Les Sraghna, ou Seraghana, (en arabe : السراغنة), sont une confédération tribale arabo-berbère du Maroc, frontalière du Haouz de Marrakech et des tribus du Tadla. Sa capitale est la ville de El Kelaâ des Sraghna.
| Échelon |
Confédération Tribal |
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| Région principale | |
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| Province principale | |
| Chef-Lieu |
| Période d'apparition | |
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| Mode de vie |
Nomade (Historiquement) Sédentaire (Actuellement) |
| Fait partie du groupe tribal | |
| Nombre de fractions |
5 (formant 60 000 individus en 1912) |
| Fractions |
Ahl Ghaba, Ahl el-Oued, Zaouia, Bouhoula, Jbala |
| Langue principale |
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Les noms de familles répandus au Maroc comme "Serghini", "Es-Serghini", "Esserghini", "El-Serghini" et d'autres variantes orthographiques signifient ceux étant issue de la tribu des Sraghna.
Les Sraghna sont décrits comme étant un mélange de fractions d'origines différentes, berbères (notamment la branche Jbala) et arabes, issues pour beaucoup des Banu Maaqil, s'étant aggloméré en tribu. Il existe également le récit d'un père fondateur, ou unificateur, nommé Serghan, qui selon la tradition orale est le fils de Jaber, le patriarche des Beni Jaber, branche des arabes Jochem. D'autres sources affirment également une origine remontant aux Beni Jaber des Jochem avec également des origines berbères de certains clans.
Les arabes chez les Sraghna sont, selon d'autres sources, d'origines différentes de plusieurs clans Hilaliens, tels que les Ouled Bou Attiya, les Ouled Said, les Drid, les Ouled Sebbih, les Beni Amer, les Ouled Bou Ali, les Ouled Ya’qub et également des Jochem dont des Beni Jaber et des Sefyane.
On retrouve également des Chorfa, notamment d'origine Alaouite, les Ouled Sidi Abi al-Ghaith, arrivés sous le règne du sultan Mohammed IV, puis surtout des Chorfa idrissides, dont les Ouled Attia à Attaouia, les Ouled el-Karn à Ouanadsa, les Ouled Sidi Bouanan et les Ouled Cheikh Brahim chez les Beni Amer, les Ouled Sidi Idriss à Oued Amsaher, et enfin les chorfas iconique des Sraghna, les Ouled Sidi Rahal dans tout le territoire et dont l'ancêtre, Sidi Rahal, est enterré chez les Zemrane.
On retrouve également des Regraga chez les Beni Amer, une tribu maraboutique d'origine masmoudienne, dont les racines sont les Regraga de la région de Chiadma.
En septembre 1738, Moulay al-Mustadhi part en campagne avec les Abid Bukhari et ses tribus partisanes contre les partisans de son frère, Moulay Abd'Allah, qui réclame le trône. Mustadhi attaque plusieurs tribus avant d'arriver à Mzem en territoire Sraghna, AbdAllah lui s'était réfugié dans le Souss. Un combat se déclenche où les Sraghna sont rapidement défaits et obligé de faire allégeance à Mustadhi, et lui mettent à disposition leurs cheveux pour aider leur nouveau sultan. Cette conquête de la tribu va ouvrir la voix à celle de Marrakech par Mustadhi. Avant qu'en 1740, le 13 février, le Pacha Bouazza Moul Cherbil ne prête allégeance à nouveau à Moulay Abd'Allah en territoire Sraghna,.
Depuis la fin de l'année 1791, Moulay Hicham, frère du sultan, aspire au trône. C'est alors qu'il réunis des troupes de plusieurs tribus, dont les Abda, les Sraghna, les Doukkala et les Rehamna et d'autres. Le sultan apprenant cela et étant en plein siège de Ceuta, se replie du siège et part marcher sur Marrakech. Le 12 février 1792, les deux armées se rencontrent, toutes deux massives en hommes et coulant au bain de sang avec plusieurs pertes mais la victoire est en faveur du camp de Moulay Yazid qui continue de poursuivre les troupes de Hicham fuyant le champ de bataille. Malgré la victoire du sultan, ce dernier meurt quelques jours plus tard ayant été blessé de plusieurs balles qui s'infecteront,.
La tribu sera parmi les tribus mentionnés, tels que les Ouardigha, les Beni Zemmour, les Beni Amir, les Beni Moussa, les Zayanes et les Ait Yasri, dans un appel du sultan à attaquer, piller et semer le chaos chez les Ait Rbaa, ces derniers n'ayant pas répondu à l'appel du sultan pour expédition dans le Souss. Les Ait Rbaa seront effectivement attaqués et durent fuirent dans les montagnes ou furent capturés pour certains.
Les Sraghna participent à partir du 2 avril 1891 à une grande campagne entreprise par le prince Moulay Abbas contre les tribus de Tadla, Zaër et Arab Rabat dû à des refus de se soumettre à la fiscalité du makhzen. Ils seront accompagnés dans cette campagne par les Oultana, les Hentifa, les Beni Meskine, les Ait Bouzid, les Ait Atta N'Ou Malou, les Beni Moussa, les Beni Amir, les Ait Rbaa (dont les Beni Mellal et les Semguet). Accompagné par une multitudes de chefs militaires.
En 1894 les Sraghna vont participer à la grande révolte des Rehamna, avec d'autres tribus tels que les Ouled Amrane et Ghaouanem des Doukkala, les Ahmar, les Ghedama, et les Fetouaka. Cette révolte fût dirigée par le Caïd Mbarek Ben Taher ar-Rehamni, caïd des Rehamna, qui s'offusqua de l'intronisation de Moulay Abdelaziz, encore mineure, alors que son frère aîné, Moulay Mhammed, était vice-sultan durant les derniers mois de vie d'Hassan Ier et aurait dû être sultan. Avec ces tribus il attaquera Marrakech, mais cette révolte sera de courte durée et vivement réprimés. Il restera un évènement majeur de l'histoire moderne des Rehamna et des tribus de la région de Marrakech, notamment dans la poésie. Entre 1895 et 1898, les Sraghna ne seront pas épargnés par les invasions de criquets pèlerins qui dévastent les récoltes du pays.

En 1896, le sultan partit en campagne châtier les Rehamna, les Sraghna, les Mesfioua et les Aït Rbaa, ayant fait de nombreux morts dans ces tribus, avant d'installer son camp à Skhirat ad-Dejaja, dans le territoire des tribus Mzab, Ouardigha et Beni Khirane. Cette campagne eu un grand écho au Maroc, dû au fait qu'elle fût d'une haute brutalité, notamment celle du Grand Vizir Ahmed ben Moussa, surnommé Ba Ahmed. À la mort de ce dernier, le 13 mai 1900, tribus au sud du fleuve Bouregreg, étant les Zaër, les Sraghna, les Chaouïa, les Beni Meskine, les Zemrane, les Hentifa et jusqu'à Demnate étaient sous le domaine du Bilad Makhzen.
À la mort de Hassan Ier, le Maroc en général est enclin aux révoltes tribales. En 1902, suite à une insurrection des tribus Beni Mtir et Guerrouane, le sultan appela plusieurs tribus, dont les Doukkala, les Sraghna, les Chaouïa et les Abda, dû un manque de contingents dans son armée. Le 17 octobre 1902, les troupes partent, les Chaouïa dirigés par plusieurs caïds tel que el-Hajj al-Maati al-Mzamzi avec 800 hommes, les Doukkala dirigé par Sidi Bou Ali al-Dukkali avec plus de 300 hommes, les Sraghna environ d'un millier d'hommes dirigés par le caïd Jilali ben el-Mouden et enfin Aissa ben Omar, qui dirige 1600 hommes des Abda et des Ahmar. Mais à peine arrivé à Fès, que une lettre arriva, les exhortant au combat contre le Rogui, Bouhmara, qui a déclaré la révolte au nord de Fès. L'opération débuta contre les Guerrouane, mais celle-ci ne pût pas vraiment commencer car les Guerrouane s'étaient réfugiés chez les Zemmour, leurs étant vides d'homme dès lors.
Durant la guerre civile opposant Moulay Abdelaziz à son frère Moulay Abdelhafidh, plusieurs caïds furent nommés par Abdelhafidh, pour son organisation des Sraghna et des Zemrane. Il choisira en 1907 4 caïds : Muhammad Ben Faïda (ayant pour khalifa son frère Fadhili Ben Faïda), Rahal Ben Kadida, Rahal ben Bouchaïb al-Khairawi et Muhammad Abd'Allah al-Yaagoubi. Le problème étant que la tribu fût pendant longtemps aziziste, menant à une révolte dirigé par les Ouled Sidi Rahal qui assassinèrent la même année de sa nomination le caïd en tête de liste, Muhammad ben Faïda, tué par son clan, malgré ses efforts pour diriger la tribu, l'organiser et la nomination des cheikhs de la tribu. Les Sraghna restèrent fidèles au sultan Abdelaziz, ce qui leur value plusieurs attaques du camps d'Abdelhafidh, ces derniers étant campé à Kelaa Sraghna et voulant de nouveau attaquer les Sraghna. Abdelaziz apprenant cela, se dirige vers le camps, avec son armée composée de 6000 hommes, dont 2000 cavaliers, le même nombre d'infanterie, le même nombre de cavaliers auxiliaires issues des tribus Chaouïa, Beni Meskine, Tadla et Sraghna. Le 11 août 1908 au matin, les troupes azizistes surprennent celles hafidistes notamment des Rehamna dirigés par Omar Sektani, les mettant en déroute et les poursuivant jusqu'à Foum Jemaa, à 30km de Demnate, faisant plusieurs chevaliers, et capturant des chevaux et du bétails.
Avec les Ouardigha, Beni Amir, Beni Moussa et autres tribus de la région, les Sraghna reçoivent et son cités dans la fameuse lettre d'Ahmed al-Hiba, résistant et chef religieux, les incitants au djihad contre l'avancée des français dans la Campagne du Maroc.

Les Sraghna sont à cheval sur deux territoires à la topographie très différente, le nord de la tribu vie sur la vallée de la Bhira, une grande dépression structural à 410 mètres d'altitude sur plus de 1 200km². Elle possède un sol riche. La vallée fut autrefois traversé par un Oued saisonnier, le Kelt Bani Hassān. La vallée s'étend également chez les Rehamna. La vallée possède des pâturages de très bonne qualité qui prirent le nom de "Ardh al-Hadra", qui fut sous le monopole des Sraghna pendant plusieurs siècles et accueillant le bétail de leurs voisins, notamment de la vallée sud de Jbilat et également du Moyen et Haut Atlas. Le sud des Sraghna lui est traversé par la vallée de Jbilat, qui comme son nom l'indique est plutôt montagneuse et où se trouve la fraction des Jbala. Dont aujourd'hui découle énormément d'activités agricole.

Le territoire des Sraghna est aujourd'hui traversé par deux rivières pérennes : la Tessaout et la Akhdar, d'où découle 40 canaux d'alimentations raccordés dans tous le territoire. Également l'Oum Rebia coule au nord du territoire et plusieurs canaux existent sur les lacs de la région comme le Canal Yaaqoubiya et le Canal Ghabiyah.
Les Sraghna ont pendant longtemps étaient divisés en plusieurs villages ou hameaux, nommés douars, et au nombre de 413 exactement. Les douars sont un rassemblement de plusieurs familles ou clans en un lieu précis. Pendant longtemps ces douars n'étaient que des tentes, ou des noualas, lorsque la tribu était principalement nomade, avant de se sédentarisée et de passer d'un pastoralisme totale à une vie agraire, adoptant des petites maisons plus tard. Pendant longtemps les maisons plus spacieuses, les palais et citadelles fortifiés (kasbah) étaient très rares et réservés qu'aux caïds ou aux fonctionnaires du makhzen.
Depuis la fin du XVIe siècle, les Sraghna sont connus et spécialisés dans le commerce et les marchés, notamment avec les souks locaux, retraçant l'origine de cette spécialisation à Kelaa Lakrar, fondé sous les Saadiens et renforcé sous Moulay Ismaïl. Ces souks hebdomadaire, comme on retrouve dans tout le Maroc, sont éparpillés dans toute la tribu et sur chaque jour de la tribu, le souk du lundi (El-Itnayn) de Kelaa Sraghna, le souk du mardi (at-Tlata) de Temlat, le souk du mercredi (Larbaa) des Beni Amer, le souk du jeudi (el-Khamiss) de Attaouia, le souk du vendredi (jumu’a) des al-Ararsha, le souk du samedi (sebt) de Lounadsa et le souk du dimanche (al-ahad) de Lfraitta vers les Sanhaja. Cette tradition fût fortement mise en danger avec la pandémie du COVID-19 et les pénuries de moutons lors des Aïds suivant la pandémie.
Les Sraghna sont divisés selon le système de khoms akhmas (les cinq cinquièmes), c'est à dire 5 fractions elles mêmes divisés en (plus ou moins) 5 clans, qui sont :
On retrouve également une cinquantaine de familles étrangères à la tribu vers Attaouia, originaire des tribus Ait El-’Adel, Ait Massoud et Timnoutine qui furent forcée de partirent de leurs terres dû à la construction du barrage Ait el-Adel. Chacune des familles eurent en compensation une maison et 12 hectares offerts dans la territoire Sraghna.
Les Sraghna sont, comme la majorité des tribus au Maroc, administrée en caïdat, formée d'un caïd sur toute la tribu ou d'une fraction, et accompagné de son khalifa, une forme d'adjoint ou vice-caïd. Dont la liste étant:
Depuis le règne de Mohammed III jusqu'au protectorat français, la ville de Demnat sera également administré par le caïd des Sraghna, cela environ depuis 1848 plus exactement.
Les Beni Meskine et les Sraghna entretien de très fortes relations, notamment dans le domaine agraire, renforcés par les mariages (alliances matrimoniales). Dans leur transhumance pastorale, les Beni Meskine ont pour habitude de se rendre en territoire Sraghna, celui étant d'ailleurs, en hiver, très faible en phosphate dans ses sols, permettant d'éviter aux jeunes moutons le darmous, une infection dentaire ovine lié au très grand taux de phosphate dans les sols, tels qu'en territoire Beni Meskine.
Les relations entre les Rehamna et les Sraghna sont plutôt complexe, oscillant entre l'alliance, la rupture et la conflit. L'exemple étant la révolte du caïd Mbarek Ben Taher ar-Rehamni, où les Sraghna apporterons leur soutien aux Rehamna. Mais également des conflits directs peuvent avoir lieu, comme lors de la Révolte des Rehamna de 1861, où ces derniers assiègent Marrakech pendant 4 mois, la ville étant sur le point de capituler, le makhzen mobilisera alors les Sraghna pour matter la révolte.
Bouya Omar est un wali (sorte de saint soufi) qui aurait vécu au XVIIe siècle, il est un descendant de l'iconique Sidi Rahal. Son tombeau et sa zaouïa autour attire depuis des décennies voir siècles des milliers de personnes malades, atteintes de possessions par des djinns. Le tombeau de Bouya Omar serait spécial dans ce genre de cas, il serait un tribunal entre les djinns et lui. Ses descendants Chorfa le représente en tant que juge (qadi), arbitrant les jnoun et ceux qui sont possédés. Cette pratique a mené à plusieurs dérives, en juin 2015, plus de 800 personnes, pour certaines sur les lieux depuis des décennies sont libérés d'une détention dans le tombeau, tenu par des charlatans profitant de leurs détresses et leurs problèmes.
Sidi Abderrahmane, surnommé Moul el-Guel’aa ("le propriétaire de la forteresse") est un cheikh et "wali" ayant vécu au XVIIIe siècle, lié à Sidi Rahal et ayant fondé une zaouïa aux abords de Kelaa Sraghna. Plusieurs légendes l'entour comme la transformation d'une fille en garçon, une femme ne pouvant pas donner de fils à son mari et étant à deux doigts du divorce pour cette raison, elle donna une de ses fille qui aurait été transformée en garçon avec les bénédictions du wali. Depuis, un moussem est dédié au wali chaque été, attirant les membres de la tribu, notamment le clan Ouled Charqi, et des membres des tribus Rehamna et de Tadla. Attirant à son maximum avant les années 90 plus de 20 000 personnes.

La zaouïa chez les Sraghna n'était pas uniquement un lieu de culte soufi, mais était autrefois un nerf centrale des relations avec le Makhzen et de la gestion de la tribu, la zaouïa pouvait solliciter des candidats au caïdat du makhzen, elle exerçait une influence sur les tribus pour les poussés à l'allégeance d'un sultan et également était un intermédiaire, un médiateur lors de conflits inter-tribaux ou avec le Makhzen. Ce schéma étant également présent chez les Tadla.