Restaurant Champeaux

Restaurant Champeaux
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Le restaurant Champeaux, fondé en 1802 et immortalisé dans le roman L'Argent d'Émile Zola, est un ancien restaurant avec jardin de rosiers et d’acacias, situé au 13, place de la Bourse, en plein centre de Paris, entre la rue Vivienne et la rue de la Banque, qui servait de rendez-vous aux financiers, écrivains et journalistes.

Historique

Le restaurant, fondé par Edmé Pelerin Champeaux (1757-1822), un quart de siècle avant l'ouverture du palais Brongniart, était à quelques mètres du couvent des Filles-Saint-Thomas, détruit sous la Révolution française, dont il hérite des caves. Initialement, le restaurant se trouve donc situé au niveau du premier tronçon de la rue des Filles-Saint-Thomas, au no 13, tronçon qui va disparaître au moment de l'établissement de la place de la Bourse en 1844 et du percement de la rue Réaumur achevé fin 1869.

Vue du Jardin d'hiver (Le Monde illustré, 29 octobre 1864), gravure d'Edmond Morin d'après Henry Duff Linton.

À partir de 1827, il a un nouveau voisin, le théâtre des Nouveautés, devenu en 1840 le théâtre du Vaudeville. Le , treize littérateurs et chansonniers se réunirent chez le restaurateur pour relever l'institution du Caveau, presque centenaire. Le , les statuts d'une nouvelle société chantante, la société du Caveau, appelée aussi Les Enfants du Caveau, étaient signés par treize chansonniers ; elle dura jusqu'en 1837.

L'autre institution gastronomique était située juste en face de l'autre côté de la place : le Café Gobillard, du nom du tenancier du Café du Théâtre des Nouveautés, fréquenté par les écrivains et les politiques, parmi lesquels Jean-Pierre de Montalivet et Alexandre Dumas.

Carte postale figurant la façade du Champeaux (avant 1908) : à droite, l'entrée de l'agence Havas, à gauche, l'angle menant à la rue de la Banque.

Créé en 1802 par Champeaux, l'établissement est resté dans la famille jusqu'en 1864. Dix ans plus tôt, il fait construire le « Jardin d'hiver », grande serre conçue par l'architecte Profilet. Un certain Trap devient ensuite propriétaire.

À partir de 1872, il est dirigé par Catelain, le célèbre chef et associé des frères Verdier, de la Maison dorée, située à une centaine de mètres, sur les Grands Boulevards. Catelain y crée en particulier le poulet Champeaux et va y terminer sa carrière culinaire en 1904. Le jardin qui accueille le restaurant change d'allure l'hiver, mais conserve les mêmes dimensions, avec simplement d'autres plantes. Il avait « bonne cave et bonne cuisine », selon l'écrivain Alfred Delvau.

Parmi les célébrités du Restaurant Champeaux, le cuisinier Nicolas Marguery (1834-1910) passe à la plonge puis devant les fourneaux. En 1858, il épouse la fille de la veuve Burckard-Champeaux, laquelle officiait à la tête du restaurant. Vers 1860, il fonde son propre restaurant, La sole Marguery, sur le boulevard de Bonne-Nouvelle, deux cents mètres plus à l'est. Le Restaurant Champeaux accueille plus tard Henri-Paul Pellaprat (1869-1954), futur fondateur, avec Marthe Distel, de l'École du Cordon Bleu et auteur de nombreux livres classiques. Casimir Moisson, qui fut son directeur à la Maison dorée, retourne ensuite chez Champeaux.

À la fin des années 1870, les coulissiers de la Bourse de Paris se retrouvent dans la salle blanc et or du Restaurant Champeaux : en février 1882, c'est dans l'un de ses salons que ce serait décidé le sort de l'Union générale,. En 1891, paraît L'Argent, roman d'Émile Zola, qui s'inspire en partie de cette affaire et du décor.

Le dimanche , à 16 h 20, l'explosion accidentelle d'un fût d'alcool dans le sous-sol du Restaurant Champeaux tue une passante, Élisa Parlant, et blesse huit personnes. Les employés de l'agence Havas — qui venait d'enménager au numéro 15 —, située donc dans l'immeuble, au-dessus du restaurant, sont projetés hors de leur siège et un attroupement de badauds se produit sur la place de la Bourse.

Vue du grand hall (ou « Jardin d'hiver ») du restaurant (La Vie heureuse, octobre 1902).

Cinq ans plus tard, c'est dans les travées du Restaurant Champeaux que neuf des dix écrivains membres de l'académie Goncourt se réunissent à dîner le au « Salon Pompéïen » et décernent le premier prix Goncourt à un quasi-inconnu, John-Antoine Nau, pour son livre Force ennemie, publié par les éditions de La Plume, primé au second tour par six voix contre trois à Camille Mauclair (La Ville lumière) et une à Jean Vignaud (Les Amis du peuple). Le deuxième prix Goncourt fut décerné au Café de Paris, 41, avenue de l'Opéra, le , à La Maternelle de Léon Frapié, le vagabondage culinaire s'arrêtant définitivement au restaurant Drouant, le .

Pendant la Première Guerre mondiale, le propriétaire et le personnel sont mobilisés sur le front. Un bureau provisoire de la Banque de France est installé devant le Restaurant Champeaux, rebaptisé Café des Finances, place de la Bourse, pour la souscription à l'emprunt national devant financer les armées.

Le restaurant ferme définitivement ses portes le 22 septembre 1918, comme l'annonce Le Figaro.

L'Agence Havas va en partie récupérer les locaux. L'immeuble en pierre de taille est détruit en 1957 pour laisser place au siège de l'Agence France-Presse.

En avril 2016, Alain Ducasse ouvre sous La Canopée des Halles un restaurant du même nom, en hommage à cette fameuse table. Il ferme à la fin de l'année 2024.

Références

  1. ↑ Émile Zola, L'Argent, édition de Philippe Hamon et Marie-France Azéma, dossier financier par Bernard Cieutat, Le Livre de poche, p. 27.
  2. ↑ Tombe du cimetière du Père Lachaise — Division 24 — Famille Champeaux-Burckard.
  3. ↑ Procès-verbal de la Commission du Vieux Paris, 19 janvier 1899, p. 22.
  4. ↑ Le Figaro, Paris, 19 avril 1832, p. 4 — sur Retronews.
  5. ↑ Michel Trihorea, La Chanson de proximité : caveaux, cabarets et autres petits lieux, Paris, L'Harmattan, , 188 p. (ISBN 978-2-29626-213-3, lire en ligne), p. 29.
  6. ↑ La Presse, .
  7. ↑ Le Charivari, Paris, 30 juin 1854, p. 4 — sur Retronews.
  8. ↑ Le Monde illustré, Paris, 29 octobre 1864, p. 15 — sur Retronews.
  9. ↑ Le Monde illustré, 1857.
  10. ↑ Alfred Delvau, Plaisirs de Paris. Guide pratique et illustré, Achille Faure, 1867.
  11. ↑ Le Figaro, Paris, 9 mai 1858, p. 7 — sur Retronews.
  12. ↑ « Le grenier de Lionel Mesnard », quartier Saint-Denis, lionel.mesnard.free.fr.
  13. ↑ Nathaniel Newnham-Davis, Gourmet's Guide to Europe, Applewood Books, , 336 p. (ISBN 978-1-42901-266-9, lire en ligne), p. 34.
  14. ↑ Alfred Colling, La Prodigieuse Histoire de la Bourse, Paris, Société d'éditions économiques et financières, , p. 300.
  15. ↑ Philippe Di Folco, L'Empereur du Sahara, biographie illustrée de Jacques Lebaudy, coll. Lexio, Éditions du Cerf, 2023, p. 50-53.
  16. ↑ André Cabanis, « Review of L’Argent de Zola et le krach de l’Union générale. Une lecture juridique », Revue historique de droit français et étranger, vol. 97, no 2,‎ , p. 254–255 (ISSN 0035-3280, lire en ligne, consulté le ).
  17. ↑ Voir journal Le Stéphanois, , www.memoireetactualite.org.
  18. ↑ Alain Barbier Sainte Marie, « Centenaire du prix Goncourt ».
  19. ↑ Agence Rol, 1916.
  20. ↑ « 22 septembre 1918: le restaurant Champeaux met la clé sous la porte », Archives du Figaro.
  21. ↑ « Champeaux (Paris, 1er arr.) : une si discrète fermeture », Bouillantes, 14 octobre 2024.