| Naissance | |
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| Décès | |
| Nom de naissance |
Wilson |
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| Activités |
Travailleuse communautaire, militante des droits des peuples autochtones, opératrice téléphonique |
| Fratrie |
Dorothy Leila Rankine (en) |
| A travaillé pour |
Postmaster-General's Department (en) (à partir de ) |
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My Side of the Bridge (d) |
Veronica Brodie, née Veronica Wilson le à Raukkan (en) (Australie-Méridionale) et morte le à Adélaïde, est une militante et travailleuse communautaire aborigène australienne, d'ascendance Kaurna et Ngarrindjeri. Elle s'engage pour la justice sociale, le logement et l'éducation des Aborigènes, ainsi que pour la défense de leur patrimoine culturel.
Placée sous la tutelle du Bureau de protection des Aborigènes d'Australie-Méridionale durant sa jeunesse, elle perd son statut d'Aborigène en épousant un homme « exempté », avant de le retrouver lors des réformes législatives des années 1960. Dans les années 1990, elle est l'une des femmes ngarrindjeri qui s'opposent à la construction du pont de l'île Hindmarsh, dont elles affirment le caractère sacré. Nommée aînée aborigène de l'année d'Australie-Méridionale en 2001, elle publie l'année suivante un récit autobiographique, My Side of the Bridge.
Veronica Wilson naît le 15 janvier 1941 à Raukkan (en), une communauté aborigène australienne située sur la rive sud-est du lac Alexandrina, dans la localité de Narrung, à 80 kilomètres au sud-est du centre d'Adélaïde, la capitale de l'Australie-Méridionale. Raukkan est « considérée comme le berceau et le cœur du territoire des Ngarrindjeri »,.
Elle est la plus jeune des cinq enfants survivants de Dan Wilson et de Rebecca Harris (1897-1973), surnommée Koomi. Par sa mère, elle descend de Lartelare Rebecca Spender (1851-1916), une matriarche kaurna connue comme gardienne des cygnes noirs, née au bord de la rivière Yerta Bulti (l'actuelle Port Adelaide River). Chassée à plusieurs reprises de ses terres par les colons, notamment de Glanville en 1891, sa famille finit par s'installer à Raukkan. Les ngartjis (totems) de Veronica sont le pélican du côté ngarrindjeri et le cygne noir du côté kaurna.
Enfant, elle a accès à l'école de la mission. À l’âge de quatorze ans, elle va vivre à Tanderra dans un foyer pour filles géré par l'United Aborigines Mission (en) à Parkside, pour suivre les cours du lycée technique pour filles d’Unley. Après avoir obtenu son certificat intermédiaire en 1958, elle commence une formation d’infirmière mais lui préfère finalement une formation de standardiste et trouve un emploi au ministère des Postes (en) à Adélaïde en 1959.
Elle rencontre à cette époque son futur mari, Jim Brodie, qui est aborigène de mère et d'ascendance coloniale par son père. Cette ascendance a exempté son mari de la ségrégation vécue par les Autochtones. Mais le mariage la propulse « d’un simple trait de plume [au statut de] blanche » qu'elle doit prouver en permanence papiers à l'appui et qui lui interdit de fréquenter les siens, restés autochtones,. Cette situation cesse avec les réformes législatives du milieu des années 1960, dont la loi Aboriginal Affairs Act promulguée en 1962 et entrée en vigueur le 28 février 1963, qui vise à abroger la loi sur les aborigènes en supprimant en particulier le Bureau de protection des Aborigènes et à promouvoir le bien être et l'épanouissement des aborigènes et des personnes d'origine aborigène en Australie-Méridionale. Elle redevient alors « autochtone ». Le couple a cinq enfants, nés entre 1962 et 1968 ; il se sépare en 1968, mais reprend la vie commune au milieu des années 1980.
Au cours des années 1960, sa mère, Koomi, est un membre actif du Conseil des femmes aborigènes d’Australie-Méridionale (CAWSA) aux côtés de l'aînée kaurna et ngadjuri Aunty Gladys Elphick (en), œuvrant pour les droits des Aborigènes.
Le militantisme de Veronica Brodie s'inscrit dans cette lignée en mettant l'accent sur la justice sociale, le droit au logement et à l'éducation, et la défense du patrimoine culturel.
En 1970, Veronica devient animatrice pédagogique auprès des Aborigènes ; elle lutte contre le racisme et enseigne la culture aborigène à l’école primaire de Taperoo (en). En 1972, avec sa sœur, Dorothy Leila Rankine (en), elle s'implique dans la création de l’Orchestre aborigène d’Adélaïde (devenu plus tard le Centre d’études aborigènes en musique (en) de l’université d'Adélaïde). L’année suivante, elle intègre la première promotion d’étudiants de l’Aboriginal Community College (en) à Port Adélaïde.
Au cours des années 1980, Veronica Brodie est coordinatrice et agente de terrain pour l'Aboriginal Sobriety Group, une association d'aide aux Aborigènes alcooliques : elle s'occupe de soupes populaires et des pensionnaires des foyers de réadaptation d'Alberton, pour les femmes, et de Glandore, pour les hommes. En 1988, elle part en Inde pour un voyage d'étude financé par l'organisation humanitaire Community Aid Abroad.
Au début des années 1990, elle prépare les repas des enfants du jardin d'enfants de Kura Yerlo, un centre communautaire aborigène de Largs Bay. La maladie l'oblige à arrêter vers 1993, mais elle s'investit ensuite dans plusieurs comités : elle participe à la création d'une unité de santé aborigène, siège au Bureau du logement aborigène d'Australie-Méridionale, rend visite aux détenus aborigènes et aide des Aborigènes à retrouver leur famille.
En 1975, elle joue avec sa sœur Leila Rankine dans le documentaire Sister, If You Only Knew, consacré à la vie des femmes aborigènes en ville,. En 1981, elles participent à l'écriture du scénario et jouent dans un drame social mettant en lumière la discrimination et les injustices subies par les Aborigènes, Wrong Side of the Road (en),.
En 1988, deux promoteurs, Tom et Wendy Chapman, cherchent à bâtir un pont pour agrandir une marina sur l'île Hindmarsh, à l'embouchure du Murray, en bordure du parc national de Coorong. Un groupe de femmes ngarrindjeri, mené par l'aînée et historienne Doreen Kartinyeri (en), s'y oppose : selon elles, l'île est sacrée pour des raisons relevant d'un savoir réservé aux femmes, qui ne peut être révélé publiquement (secret women's business). En juillet 1994, le ministre fédéral des Affaires aborigènes (en), Robert Tickner (en), interdit la construction du pont pour 25 ans, mais d'autres femmes ngarrindjeri affirment n'avoir jamais entendu parler de ces traditions.
Veronica Brodie et de nombreuses femmes ngarrindjeri combattent ce projet profanant leurs sites sacrés et l'intimité de leur rapport féminin sacré aux naissances et aux sépultures. Veronica Brodie a reçu ce savoir secret de sa sœur Leila, peu avant la mort de celle-ci en 1993. Leur mère avait jugé Leila plus proche de la culture et ne l'avait pas transmis à Veronica, qui buvait alors ; celle-ci s'est rétablie de son alcoolisme en 1979 avec l'aide des Alcooliques anonymes. Les opposantes au pont font l'objet d'attaques sexistes et racistes qui culminent en 1995 avec la création d'une commission controversée : la Commission royale d’enquête sur le pont de l’île Hindmarsh (en). En novembre 1995, lors d'un rassemblement à Melbourne, Veronica Brodie refuse publiquement de divulguer ce savoir : « Jamais je ne le révélerai au gouvernement Brown ni à la commission royale. Nous croyons en notre culture, mais le gouvernement nous regarde de haut, comme des menteuses ». La commission conclut que les croyances des femmes ngarrindjeri ont été inventées et le pont est inauguré en 2001. Cette même année, la Cour fédérale (en) statue dans l’affaire Chapman c. Luminis Pty Ltd et rejette les conclusions de la commission royale. La cour valide l'importance pour les femmes ngarrindjeri des terres et des eaux de Kumarangk et la valeur culturelle et spirituelle de leurs revendications. Un documentaire, Kumarangk: Sacred Women’s Business, a été tourné sur cet épisode de l'histoire autochtone ; sa fille Margaret Brodie y représente sa mère au sein de l'autorité culturelle du projet. Plusieurs manifestations artistiques sont organisées en solidarité et en tentative de réparation des dommages.
En 2001, Veronica Brodie est nommée « aînée aborigène de l’année » pour l’Australie-Méridionale par le NAIDOC (en) (Comité national de célébration de la Journée des Aborigènes et des Insulaires).
L'année suivante paraît My Side of the Bridge, un récit autobiographique raconté à Mary-Anne Gale. L'historien Tim Rowse le compare à deux autres autobiographies de femmes ngarrindjeri et souligne qu'écrire l'histoire de sa propre vie est devenu le genre dominant de la pratique historique écrite des Autochtones australiens.
Son dernier combat, mené à partir de 2005 au sein du Lartelare Glanville Land Action Group qu'elle fonde, l'oppose à la construction d'appartements de luxe sur le lieu de naissance de son arrière-grand-mère Lartelare, à Glanville. Elle demande que les descendants kaurna soient reconnus comme gardiens de ces terres. Les constructions sont tout de même réalisées et Veronica meurt à Adélaïde le 3 mai 2007,. Deux ans après sa mort, un parc de sculptures, la réserve Lartelare, voit le jour, puis en 2025 le centre culturel aborigène Yitpi Yartapuultiku sur les terres kaurna.