Angle de talus naturel

Les terrils (comme celui de Siegen, ci-dessus), quoiqu'artificiels, illustrent la notion de talus naturel : les particules trouvent en effet leur équilibre entre l'action de la gravité et le frottement intergranulaire.

L’angle de talus naturel est l'angle que fait la pente du tas de matière empilée non tassée avec l'horizontale. Il est caractéristique du matériau composant le tas. Il contribue à la description du comportement mécanique des sols et des matériaux granulaires ou pulvérulents. Cette notion intervient notamment en géologie, géomorphologie et mécanique des sols. Elle a des applications pratiques en génie civil, en architecture, etc.

Un constat empirique

Lorsqu'un matériau granulaire ou pulvérulent (sable, graviers, blocs rocheux ; mais aussi : limaille métallique, farine, sucre en poudre, neige sèche, etc.) se dépose gravitairement (suivant la verticale) sur une surface, il tend à se former, lorsque suffisamment de grains sont déposés, en un tas de forme conique. L'angle de pente du cône est, dans une large mesure, une caractéristique de :

En répétant plusieurs fois l'expérience avec le même matériau, l'angle est à peu près constant ; cet angle est appelé angle de talus naturel et plus spécifiquement angle de talus naturel des terres pour les terrains.

L'angle de talus peut être mesuré dans un cadre normalisé par application de la norme ISO 4324 "Agents de surface — Poudres et granulés — Mesurage de l'angle du talus d'éboulement".

L'interprétation classique

Schéma statique pour l'équilibre d'une particule à la surface d'un empilement granulaire conique.

Dans cette interprétation, chaque grain du tas se dépose sans vitesse initiale. On procède à l'analyse de l'équilibre d'une particule, ou d'un grain, déposé sur la surface libre du cône. On note φ l'angle que cette surface libre fait avec l'horizontale. Ce grain est soumis :

Les lois de la mécanique permettent de déterminer les intensités de ces différentes forces :

La combinaison de ces relations donne :

W×sin φ + T = 0, avec - μ×W×cos φ < T < 0.

Les particules sur la surface du talus sont donc en réalité des particules qui ont glissé et ont buté sur les particules inférieures. Elles subissent juste avant leur butée une force

.

Cette remarque permet d'identifier l'angle φ du talus : puisque

,

par conséquent

.

Ainsi, la théorie classique identifie l'angle de talus et l'angle de frottement intergranulaire.

Applications du concept

Talus en forme de cônes sur la rive nord d’Isfjorden, dans le Spitzberg, en Norvège.

L'angle de talus naturel, assimilé à l'angle de frottement intergranulaire, intervient dans toute application relative aux poudres ou aux matériaux pulvérulents en général :

Limites du concept

L'analyse classique ne peut donner qu'un ordre d'idée de l'angle de frottement intergranulaire, pour les raisons suivantes :

Angle de talus naturel avec divers supports

Divers supports modifient la forme du tas, dans les exemples illustrés ci-dessous avec du sable, mais l'angle de talus naturel est constant,.

Format basé surBaseAngle de repos
Rectangle
Cercle
Carré
Triangle
double fourche
Ovale
Un trou
Deux trous
Multiples trous
Format aléatoire

Historique

La notion de talus naturel présente un intérêt historique car elle montre comment les ingénieurs ont tenté de relier des grandeurs géométriques, donc observables et mesurables (un angle, une hauteur de remblai) à des notions de force.

L'analyse d'empilements granulaires apparaît dans l'Architecture Hydraulique de Bélidor, où l'auteur considère l'équilibre de grains pris individuellement. Ces idées seront développées par Pierre Couplet dans deux articles de Histoire de l'Académie royale des sciences (1726 et 1728) : Mémoire sur la poussée des terres et la résistance des revêtements. Les ingénieurs du Génie militaire, Coulomb puis Poncelet, feront le plus grand usage de la notion d'angle de frottement (assimilé peu ou prou à l'angle de talus naturel).

Notes et références

  1. ↑ ISO 9045:1990(fr) Cribles et criblage industriel — Vocabulaire
  2. ↑ (en) Ileleji, K. E., « The angle of repose of bulk corn stover particles », Powder Technology, vol. 187, no 2,‎ , p. 110–118 (DOI 10.1016/j.powtec.2008.01.029)
  3. ↑ (en) Sebastian Lobo-Guerrero, « Influence of pile shape and pile interaction on the crushable behavior of granular materials around driven piles: DEM analyses », Granular Matter, vol. 9, nos 3-4,‎ , p. 241 (ISSN 1434-5021, DOI 10.1007/s10035-007-0037-3)

Voir aussi

Articles connexes

Bibliographie

Liens externes