Vickie Gendreau

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Vickie Gendreau
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Biographie
Naissance
Décès
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MontréalVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Œuvres principales
Drama Queens (d), Testament (d), Shit Fuck Cunt (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Vickie Gendreau, née le à Montréal, était une romancière, une poète et une blogueuse québécoise.

Biographie

Vickie Gendreau a été active dans le milieu québécois de la poésie, de la performance et dans le monde littéraire underground de Montréal. Elle avait une obsession pour les fennecs et a travaillé quelques années comme danseuse nue, des sujets qu'elle aborde dans son roman Testament . Plus jeune, elle se qualifie de «petite fille gênée un peu looser qui suivait la horde des filles populaires.»

L'écrivaine avait aussi participé au concours d'admission du programme d'écriture dramatique de l'École nationale de théâtre du Canada.

La littérature occupant une place très importante dans sa vie, Vickie voulait écrire dix livres en dix ans.

« Les choses étaient différentes avant, mais disons que maintenant je crois que je vis pour écrire uniquement. Avant, j'oscillais entre les deux. Maintenant, je vis pour écrire. Il y a une grosse horloge rouge au-dessus de ma tête et sur la table, il y a mon ordinateur. Tout le reste, le paysage, les autres, tout est flou autour. Tout ce qui compte, c'est la littérature. »

— Vickie Gendreau, en réponse à la question « Votre but est-il de vivre pour écrire ou d'écrire pour vivre? »

Vickie Gendreau a publié des romans autofictionnels, dans lesquels elle livre des fragments de journaux intimes. Atteinte d'un cancer du cerveau, elle publie deux oeuvres mettant en oeuvre son propre décès. Son premier roman, Testament, qu'elle rédige à la suite de son diagnostic de cancer, est publié en 2012 au Quartanier. Parmi ses inspirations se trouve Les vagues de Virginia Woolf, une oeuvre qui marque un tournant dans sa vie. L'ouvrage a remporté le prix Marc-Antoine-K.-Fennec remis par l'Académie de la vie littéraire en 2013.

Son deuxième roman, Drama Queens, est publié de façon posthume en 2014, mais il avait également fait l'objet d'une lecture publique quelques semaines avant sa mort. Dans ce roman, Vickie Gendreau réunit plusieurs artistes qui ont vécu un destin tragique. Elle montre qu'elles sont liées par des expériences communes et non par leur époque, elle cherche à inspirer les écrivains d'aujourd'hui à s'aider plutôt qu'à se référer aux générations précédentes. Éric Jean, à qui l'on doit l'adaptation théâtre de Testament, dit avoir « (...) eu le sentiment de vivre les funérailles de Vickie avec Vickie » .

Elle s'est fait connaître auprès du grand public lors son passage à l'émission Tout le monde en parle sur les ondes de Radio-Canada le .

Elle est décédée d'une tumeur au cerveau à l'âge de 24 ans, le .

En 2018, sa maison d'édition Le Quartanier fait paraître un texte inédit intitulé Shit fuck cunt, écrit en 2010.

Ce texte, mettant de côté la maladie, image « les déchirements amoureux et existentiels » de la jeune Vicky de 20 ans. Avec cette nouvelle publication, ses lecteurs la retrouve « avec toute sa fougue, son rythme effréné, sa détresse et son univers éclaté.» Selon sa mère, cette sortie rapproche sa fille de son rêve d'être grande écrivaine.

Liens avec l'auteur Mathieu Arsenault

L'écrivain québécois Mathieu Arsenault était le meilleur ami et le mentor littéraire de Vickie Gendreau. Depuis le décès de l'auteure, il agit à titre de « légataire littéraire des textes de Vickie Gendreau » et le « gardien [de ses] archives ».

Ils ont par ailleurs collaboré au sein de l'Académie de la vie littéraire, fondée par Arsenault et qui incluait également Catherine Cormier-Larose.

La critique a par ailleurs noté une grande proximité entre les romans Drama Queens, première publication posthume de Gendreau, et La vie littéraire d'Arsenault, tous deux publiés aux éditions Le Quartanier en 2014 et qui ont fait l'objet d'un lancement conjoint. Les deux auteurs font notamment mention l'un de l'autre dans leurs romans. Alors que Gendreau met en scène son ami "Mathieu" dans Testament et dans Drama Queens, Arsenault propose une narratrice féminine inspirée notamment de Vickie Gendreau, et qui constitue en quelque sorte un "double féminin de l'auteure", notamment lors du passage suivant : « j’ai vingt-quatre ans et je pense à vickie gendreau qui avait le même âge ».

En , Arseneault publie La Morte, qui évoque le deuil, le rapport complexe à l'œuvre de Gendreau et la façon dont l'écriture permet de maintenir le lien entre les vivants et les morts.

Thèmes et style


L'oeuvre de Vickie Gendreau est considérée comme étant de l'écriture testamentaire et de l'autofiction. Effectivement, dans Testament, l'autrice mélange des éléments de sa propre vie avec des situations imaginaires. Gendreau imagine particulièrement les réactions de ses amis après sa mort et se représente sous diverses formes. Dans un style poétique, elle énumère ce qu'elle souhaite laisser à sa famille et à ses amis. Elle exprime ses dernières volontés à travers son roman.Dans son oeuvre, le mélange entre sa vie réelle et son imagination permet de montrer une caractéristique importante de sa façon d'écrire, soit une écriture autofictionnelle.

Le roman Testament s'adresse à deux public différents : les proches de Vickie Gendreau et les lecteurs qui ne l'ont pas connue personnellement. Les nombreuses références à des souvenirs, à des conversations et à des expériences partagées peuvent être difficile à comprendre pour le grand public. Wall souligne ainsi que le roman possède une dimension intime qui influence sa réception, puisque les proches de l'autrice peuvent reconnaître des allusions qui échappent aux autres lecteurs.

Dans Testament, les thèmes de la maladie et de la dégradation physique occupent une place importante dans la représentation de l’autrice. La proximité de Vickie Gendreau avec la mort l’amène à réfléchir sur ce qu’elle souhaite léguer à ses proches suite à sa mort et à la manière dont elle sera mémorisée après sa disparition. Le corps malade de Gendreau renforce la vraisemblance de son récit et maintient le lien entre son vécu réel et les éléments fictifs de son œuvre.

Son écriture se distingue par l'usage d'une langue libre, directe et assumée, où elle emploie des propos sévères et des vulgarités. Son vécu permet de comprendre ces exagérations verbales, qui lui servent à exprimer avec intensité sa frustration face aux situations injustes auxquelles elle est confrontée.

L'écriture de Vickie Gendreau dans son roman Testament présente une dimension féministe et politique, et ce, en abordant des sujets comme la représentation du corps féminin et le refus des valeurs traditionnellement associées aux femmes. À l'aide du réalisme grotesque et d'un caractère provoquant, cette écrivaine présente plusieurs aspects de la réalité corporelle des femmes comme la digestion, la sexualité, les menstruations, l'avortement, etc. Ce désir de tout raconter s'inscrit dans le mouvement de l'autofiction féminine et rejoint l'idée féministe selon laquelle la vie privée est également politique. De plus, dans son roman, Gendreau utilise aussi des insultes à connotation sexuelle, qui sont habituellement employées pour humilier les femmes, mais elle se réappropries ces mots en leur donnant un sens plus positif et affirmatif. Les valeurs traditionnellement associées aux femmes, comme la pudeur, la pureté, l'innocence et la chasteté sont remises en question par cette autrice, qui présente plutôt l'impudicité comme une forme de liberté. Cette idée de liberté se retrouve aussi dans la représentation du travail du sexe, que l'écrivaine aborde de manière décomplexée, sans excuses et sans se présenter comme une victime. Elle donne ainsi une image positive à une activité qui a toujours été dévalorisée et contrôlée, ce qui représente un geste politique, car elle met en évidence les mécanismes de domination exercés sur les femmes et défend leur liberté de faire leurs propres choix concernant leur corps.

L'auteur Mathieu Arsenault dit qu'« [e]lle écrit comme peignent les impressionnistes (...). Ses petites phrases sont des touches et elle envoie ensuite de grands coups de palette dans toutes les directions » .

La traduction en anglais de ses oeuvres Testament et Drama Queens par Annie Wall (en 2016 et 2019 respectivement) s'avéra donc particulièrement ardue compte tenu du niveau de langue populaire avec lequel elles sont écrites. Afin d'éviter le plus possible de perdre en sens, en nuances ou de causer de mauvaises intégrations de jeux de mots, certaines séquences de mots, comme des jurons ou des expressions, sont laissées intactes.

L'auteure travaille consciemment, dans ses récits, son rapport à la vraisemblance et à l'autofiction, que ce soit par des procédés théâtraux ou cinématographique, par des jeux intertextuels et inter-référentiels, par l'élaboration, au sein même du récit, de définitions contradictoires du genre de leurs textes, ou par la mise en scène de sa relation aux médias. Autrement dit, les textes de Gendreau viennent investir le flou théorique de la vraisemblance, et par le fait même celui de l'autofiction.

Dans Testament, Vickie Gendreau imagine sa propre disparition et met en scène l'image qu'elle laissera à ses proches. Le personnage est représenté à travers différents regards et différentes images de soi. L'oeuvre interroge ainsi la construction de l'identité et la manière dont une personne peut maîtriser, ou non, l'image qui restera après la mort.

Testament, en plus d'appartenir au genre de l'écriture testamentaire, appartient aussi au genre funèbre du tombeau poétique. Dans le livre de Vickie Gendreau, ce genre se reflète notamment dans la façon dont les proches de l'autrice sont amenés à s'exprimer quant au décès à venir de cette dernière. De plus, l'œuvre de Gendreau diverge des autres œuvres de tombeau en ce qui a trait à la fonction d'investigateur du tombeau qui est pris en charge par la romancière elle-même.

Vickie Gendreau utilise une narration à plusieurs voix : plusieurs personnages prennent la parole, mais ils sont toujours tournés vers Vickie. Même les pronoms (« je », « tu », « elle ») la désignent toujours comme si elle se regardait à travers les yeux des autres. En imaginant ses proches parler d'elle au passé, elle anticipe sa propre mort et construit le souvenir qu'ils garderont d'elle, comme un héritage d'elle-même.

Le testament comme forme littéraire

Dans Testament, Vickie Gendreau s’inspire des caractéristiques du testament littéraire, un genre littéraire, en abordant les notions d’héritage par ses legs, de filiation et de transmission. Bien que ces notions fassent partie des thèmes abordés dans le roman, elles contribuent également à faire de l’écriture un moyen pour Gendreau de transmettre une partie d’elle-même, notamment à travers la répartition d’objets qui reflètent les liens qu’elle entretient avec chacun d’eux. Le roman devient ainsi une forme de transmission qui dépasse le simple héritage matériel.


Testament, se rapproche du tombeau poétique, une forme littéraire consacrée à la mémoire d’une personne morte. Vickie Gendreau anticipe sa propre mort par l’écriture d’un récit qui préservera sa mémoire au-delà de sa mort. Le roman établit ainsi un lien entre sa disparition physique, la mémoire de ses proches et la continuité de l’écriture.

Dans Testament, Vickie Gendreau utilise le procédé de l’autodérision pour aborder son cancer et sa mort prochaine. Ce procédé lui permet de joindre l’humour à des thèmes difficiles et donc d’écrire avec une approche plus originale sur la mort.

Postérité

La septième piste de l'album Pan de Fanny Bloom, sorti en 2014, est intitulé Drama Queens, en hommage et en référence à Vickie Gendreau.

La poète Juliette Langevin fait référence et cite Vickie Gendreau dans son recueil Fille méchante paru aux éditions de L'Oie de Cravan en 2023 :

« Vickie Gendreau écrit Quand ça ne va pas, c'est qu'il faut que je mange. Je suis souvent allée au restaurant toute seule dans ma vie. Dans Les Vagues, Virginia Woolf décrit la table. Il y a des pelures de poires. C'est une image qui m'obsède. J'aimerais manger ces pelures. il y a un lien entre les femmes qui écrivent et ce qu'il reste du fruit qu'il soit interdit ou non

quand je vais mal j'écris quand je vais bien je m'affame »

— Juliette Langevin, Fille méchante

Œuvres

Adaptations

Testament a été adapté et mis en scène par Eric Jean au Théâtre de Quat'Sous en . Cette adaptation est un hommage à l'autrice Vickie Gendreau ainsi qu'à son roman. Éric Jean conserve le même texte, mais il y ajoute des éléments audiovisuels et des chansons chantées par les comédiens. Ces ajouts permettent de mieux présenter l'écriture de Gendreau au monde théâtral. La pièce a également été reprise à Madrid, pendant le festival Una Mirada al Mundo, en .

En 2017, Eric Jean réalise une nouvelle adaptation de Testament, sous la forme d'un court-métrage.

Références

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Liens externes

Articles connexes