| Titre original |
가능한 사랑 Ganeunghan salang |
|---|---|
| Réalisation | Lee Chang-dong |
| Scénario |
Lee Chang-dong Oh Jung-mi |
| Musique | Jung Jae-il |
| Acteurs principaux |
Jeon Do-yeon Seol Kyeong-gu |
| Sociétés de production |
Pinehouse Film Anonymous Content Nowfilm |
| Pays de production |
|
| Genre | Drame |
| Durée | 164 minutes |
| Sortie | 2026 |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution.
Possible Love (hangeul : 가능한 사랑 ; RR : ganeunghan salang ; MR : kanŭnghan sarang ; litt. « un amour possible ») est un film américano-sud-coréen réalisé par Lee Chang-dong et sorti en 2026.
Le film est présenté à la Mostra de Venise, le , dans la sélection officielle, où il remporte le Grand Prix du jury et le prix FIPRESCI. Sa sortie dans les salles sud-coréennes est prévue pour le .
Il est également en compétition officielle du Festival international du film de Saint-Sébastien dans la catégorie Zabaltegi-Tabakalera.
Par ailleurs, sa sortie sur Netflix est également annoncée pour le .
Ho-seok, un ouvrier récemment licencié, couve une colère sourde et sombre dans le désespoir. Son épouse, Mi-ok, d'un naturel optimiste, accepte de participer à un documentaire réalisé par Ye-ji, une cinéaste désireuse de traiter des luttes ouvrières. Pour les filmer, Ye-ji s'implique de plus en plus dans leur vie, accompagnée de son mari Sang-woo, un riche homme d'affaires pour qui Mi-ok commence à éprouver des sentiments. À mesure que les univers de ces deux couples s'entremêlent, les fissures au sein de leurs mariages apparaissent au grand jour.
Source et légende : version française (VF) d'après les crédits à l'issue du générique de fin.
Possible Love est une coproduction américano-coréenne associant Pinehouse Film, Anonymous Content et Nowfilm. Le scénario est signé Lee Chang-dong et Oh Jung-mi, et le film est réalisé par Lee lui-même. Oh Jung-mi a également coécrit le précédent film de Lee, Burning.
Le financement connaît quelques péripéties. Le budget nécessaire s'élevait à 8 milliards de wons. Initialement, Lee Chang-dong prépare le projet avec le soutien du ministère de la Culture (ko), dont il reçoit 1,5 milliard de wons, mais il ne trouve pas d'investisseurs pour couvrir le reste. C'est pourquoi il renonce au soutien officiel, restitue les fonds perçus et choisit de se tourner vers la plateforme Netflix. Le fait que même un cinéaste renommé comme Lee ait du mal à réunir les capitaux nécessaires à son film illustre, selon certains observateurs, la crise que traverse le cinéma sud-coréen. En effet, le nombre de sorties prévues en 2026 représente environ la moitié de celui de 2019, dernière année précédant la pandémie de Covid-19,,.
En , Netflix annonce la production de Ganeunghan sarang, titre marquant le retour au cinéma de Lee Chang-dong, huit ans après Burning. Selon le réalisateur, Netflix propose de signer le contrat immédiatement après avoir lu le scénario et lui garantit une totale autonomie artistique. Il s'agit d'ailleurs du tournage dans laquelle le cinéaste s'est senti le plus à l'aise de toute sa carrière, comme il le confie avec une certaine surprise.
L'élaboration du scénario débute dix ans avant la réalisation du film. Le point de départ est un scandale lié à des licenciements massifs au sein d'une entreprise sud-coréenne, déclenchant des manifestations violemment réprimées par la police. Lee perçoit alors cet événement comme un exemple précurseur de la manière dont le progrès technologique et économique va finir par laisser les travailleurs sur le careau. Pour Lee, le fil conducteur de l'intrigue est le suivant : « Peu importe comment évolue la structure de la vie, ce qui permet aux êtres humains de la transcender, c'est l'aspiration à la liberté qui habite nos cœurs ». Même les vies en apparence frustes et peu raffinées de certains personnages comme Mi-ok et Ho-seok — des vies qui, comme le dit Sang-woo, peuvent sembler « évidentes une fois qu'on les connaît » — révèlent toute leur dignité dans cette quête de liberté parfois erratique,,.
Lors de la conférence de presse à la Mostra de Venise, Lee apporte de nouvelles précisions sur l'intention du film : « J'ai senti que nos vies changeaient rapidement au cours des huit années écoulées depuis Burning. Il y a eu une période où les gens ne pouvaient pas aller au cinéma en raison de la pandémie de Covid-19, et j'ai constaté que les relations humaines avaient fondamentalement changé [...] Je me suis interrogé sur la question fondamentale de savoir si les films peuvent encore créer du lien entre les gens ».
La version finale du scénario, écrite en collaboration avec Oh Jung-mi, confronte le premier couple — en crise et touché par des licenciements massifs — à un autre couple issu de la grande bourgeoisie, qui ne semble manquer de rien. L'âme du film est Mi-ok, une femme qui « s'efforce de survivre, prête à tout pour protéger sa dignité [et qui] lutte sans relâche pour sa liberté ». À travers ce personnage, Lee explore « un monde où le fossé est si extrême, si vaste, qu'il est difficile de parler de simple classe sociale ».
Lee Chang-dong explique le choix des acteurs en affirmant que Jeon Do-yeon et Seol Kyeong-gu étaient les seuls capables d'incarner parfaitement les personnages de Mi-ok et Ho-seok : « Je trouvais qu'au-delà d'être les deux personnes idéales pour ces rôles, ils incarnaient tout simplement ces personnages ». Quant à Jo In-sung, son personnage « incarne une nouvelle forme de masculinité », permettant ainsi à l'acteur de dévoiler une autre facette de lui-même. Enfin, le rôle de Ye-ji s'avérait complexe, selon le réalisateur : « Il n'est pas aisé pour un acteur de conjuguer intellect et émotion, mais Cho Yeo-jeong possède ces deux qualités. De plus, un personnage comme Ye-ji ne s'interprète pas par une analyse rationnelle, mais par une compréhension viscérale, et Cho Yeo-jeong a su saisir cela ».
Avec ce film, Jeon Do-yeon retrouve le réalisateur Lee Chang-dong après Secret Sunshine, long métrage qui lui avait valu le prix d'interprétation féminine du Festival de Cannes — une première pour une actrice sud-coréenne. En revanche, il s'agit d'une première collaboration pour Jo Yeo-jeong ; cette dernière a qualifié de « rêve » le fait que Lee Chang-dong ait fait appel à elle pour ce film. De leur côté, Seol Kyeong-gu (figure récurrente du cinéma de Lee, avec six apparitions à son actif) et Jeon Do-yeon se retrouvent pour la quatrième fois sur ce projet, après Nado anaega iss-eoss-eumyeon joketda (ko) (2001), Birthday (2019) et Kill Bok-soon (2023),.
Le tournage du film se déroule en et s'achève le mois de novembre suivant ; la phase de postproduction commence en décembre. Selon Jeon Do-yeon, ce tournage a été très différent de celui de Secret Sunshine en 2007 — dont elle parle comme d'un film « vraiment intense et brutal » —, alors que cette fois-ci, « les rires n'ont jamais cessé, étonnamment »,,.
En , Netflix inclut Possible Love dans sa programmation pour l'année. Le film suit le parcours inhabituel pour une production Netflix : une sortie d'abord en salles, puis sur la plateforme, comme l'avaient anticipé certains médias le sans toutefois en préciser la date exacte. Le , l'équipe de production annonce effectivement la sortie en salles pour le et le lancement sur Netflix pour le , accompagnant cette annonce de la publication d'une affiche indiquant les deux dates. Cette stratégie vise notamment à obtenir une nomination pour l'Oscar du meilleur film international, objectif qui est finalement atteint. Pour concourir dans cette catégorie, un film doit d'abord sortir dans son pays de production puis être projeté dans des salles commerciales pendant au moins sept jours consécutifs ; il n'est pas éligible s'il est diffusé au préalable sur des services de vidéo à la demande en ligne,,.
Le film est présenté lors d'une conférence de presse organisée le à la galerie M de l'hôtel Naru Seoul, dans le quartier de Mapo-gu à Séoul. Le réalisateur Lee Chang-dong ainsi que les acteurs Jeon Do-yeon, Sol Kyung-gu, Jo In-sung et Jo Yeo-jeong y ont assisté.

Possible Love est présenté le à la Mostra de Venise, où il concoure pour le Lion d'or. Le film est très bien accueilli par le public (qui lui réserve une ovation de sept minutes) ainsi que par les principaux médias internationaux. La projection a lieu en présence de Lee Chang-dong (qui faisait ainsi son retour à Venise vingt-quatre ans après sa dernière venue avec Oasis en 2002) et des quatre acteurs principaux,,.
Lors de sa présentation à Venise, le film reçoit un accueil unanimement positif de la part de la critique. Elsa Fernández-Santos (El País) le considère comme le meilleur d'une journée de très haut niveau au festival. Pour Nando Salvá (El Periódico), il s'agit d'« un drame bouleversant », « une œuvre d'une complexité et d'une sophistication exceptionnelles sur les désirs interdits et les rêves perdus, sur le fossé abyssal entre les classes sociales et sur ce débat insoluble dans le monde du cinéma : qui a le droit de raconter les histoires des autres ? ». Pepa Blanes (Cadena SER) y voit un film politique en lice pour le Lion d'or ; le réalisateur « observe les personnages avec une distance prudente, presque documentaire, laissant les corps, les silences et les espaces révéler les blessures qu'ils portent en eux. Sans recourir aux grands discours, le cinéaste transforme l'architecture et les espaces en une expression visuelle des inégalités sociales ».
Luis Martínez (El Mundo) lui attribue la note maximale et le décrit comme « une réflexion d'une grande acuité et d'une douloureuse franchise sur la représentation elle-même, sur ses mécanismes à la fois émancipateurs et aliénants, sur la hiérarchie plaçant d'un côté le créateur et de l'autre l'objet d'étude », tout en remettant en question l'usage du cinéma comme simple divertissement pour bourgeois oisifs. Le tout porté par « une narration émouvante jusqu'à l'exaspération, tendue, éblouissante et d'une sensibilité inouïe au détail ».