
La vannerie au Niger regroupe l'ensemble des productions artisanales basées sur le tressage et l'assemblage de fibres végétales (palmiers-doum, palmiers rônier, graminées ou roseaux).
Pratiquée de longue date sur le territoire actuel du Niger, cette activité occupe une place centrale dans l'artisanat d'art du pays. La vannerie est principalement maitrisée par des femmes qu'elles soient fulani (peuls), Kel tamasheq, haoussa, zarma, kanouri, ou toubou. Si la fabrication des pièces repose sur des techniques anciennes transmises principalement de génération en génération, l'esthétique, les formes et les circuits commerciaux de ces objets ont connu d'importantes mutations à partir du XXe siècle.


La vannerie est depuis longtemps réalisée à base de fibre végétale, et l'approvisionnement en matières premières dépend donc des écosystèmes locaux nigériens :
Depuis au moins les années 1980, des objets sont tissés à l'aide de fils plastiques un peu partout dans le pays.
La fabrication des objets d'artisanat d'art réalisée à l'aide de fibre de palmier (doum ou dattier) s'effectue de la façon suivante.

La vannerie nigérienne se structure autour de trois techniques de tissages majeures.
Ce tissage repose sur le tressage à plat et à brins croisés (armure toile ou sergée). La vannière s'assoit au sol et dispose une série de lanières parallèles. Elle entrelace perpendiculairement d'autres lanières, en passant alternativement au-dessus et en-dessous des premières, souvent selon un rythme précis, comme deux fils dessus, deux fils dessous, pour créer des motifs obliques ou en chevrons. À chaque rangée, les brins sont fortement serrés les uns contre les autres avec les doigts pour garantir l'étanchéité et la solidité de la natte. Pour éviter que la natte ne s'effiloche, l'étape finale consiste à arrêter les bordures. Les extrémités des lanières sont repliées sur elles-mêmes et rentrées à l'intérieur du tressage, ou solidement cousues ensemble avec une cordelette fine, souvent faite à partir des fibres résiduelles de la feuille de palmier. Si cette pratique est principalement utilisée pour la confection des nattes, elle est aussi mobilisée depuis les années 1980, pour la confection de sacs en particulier par les artisanes des zones d'Azel et d'Indoudou (région d'Agadez).

Contrairement à la technique précédente où les brins s'entrelacent, cette pratique s'apparente à de la sculpture textile cousue. Les artisanes forment tout d'abord un boudin continu avec des matériaux de rembourrage à l'aide de graminées ou de fibres épaisses de palmes (rônier ou palmier doum). Puis elles les enroulent tout autour de minces lanières souples et très solides de feuilles de palmier afin de former un boudin. Enfin, la vannière va utiliser un poinçon en métal pour percer ce boudin, et glisser ensuite la fine lanière de liaison dans le trou pour ligaturer fermement le nouveau boudin sur l'ancien. L'ouvrage progresse ainsi en colimaçon depuis le centre.

Contrairement aux nattes souples, ce tissage permet d'obtenir des ouvrages semi-rigides très résistants, idéaux pour faire barrière au soleil, au vent et au sable. Cette pratique n'est pas un tressage croisé classique, mais un système de juxtaposition et de ligature. L'artisane aligne de manière parfaitement parallèle des tiges rigides et droites, qui sont généralement des tiges de graminées. Pour solidariser ces tiges, l'artisane utilise des fils verticaux faits de lanières très fines de feuilles de palmier (rônier ou palmier doum) ou de lanières de cuir. À l'aide de ses doigts ou d'une aiguille de canevas, l'artisane enroule ensuite ou entrecroise les fils souples autour de chaque tige successive. Ce point de couture vertical (souvent un point de chaînette ou de torsade) maintient les tiges solidement serrées les unes contre les autres.
Le décor est en général particulier à chaque zone. Avec l’arrivée sur les marchés nigériens des teintures industrielles, de nouveaux décors sont apparus au XXIe siècle.

Historiquement, la vannerie peule servait à produire divers objets du quotidien comme les nattes, les corbeilles ou les couvercles de plat appelés m'bedou en fulfuldé. Ceux confectionnés dans la zone de Niamey se caractérisent par un décor brun-noir et rouge contrastant sur un fond de paille naturelle. Ce modèle a fait l'objet de nombreuses imitations régionales. Par exemple dans la localité de Filingué, les artisanes Kel Tamasheq (bella ) s'en sont inspirées en y intégrant une troisième nuance : le vert, obtenu grâce à l'introduction de teintures chimiques importées d'Europe.

Depuis plusieurs décennies, les décors peuls associant le rouge, le noir et l’écru, ont été rejoints par un nouveau répertoire qui s'est enrichi de teintes industrielles jaunes et vertes. Les artisanes peules confectionnent ainsi des dessus de plat dont les parties autrefois laissées à l'état naturel sont désormais teintes en jaune, rehaussées d'ajouts de vert, une tendance particulièrement visible dans le département de Mirriah. Cette identité visuelle a été adoptée par les artisanes de Diffa et de N'Guigmi. Elles s'en inspirent pour orner leur importante production de corbeilles et de dessous de plat, caractérisée par des motifs de bandes rouge terre, noires et vertes réalisés à l'aide de pigments industriels, parfois agrémentés de lanières de cuir.

Enfin, les Wodaabé affirment leur singularité à travers des dessus de plat uniques et propres à leur communauté. Leurs créations se distinguent par des ornementations complexes mêlant des brins de laine colorée à des fils argentés.
Dans l'Azaouagh, on trouve des nattes souples et brodées de type assaber ou chetel tissées par les artisanes tourègues Kel Dinnik. Dans cette zone, ces grandes pièces structurées à partir de brins de graminées très finement cordés, ornés de motifs géométriques se caractérisaient par l'insertion de fines lanières de cuir teintes en rouge, noir ou vert. Ces ouvrages patrimoniaux sont devenus extrêmement rares, et la variante la plus précieuse, connue sous le nom de miski, est désormais introuvable ou négociée à des prix très élevés.
Les autres objets de vannerie privilégies des compositions plutôt épurées. Les fibres sont majoritairement laissées à l'état brut, simplement agrémentées par endroits de discrets décors à chevrons roses, verts ou noirs obtenus à l'aide de teintures industrielles.
Jusqu’au début du XXe siècle, les vanneries produites en pays haoussa étaient appréciées et vendues sur les grands marchés de Kano, Zinder ou Kantché. Plusieurs chroniques et récits attestent de la présence de vanniers réputés dans les villages de Dogo, Dan Kiéni et Kassama.
Dans le département de Madoua, il existe de grandes nattes robustes ornées de motifs de chevrons aux teintes variées . Elles sont de deux types :

L'existence des nattes dites « de Madaoua » est documentée à l'écrit pour la première fois en 1931, lors de leur inscription sur la liste de l’Exposition nationale du travail qui eut lieu en France. À cette époque, la méthode consistait à tresser des bandes à partir de lanières de palmier doum teintées en noir et en rouge, alternées avec des fibres laissées écrues. Ce procédé permettait d'obtenir des motifs géométriques combinant de petits damiers et des chevrons. Les pigments utilisés étaient naturels : le rouge était extrait de tiges de sorgho, tandis que le noir était préparé à base de boue et de gousses d'acacia fermentées. À cette époque, la ville de Madaoua s'imposait comme le principal centre de confection de nattes décorées du Niger.
Capitalisant sur la réputation historique de la ville, des vannières Kel Gress (Touarègue de la région) commercialisent au XXIe siècle, leur production au bord des axes routiers bitumés ainsi que sur les marchés locaux de Madaoua et de Toumfafi, ce dernier comptant parmi les plus importants du Niger. Ces grandes nattes robustes sont depuis plusieurs décennies réalisées à l'aide de teintures industrielles et sont produites en grande quantité dans les zones de Madaoua, Bouza et Illéla.
Concernant les corbeilles, les modèles anciens partageaient le même type de décors que les nattes c'est-à-dire structurés autour d'une alternance de bandes noires, rouges et écrues. Au XXIe siècle, la production de corbeille est devenue marginale dans la zone de Madaoua et les grands centres de fabrication de corbeilles qui sont colorées aux pigments industriels (rouge, vert, jaune et noir) se sont déplacés à l'Est, notamment dans la région de Zinder.
La région d'Agadez est un centre important de production de nattes et on en trouve de nombreuses variétés fabriquées par les femmes touarègues Kel Aïr :


La ville d'Ingall s'est distinguée à partir du milieu du XXe siècle par la création de nattes de sol caractérisées par une technique analogue à celle des nattes de Madaoua mais d'une finesse supérieure, due à l'emploi de lanières de palmier, longuement travaillées pour être amincies et assouplies, et ne mesurant que 2 à 3 millimètres de large. Au niveau du décor les nattes dites « d'Ingall » se reconnaissent à l'alternance de bandes rouge magenta, vertes, jaunes et noires, rehaussées de motifs à chevrons qui sont réalisées avec de la teintures chimiques (violet, vert, brun, rouge).
D'autres objets sont réalisés par les vannières touarègues à l'aide de poinçons permettant d'obtenir des récipients extrêmement denses et rigides, souvent recouverts de pièces de cuir protectrices et décoratives. C'est le cas des :


Dans la vallée du fleuve Niger, les pièces les plus riches en coloris et en motifs ornementaux sont historiquement les nattes wogos, originaires des îles de Tillabéry et d'Ayorou. Appelées tari kyaré, ces nattes étaient auparavant destinées à parer les tentes des jeunes mariés. Les exemplaires anciens se caractérisaient par des teintes ocres, extraites directement de la terre, et par des nuances de rouge obtenues à partir de tiges de sorgho. Bien que l'usage de ces tentes nuptiales se soit aujourd'hui pratiquement éteint, la coutume persiste pour les nouvelles mariées de décorer l'intérieur de leur chambre en tendant ces nattes sur les murs en banco ou en les disposant comme rideaux de lit.
En 2025, les types de nattes (tangara en Zarma) les plus répandues dans la région de Tillabéri se divisent en plusieurs modèles :
Dans la zone de Say, il existe des spécificités :

La vannerie constitue, aux côtés de la bijouterie, l'une des expressions artisanales les plus prépondérantes chez les Toubous et les Kanouri qui vivent dans les régions de Diffa, de Zinder et d'Agadez.
Les artisanes Toubou exploitent les folioles de palmiers pour confectionner une grande variété de petites corbeilles, spécifiquement adaptées au conditionnement et à la commercialisation des dattes. Elles fabriquent également des dessus de plat ainsi que des gourdes destinées au transport de l'eau et du lait. Ces pièces de vannerie conservent majoritairement la teinte brute de leurs fibres végétales, simplement rehaussées par l'insertion de fines lanières de cuir décoratives.

Les stores Kassari utilisés comme éléments de séparation ou de protection sont fabriqués par les artisanes Kanouri dans la zone de Gouré, historiquement vendus sur les grands marchés de Zinder et de Kano. Au niveau du décors, elles se distinguent par l'insertion de fils de laine, de cuir ou de fibre sombres qui dessinent des motifs figuratifs (personnages, animaux) ou des motifs en croisillons.
À Bilma, centre névralgique du commerce des dattes dans la région du Kawar, les pratiques esthétiques ont évolué depuis les années 2000, sous l'impulsion d'un groupement local de femmes. Celles-ci décorent désormais les corbeilles en vannerie en remplaçant les lanières de cuir par des broderies en fils de laine colorés.

L'inventaire de la vannerie nigérienne, documenté par écrit à partir de 1925 par l'administration coloniale, témoigne d'une diversification progressive des formes, notamment à partir des années 1980 principalement dans la région d'Agadez.

Les nattes font partie des objets en vannerie les plus répandus au Niger. Ces pièces de revêtement plate ou souple ont diverses fonctions :





Il existe aussi une grande variété de récipients et de sacs en vannerie:
Le fil plastique a fait son entrée dans le domaine de la vannerie depuis au moins les années 2000, notamment dans la confection de couvre-plat.
A Agadez, des artisanes du quartier de Toudou réalisent des sacs en tissant des fils plastiques. L’utilisation de ce nouveau matériau dans le domaine de la vannerie est une pratique originaire des pays côtiers.