
L'affaire de Louvain, souvent appelée par les Belges francophones le Walen buiten (en néerlandais « les Wallons dehors ») et par les Flamands Leuven Vlaams (« Louvain flamande »), est une crise politique qui a secoué la Belgique entre le et le . Elle traduit une volonté des nationalistes flamands de « flamandiser » l'université catholique de Louvain, située dans la partie néerlandophone de la province de Brabant.
Depuis la Seconde Guerre mondiale, il existait en fait deux universités à Louvain : une francophone et une néerlandophone, toutes deux intégrées sous une direction unitaire. Cependant, les nationalistes flamands exigeaient depuis longtemps la fermeture de la section francophone, située en territoire néerlandophone dans la province de Brabant, qu'ils continuaient à percevoir comme « une université francophone en territoire flamand ».
Le contexte des années 1960, marqué par des crises linguistiques à répétition, a rendu ces exigences de plus en plus pressantes. C'est notamment la consécration du principe de l'unilinguisme régional par les lois linguistiques Gilson de 1962, suivie de la loi sur l'enseignement du 30 juillet 1963, qui a renforcé le principe « la langue de la région est la langue de l'enseignement ». Cette législation a mis fin aux « classes de transmutation » qui permettaient encore l'organisation d'un enseignement en français en Flandre. Si la législation linguistique autorisait exceptionnellement l'Université catholique de Louvain à rester bilingue, les voix se sont multipliées pour exiger sa néerlandisation complète.
Ces revendications se heurtaient toutefois au refus catégorique du pouvoir organisateur de l'université — les évêques de Belgique — de scinder la plus grande université belge en deux institutions autonomes. Dans ce climat tendu, même le dédoublement des cours, le bilinguisme administratif et le nombre croissant de professeurs néerlandophones ne suffisaient plus à apaiser les tensions.
Au-delà de la question purement linguistique, un mouvement étudiant fort portait également ces revendications. Paul Goossens, alors leader étudiant, explique : « Nous — et j'entends par là les différents mouvements étudiants de l'époque — estimions qu'une université doit avoir un lien direct avec la population. Ce qui est difficile en dehors de sa propre communauté linguistique ». Enfin, des considérations logistiques sont venues s'ajouter au débat : il devint évident que la ville de Louvain ne pourrait plus, à terme, absorber une population étudiante en pleine croissance. C'est pourquoi la loi du 9 avril 1965 a finalement autorisé l'université à implanter des facultés en dehors de l'arrondissement de Louvain.
La question s'imposa à l'agenda politique le , quand trente mille personnes, dont vingt-sept parlementaires du PSC-CVP, défilèrent dans les rues d'Anvers pour exiger le départ des étudiants francophones de Louvain, au nom du droit du sol et de l'unilinguisme régional. Les motivations pour chasser les francophones n'étaient pas qu'idéologiques, mais aussi pratiques : la démocratisation de l'enseignement universitaire et l'importante et rapide multiplication du nombre d'étudiants rendaient la cohabitation difficile dans la petite ville brabançonne.
Après la manifestation d'Anvers, les étudiants nationalistes flamands de Louvain défilèrent régulièrement dans les rues de la ville, en scandant des slogans hostiles aux francophones, dont le célèbre « Walen buiten ». Des francophones répliquent par la dérision en allant se mettre en cortège à Houte-Si-Plou et en créant l'université de Houte-Si-Plou.
Le gouvernement de Paul Vanden Boeynants (PSC) laissa au pouvoir organisateur de l'université le soin de trouver un compromis à cette affaire. Pourtant, cela semblait de plus en plus difficile. Ainsi, le , Monseigneur De Smedt, évêque de Bruges, revint sur ses positions du , en avouant à Courtrai, devant une assemblée de membres du Boerenbond, qu'il s'était « grossièrement trompé » lorsqu'il avait préconisé le maintien de l'unité de l'université.
Le , l'intervention d'un député flamand du PSC, Jan Verroken, à la Chambre prouva[pourquoi ?] la profonde division qui régnait au sein de la famille sociale-chrétienne. Le premier ministre d'alors, Paul Vanden Boeynants, un social-chrétien francophone, n'eut d'autre choix que de remettre sa démission au roi Baudouin le lendemain, de peur de se voir destitué par le Parlement.
Pendant la campagne électorale qui s'ensuivit, le PSC et son pendant néerlandophone, le CVP, défendirent des programmes différents. C'en était ainsi fini du PSC unitaire. La famille sociale-chrétienne perdit dix sièges en Flandre et en Wallonie, mais en gagna deux à Bruxelles grâce à la popularité de Vanden Boeynants. Par contre, le FDF, le Rassemblement wallon et la Volksunie, trois partis défendant les intérêts de leurs communautés linguistiques contre les autres, gagnèrent respectivement deux, cinq et huit sièges.
Quant à la section francophone de l'UCL, elle dut quitter Louvain. Le , un plan d'expansion en Wallonie de la section francophone fut approuvé par le pouvoir organisateur de l'UCL. Quelques semaines plus tard, un nouveau règlement organique rendait officielle la scission entre la Katholieke Universiteit Leuven (KUL) et l'Université catholique de Louvain (UCL), cette dernière devant s'établir progressivement à Ottignies dans la partie francophone de la province de Brabant (dans une ville nouvelle, Louvain-la-Neuve), ainsi qu'à Woluwe-Saint-Lambert pour la faculté de médecine.
Ce déménagement hâtif fit craindre pour la survie de l'institution. Cependant, le , la première rentrée académique eut lieu à Louvain-la-Neuve, ville qui n'était encore alors qu'un chantier.