ACAB ([a.kab]), initialement acronyme de l'anglais «All cops are bastards» («Tous les flics sont des bâtards»), est un slogan occidental, à l'origine anti-police. Il est tagué sur les murs ou sur des affiches pour les recouvrir.
ACAB est parfois remplacé par le nombre 1312, en référence à la position des quatre lettres dans l'alphabet latin.
Historique
Le Monde situe la création de l'acronyme dans l'Angleterre ouvrière des années 1920 ou 1940. Selon une autre source, ACAB aurait été utilisé comme tatouage dans les prisons au Royaume-Uni à partir des années 1940, puis a été repris par les bikers américains dans les années 1960, avant d'être popularisé par les skinheads dans les années 1970. The 4-Skins, groupe britannique de punk rockOi! a participé à populariser cet acronyme dans une chanson du même nom datant de ,.
Plus tard, il a été réutilisé lors d'affrontements dans les rues ou par certains supporters de footballUltras,,.
Selon l'avocat français Antoine Lyon-Caen, «ACAB ce n'est pas une injure. Initialement, ça fait état de l'origine populaire des policiers. La formule aux États-Unis n'a rien d'injurieux, elle a été inventée pour marquer la tension qui existe au sein de la police d'être né dans les milieux populaires et d'intervenir dans ces mêmes milieux. C'est ça la bâtardise initiale.»
Selon l'avocate belge Selma Benkhelifa, «vous ne pouvez pas traiter un policier en particulier de «bastard». Mais dès lors que vous visez la police dans son ensemble, en tant qu'institution, il s'agit d'une opinion politique protégée par la liberté d'expression.» Des chercheurs corroborent cette vision, en considérant que le slogan est employé —par les abolitionnistes et anti-autoritaires— comme une critique systémique de l'institution policière et de son rôle social et non comme une insulte portées sur les qualités individuelles de chaque policier.
«ACAB» dans les manifestations
Pancarte «All Colors Are Beautiful» visant à promouvoir la tolérance, ou à cacher le sens anti-police de l'acronyme derrière un message plus pacifique.
«All Colors Are Beautiful» («Toutes les couleurs sont belles») dans le mouvement antiraciste;
«All Clitoris Are Beautiful» («Tous les clitoris sont beaux») au sein de la mouvance féministe,
devenant ainsi un acronyme généraliste d'opposition à l'oppression.
L'acronyme peut être ambigu, comme dans «All Cats Are Beautiful» (tous les chats sont beaux), ou faire l'objet d'un détournement, comme dans «All Cops are Brothers» («tous les flics sont frères»), utilisé par la police.
↑(en) Terri Gordon-Zolov et Eric Zolov, The Walls of Santiago: Social Revolution and Political Aesthetics in Contemporary Chile, New York, Berghahn Books, coll.«Protest, Culture & Society» (no29), , XXV-280p. (ISBN978-1-80073-255-1, 978-1-80073-322-0 et 978-1-80073-256-8), p.80 (lire en ligne).
↑(it) Nicola Guerra, «Dalla strada alla letteratura, le spericolate e propizie vicende del forestierismo A.C.A.B.. Il contatto linguistico tra italiano e inglese nelle sottoculture Skinhead e Ultras», Analele Universităţii din Craiova. Seria Ştiinţe Filologice. Lingvistică, no12, , p.272–279 (lire en ligne).
↑(en) Trent Aitken-Smith (ill.Ashley Tyson), «ACAB», dans The Tattoo Dictionary: An A-Z guide to the secret language of tattoos, Londres, Mitchell Beazley, , 257p. (ISBN978-1-78472-177-0 et 978-1-78472-254-8), p.13 (lire en ligne, consulté le ).
↑(en) Bill McClanahan et Tyler Wall, «“Little wars with the police”: Aesthetic arsenals and intellects of insult», Crime, Media, Culture: An International Journal, vol.21, no1, , p.3–26 (DOI10.1177/17416590241238952, lire en ligne).