Rebattement

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Avertissement préalable : l'article qui suit utilise le mot « pièce », qui, en héraldique, a deux sens très différents :
  1. le premier désigne les figures géométriques ayant une place définie dans le blason. Certaines, par leur primauté, sont même dites « honorables ». Ces pièces, honorables ou non, sont appelées plus loin « Pièce » (avec une majuscule, pour les distinguer de l'autre sens) ;
  2. le second s'utilise avec un nombre pour quantifier le nombre d'éléments qui le composent. Ex. : un château donjonné de deux pièces (avec deux donjons), une branche d'olivier fruitée de trois pièces (avec trois fruits), fascé de six pièces (avec six fasces), etc. Ici, il s'agira principalement des zones obtenues par les rebattements (lesquelles pièces dans certains cas précis sont aussi des Pièces lorsque ces dernières sont répétées).

En héraldique, on nomme rebattement la répétition de partitions simples ou de Pièces simples. Ce mécanisme est à l'origine des motifs géométriques à rayures et de certaines Pièces honorables.

Les motifs à rayures (de toutes tailles et en tous sens) forment un cas un peu particulier.

Les motifs à rayures divisent la surface qu'ils recouvrent en un certain nombre de pièces. Ces pièces sont alternativement d'émail et de métal quand la composition est à deux couleurs. On peut rencontrer (très rarement) des motifs tiercés (à trois couleurs). Les couleurs qui composent le motif sont énoncées dans l'ordre, en commençant par celle de l'angle dextre du chef (ou dans le cas du bandé, sénestre du chef), et les pièces sont numérotées dans ce même ordre (de gauche à droite, ou de haut en bas) s'il faut les désigner individuellement.

Dans les armes, ces motifs à rayures se rencontrent surtout sur le champ, mais peuvent également être utilisés sur des Pièces ou des meubles.

Pièces et partitions

Blason du Chapitre de Mons en Hainaut : chevronné d’or et de sable.

Les motifs rayés sont nommés à la fois suivant la direction du trait de partition, et la taille des pièces ; lorsque celles-ci sont en grand nombre (à partir de dix) et réduites en épaisseur (on dit diminuées), elles changent de nom :

Quand ils sont utilisés comme fonds des Pièces et partitions de l'écu, les motifs à grandes pièces (palé, fascé, bandé, barré ou chevronné) sont par défaut de six pièces (neuf pour les motifs à trois couleurs), sinon l'on blasonne le nombre de pièces : chevronné d’or et de sable, qui est du Hainaut (ici, le nombre par défaut est de six pièces, donc ne doit pas être exprimé).

Les motifs à petites pièces (en nombre supérieur à huit) changent de nom, et sont normalement représentés avec dix pièces (douze pour les motifs à trois couleurs) ; mais le nombre exact de pièces devient indifférent et peut varier suivant la taille effective de la surface à couvrir.

Quand ces motifs sont utilisés comme fond pour un meuble, le nombre de pièces ne peut pas être décompté facilement. On se contente alors de distinguer entre la grande taille (six pièces) et la petite (au moins dix).

Dans les partitions rebattues, au sens strict, le nombre de pièces doit être équilibré de manière que chaque couleur soit répétée le même nombre de fois, typiquement trois fois (ce qui n'est pas blasonné). Dans le cas contraire, il est préférable de blasonner par les Pièces honorables de même direction : comparer le blason de Faucigny à celui du comté de Foix. Le premier cas (palé d'or et de gueules) s'analyse comme un fond composé, mais le second (d'or à trois pals de gueules) s'analyse normalement comme un fond uni qui reçoit trois Pièces honorables.

Principe du rebattement

Voici le mécanisme des rebattements obtenus à partir d'un parti d'or et de gueules (fig. 1) :

un premier rebattement va donner quelque chose qui pourrait se blasonner :
mais cette configuration est plutôt celle d'une Pièce : le pal. D'où le blasonnement, où la notion de répétition est cachée :

Avec l'augmentation des répétitions vont apparaître successivement des partitions et des Pièces. Au-delà de trois, si le nombre de zones est pair, il s'agit d'une partition rebattue, s'il est impair il s'agit d'une Pièce rebattue :

blason. rebattements
blason. rebattements


Pour le vergetté, la valeur par défaut est dix pour certains, douze pour d'autres. Donner le nombre de pièces n'étant pas une faute, il vaut mieux le faire quand la précision paraît utile. Cependant, ce nombre de pièces ne peut suffire à distinguer deux blasons, et n'est pas significatif sur des figures.

Le même principe s'applique à partir du coupé (fasce, fascé), du tranché (bande, bandé), du taillé (barre, barré) et à quelques combinaisons de ces derniers (chevron, chevronné par exemple).

En pratique, peu d'éléments de départ sont susceptibles d'être rebattus, mais le nombre de rebattements obtenus est très grand.

Remarques Cette notion est très diversement définie selon les auteurs. Les seuls éléments de définition (presque) communs à tous sont :

Le caractère archaïque ou primitif de cette notion apparait bien dans cette hésitation entre Pièce et partition, (utilisation du mot pièce pour nombrer les partitions, envie d'étendre la règle des couleurs) et surtout sur les nombreuses confusions trouvées dans les armoriaux anciens.

On peut trouver là peut-être l'origine des Pièces honorables, premier rebattement des coups guerriers (mais rien ne confirme ceci !).

De fait, ce terme est de moins en moins utilisé, et ne fait pas partie du blasonnement (il n'est pas cité dans la lecture des armoiries).

Partitions rebattues

Les répétitions de motifs binaires (alternant deux couleurs) sont nommés champ rebattu.

Quand une direction de partition est répétée, le blasonnement varie suivant qu'il s'agit d'un champ alterné ou du rebattement d'une Pièce honorable.

Fascé de six pièces, d'or et de sinople.
Fascé de six pièces, d'or et de sinople.
Fascé de six pièces, d'or et de sinople.

Quand le champ s'inscrit dans une figure complexe (lion par exemple), on doit toujours considérer qu'il s'agit d'un champ alterné, indépendamment du nombre de séparations.

D’azur au lion burelé d’argent et de gueules.
D’azur au lion burelé d’argent et de gueules.

Le nombre de pièces est moins important quand ça concerne un meuble :

D’azur au lion rampant burelé d’argent et de gueules, couronné et armé d'or, brochant sur le tout, qui est de Thuringe.

Vocabulaire des champs rebattus

Contre-

Contre-palé de gueules et d'argent.
Contre-palé de gueules et d'argent.

En préfixe à un nom de rayure, indique que le champ est divisé en deux parties par une ligne, les rayures étant de l'un en l'autre ; c'est-à-dire en double alternance des couleurs : horizontalement dans la succession des demi-pals, mais aussi verticalement de part et d'autre de la ligne de partage ; « verticalité » (= parallèle au grand axe) et « horizontalité » (= perpendiculaire au grand axe et parallèle à la ligne de partage) relatives s'entendant ici lorsque l'écu est disposé “pointe en bas”.

Contre-palé de gueules et d'argent.

Quand on ne précise pas le sens de la partition (contre-palé), cette partition est à angle droit des rayures (coupé pour le contre-palé).

Parti contre-bandé d'argent et de gueules.
Parti contre-bandé d'argent et de gueules.

Dans le cas contraire, on mentionne d'abord la partition, puis la contre-rayure.

Parti contre-bandé d'argent et de gueules, qui est de Neustadt-Arnshaugk.

Le contre-chevronné est parti, chevronné de l'un en l'autre.

Bandé

Bandé d’or et d’azur, bordé de gueules.
Bandé d’or et d’azur, bordé de gueules.

Se dit d'une pièce divisée en un nombre pair de parties égales de couleurs alternés dans le sens de la bande. Le bandé est normalement divisé en six pièces (qu'on ne blasonne pas), parfois en quatre ou en huit. Au-delà, on dit coticé. On commence par énoncer la couleur la plus en haut à sénestre .

Bandé d’or et d’azur, bordé de gueules, qui est de Bourgogne (ancien).

Barré

En parlant de l'écu, divisé en un nombre pair de parties égales de couleurs alternés, dans le sens de la barre. Le barré est normalement divisé en six pièces (qu'on ne blasonne pas), parfois en quatre ou en huit. Au-delà, on dit coticé en barre.

Barré d'or et d'azur à une tête d'homme de carnation brochant sur le tout, au chef chargé d'une aigle à deux têtes issante de sable, qui est de Padovani.
Barré d'or et de gueules de sept pièces ; d'or à trois barres de gueules serait plus juste.

Burelé

Burelé d'azur et d'or, à deux plumes à écrire d'argent posées en pal, brochant sur le tout..
Burelé d'azur et d'or, à deux plumes à écrire d'argent posées en pal, brochant sur le tout..

Divisé dans le sens du fascé (perpendiculaire au grand axe), de dix pièces ou plus. On doit spécifier le nombre des burelles.

Burelé d'azur et d'or de dix pièces, à deux plumes à écrire d'argent posées en pal, brochant sur le tout, qui est de Sousceyrac.

Avec moins de pièces, on parle de fascé. Encore que… → Voir l'armorial de la maison de Lusignan.

Chevronné

Blason du Hainaut.
Blason du Hainaut.

Motif formé par la superposition de chevrons en nombre. La forme du chevron fait qu'il n'est pas aisé de fixer le nombre de figures. Par analogie avec les autres figures de rayures, le chevronné se représente avec six ou huit alternances.

Chevronné d’or et de sable (armes primitives du comté de Hainaut).

Coticé

Blason de la Corrèze créé en 1975.
Blason de la Corrèze créé en 1975.

Type de rayure. Division dans le sens de la bande, similaire au bandé, mais formé par plus de huit pièces.

Écartelé, en 1 d'or aux deux lions léopardés de gueules, en 2 échiqueté de gueules et d'or de six tires, en 3 coticé d'or et de gueules de dix pièces, et en 4 d'or aux trois lionceaux d'azur armés et lampassés de gueules (blason de la Corrèze, coticé d'or et de gueules étant de Turenne).

Fascé

Type de rayure. Se dit en héraldique d'un écu ou d'un quartier divisé en un nombre pair de parties égales de couleurs alternés, dans le sens de la fasce, c'est-à-dire perpendiculairement au grand axe (s'il y a un nombre impair de parties sur un écu, elles dessinent de une à trois fasces sur un champ).

Fascé de gueules et d'hermine, qui est de la Maison Trencavel après 1247.
Fascé de gueules et d'argent, l'argent chargé de ravelles de sable posés tête en bas au nombre de 7, 7 et 3 en pointe, qui est de Trencavel ancien.
Fascé de gueules et d'argent de huit pièces, blason des souverains hongrois.
Fascé de gueules et d'argent de huit pièces, blason des souverains hongrois.

Se dit plus généralement d'une pièce divisée en parties égales de couleurs alternés dans le sens de la fasce, en moins de dix pièces (s'il y a dix pièces ou plus, on dit burelé).

Fascé de gueules et d'argent de huit pièces, qui est de Hongrie.

Palé

Palé d'argent et d'azur, au lion de gueules, couronné et lampassé d'or, brochant sur le tout.
Palé d'argent et d'azur, au lion de gueules, couronné et lampassé d'or, brochant sur le tout.

Type de rayure. Se dit d'un écu ou d'un quartier divisé verticalement en un nombre pair de parties égales de couleurs alternés. Au-delà de huit pièces, il est dit vergeté.

Palé d'argent et d'azur de six pièces, au lion de gueules, couronné, armé et lampassé d'or, brochant sur le tout, qui est de Valromey.

Vergeté

(Est parfois orthographié vergetté.)

Type de rayure. Division dans le sens du pal, similaire au palé, mais formé par plus de huit pièces (vergettes).

Notes et références

  1. 1 2 3 La latéralité en héraldique s'apprécie du point de vue du porteur de l'écu : ce qui est à sa « dextre » (droite) paraît à gauche pour l'observateur, et ce qui est à « senestre » (gauche) paraît être à droite.
  2. ↑ Georges de Crayencour, Dictionnaire Héraldique, tous les termes et figures du blason, Bruxelles, 1974 (première édition).
  3. ↑ Padovani.
  4. ↑ Desprez, seigneur de Fredière (Paizay-Naudouin.
  5. ↑ Un ravelle est une représentation héraldique du poisson juvénile ou alevin, ici des alevins de Carangue crevalle ou alevins similaires. Une autre hypothèse est que ravelle (au féminin cette fois) serait une petite rave (une sorte de radis). Pour cet écu de Trencavel, il s'agit peut-être d'armes parlantes, utiles pour un public en majorité analphabète au Moyen-Âge, avec un principe mnémotechnique fondé sur le jeu de mots occitan Trenca ravel (« tranche ravelle »), les fasces du blason étant alors considérées comme « tranchant » les ravelles.
  6. ↑ Entre-autres : Duhoux D'Argicourt, Dictionnaire du blason, p.203 ; Menestrier, La méthode du blason, p.328.