
Un terril /tɛʁi(l)/, un terri ou une halde est une colline artificielle formée par accumulation de résidus miniers produits par l'exploitation minière. Les débris rocheux provenant des charbonnages sont composés surtout de schistes houillers et, en plus petite quantité, de grès carbonifères et de résidus de charbon.
Dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, près de 340 terrils ont été recensés dans les années 1970, à des fins d'exploitation. Entassement souvent conique, il prend le nom de verse, de terrasse ou de terril plat quand l'accumulation forme un plateau.
Dans certaines régions, notamment le Sud et l'Est de la France, dans le bassin de La Grand-Combe, à Saint-Étienne, anciennement à Longwy ou dans la Vallée de la Fensch, on parle également de crassier (terme emprunté au vocabulaire de la métallurgie : tas de scories de haut fourneau).
Les remblais des carrières sont parfois aussi appelés terrils.
Selon le Trésor de la langue française informatisé, le mot vient du wallon tèrri, qui désignait déjà vers 1300-1400 l'amas de terre et de pierre que l'on retirait du sol pour exploiter une mine. Le mot a pu se confondre avec le terme « stériles minières » désignant notamment les résidus issus du triage.
Selon le journaliste Guy Cattiaux, l’orthographe « terril » aurait été popularisée en 1906, lors de la catastrophe de Courrières. Selon l’anecdote qu’il cite, un journaliste parisien, qui, voulant en savoir l’orthographe, aurait mal été renseigné par un mineur qui aurait dit que cela s’écrivait comme « fusil ». Cependant on trouve déjà l’orthographe « terril » en 1879 en Belgique. Le terme s’écrivait auparavant terri et se prononce encore localement ainsi. Toutefois, la prononciation terril s'est répandue au XXe siècle, surtout hors du bassin minier.


Un terril peut être de forme conique, et constituer alors un élément marquant du paysage, ou bien plat et s'y fondre complètement, surtout si la végétation s'y est installée. Le terril houiller le plus haut d'Europe se trouve à Loos-en-Gohelle dans l'ancien bassin minier du Nord-Pas-de-Calais : il est constitué d'un massif de cinq terrils, dont deux cônes d'environ 140 mètres de hauteur, culminant à 188 mètres, dépassant ainsi le plus haut sommet de la Flandre, le Mont Cassel.
Le plus grand et plus haut terril issu de l'exploitation de la potasse (Kaliberg, « Kalium » étant le potassium en allemand et Berg étant la montagne) se situe pour sa part à Heringen, dans le Land de Hesse. Il est composé pour 96 % de chlorure de sodium. Ses dimensions atteignent 250 mètres de hauteur, 1 100 mètres de longueur et 700 mètres de largeur pour une surface de 115 hectares, représentant une masse estimée à 236 millions de tonnes, à laquelle s'ajoutent quotidiennement 20 000 tonnes de déchets de l'exploitation. Il est connu localement sous le nom de Monte Kali, et pose de graves problèmes écologiques, notamment la salinisation de la nappe phréatique résultant du lessivage du terril par l'eau de pluie. Le Kaliberg de Philippsthal, voisin, est à peine moins imposant.
Les terrils présentent souvent une grande richesse écologique lorsqu’ils ne sont pas toxiques et stériles. À titre d'exemple, le terril d'antimoine d'Ouche (Cantal) est vierge de toute végétation malgré son âge de plusieurs décennies.
Au fil du temps, ils ont été colonisés par toutes sortes de plantes et animaux, quelquefois étrangers à la région. Cette diversité découle en partie de l'exploitation minière. Par exemple, parce que les mineurs jetaient leurs trognons de pommes ou de poires dans les wagonnets de charbon, les terrils abritent aujourd'hui une centaine de variétés plus ou moins oubliées d'arbres fruitiers. Il y a aussi prolifération de l'oseille à feuilles d'écusson, dont les semences ont été apportées dans les rainures du bois de sapin utilisé dans les mines. De plus, par sa couleur sombre, la face sud d'un terril est significativement plus chaude que les environs, ce qui contribue à la diversité écologique du lieu.
Ainsi, le grand terril plat dit terril de Pinchonvalles, situé à cheval sur les communes de Liévin et Avion, rassemble 200 variétés de plantes supérieures et des habitats d'intérêt patrimonial, pour lesquels il a fait l'objet d'un classement de protection. Une trentaine d'espèces d'oiseaux y nichent.
Certains terrils abritent des vignobles comme celui du terril no 7 des Charbonnages de Mariemont-Bascoup, à Chapelle-lez-Herlaimont en Belgique, qui produit 3 000 litres de vin par an. La gestion du vignoble est assurée par la société Tervigne. Ce terril est également un de ceux qui ont été plantés d'essences d'arbres indigènes (hêtre, chênes, tilleuls, merisier, ..) ou exogènes (pin de Corse, douglas, séquoia...) rappelant que le nom de "stériles" donné aux résidus de la mine ne signifie pas "ne contenant pas de vie", mais "ne contenant pas les minéraux faisant l'objet de l'exploitation".
Les terrils plats sont très répandus au XVIIIe siècle et XIXe siècle, le déversement est fait horizontalement sur la longueur. Ils ont souvent une largeur variable. Ils peuvent également être déversés à flanc de colline.
Ces terrils sont construits par des déversements verticaux, lui donnant une forme de cône, ce type est particulièrement répandu au XXe siècle.
Ce type est identique au précédent mais avec un sommet plat.
Les terrils modernes sont formés d'un ensemble de terrils coniques et sont plus massifs. Ce type est apparu avec les grandes infrastructures construites après la Seconde Guerre mondiale.
Ce sont des terrils plats utilisés pour installer des voies ferrées.
Les terrils présentent des caractéristiques écologiques uniques du fait de leurs matériaux et de leurs albédo. En surface se forment des néosols où l'on trouve des communautés pionnières de bactéries, champignons et lichens, puis plantes et animaux, parfois exotiques et parfois extrémophiles en raison d'une température anormalement élevée pour leur zone géographique et/ou en raison de phénomènes d'acidification dus au drainage minier acide,,, qui affecte aussi les nappes sous-jacentes ou périphériques (parfois de manière atténuée, par exemple la nappe de la craie est enrichie en sulfates et différentes métaux dans le Nord-Pas-de-Calais, mais modérément, grâce à l'effet tampon du contexte géologique calcaire) ou de teneurs élevées en produits toxiques ou radioactifs. Les bactéries et des champignons éventuellement thermophiles permettent l'apparition d'un néosol pauvre en certains nutriments. De simples friches après plusieurs décennies de renaturation plus ou moins spontanée, certains sont devenus des hot-spots de biodiversité à l'échelle de leur région.
Les plus anciens des terrils houillers contenaient assez de houille pour entrer en combustion lente (réaction d'oxydation), spontanément ou à la suite d'un incendie de surface,. Daniel Ghouzi, au début des années 1980, a estimé que dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, un terril sur trois était entré en combustion, soit 74 terrils (Ghouzi, 1982, cité par Thiery V et al.).
Souvent le phénomène est peu visible (hormis en thermographie infrarouge au sol ou aérienne, qui permet aussi une couverture plus importante d'observation), et de ses impacts environnementaux immédiats et différés sont également discrets ou différés (notamment sur la santé publique et celle des riverains). En outre, le coût élevé d'une extinction conduit généralement à attendre l'extinction naturelle de la roche carbonée, ce qui peut nécessiter plusieurs décennies (ex. : le terril d'Avion a brûlé durant des décennies ; celui de la Ricamarie (42) au moins depuis les années 1950 et en Inde un terril brûle depuis plus d'un siècle).
Malgré ces impacts environnementaux, la combustion interne des terrils est parfois encore entretenue (par injection d'eau), comme celle du terril Saint-Pierre à La Ricamarie (à proximité de Saint-Étienne dans la Loire). En effet, les hautes températures provoquées par la combustion (plus l'oxydation) du schiste houiller provoquent un thermométamorphisme de ce dernier, qui confère des propriétés nouvelles aux roches, intéressantes pour les sous-couches des infrastructures routières. Les schistes et les grès deviennent rouges, d'où le nom de schistes rouges. Des projets d'exploitation géothermique de chaleur minière in situ ont été étudiés, mais ils sont rendus difficiles par les conditions instables et très corrosives du terril en combustion.
C'est l'une des séquelles minières (rétrospectivement repérable par la teinte rouge brique alors prise par les schistes), à gérer dans le cadre de l'après-mine. Une combustion peut survenir dans tout crassier contenant encore du charbon, mais aussi en profondeur dans le sous-sol à l'intérieur de mines désaffectées. L'extinction de tels incendies nécessite généralement un décaissage complet, opération le plus souvent impossible à réaliser pour des raisons techniques et financières. L'arrosage est en effet inefficace et l'injection d'eau sous pression contre-productive du fait de l'oxygène apporté (il existe même un risque d'explosion).
Cette combustion en profondeur pose plusieurs problèmes :


La combustion lente de certains terrils (voir ci-dessus) est la cause d'un phénomène de vitrification des schistes qui acquièrent ainsi des capacités mécaniques suffisantes pour en faire des matériaux de construction routière. Certains connaissent donc une seconde vie en étant exploités dans ce but, comme les terrils coniques de la fosse no 16 derrière le site du 11/19 à Loos-en-Gohelle (Pas-de-Calais).
Certains terrils contiennent du charbon en quantité notable et l'évolution des techniques permet parfois de les exploiter à nouveau.
Récupération du charbon sur le terril de Boussu-Bois Saint Antoine et abandonné après la faillite de la société d'exploitation.

Lorsqu'ils ne sont pas toxiques (comme les terrils de mines de plomb, d'argent, d'arsenic, d'antimoine et autres), les terrils qui n'ont pas été exploités sont généralement peu à peu reconvertis en espaces verts ou de loisirs et ouverts au public. Ils présentent un intérêt pédagogique environnemental certain, notamment parce qu'ils abritent des écosystèmes particuliers (en raison de la chaleur interne du terril et du fait qu'ils n'ont pas reçu d'engrais, ni de pesticides, et qu'ils n'ont jamais été cultivés). Ils peuvent à ce titre être inscrits dans une trame verte locale (Trame verte du bassin minier du Nord/Pas-de-Calais par exemple) ou régionale auxquelles ils apportent des habitats de substitution, voire une faune et une flore localement nouvelles. Les terrils tels que, par exemple, le site de Sabatier, dans le parc naturel régional Scarpe-Escaut sont reconquis par des plantes dont les graines sont apportées par le vent et les animaux. Les terrils du nord de la France abritent ainsi des plantes méditerranéennes aussi bien que continentales.

L'ouverture des terrils au public peut être source de découverte, mais aussi de dégradation de leur environnement. D'autre part des problèmes de sécurité peuvent se poser sur les fortes pentes (risques de glissades, d'effondrement ou de glissement de terrain). Très localement des risques peuvent être liés à la combustion du terril (jusqu'à 70 °C à 20 cm de profondeur) ou en raison d'émissions de gaz (grisou) ou de pollutions relictuelles. Pour aider les collectivités, un manuel des bonnes pratiques en matière de régénération d'espaces dégradés en milieux urbains de l'Europe a été publié par le programme européen RESCUE en 2005 et la mission bassin minier a publié un guide de bonnes pratiques pour l'ouverture des terrils au public.
Certains terrils sont utilisés pour diverses activités sportives ; à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais), une piste de ski synthétique a été aménagée sur un ancien terril. C'est l'idée la plus originale, souvent citée en exemple. Le parapente est pratiqué sur les terrils du 11/19 à Loos-en-Gohelle. Dans le parc naturel régional Scarpe-Escaut, une association sportive de Raismes (près de Valenciennes), la Course des Terrils, rend à sa manière hommage depuis 1984 à ces emblèmes du nord de la France : leurs pentes raides, dont celles du site Sabatier, offrent de redoutables difficultés, très appréciées des amateurs de course à pied d'endurance. Tous les cinq ans, les terrils sont également escaladés et dévalés de nuit, à la seule lueur de la lampe frontale des coureurs, puisqu'une épreuve nocturne exceptionnelle y est organisée, couplée à une illumination pyrotechnique du chevalement encore en place sur le site.

En Belgique, le « Sentier des Terrils » (ou « Transterrilienne ») traverse la Région wallonne d'ouest en est sur 200 km. La chaîne de quelque 1 200 terrils suit les anciens bassins houillers dont les principaux sont ceux du Borinage (Mons), du Centre (La Louvière), de Charleroi et de Liège. Tout au long de la chaîne, de nombreux musées sont présents en vue de préserver le patrimoine historique comme le Pass à Frameries, le Grand Hornu, le Bois du Luc , le Bois du Cazier et Blegny-Mine.
« […] il se risqua enfin à gravir le terri, sur lequel brûlaient les trois feux de houille […] »