| Naissance |
Années 1780 Gazir (Bornou) |
|---|---|
| Nom de naissance |
Ali Eisami |
| Autres noms |
William Harding |
| Domicile |
Barthurst (Sierra Leone) |
Ali Eisami Gazirma, ce qui signifie en langue kanouri Ali fils d'Eisa de Gazir, né vers 1789-1790, plus tard connu sous le nom de William Harding, est un savant Kanouri originaire de Bornou. Il est réduit en esclavage vers 1814, à la suite des conflits qui ravagent alors l'ouest du Bornou. Après avoir été vendu sur un marché aux esclaves de la côte, il est déporté sur un bateau esclavagiste, mais ce bateau est arraisonné par la Royal Navy en raison du blocus mis en place par la couronne britannique en lien avec l'abolition de la traite atlantique. Tous les captifs présents sur le bateau sont débarqués à Freetown et obiennent le statut de liberated africans. Ali Eisami passe le reste de sa vie dans la colonie de Sierra Leone. Entre 1848 et 1852, il collabore avec le missionnaire et linguiste allemand Sigismund Koelle à l'élaboration d'une grammaire de la langue kanouri et à la publication du premier ouvrage en caractère latin en langue kanouri rassemblant des fables, des récits historiques et le récit autobiographique d'Ali Eisami.
Ali Eisami est né, en 1789 ou 1790, à Magirari Tapsoua, dans la province de Gazir dans le sultanat du Bornou Son père est un savant musulman et Ali Eisami reçoit auprès de lui une éducation islamique pendant quatre ans. Vers, 1808, aors qu'Ali Eisami a dix-neuf ans, après une série de catastrophes naturelles dans le Bornou, commence ce que ce dernier appelle les « guerres peules » et qui est désigné aujourd'hui dans l'historiographie comme le Jihad d'Ousman dan Fodio. Les attaques des troupes jihadistes déstabilisent profondément le sultanat du Bornou. Ali Eisami est témoin à deux reprises de chute de la capitale du sultanat Ngazargamu, près de laquelle il vivait. Lors de la première, sa famille perd sa maison et lors de la seconde, sa famille est tué, il rejoint alors un groupe de Shuwa voisins.
Trois ans plus tard, il est capturé lors d'un déplacement par un groupe de Peuls qui le réduisent en esclavage et le vendent. Emmené avec d'autres esclaves vers l'ouest, à travers les sultanats haoussa, il est vendu à plusieurs reprises avant de devenir captif dans le pays yoruba pendant environ quatre ans. Là, Ali Eisami est témoin de la rébellion du chef militaire d'Ilorin Afonja (en) contre l'empire d'Oyo. Comme beaucoup de propriétaire d'esclave d'Oyo craignant la fuite ou les rebellions d'esclave, son maître yoruba le vend en 1817 dans un marché aux esclaves de la côte, car Afonja avait commencé à affranchir les esclaves qui rejoignaient son armée provoquant des fuites massives d'esclaves. C'est dans le même contexte, que Samuel Ajayi Crowther a été réduit en esclavage lors de la prise de sa ville natale, Osogun, en 1821. Ai Eisami est embarqué à bord d'un navire négrier européen à destination des Amériques, mais après plusieurs semaines en mer, le navire est intercepté par la Royal Navy britannique. Les captifs sont libérés et emmenés en Sierra Leone, une colonie britannique établie en 1808 pour réinstaller les esclaves affranchis, où ils arrivèrent en avril 1818.
En Sierra Leone, alors que Charles MacCarthy est gouverneur, des milliers d'esclaves affranchis sont débarqués à Freetown, déclarés libérés et installés dans des villages alentours. Mais cette liberté est contrainte, certains sont placés comme apprentis, une pratique souvent considérée comme une forme d'esclavage déguisé. D'autres sont forcés de s'installer dans des villages spécialement créés pour les accueillir où leur vie est supervisée par des missionnaires allemands au service de la Church missionary society une société missionnaire anglicane. Initialement leur installation est subventionnée par le gouvernement britannique, mais il est prévu qu'ils deviennent rapidement autonomes. Ali Eisami est installé à Bathurst (en), un village nouvellement créé dans les montagnes près de Freetown, sous la supervision du révérend Decker. Samuel Ajayi Crowther, lui aussi libéré par la marine britannique, y fut également installé quatre ans plus tard. Ali Eisami y est rapidement baptisé et, comme c'était courant dans ce contexte, il prend un nom anglais : William Harding. Le révérend Decker, surintendant, le nomme agent de police et le mari peu après son arrivée. Par la suite, le couple s'installe avec un groupe de Kanouri qui vivaient déjà en Sierra Leone depuis un certain temps. Peu d'éléments permettent de documenter les années suivantes de sa vie.
Au début de l'année 1848, le missionnaire et linguiste Sigismund Koelle, qui souhaite produire une grammaire de la langue kanouri, cherche un collaborateur. Il choisit rapidement Ali Eisami, qu'il décrit comme « un homme de bon sens, doté d'une mémoire exceptionnelle et d'une moralité irréprochable », pour l'aider à apprendre, à documenter la langue kanouri et à traduire des textes produit dans cette. Ce travail aboutit à la Grammar of the Bornu or Kanuri Language/Grammaire de la langue du bornou ou kanouri, publiée en 1854. Pour produire son analyse grammaticale, Sigismund Koelle avait constitué et analysé une ensemble de texte en langue kanouri, qu'il appelle littérature, en retranscrivant mot à mot ce que lui dictait Ali Eisami. Une sélection de près de 800 pages de ces textes: récits historiques et politiques, textes littéraires et récits personnels, est aussi publiée en 1854 sous le titre African Native Literature/Littérature autocthone africaine, contenant les textes en langue kanouri avec une traduction anglaise et un lexique exhaustif. La grande originalité de cet ouvrage est qu'y sont publiés des textes dans leur langue d'origine, mais aussi que l'éditeur Sigismund Koelle présente de manière extensive celui avec qui il a travaillé, Ali Eisami, dans les introductions des ouvrages issus de leur collaboration intellectuelle, et a ainsi fait connaître Ali Eisami.