

Par culture de Yangshao (chinois : 仰韶文化 ; pinyin : Yǎngsháo wénhuà) on désigne des cultures du Néolithique moyen chinois (4500 à 3000 AEC) dans la région du fleuve Jaune, dans le Nord de la Chine, qui se caractérisent par leur céramique de qualité aux formes nombreuses. Certaines céramiques Yangshao sont peintes avec des motifs figuratifs stylisés ou avec des motifs géométriques, peut-être symboliques. Ces cultures ont été précédées par plusieurs cultures du Néolithique ancien entre 5500 et 4500, que l'on nomme « pré-Yangshao », dans un environnement de chasseurs-cueilleurs. Les premiers indices de néolithisation dans la région remontant vers 7000 AEC.
En 1921, l'archéologue suédois Johan Gunnar Andersson a conduit les fouilles d'un site près du village de Yangshao, au Nord du Henan, non loin du fleuve Jaune. Le nom du village a donné son nom à la période qui a progressivement, au XXe siècle, trouvé ses limites historiques, géographiques et culturelles. Le concept de « culture néolithique » s'est précisé dans le même temps et la zone géographique concernée à cette époque n'a cessé de se reconfigurer au fil des découvertes. Les multiples « cultures » locales plus ou moins « proches » de ce premier site ayant été intégrées ou distinguées de la culture Yangshao. Ce moment est considéré comme le début de l'archéologie moderne en Chine. Depuis, un millier de sites de la culture Yangshao ont été mis au jour, du Liaoning au Gansu. Aujourd'hui de nombreux chercheurs chinois, souvent enseignants aux États-Unis, tentent d'effectuer la synthèse des aspirations nationales, avec la constitution d'une histoire nationale, et de certaines démarches scientifiques américaines.
Les premières recherches sur cette culture ont donc commencé, avec Andersson, dans la région Nord-Ouest du Henan dès 1921 sur le site homonyme de Yangshao cun (Mianchi). Datant du Néolithique récent vers le IIIe millénaire, elle était dans les années 1970 considérée comme s'étant progressivement étendue vers l'Ouest, jusqu'à la province du Gansu. La découverte en 1977 de la culture de Peiligang sur le site de Peiligang (Xinzheng), a donné à la culture de Yangshao une Préhistoire qui plongeait dans un Néolithique bien plus ancien (6500-5000, au centre du Henan. « L'archéologue chinois Kwang-chih Chang a longtemps pensé que le berceau initial du Néolithique chinois se trouvait dans le bassin du fleuve Jaune, lieu d'éclosion de la brillante culture de Yangshao avec notamment, le site emblématique de Banpo ». Aujourd'hui cette conception est abandonnée devant la multiplication considérable des fouilles dispersées sur la presque totalité du territoire du monde chinois et avec des méthodes plus scientifiques et une ouverture des archéologues de la République Populaire vers leurs collègues du monde entier.
C'est la culture néolithique chinoise la plus étendue, dans l'état actuel de nos connaissances. On en trouve de multiples formes dans les provinces du Henan, du Shanxi, du Shaanxi, du Hebei, du Gansu, du Qinghai, du Liaoning, du Hubei ainsi qu'en Mongolie-Intérieure. Selon une approche plus restrictive les sites identifiables par des traits typiquement Yangshao sont situés au Shaanxi, au Shanxi et au Henan, avec une zone centrale dans la zone frontière de ces trois provinces.

La culture de Yangshao correspond à plusieurs phases des cultures néolithiques sur le cours moyen du fleuve Jaune.
1 La période du premier Néolithique dans cette région comporte trois phases:
Parlant de la culture de Yangshao ancien cette période, ou cette phase, est aussi nommée « phase Banpo », avec des habitats dispersés de taille moyenne, 5-6 ha. Le site de Jiangzhai étant un exemple type, sur une surface de 5 ha. dans la phase correspondant au Yangshao ancien.
2 Le Néolithique tardif dans cette région appartient au groupe de cultures de Yangshao :
Le site de Dahecun, dans l'Est de la région, présente une séquence complète depuis le pré-Yangshao jusqu'à la culture de Longshan: on parle de « Yangshao récent » pour Dahecun Yangshao phase III, et dire ainsi qu'il s'agit d'une culture du Yangshao tardif.
Les cultures Pré-Yangshao ont cohabité, entre autres, avec la culture de Hemudu (5000-4500) au Sud-Est (autour de Hangzhou, Zhejiang). Les cultures regroupées sous le nom de Yangshao ont cohabité, entre autres, avec la culture de Dawenkou (4300-2400) vers l'embouchure du fleuve Jaune, la culture de Hongshan (4700-2900) au Nord-Est et celle de Daxi (4500-3000) sur le moyen fleuve Bleu.
D'autres cultures leur ont succédé : Majiayao (3000-2700) à l'Ouest au Gansu, au Qinghai et au Ningxia et la culture de Longshan (3000-2000) du centre de la vallée du fleuve Jaune jusqu'à la mer de Chine orientale.


Les céramiques sont les témoins les plus nombreux, les mieux conservés de la culture matérielle des populations néolithiques.
L'analyse des styles de céramique a aidé la distinction des cultures. Les poteries de culture Yangshao ont de nombreuses nuances, la couleur de la terre cuite pouvant être beige, chamois ou rouge (parfois avec un engobe rouge), sur laquelle des motifs en noir ou en brun sombre ont été dessinés. Ces motifs, à Banpo, sont caractérisés par des visages ou des poissons. Le procédé décoratif typique de Miaodigou offre l'association de divers motifs, en aplats aux courbes amples, qui produisent un double effet tapissant de fleurs confondues. Ailleurs des jeux de formes libres dans une large bande peinte au-dessus de la ployure de la panse montrent un dynamisme fondé sur des formes ponctuées et des lignes obliques qui courent tout autour. Quelques pièces exceptionnelles offrent de rares motifs figuratifs disposés en frise et à la stylisation prononcée. C'est le cas d'une urne funéraire, sépulture secondaire : les ossements, d'enfants ou d'adultes, étaient réunis dans ces urnes peintes de figures d'animaux, d'hommes et femmes, de sexes, du soleil et de la lune, de haches. L'une d'elles comporte un ensemble figuratif unique : une cigogne tient en son bec un poisson, une grande hache se dresse à son côté : mais rien ne prouve qu'il s'agisse d'indices de guerre, cette société ne montre aucun signe de différenciation sociale dans les urnes de son cimetière. Dans la phase finale de Yangshao, à Dahecun (v. 3300-3000), on trouve de nombreux motifs non figuratifs jouant avec des surfaces aux courbes tendues, en aplats blanc, noir et rouge, ainsi que des lignes obliques qui créent une dynamique caractéristique. Les formes utilitaires comportent, entre autres, des bols, des jarres (à col étroit et sans épaules), des cruches et des urnes.
Les céramiques étaient bien cuites, vers 900°. La plupart des fours du début de la culture de Yangshao découverts avant 2020 étaient de type à chambre horizontale, de petite taille et de structure simple. En 2020 un ensemble de fours, datés vers 4000, au Yangshao ancien, a été découvert, dont un four à chambre verticale, doté de 11 foyers circulaires à la base, et à étagères, ce qui en fait le plus ancien de ce type dans la culture de Yangshao. Comparé au type à chambre horizontale, le type à tirage vertical ascendant améliorait non seulement le rendement exergétique, mais garantissait également une meilleure qualité des poteries, les rendant plus solides. Montées au colombin, elles étaient ensuite tournées sur un tour lent (ou tournette) pour les plus petites pièces à la fin de la période.

Ce qui caractérise cette époque c'est que sous un climat favorable l'agriculture, surtout le millet des oiseaux et le millet commun (Panicum miliaceum ), est devenue une source importante d'alimentation entrainant un accroissement significatif de la population et des villages de taille plus importante qu'auparavant. La pression croissante de cette population sur les terres les plus riches a amené à leur dispersion sur des régions plus marginales entrainant de nouveaux assemblages de populations néolithiques. Si la culture pré-Yangshao s'était plutôt située sur des piedmonts, l'aire de culture Yangshao se développe dans les plaines.
La culture du riz était déjà pratiquée à l'époque pré-Yangshao : on a retrouvé du riz domestique à Jiahu, dans la culture de Peiligang, avec des sites couvrant, en général, une surface de 30 ha. entourés de fossés et disposant de structures de stockage communes. Les moissons qui s'effectuaient avec des lames soigneusement façonnées à l'époque pré-Yangshao sont effectuées ensuite avec des couteaux de céramique ou de pierre. Les meules ont été utilisées pour la réduction des glands en farine pendant la période pré-Yangshao. Ces meules ont progressivement disparu au Néolithique moyen, en particulier dans la culture Yangshao, sauf dans certaines régions montagneuses où cette stratégie de subsistance s'est encore poursuivie.
Les hommes de Yangshao disposaient de textiles et de vanneries dont on a conservé les empreintes précises sur le fond de certaines poteries. Ils cultivaient le millet, ainsi que le chou chinois, pe-tsaï, avec un outillage en pierre. Ils élevaient des porcs et des chiens, mais la chasse continuait à jouer un rôle prépondérant.

La société s'est complexifiée, avec des habitats fortifiés et la circulation de produits d'exception comme le jade.
Certaines découvertes archéologiques ont laissé supposer la présence de chamanisme, ou son équivalent. À Puyang a été mise au jour une tombe dans laquelle un homme était placé entre deux représentations d'animaux, un dragon chinois (?), à sa gauche, et un tigre, à sa droite, réalisées avec des coquillages. Dans le Baopuzi, ouvrage du troisième siècle de notre ère, il est écrit que les prêtres taoïstes emploient des tigres, des dragons ou des cerfs pour effectuer leurs voyages au ciel, où ils sont censés rencontrer des dieux et des ancêtres. Ces « voyages extatiques » auraient une origine chamanique. Mais l'écart très grand entre les dates des réalisations et les textes ne permettent pas d'en tirer une relation étroite.
La Chine bénéficiait, entre 6000 et 3000 (du Pré-Yangshao au Yangshao final), d'un climat de 2 à 3 degrés plus chaud et il était plus humide que maintenant. Des forêts de bambous permettaient aux pandas géants de vivre en Chine du Nord. Outre les tigres, les ours noirs et les léopards, les arrière-pays de montagnes et de forêts abritaient des rhinocéros, des éléphants, des macaques, des chacals et des paons, animaux qu'il faut maintenant chercher dans la vallée du Yangzi Jiang. Cette dernière comprenait alors des mangroves.
La phase Banpo (Yangshao ancien, 4500-4000) se situe au moment de l'optimum climatique postglaciaire de Chine du Nord.
La fin de cette période est marquée par un épisode d'oscillations climatiques intenses qui ont précédé l'apparition de climat plus froid vers le IIIe millénaire. Ce qui a eu un impact très net sur ces populations avant que n'apparaisse la culture de Longshan.
Le point de vue actuel relativise la place des cultures de la Plaine centrale au sein des cultures qui lui sont contemporaines. Les découvertes archéologiques semblent démontrer que la tradition culturelle de la Plaine centrale dans le cours moyen du fleuve Jaune, et dans les vallées de la Wei et de la Fen n'a pas été « en avance » sur des cultures « périphériques » pendant la période néolithique. Les tombes de ses élites avec leurs dépôts de jades ou la tradition des grandes maisons ne font pas de Yangshao un cas unique et n'en sont pas les premières manifestations en Chine. Par contre elle est remarquablement bien documentée en raison de l'histoire de la discipline archéologique dans le cadre de l'histoire politique du pays.

Certaines études considèrent que la culture de Yangshao pourrait être à l'origine de la diffusion des langues sino-tibétaines,,.
Sur l'art préhistorique des pétroglyphes :