, Vincennes, Chantilly…). Les porcelaines tendres sont d'ailleurs couramment dénommées porcelaines anglaises ou porcelaines françaises.

La porcelaine dure

Lettre du père François-Xavier d'Entrecolles décrivant les techniques chinoises de fabrication de la porcelaine, 1712, publiée par Du Halde en 1735.

La première description du processus de production de la porcelaine dure chinoise, et les premiers échantillons de kaolin furent introduits en France en 1712 par le Père d'Entrecolles, un jésuite qui était en poste à Jingdezhen en Chine.

Ehrenfried Walther von Tschirnhaus et Johann Friedrich Böttger découvrirent son procédé de fabrication en 1708 alors qu'ils travaillaient pour la manufacture de Meissen en Allemagne. Alors que des gisements de kaolin avaient été découverts en Saxe dès le début du XVIIe siècle, ce n'est qu'en 1768 que l'on découvrit les gisements de Saint-Yrieix-la-Perche au sud de Limoges, qui permirent enfin de reproduire en France la porcelaine dure. Elle sera connue sous l'appellation porcelaine allemande jusqu'à ce qu'Alexandre Brongniart, directeur de la Manufacture de Sèvres, ne standardise, après 1800, la composition de cette céramique exceptionnellement dure.

Les porcelaines de Sèvres et de Limoges, mondialement connues depuis le XVIIIe siècle, font partie, avec les porcelaines allemandes, chinoises et polonaises, des porcelaines dures les plus fines et les plus réputées.

Procédés de fabrication

Les procédés furent à l'origine de nature semi-artisanale. Les pièces étaient réalisées par des ouvriers se distribuant dans plus d'une dizaine de catégories : modeleurs, polisseurs, tourneurs, mouleurs, garnisseurs, emballeurs et retoucheuses.

Au XIXe siècle, l'adoption de la technique du coulage d'une pâte fluide dans des moules réalisés en plâtre simplifie considérablement la fabrication des pièces. Les premiers objets fabriqués ainsi présentent parfois un défaut : la suture des parties gauche et droite est visible par un petit bourrelet qui n'a pas été suffisamment aplani.

Aujourd'hui, la fabrication débute par le modelage de pièces en fonction des besoins des chefs de cuisine. Le concept est ensuite travaillé pour obtenir une pièce esthétique réalisée en trois dimensions qui sera utilisée pour la fabrication des moules en plâtre à partir d'une matrice sculptée à la main.

Préparation de la pâte

Travail d'ébauchage et de tournassage de la pâte de porcelaine au XIXe siècle
Reportage réalisé à la Manufacture nationale de céramique de Sèvres en France, à l'atelier du Moulin le 25 avril 2013

La porcelaine n'est pas issue d'une argile naturelle. Elle est principalement composée d'un mélange de quartz, de feldspath et de kaolin, additionnée d'argile à pipe (ball clay) afin d'augmenter sa plasticité. Le quartz et le feldspath sont réduits en poudre sous l'action de meules en granit, puis moulus dans un cylindre en rotation contenant des galets et de l'eau. Le feldspath permet d'abaisser le point de vitrification de la porcelaine lors de la cuisson.

Ces trois ingrédients sont mélangés à de l'eau de façon à obtenir une pâte plus ou moins liquide adaptée au procédé de fabrication retenu (coulage ou calibrage).

Coulage ou calibrage

Les pièces sont produites par coulage dans un moule de résine poreux (coulage gravitaire ou sous pression), ou bien par calibrage (la pâte plastique est pressée par un outil contre les parois).

Première cuisson

Sortie de four après cuisson de dégourdi, manufacture de Sèvres.

Les pièces ainsi obtenues sont mises à sécher. Après ce séchage, elles subissent une première cuisson en dessous de 1 000 °C. L'objet obtenu, dit dégourdi de porcelaine, est fragile et poreux. Une porcelaine cuite sans émaillage à haute température (de 1 200 à 1 400 °C) est nommée biscuit de porcelaine.

Émaillage ou vernissage

Cette opération consiste à recouvrir le dégourdi d'un revêtement (émail ou vernis) constitué d'une dispersion aqueuse de pigments métalliques. L'application est réalisée soit par trempage, soit par pulvérisation au pistolet.

Deuxième cuisson

Le but de cette deuxième cuisson est de transformer l'émail en film vitrifié.

Les véritables porcelaines translucides sont cuites entre 1 260 °C et 1 300 °C, mais certaines porcelaines, contenant plus de kaolin et moins de fondant, ont besoin d'une température de cuisson supérieure (jusqu'à 1 400 °C).

La cuisson est réalisée dans un four tunnel (jusqu'à 70 mètres de longueur) ou un four classique. Cette cuisson à haute température provoque une vitrification en profondeur qui rend indissociables le biscuit et sa glaçure.

Décoration

Les éléments de décoration peuvent être appliqués à la main, ou sous forme de décalcomanies généralement fabriquées par sérigraphie. Après application, cette décoration est définitivement fixée sur la pièce par une dernière cuisson.

Conditions de travail

La fabrication de la porcelaine (et plus généralement la fabrication des objets en céramique) expose les opérateurs à un certain nombre de risques :

Caractères stylistiques

Deux grandes traditions décoratives sont propres à l'art de la porcelaine : les effets de translucidité et les décors à l'or.

La translucidité permet de distinguer rapidement la porcelaine de la faïence. Par exemple, si vous prenez votre objet en céramique et le placez près d’une source lumineuse, vous pourrez vite deviner qu’il s’agit de porcelaine si la lumière passe au travers.

Cette caractéristique de translucidité, qui est propre à la porcelaine, s’explique par la cuisson à très haute température (1200°C). La porcelaine se transforme alors en verre, la rendant translucide.

Vitro-porcelaine

En 1959, lancement par Villeroy § Boch, à Septfontaines au Luxembourg, de la production de vitro-porcelaine. Grâce à sa robustesse et à sa résistance aux rayures, cette porcelaine sera principalement utilisée dans le secteur de la restauration. Avec Fine Vilbo China, l'entreprise apportera ultérieurement une nouvelle amélioration associant la blancheur de la porcelaine à l'exceptionnelle solidité de la vitro-porcelaine.

Dans le monde

Voir aussi la Liste des manufactures et fabricants de porcelaine.

Allemagne

Groupe en porcelaine par Bustelli, Les Amours ardentes, 1760, 14,4 cm. Porcelaine de Nymphenburg.

Autriche

Belgique

Chine

Corée

Brûle-encens Coréen en porcelaine céladon, dynastie Goryeo

Danemark

Femmes travaillant à la Royal Copenhagen, tableau d'Emma Meyer (1895).

Espagne

Fleurs de porcelaine (Madrid, XVIIIe siècle)

France

Le décret du détermine dans quel cadre et pour quels produits on peut utiliser le terme « porcelaine ».

Hongrie

Italie

Japon

Service à café « Noritake », Japon, vers 1920.

Pays-Bas

Pologne

Portugal

République tchèque

Service à café Elka créé par le designer tchèque Jaroslav Ježek.

Royaume-Uni

Russie

Suisse

Viêt Nam

Musées

La plupart des châteaux et palais européens possèdent des collections de porcelaine remarquables. Les musées regroupant majoritairement des collections de porcelaine qui sont incontournables pour comprendre l'esthétique et l'évolution du goût de la porcelaine sont les suivants :

Symbolique

Les noces de porcelaine symbolisent les 20 ans de mariage dans le folklore français.

Notes et références

Notes
  1. ↑ Eux-mêmes ainsi nommés du fait d’une ressemblance de leur coquille à la fente dentelée avec la vulve de la truie (en latin porcella : « jeune truie »). Le nom du genre Cypraea comporte une allusion du même ordre, κύπρις (Kupris) étant l’un des noms d’Aphrodite (Vénus), déesse de la sexualité.
  2. ↑
    « La découverte par l'Europe du XVIIIe siècle des porcelaines « coquille d'œuf » des Qing nous conduit sans doute à associer la finesse des parois et la notion même de porcelaine ; une porcelaine véritable des Han de l'est pourrait donc avoir un corps trop épais pour que nous la percevions comme une porcelaine, dont elle aura cependant les caractéristiques »

    — He 2006, p. 39.

  3. ↑ La porcelaine chinoise, c'est-à-dire la porcelaine véritable, « dure », par opposition à la « porcelaine tendre », la seule que l'on sût alors produire en Europe, jusqu'aux travaux de Ehrenfried Walther von Tschirnhaus et Johann Friedrich Böttger.
  4. ↑ D'où l'appellation courante de porcelaine feldspathique ou porcelaine dure, par opposition à la porcelaine tendre phosphatique.
Références
  1. 1 2 « Définition : porcelaine », sur CNRTL.fr (consulté le ).
  2. ↑ Félix Gaffiot, « porcella », dans Dictionnaire illustré latin-français, Hachette, (lire en ligne).
  3. ↑ « Définition : cyprée », sur CNRTL.fr (consulté le ).
  4. ↑ Rémy Eudeline et Frédéric Ducarme, « Les porcelaines, les autres déesses de la mer », sur Mayotte Hebdo, (consulté le ).
  5. ↑ Daisy Lion-Goldschmidt, L'Art chinois à Venise, p. 232 (en ligne sur JStor) ; (en) Rose Kerr et al., Blanc de Chine: Porcelain from Dehua, Routledge, 2002, p. 20-22, qui en montre une photographie.
  6. ↑ He 2006, p. 39.
  7. 1 2 d'Entrecolles 1735, p. 131-134.
  8. ↑ Vocabulaire technique de la céramique, ouvrage collectif, éditions du patrimoine, 2001 (ISBN 2-85822-657-1).
  9. ↑ « Céramique (fabrication et décoration) > Les risques du métier », sur travail-emploi.gouv.fr, Ministère du travail et de l'emploi, (consulté en ).
  10. ↑ « Fiche d'aide au repérage de produit cancérogène. Porcelainerie », sur inrs.fr, (consulté en ).
  11. ↑ « Les troubles musculo-squelettiques (TMS) du membre supérieur », sur inrs.fr (consulté en ).
  12. ↑ Lahaussois 1997, p. 83.
  13. 1 2 « 2 tests faciles pour reconnaitre la porcelaine », sur Pelote de Porcelaine, (consulté le )
  14. ↑ https://www.villeroyboch-group.com/fr/entreprise/notre-histoire/lhistorique.html
  15. ↑ « Décret n°78-141 du 8 février 1978 portant application, en ce qui concerne le commerce de la porcelaine, de la loi du 1er août 1905 modifiée sur la répression des fraudes », sur legifrance.gouv.fr (consulté en ).
  16. ↑ (de + en + cs) « Site du Deutsches Porzellanmuseum », sur porzellanikon.org (consulté en ).
  17. ↑ « Musée Ariana », sur musee-ariana.ch (consulté en ). www.ariana-geneve.ch
  18. ↑ « Porcelaine de Tournai - Industries d'Art » [archive], sur www.musee-mariemont.be via Wikiwix, (consulté le ).

Voir aussi

Bibliographie

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Articles connexes

Liens externes

Glossaire