Sarrasani

Sarrasani est un cirque allemand qui a atteint une renommée mondiale avant la Seconde Guerre mondiale. Basé à Dresde, il est également devenu célèbre comme cirque national d'Argentine durant les années de division de l'Allemagne.

Inauguration du cirque en 1912.
Bâtiment fixe du cirque à Dresde (1914).

Sarrasani est fondé par Hans Stosch, un clown connu sous le nom de scène de Giovanni Sarrasani, né en 1873 à Poznań. Stosch s'installe en 1901 à Radebeul, près de Dresde, et le cirque donne sa première représentation officielle en 1902 à Meissen. En 1912, un bâtiment fixe conçu par l'architecte Max Littmann est inauguré à Dresde pour accueillir le cirque. Sarrasani se produit fréquemment à l'étranger et acquiert une renommée internationale. Le cirque est particulièrement célèbre pour ses éléphants, ainsi que pour les troupes de Sioux qui y travaillent dès les premières années.

De 1923 à 1925, Sarrasani effectue sa première grande tournée en Amérique du Sud. Durant ces années, Stosch-Sarrasani introduit des concepts de marketing novateurs et écrit des récits d'aventures fictifs (*Fahrten und Abenteuer*, *Mit Sarrasani in Südamerika*). Au total, environ 10 millions d'exemplaires de ces livrets sont distribués.

Après la mort de Hans Stosch-Sarrasani Senior, son fils Hans Stosch-Sarrasani Junior reprend la direction. À la mort de ce dernier en 1941, sa veuve Trude Stosch-Sarrasani lui succède. Le théâtre de Sarrasani à Dresde est détruit le 13 février 1945 lors du bombardement de Dresde. Trude Stosch-Sarrasani émigre ensuite en Argentine, où elle réétablit le cirque à Buenos Aires sous le nom de Circo Nacional Argentino (Cirque national argentin),.

L'écrivain argentin Gustavo Bernstein retrace cette histoire dans son livre Sarrasani, entre la fábula y la epopeya (2000), une chronique littéraire qui retrace le parcours du mythique cirque entre l'Europe et l'Amérique dans le contexte des événements sociopolitiques du siècle dernier,. Le livre distingue trois étapes esthétiques dans l'histoire du cirque, selon la direction exercée par son fondateur Hans Stosch-Sarrasani (Senior), son fils Hans Stosch-Sarrasani (Junior) ou sa femme Trude Stosch-Sarrasani.

Histoire

Plaque commémorative du cirque Sarrasani à Dresde.

L'histoire repose sur deux thèmes fondamentaux. D'une part, le récit d'une famille de directeurs de cirque luttant pour se maintenir au sommet du monde du spectacle dans le contexte social européen et sud-américain du siècle dernier. D'autre part, les faits épiques d'une entreprise colossale ayant survécu aux crises politiques les plus transcendantales, en composant – de plein gré ou par la force – avec des dirigeants politiques, des dictateurs, des banquiers et des hommes d'affaires des deux continents.

Fondé en 1901, le cirque Sarrasani en vient à posséder un patrimoine de 400 animaux et à employer un nombre équivalent d'artistes et de techniciens, accueillant des troupes venues des endroits les plus lointains et exotiques : Chinois, Japonais, Javanais, Marocains, Hindous, Sioux, Éthiopiens, Gauchos, Européens, etc. Au sein de cette mégapole complexe, le cirque parvient à traverser indemne les périodes les plus turbulentes du XXe siècle, notamment la Première Guerre mondiale, la crise des années 1930, le Nazisme, la Seconde Guerre mondiale, l'arrivée des troupes de Joseph Staline en Allemagne de l'Est, l'apogée du Péronisme en Argentine et plusieurs coups d'État dans différents pays. Durant la seconde période péroniste en Argentine, le cirque prend même le nom de Circo Nacional Argentino,. Ce n'est qu'après la réunification allemande que le nom de Sarrasani est réhabilité après près de 50 ans d'interdiction.

Outre le vaste réseau de personnages historiques, le récit se concentre sur trois figures principales ayant dirigé le cirque à des époques différentes : Hans Stosch-Sarrasani (dit Senior), Hans Stosch-Sarrasani fils (dit Junior) et Trude Stosch-Sarrasani, la jeune épouse de Junior.

Senior

Livret Avec Sarrasani en Amérique du Sud (illustration de Kurt Fiedler).

Senior, le fondateur, est un rêveur et un visionnaire du monde du spectacle obsédé par la grandeur, un mégalomane ne concevant que des projets pharaoniques qui, de manière incroyable, fonctionnent. Son cirque devient un carrefour culturel entre les cinq continents ainsi qu'un modèle d'innovation technologique.

Sarrasani établit son cirque à Dresde, où il atteint le sommet de sa popularité à la fin des années 1920. À la même époque, le musée Karl May ouvre ses portes à proximité.

Il tourne non seulement en Europe, me déplace également toute sa ménagerie et cette mégapole en Amérique du Sud à bord de trois énormes navires. En raison de son caractère obstiné et indépendant, il rencontre de nombreuses difficultés avec la bureaucratie au pouvoir et particulièrement avec le régime nazi montant, ce qui le pousse à émigrer. Il dirige le cirque depuis sa fondation en 1901 jusqu'à sa mort à São Paulo (Brésil) en 1934.

Junior

Junior, son fils, hérite d'un grand nom mais aussi d'une situation financière chaotique et d'une relation exécrable avec les autorités politiques de son pays. S'il n'apporte pas de grands changements esthétiques sur la piste, sa gestion pragmatique et son sens aigu de la réalité permettent au cirque de faire face à la pire crise depuis sa fondation. Il fait preuve d'un talent diplomatique particulier auprès des dirigeants des pays où il s'installe, négociant notamment avec Joseph Goebbels le retour du cirque en Allemagne pour les Jeux olympiques d'été de 1936 à Berlin. Junior dirige le cirque pendant sept ans, de 1934 à 1941.

Trude

Trude, l'épouse de Junior, une jeune femme charmante, se retrouve à la tête du cirque à seulement 28 ans sous le régime nazi. Sa méthode de direction diffère nettement de celle de ses prédécesseurs masculins : elle ne commande ni ne donne d'ordres, mais suggère toujours avec délicatesse. Le ministre Goebbels recommande d'utiliser sa jeune et belle silhouette sur les affiches du cirque comme symbole de l'ère aryenne. Cependant, en 1944, elle est emprisonnée sous l'accusation de comportement anti-germanique. Deux semaines plus tard, elle est libérée pour reprendre les représentations pendant que l'Allemagne sombre dans la guerre totale, tandis que son partenaire, l'acrobate hungrois Gabor Némedy, reste retenu en prison comme moyen de pression. En 1945, elle réchappe de peu au bombardement de Dresde pendant une représentation.

Après la guerre, elle recommence comme écuyère dans d'autres cirques. En 1948, un producteur argentin l'invite à réétablir Sarrasani à Buenos Aires en présence du président Juan Perón et de son épouse Evita, nouant des liens très étroits avec eux,. Trude dirige le cirque jusqu'au milieu des années 1970, bien qu'à une échelle plus modeste. L'essor du cinéma, de la télévision et les nouvelles normes culturelles relatives à la protection animale amènent le cirque à s'adapter aux temps modernes.

Trude Stosch-Sarrasani passe ses derniers jours à San Clemente del Tuyú (une station balnéaire au sud de Buenos Aires) avec Kiki, un petit chien recueilli dans la rue. Elle y meurt le 6 juin 2009, à l'âge de 96 ans,.

Voir aussi

Bibliographie

Liens externes

Références

  1. 1 2 3 4 5 6 (es) « Sarrasani, testigo de un siglo », sur La Nación
  2. 1 2 3 4 (es) « Yo tengo un elefante », sur Página/12
  3. 1 2 3 4 5 6 7 (es) « Murió Trude Sarrasani, una auténtica leyenda del circo », sur Zirkolika
  4. 1 2 3 4 5 (es) « Trude Sarrasani », sur Infocirco
  5. ↑ (es) « Sarrasani, entre la fábula y la epopeya », sur Zirkolika
  6. ↑ Bernstein, Gustavo. Sarrasani, entre la fábula y la epopeya. Ítaca ediciones, 2023 (ISBN 978-987-82815-0-6).
  7. 1 2 (pt) « Sarrasani », sur Circonteudo
  8. ↑ (en) Jace Weaver, Other Words: American Indian Literature, Law, and Culture, University of Oklahoma Press, (ISBN 9780806133522), p. 84