Samu (zen)

Samu en cuisine.

Le samu (作務?, prononciation « samou ») est le mot qui, dans la tradition du bouddhisme zen, désigne le travail manuel dans les monastères bouddhiques.

Définition

Le samu (également appelé fushin) est le travail communautaire auquel chacun, sans exception, participe dans un monastère.

Histoire

Contexte

Il faut rappeler en préambule que dans le bouddhisme indien, les moines devaient vivre de mendicité, et ne pouvaient pas travailler. Le travail de la terre en particulier était expressément interdit dans le Vinaya (le code des règles de conduites des moines). Les mots (sanskrits, et leur équivalent pali) désignant les moines (bhikshu) et les moniales (bhikkhuni) en Inde signifient « celui qui vit d'aumônes » (ou « religieux errant »). Toutefois, cette situation évolua avec l'expansion du bouddhisme dans différentes régions d'Asie.

Chine

Selon la bouddhologue Helen J. Baroni, l'incorporation du travail manuel dans la vie monastique passe pour remonter à Dayi Daoxin (580- 651 ; jap. Dai'i Dōshin), le quatrième patriarche du chan chinois, qui aurait adopté le travail des moines bouddhistes ou des moniales comme une nécessité pour la survie des monastères. L'introduction du travail manuel est due au fait que la communauté de Daoxin, composée de quelque cinq cents moines. ne pouvait s'appuyer sur la communauté des laïcs bouddhistes car elle ne suffisait pas à les nourrir.

Par la suite, Baizhang Huaihai (en) aurait introduit cette pratique du travail manuel dans en établissant les premières règles de la discipline monastique Chán (zen chinois), les Règles pures de Baizhang. La pratique de l'agriculture par les moines zen leur a permis de survivre à la Grande persécution anti-bouddhiste, plus que d'autres sectes qui comptaient davantage sur les dons. Ces règles sont encore en vigueur dans de nombreux monastères zen. C'est dans ce texte que se trouve le célèbre dicton « Un jour sans travail est un jour sans manger » (一日不做一日不食).

Il se peut aussi que le travail manuel ait été une réponse aux accusations confucéennes qui reprochaient aux moines bouddhistes d'être des « parasites sociaux ».

Dans le zen

Samu devant la statue de Jizo.

Le samu (prononciation « samou ») fait partie des activités des moines bouddhistes ou des moniales, qui sont voulues par la vie monastique dans le zen. Le mot lui-même signifie littéralement « travail intensif » et il englobe, typiquement, le travail aux champs, le nettoyage des locaux et des extérieurs, la cuisine, le service des repas,. Tant pour les moines que les moniales, le travail manuel est une part importante de la pratique quotidienne et relève de la méditation.

Notes et références

  1. ↑ (en) Taigen Daniel Leighton et Shohaku Okumora, Dogen's Pure Standard for Zen Community, New York, State University of New York Press, , xii + 272 (ISBN 978-0-791-42710-1), p. 225, 179-181, 204.
  2. 1 2 Peter Harvey, Le Bouddhisme. Enseignements, histoire, pratiques, Paris, Seuil, coll. « Points Sagesses », (1re éd. 1990), 495 p. (ISBN 978-2-757-80118-5), p. 308-311.
  3. 1 2 3 4 5 Baroni 2002, p. 215-216.
  4. ↑ Paul Magnin, Bouddhisme, unité et diversité. Expériences de libération, Paris, Cerf, , 763 p. (ISBN 978-2-204-07092-8), p. 85 (note 4).
  5. ↑ Poceski 2010, p. 15.
  6. ↑ Baroni 2002, p. 272.

Voir aussi

Bibliographie

  • (en) Helen J. Baroni, The Illustrated Encyclopaedia of Zen Buddhism, New York, The Rosen Publishing Group, , xxi + 426 p. (ISBN 978-0-823-92240-6).
  • (en) Mario Poceski, « Monastic Innovator, Iconoclast, and Teacher of Doctrine: The Varied Images of Chan Master Baizhang », dans Steven Heine et Dale S. Wright, Zen Masters, Oxford, Oxford University Press, , xix + 291 p. (ISBN 978-0-199-79885-8), p. 3-32 (v. p. 15-16 ; 27).

Témoignages contemporains

  • Giri Satô (trad. du japonais par Roger Mennesson), Journal d'un apprenti moine zen, Arles, Picquier, coll. « Picquier poche », (1re éd. 2010), 231 p. (ISBN 978-2-809-70347-4), p. 72-73 et passim dans la 2e partie.
  • Tôzan, Entre nuage et eau. Le quotidien d'un apprenti moine zen, Paris, Équateurs, , 235 p. (ISBN 978-2-382-84349-9), p. 139-155 ; 73-96 et passim.

Articles connexes

Liens externes