| Exploitant(s) | KPEV, AL, EST, ÉTAT, MIDI, NORD, puis SNCF, SNCB, PKP, CFR, DRG, DR, DB, FS |
|---|---|
| Surnom | Popaul |
| Type | Ten wheel |
| Concepteur | Robert Garbe |
| Production totale | 3948 |
| Affectation | Est, Nord, Ouest, Sud-Ouest, et divers pays vainqueurs de la Première Guerre mondiale |
| Disposition des essieux | ooOOO + T |
|---|---|
| Écartement | 1 435 mm |
| Surface de la grille | 2,580 m2 |
| Pression de la chaudière | 12 kg/cm2 |
| Surface de chauffe | 148,020 m2 |
| Surface de surchauffe | 58,900 m2 |
| Moteur | Simple expansion |
| Cylindres | 2 |
| Alésage × course | 575 × 630 mm |
| Distribution | Walschaerts / Heusinger |
| Ø roues motrices | 1 750 mm |
| Ø roues AV | 1 000 mm |
| Vitesse maximale | 105 km/h |
Les Ten wheel de type P 8 sont des locomotives à vapeur prussiennes du début du XXe siècle, construites en 3 948 exemplaires à partir de 1906 par Schwartzkopff (devenue Berliner Maschinenbau AG) et ensuite par de nombreux autres constructeurs allemands jusqu’en 1923. Conçues par le chef de service de conception des KPEV Robert Garbe comme locomotives de vitesse pour le service des trains de voyageurs, elles forment l'une des plus grandes séries de locomotives à vapeur jamais produites.
Techniquement, ce sont des machines à simple expansion à deux cylindres et surchauffe. La chaudière est munie d'un foyer Crampton initialement en cuivre . La distribution est de type Heusinger (similaire à la distribution Walschaerts). Les bielles motrices attaquent le deuxième essieu. Selon la doctrine de leur concepteur, ce sont des machines simples et robustes, ce qui leur assura une longévité exceptionnelle puisqu'elles furent généralement réformées à la fin de l'ère de la vapeur dans les pays qui en étaient dotés. Leur chaudière était interchangeable avec celle, quasi identique, des G10 prussiennes.
Les machines construites avant 1909 avaient une masse de 72 tonnes contre 75 pour les machines construites après 1910 qui se distinguaient par une forme différente des fenêtres de la cabine, la présence d’un support de coulisse en fonte coulée et une augmentation de la surface de surchauffe. En outre, les toutes premières P8 sortirent d’usine équipées d’une cabine munie d’un carénage « coupe-vent » qui fut rapidement démonté.
Les premiers exemplaires ont été accouplés à un tender à quatre essieux d'une capacité de 16 m³ d'eau, mais rapidement cela se révéla insuffisant pour les services à réaliser et un modèle à deux bogies, pouvant contenir 21,5 m³ d'eau fut conçu et généralisé sur la série. Pour réduire la fréquence des prises d'eau (et le temps perdu à cette occasion), quelques machines furent attelées à des tenders de plus grande capacité, notamment les tender baignoires conçus dans les années 1940.
3 561 P8 furent construites pour les compagnies de chemin de fer allemandes.
À cela, il faut rajouter 165 locomotives construites en Allemagne pour l’étranger après la guerre et 230 produites en Roumanie.
À la fin du XIXe siècle, l'ingénierie des locomotives à vapeur a déjà donné lieu à de nombreuses innovations, encouragées par l'augmentation du trafic et des masses à remorquer. Dans les bureaux d'études des grandes compagnies ferroviaires, on conçoit des locomotives qui seront produites en grandes séries. Le graal reste la locomotive de ligne polyvalente, capable à la fois de tirer des trains semi directs à 100 Km/h en heure de pointe et des trains de marchandises sur les lignes pas trop accidentées en heure creuse. On n'ose toutefois pas encore confier à ce type de machine les express rapides et les trains de fret sur les lignes les plus dures. Si la surchauffe convainc {{qui{l'ingénieur en chef prussien}}, il se révèle plus conservateur que ses prédécesseurs sur le compoundage, en raison de l'échec de la P7.
Garbe[Qui ?] conçoit d'abord la P6 dont le prototype sort en 1902. Cette machine ne donnant pas entière satisfaction, il en dérive la P8 qui intègre dans ses plan les améliorations nécessaires. L'un des problèmes rencontrés sur la P6 était une production de vapeur déficiente. Pour le résoudre, on choisit d'augmenter de 10% la surface de chauffe et la taille du foyer, ce qui nécessite d'augmenter l’entraxe entre les deux derniers essieux moteur et leur donne une asymétrie caractéristique. Les chemins de fer saxons en dérivèrent une version encore plus puissante : le type XII h2. Comme pour la P6, la conception intègre une grande standardisation des composants, des plus petits au plus grands, en vue de réduire le nombre de pièces de rechange à gérer.
S'il y eut des évolutions mineures au cours de la période de 17 ans qui sépara la construction de la première P8 de celle de la dernière (augmentation de la surface de surchauffe, ajout d'un lourd support de coulisse moulé, augmentation du timbre de 12 à 14 bars, remplacement des injecteurs Friedmann par un réchauffeur Knorr), la machine connut peu d'évolutions ultérieures. Il s'agira essentiellement de l'évolution de l'injection (en France et en Belgique, recours au réchauffeur ACFI ou d'un injecteur Metcalfe sur quelques dizaines de machines belges) ou de la pose de pare vapeur sur les machines allemandes.
Après l'armistice qui met fin à la guerre en 1918, l'Allemagne est contrainte de livrer des réparations de guerre ordonnées par le traité de Versailles (qui prévoyait la distribution de 5000 locomotives et 150.000 wagons dans un court délai). L'Allemagne sélectionne tout d'abord ses machines inutilisées ou les plus anciennes. La Commission Interalliée de Réception de Matériel, chargée du contrôle de cette obligation refuse l'essentiel de ces locomotives et va sélectionner des engins récents, parfois encore en construction : 627 exemplaires de P8 seront ainsi alloués à divers pays en 1919 :
Cent-quatre-vingt-dix machines furent attribuées à la Pologne ainsi que deux aux chemins de fer de la République de Dantzig. Classées dans la série Ok1 des PKP, elles furent rejointes par 65 exemplaires supplémentaires neufs construits en Allemagne. La Pologne en dérivera la série Ok22 construite à 190 exemplaires.

Cent-soixante-huit exemplaires furent transférés aux Chemins de fer de l’État belge (qui seront fusionnés en 1926 pour former la SNCB) où elles formèrent le type 64 et un exemplaire aurait été alloué au Chemin de Fer International de Malines à Terneuzen, mais n'aurait pratiquement pas roulé.
Les locomotives de l’État belge, très appréciées en tête des trains omnibus et semi-directs, étaient encore toutes en service en 1940.
Vingt-cinq exemplaires formeront le gruppo 675 (it) au sein des Ferrovie dello Stato. Elles seront déjà radiées avant la Seconde Guerre mondiale.
Les P8 possèdent une longue histoire en Roumanie :
Après l’armistice, onze exemplaires sont transférés aux Lietuvos Geležinkeliai, les chemins de fer du jeune État lituanien qui les classe dans le type K8. Cinq autres exemplaires seront construits par Schwartzkopff (BMAG) en 1924-1925 et deux machines d’origine polonaise les rejoindront en 1939 après l’invasion de la Pologne.
Dix P8 vont aux Sidirodromoi Ellinikou Kratos, le nom porté par la compagnie de chemins de fer grecs à l'époque où elles forment la série Ζδ (ZETA-delta).
La dotation française représentait 162 unités. Toutes les compagnies en reçoivent, à l'exception de la Compagnie des chemins de fer du Midi et du PLM. Alors qu'ils disposaient de la plupart des modèles prussiens mis au point dans les années 1900, les chemins de fer d'Alsace-Lorraine (dans l'empire allemand 1870 à 1919) ne possédaient aucune P8 avant l'armistice.
La Deutsche Reichsbahn (DRG) reconstitua et compléta son effectif qui comptait 2 933 exemplaires, numérotés de 38 1001 à 4051 lorsque les chaînes de montage s'interrompirent en 1923. Cependant, entre les années 1920 et 1930, un certain nombre de P8 les plus anciennes sont retirées du service et ferraillées.
Les chemins de fer du Territoire du bassin de la Sarre, administré par la Société des Nations, possédaient au moins 43 P8, qui étaient pour la plupart déjà affectées à la direction de Sarrebourg depuis leur mise en service avant l'armistice. Après le rattachement de la Sarre en 1935, 43 P8, numérotées 38 3833 à 3875, se rajoutent aux effectifs de la DRG.
Durant la Seconde Guerre mondiale, les Allemands récupéreront la plupart des P8 cédées après 1918 et les Soviétiques prendront possession de locomotives polonaises, lituaniennes puis roumaines et allemandes vers la fin du conflit. Certaines locomotives capturées par les Soviétiques lors de l'invasion de la Pologne et des pays baltes furent recapturées par les Allemands en 1941.
Après la Seconde Guerre mondiale, l'effectif fut redistribué, mais de nombreuses machines avaient été détruites ou très endommagées.
En 1947, il restait 1058 locomotives répertoriées en Allemagne de l'Ouest après le retour des locomotives appartenant aux Belges, aux Français (et quelques-unes aux Polonais). Après des échanges avec le bloc de l'Est et le retour en 1957 de cinquante P8 utilisées par les chemins de fer de la Sarre, on comptait 1171 locomotives. Il en restait 150 au premier quand furent adoptés les nouveaux matricules à sept chiffres. La dernière sera radiée en 1974. Une partie des P8 ouest-allemandes recevra un tender-baignoire provenant de locomotives série 52 et un arrière de cabine fermé, ce qui leur permettra de rouler à 85 km/h tender en avant. En 1951, deux exemplaires seront reconstruits avec un petit tender à deux essieux rigide (ce qui en faisait de fait des 232T) et classées dans la série 78.10 (de).
Sept-cent-vingt-sept P8 d’origines diverses furent récupérées sur le territoire de la République démocratique allemande. En 1960, il en restait 650 et la plupart disparurent entre 1965 et 1969. Les dernières seront radiées en 1972.

La France récupère 162 P8 à l'issue de la Première Guerre mondiale. Une répartition est effectuée entre plusieurs compagnies :
Lors de la création de la SNCF en 1938, les machines P8 sont immatriculées de la façon suivante :
Les machines du Nord bénéficient de transformations destinées à les harmoniser avec le reste du parc de la compagnie.
Celles d’Alsace-Lorraine roulaient fréquemment pour le compte des Chemins de Fer Luxembourgeois.
Durant la Seconde Guerre mondiale, plusieurs machines sont rapatriées en Allemagne par l'occupant. Plusieurs seront détruites ou abandonnées sur le front de l'Est.
Entre 1948 et 1950, 9 locomotives du contingent du Nord sont prêtées durant deux ans aux CFL ou elles forment la série 3902 à 3910.
À cette époque, la majorité des locomotives survivantes sur les régions Nord, mais surtout Ouest et Sud-Ouest sont mutées à la région Est et forment la série 1-230 F :
À cette série, sont ajoutées quatre machines "prise de guerre" provenant de la DRG, abandonnées sur le territoire et immatriculées dans la série 38. Ces machines sont attribuées à la SNCF, dans le cadre des réparations de guerre en 1946.
La SNCF utilise ses P8 sur la Région Est pour des trains de marchandises, de messageries ou pour assurer la traction des trains voyageurs omnibus. Elles tractent alors des voitures à portières latérales, des Romilly, des boîtes à tonnerre...
La dernière machine sera réformée au milieu des années 1960.
La région Nord conserve cependant plusieurs dizaines de P8, immatriculées 2-230 C. 41 sont à l'inventaire de la région au . Elles sont utilisées pour le trafic local, qu'il soit marchandises ou omnibus voyageurs. Elles finissent leur carrière en tête de trains de travaux et les dernières sont radiées en 1962.

En 1915, 35 P8 avaient été attribuées à la Direction générale militaire des chemins de fer de Bruxelles (MGD Brüssel), une partie de ces locomotives furent cédées à la Belgique parmi les autres P8.
165 P8 prussiennes et 3 Mecklembourgeoises furent cédées à la Belgique et seront classées dans le Type 64. L'effectif sera distribué dans des dépôts dans tout le pays et elles seront utilisées en tête de trains de voyageurs légers (directs, semi-directs, omnibus) et même quelques trains de marchandises légers.
Elles furent renumérotées 6400 à 6567 en 1925 et furent rééquipées avec entre-autres : lanternes à pétrole au lieu de l'éclairage au gaz, nouvelle visière de cheminée et porte de boîte à fumée, injecteur Metcalfe puis réchauffeur ACFI. Toutes étaient en service au moment de l'invasion du pays par les Allemands en .
À l'exception de la 6408, détruite par un bombardement aérien en , toutes les P8 belges furent "prêtées" aux Allemands et quitteront la Belgique entre 1940 et 1942.
Le retour des Type 64 eut lieu entre 1945 et 1950 et elles furent renumérotées 64.001 à 64.167. 14 machines ne rentrèrent jamais
Parmi les locomotives rentrées d’Allemagne, plusieurs étaient en très mauvais état et cinq, irréparables, furent radiées entre 1946 et 1950 (6416, 6500, 6544, 6559, 6567).
Les autres furent remises en service et l’effectif fut complété par une P8 prise de guerre : la 64.168 ex-38 3204 (Linke-Hoffman 1921) qui sera restituée à la DB en 1950.
Dans les années 1950, les grandes révisions furent l'occasion de remplacer le foyer en cuivre par un exemplaire en acier. On les dota également d'une dynamo pour l'éclairage électrique des phares, de l'abri et des graisseurs sous le tablier.
Ces locomotives seront parmi les dernières machines à vapeur de la SNCB à disparaître et leur mise à la retraite ne commença qu’en 1960. Les 18 dernières seront mises hors service en 1966, année de la fin de la traction à vapeur en Belgique. Seule la 64.045 sera encore utilisée et fût préservée par la SNCB comme patrimoine historique.
Dans les régions de Prusse qui seront rattachées à la Pologne après 1919, la plupart des dépôts de locomotives employaient des locomotives P8.
En 1918, 65 P8 construites par Henschel (30), Linke-Hofmann (de) (15) et Schwartzkopff (20) avaient été attribuées à la Militar Generaldirektion der Eisenbahnen de Varsovie (MGD Warschau) ; tout comme les P8 des autres direktion des Chemins de fer prussiens, une partie de ces P8 sera cédée à la Pologne.
Avec la création de l'état Polonais, 190 P8 Prussiennes furent assignées aux PKP et immatriculées Ok1-1 à 190. Deux P8 d’origine française furent utilisées par les chemins de fer de la République de Dantzig et immatriculées Ok1-1Dz et Ok1-2Dz. Les Ok1 polonaises furent rejointes par 65 exemplaires supplémentaires construits en Allemagne par Linke-Hofmann, Hanomag et Schwartzkopff entre 1921 et 1923 qui seront immatriculées Ok1-201 à 265.
Une version améliorée de la P8 sera créée en Pologne : la série Ok22 construite en Pologne à 185 exemplaires entre 1928 et 1934 après la construction de cinq prototypes en Allemagne en 1923. Ces locomotives se distinguent par un foyer plus volumineux apte à bruler des charbons de moindre qualité, et un plus grand nombre de tubes dans la chaudière. Leurs performances seront légèrement inférieures aux P8 mais elles pouvaient accepter un combustible moins cher. Exception faite des cinq premiers exemplaires construits par Hanomag, les Ok22 avaient également une cabine et un tender plus volumineux copiés sur ceux de la Ty23 (pl).
Les Ok1, et les Ok22, étaient le principal modèle de locomotive pour trains de voyageurs de Pologne et toutes étaient encore en service en 1939.
Avec l'invasion et le partage de la Pologne, les Allemands récupèrent 160 P8 et les Soviétiques prendront possession de 84 P8. Des P8 prises par les Soviétiques seront capturées par les Allemands après 1941.
En 1945, la Pologne récupère pas moins de 429 P8 d’origine diverse (Allemagne, Pologne, France, Belgique) sur son territoire. Immatriculées dans la série Ok1, ces locomotives restent en service en tête de trains omnibus et semi-directs malgré l'arrivée de modèles nouveaux, notamment la Ol49 (pl). Les vieilles Ok1 étaient plus fiables que les Ol49 dont l’effort de traction était inférieur, mais nécessitaient des charbons de haute qualité à cause de leur foyer étroit. Il en restait près de 250 au début des années 1970 et certaines circulèrent jusqu'en 1980, soit plus longtemps que les Ok22 dont la dernière fut radiée en 1979.
Près d’une quarantaine de P8 construites en Allemagne ou en Roumanie sont préservées dont plusieurs en état de marche.
Treize P8 sont préservées, dont plusieurs en état de marche, cinq d’entre elles sont d’origine étrangère (CFR, PKP).
Toutes les P8 sérient 638 ont été mises hors service en 1961 et envoyées à la ferraille. Cependant, deux machines d’origine Roumaine ont été achetées et restaurées en livrée ÖBB.
Les dernières P8 type 64 de la SNCB ont été mises hors service avec la fin de la traction à vapeur et un exemplaire a échappé aux ferrailleurs.
Au moins six P8 sont préservées en Pologne. Aucune ne fait partie des P8 en service en Pologne avant la seconde guerre mondiale.
La carrière des P8 roumaines s’est terminée dans les années 1980 et de nombreuses machines n’ont pas immédiatement été mises à la ferraille. Au moins 19 se trouvent toujours en Roumanie, restaurées ou en mauvais état. Plusieurs des machines exposées en bon état ont été préservées en état de marche.
La poste a émis un timbre intitulé 230 Classe P8 issu du bloc feuillet Les légendes du rail sorti en 2001 d'une valeur faciale de 1 F 50 c (0.23€) N° YT 3414.