| Naissance | |
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| Décès |
(à 92 ans) Cachan |
| Nom de naissance |
Simona Ghita Ertan |
| Nationalité | |
| Activité | |
| Maître |
Risa Propst-Kraid (1894-1983) |
| Distinction |
Membre de l'Académie européenne des sciences et des arts |
Simona Ertan est une artiste peintre, graveuse et céramiste française d'origine roumaine, née le à Bucarest, morte le à Cachan.
Elle a vécu à Buenos Aires (Argentine) à compter de 1940, puis en France à compter de 1961, successivement rue Charles Laffitte à Neuilly-sur-Seine puis au 64, rue Émeriau dans le 15e arrondissement de Paris.
Simona Ertan, qui naît et grandit dans un univers mélomane — elle-même pratiquera le piano jusqu'à l'âge de 13 ans —, étudie l'art de la gravure à Bucarest. Elle y est entre 1936 et 1940 élève de Risa Propst-Kraid (1894-1983) — artiste peintre de facture classique qui émigrera ensuite en Israël —, avant de se réfugier avec sa famille à Buenos Aires dès les premiers mois de la Seconde Guerre mondiale et d'y suivre de 1941 et 1943 les cours d'Eugenio Menghi, s'initiant dans le même temps à l'art de la céramique. De cette période, à l'instar de sa formation, ses aquarelles comme ses huiles sur panneaux, ou plus rarement sur toiles, sont d'une facture classique (portraits, autoportraits, nus, natures mortes, scènes d'intérieur, paysages), énonçant aussi un esprit profondément mélomane : un tableau intitulé Inachevé renvoie en réalité à la symphonie éponyme n° 8 de Franz Schubert, un autre, Carnaval, exprime la vigueur émotionnelle du ballet de Robert Schumann, d'autres encore constituent des hommages à Ludwig van Beethoven ou au pianiste Arthur Rubinstein.
Si l'occasion lui est offerte, lors d'un séjour aux États-Unis en 1950, de connaître « l'un des plus grands chocs de sa vie » en voyant le Guernica de Pablo Picasso, Simona Ertan travaille encore dans une facture classique — influencée toutefois par le fauvisme et l'expressionnisme — en 1951 et partiellement en 1952 (Arlequin, Bouquet de fleurs), jusqu'à donc son voyage en Europe de cette année-là — notamment à Paris — où elle fréquente l'avant-garde abstraite pour, à son retour à Buenos-Aires, rejoindre le groupe abstrait argentin Arte Nuevo (Carmelo Arden-Quin, Martha Boto, Eduardo Jonquieres, Juan Melé, Luis Tomasello et Gregorio Vardanega, réunis autour du poète et critique d'art Aldo Pellegrini). « J'optais alors pour le mouvement constructiviste » évoque-t-elle : de fait, en 1953, la peinture de Simona Ertan, qu'elle va du reste théoriser en donnant des articles dans Ver y estimar, la revue d'art de Jorge Romero Brest (es), bascule bien dans les compositions géométriques.
Si en 1955 elle renoue avec la pratique de la céramique, c'est aussi l'année où, par un article qu'elle publie dans Ver y estimar (intitulé Pintura contemporánea de la India), elle affirme un intérêt qui se révélera persistant pour la peinture indienne, inspirateur d'une partie de son œuvre à venir, « ajoutant à son registre une note exotique très ornementale et colorée, d'accent matisséen ». Mais, pour l'heure, une peinture enchâssée en boîtier PPMA avec clous et cordes intitulée Mon violon perdu, 1960, dédiée au violoniste Robert Soetens qu'elle rencontre lors de ses récitals à Buenos Aires, énonce de la géométrie pure.
Après des séjours au Portugal (Lisbona, gouaches de 1959), en Espagne (Barcelona, gouaches de 1959), en Italie (Ravenna, gouaches et encres de 1959) et en Angleterre (gouaches de 1959-1961), Simone Ertan arrive à Paris en . L'une de ses premières toiles parisiennes, En souvenir de Filip Lazar, 1961, hommage au grand compositeur et pianiste roumain, évoque une sensibilité musicale qui se range dorénavant elle aussi dans l'avant-garde en même temps qu'elle constitue le témoignage de l'apparition du collage dans des œuvres qu'elle expose à la galerie Denise René (1961), au musée d'art moderne de la ville de Paris (1962), au musée d'art moderne de Céret (1962), au Salon des réalités nouvelles (1963), puis à l'exposition Cinquante ans de collages de Picasso à nos jours (musée d'art moderne et contemporain de Saint-Étienne Métropole, 1964).
En 1967, Simona Ertan s'oriente « en introduisant dans ses œuvres des éléments narratifs, vers une figuration allégorique » qu'une large persistance de géométries architecturales (Palazzo ducale, Madonna del Sasso ou Saint-Paul de Vence en 1967, Villa d'Este en 1969, Avignon et Abbaye de Beauport en 1971, Ombrelles à Sirmione, San Marco et Tombeaux saadiens en 1974) situe plus dans la suite de sa période abstraite Arte Nuevo que dans une véritable rupture. Les évocations des lieux visités — Simona Ertan voyage beaucoup — se dédoublent de ferveur musicale (Château en Allemagne, en 1979, est un nouvel hommage à Beethoven) et religieuse (Chapelle en Grèce en 1979, Monastère en Roumanie et Sur les pas de Sainte Thérèse d'Avila en 1982), voire d'un mysticisme qui, interpellant les écrits argentins de Simona, ira chercher sa vérité en Inde (Taj Mahal) et au-delà (Temple asiatique, 1995).
Se revendiquant tout à la fois de la contemporanéité et de très anciennes racines, Simona Ertan, dont les passions, les émotions et la spiritualité en même temps que sa perception du monde sensible ont dirigé la vie et l'œuvre, a durant plus de 70 années peint en laissant parler sa plus secrète sensibilité. Que, regardant ses œuvres, nous laissions parler la nôtre, c'est le simple vœu qu'elle formule dans la conclusion de son livre.
« Je suis née à Bucarest, à l'époque du Royaume, où j'ai vécu dans une ambiance musicale - nièce de compositeur, la musique est ma première langue. À l'âge de neuf ans je dessine le portrait de mon grand-père et à treize ans je quitte le piano pour ce qui finit par être l'art plastique.
Atelier privé à Bucarest ainsi qu'à Buenos Aires, aussi bien créatrice de formes céramiques, de décors, etc. Je me considère indépendante, parfois architecturale et architecturée dans mon travail ! Tout ce qui est actuel m'intéresse. Tout ce qu'on fait aujourd'hui peut être appelé contemporain, souvent avec des racines qui vont très très loin en arrière. Michel Seuphor disait : « Rien n'est nouveau, on fait les choses autrement. »

