Sceau de Mahomet

Le sceau de Mahomet (en arabe : ختم الرسول, ḫātam ar-rasūl, « sceau du Messager ») désigne des objets et des représentations associés, dans la tradition islamique, au sceau personnel du prophète Mahomet. Plusieurs objets sont conservés ou reproduits comme des reliques attribuées à Mahomet. Parmi les représentations les plus connues figurent un sceau conservé au palais de Topkapı, à Istanbul, et un modèle circulaire associé à une lettre adressée à Al-Muqawqis, personnage présenté dans les sources islamiques comme le dirigeant d'Égypte.

Sceau de Topkapı

Représentation du sceau attribué à Mahomet.

En 1675, le voyageur français Jean-Baptiste Tavernier rapporte que le sceau était conservé au palais de Topkapı, dans une petite boîte en ébène placée dans une niche du mur, au pied d'un divan, dans la salle des reliques. Selon sa description, l'objet était enfermé dans un écrin de cristal d'environ trois pouces sur quatre, bordé d'ivoire. Il aurait encore été utilisé pour apposer des sceaux sur des documents au XVIIe siècle.

Le sceau est décrit comme une petite pièce rectangulaire en agate rouge, d'environ un centimètre de longueur, portant l'inscription arabe « محمد رسول الله » (Muḥammad rasūl Allāh, « Mahomet est le Messager de Dieu »). Les mots sont disposés sur trois lignes.

Selon la tradition historiographique musulmane, la bague-sceau originale de Mahomet aurait été transmise successivement à Abou Bakr As-Siddiq, à Omar ibn al-Khattâb puis à Othmân ibn Affân. Ce dernier l'aurait perdue dans un puits à Médine. Les récits rapportent qu'une copie aurait ensuite été fabriquée et qu'elle aurait été retrouvée lors de la prise de Bagdad par les Ottomans en 1534 (en), avant d'être transportée à Istanbul. Le récit de la perte du sceau et de son remplacement relève toutefois d'une tradition dont l'historicité est discutée,.

Selon George Frederick Kunz, Mahomet aurait fait fabriquer une bague en argent portant les mots « Mahomet, Messager de Dieu », disposés sur trois lignes, après avoir appris qu'un sceau était nécessaire pour authentifier ses lettres destinées à des souverains étrangers. Le récit rapporte également qu'il aurait interdit la fabrication d'une copie identique. Après sa mort, la bague serait passée à Othman, qui l'aurait accidentellement laissée tomber dans le puits d'Aris. La perte aurait été interprétée comme un mauvais présage. Kunz rapporte cette tradition dans son ouvrage consacré aux bagues et aux pierres précieuses.

Richard Francis Burton mentionne, dans ses travaux sur les contes des Mille et Une Nuits, une tradition selon laquelle la cornaline serait la pierre la plus appropriée pour une bague-sceau et protégerait de la pauvreté. Ce témoignage relève de la tradition rapportée par Burton et ne suffit pas, à lui seul, à établir l'authenticité d'une bague attribuée à Mahomet.

Sceau de Muqawqis

Représentation circulaire du sceau dit de Muqawqis. L’original de la lettre a été découvert en 1858 par Étienne Barthélemy, membre d’une expédition française, dans un monastère en Égypte, et il est aujourd’hui conservé avec soin à Constantinople. Plusieurs photographies de la lettre ont depuis été publiées. La première l’a été dans le célèbre journal égyptien Al-Hilal, en novembre 1904. ». Le dessin du document publié dans Al-Hilal a été reproduit par David Samuel Margoliouth dans son ouvrage Mohammed and the Rise of Islam, dont provient cette image,.

Une autre représentation, de forme circulaire, est fondée sur une copie manuscrite d'époque ottomane d'une lettre attribuée à Mahomet et adressée à Al-Muqawqis. C'est cette version qui est fréquemment reproduite sous le nom de « sceau de Mahomet ».

L'inscription arabe se lit du bas vers le haut :

L'authenticité de la lettre attribuée à Mahomet et adressée à al-Muqawqis est contestée par les spécialistes. À partir d'une comparaison paléographique avec des papyrus arabes anciens, l'orientaliste autrichien Joseph Karabacek a considéré le document comme un faux. Theodor Nöldeke a repris cette conclusion avec Friedrich Schwally dans leur ouvrage consacré à l'histoire du Coran. Dans son article « Muḳawḳis » de la deuxième édition de l’Encyclopédie de l’islam, K. Öhrnberg estime que le récit de cette lettre est légendaire et dépourvu de valeur historique ; il considère également que l'écriture du document est anachronique et évoque une origine ottomane,,.

Les premiers récits musulmans décrivent le sceau personnel de Mahomet comme portant l'inscription « Mahomet, Messager de Dieu », avec les mots disposés sur trois lignes et le nom de Mahomet placé en haut. Des monnaies islamiques anciennes présentent également la formule selon cet ordre. À partir du XIVe siècle, certains auteurs musulmans ont proposé un ordre différent, plaçant le mot « Dieu » au-dessus du nom de Mahomet, au motif qu'il aurait été plus approprié de faire figurer Dieu en premier. Ibn Hajar al-Asqalani a rejeté cette proposition en soulignant l'absence de preuves historiques. Ahmed El Shamsy considère que l'ordre des mots employé dans le sceau dit de Muqawqis constitue une innovation médiévale.

Une pièce de monnaie omeyyade du VIIIe siècle portant le nom de « Mahomet » sur la ligne supérieure à la place de « Dieu ».

Autres empreintes et signatures attribuées à Mahomet

Article détaillé : Ashtiname.

D'autres documents sont associés à Mahomet dans des traditions postérieures. Parmi eux figure l'Achtiname de Mahomet (appelée « firman de Mahomet »), une charte traditionnellement attribuée au prophète et présentée comme accordant une protection aux chrétiens du monastère Sainte-Catherine du Sinaï. Le document est notamment associé à une empreinte de main attribuée à Mahomet,,

L'étude de Brandie Ratliff sur le monastère Sainte-Catherine et les communautés chrétiennes sous le califat replace ce document dans le contexte des relations entre les communautés chrétiennes et les autorités musulmanes. En 1898, la revue Échos d'Orient publie une version du « décret de Mahomet relatif aux chrétiens », transmise par le journal cairote L'Union islamique, puis reprise dans le périodique romain Bessarione. Selon cette version, le document aurait été adressé par Mahomet aux moines du monastère Sainte-Catherine du Sinaï, en l'an deux de l'hégire, et porterait la signature d'Ali ibn Abi Talib. Le texte prévoit notamment la protection des chrétiens et de leurs lieux de culte, la liberté des pratiques religieuses ainsi que des dispositions concernant les impôts.

L'authenticité historique de l'Achtiname de Mahomet, également appelé « firman de Mahomet », est contestée par les historiens. L'étude des documents arabes conservés au monastère Sainte-Catherine du Sinaï, notamment celle de Bernhard Moritz, a contribué au débat sur l’origine et la transmission de cette charte. Jean-Michel Mouton et Andrei Popescu-Belis la qualifient de texte apocryphe et rapportent que sa rédaction serait liée à une lettre de protection forgée au IXe siècle pour les chrétiens de Najran, puis adaptée à d'autres communautés chrétiennes, dont celle du monastère Sainte-Catherine. Les recherches consacrées aux relations entre le monastère et les autorités musulmanes éclairent le contexte historique de cette tradition documentaire, tandis que les études sur les différentes versions manuscrites du pacte témoignent de divergences quant à sa transmission,.

Références

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Seal of Muhammad » (voir la liste des auteurs).
  1. ↑ Jean-Baptiste Tavernier, Nouvelle Relation de l’intérieur du Sérail du Grand Seigneur,
  2. 1 2 (tr) « Mühür », TDV İslâm Ansiklopedisi, vol. 31,‎ , p. 527
  3. ↑ (en) Rachel Milstein (dir.), « Futuh-i Haramayn: Sixteenth-Century Illustrations of the Hajj Route », dans Mamluks and Ottomans: Studies in Honour of Michael Winter, Routledge, , p. 191
  4. ↑ (en) George Frederick Kunz, Rings for the Finger, from the Earliest Known Times to the Present, Philadelphie et Londres, (lire en ligne), p. 141
  5. ↑ (en) Richard Francis Burton, Supplemental Nights to the Book of the Thousand and One Nights, vol. 5, Burton Club, (lire en ligne), p. 52
  6. ↑ (en) Muhammad Zafrulla Khan, Muhammad: Seal of the Prophets, Londres, Routledge & Kegan Paul, (lire en ligne), « 12 »
  7. ↑ (en) David Samuel Margoliouth, Mohammed and the Rise of Islam, Londres, G. P. Putnam's Sons, (lire en ligne), p. 365
  8. ↑ (de) Josef von Karabacek, Beiträge zur Geschichte der Mazjaditen, Leipzig, F. A. Brockhaus, , p. 35, note 47
  9. ↑ (de) Theodor Nöldeke et Friedrich Schwally, Geschichte des Qorans, vol. 1, Leipzig, , p. 190
  10. ↑ (en) K. Öhrnberg, « Muḳawḳis », Encyclopaedia of Islam,‎
  11. ↑ (en) Ahmed El Shamsy, « The Hoax in the ISIS Flag », sur New Lines Magazine,
  12. 1 2 (en) Brandie Ratliff, « The Monastery of Saint Catherine at Mount Sinai and the Christian Communities of the Caliphate », Sinaiticus: The Bulletin of the Saint Catherine Foundation,‎ , p. 14-17 (lire en ligne)
  13. ↑ Camille Najm, « Ashtiname : l’alliance de Sainte-Catherine, promesse de protection faite par le Prophète aux chrétiens », sur Libnanews, (consulté le )
  14. ↑ (en) « Prophet Muhammad’s treaty with the monks of Mount Sinai », sur Fundación Mezquita de Sevilla (consulté le )
  15. ↑ H.-D. L., « Décret de Mahomet relatif aux chrétiens », Échos d’Orient, vol. 1, no 6,‎ , p. 170-171 (DOI 10.3406/rebyz.1898.3123, lire en ligne)
  16. ↑ (de) Bernhard Moritz, Beiträge zur Geschichte des Sinaiklosters im Mittelalter nach arabischen Quellen, Berlin, Königlich Preußische Akademie der Wissenschaften, (lire en ligne)
  17. ↑ Jean-Michel Mouton et Andrei Popescu-Belis, « La fondation du monastère Sainte-Catherine du Sinaï selon deux documents de sa bibliothèque : codex Arabe 692 et rouleau Arabe 955 », Collectanea Christiana Orientalia, vol. 2,‎ , p. 174-175 (DOI 10.21071/cco.v2i.14818, lire en ligne)