
Les archives queer ou archives LGBT sont un lieu de conservation des documents, physique ou virtuel, consacré à l'histoire LGBT. La problématique de l'archivage des expériences queer a intéressé nombre d'artistes. Les archives communautaires queer locales sont intrinsèquement liées à l'activisme LGBT et aux rapports de force qu'il construit.
Chez les chercheurs en archivistique, les archives queer sont associées au concept d'archives communautaires, dont elles peuvent être considérées comme une sous-catégorie.
Le chercheur britannique Andrew Flinn définit les archives communautaires comme des initiatives venant du bas, qui visent à préserver et valoriser le patrimoine et la mémoire d'une communauté, mettant l'accent sur l'aspect participatif et indépendant du projet. Patrice Marcilloux identifie trois critères pour les distinguer des autres structures conservant des archives privées : premièrement, les archives collectées documentent un groupe social qui s'identifie comme une communauté, deuxièmement les archives sont prises en charge directement par les membres de la communauté, et pour finir la valeur attribuée aux archives va au-delà de la collecte par simple loisir.

Une définition plus large est également possible. Bénédicte Grailles utilise plutôt l'expression « archives de communauté » et propose une définition qui inclut également les institutions publiques qui mènent des initiatives en faveur de l'archivage des mémoires d'une communauté spécifique. De même, le Community Archives and Heritage Group au Royaume-Uni choisit d'inclure dans son périmètre toutes les organisations qui conservent des collections concernant une communauté de personnes et qui s'auto-définissent comme archives communautaires.
L'archive comme concept, exprimé au singulier, est théorisée également par les penseurs et militants queer, dans la lignée des travaux de Michel Foucault et Jacques Derrida et du tournant archivistique des sciences humaines et sociales stimulé par leurs ouvrages L'Archéologie du savoir (publié par Foucault en 1969) et Mal d'archive (publié par Derrida en 1995).
Dans l'étude de Ann Cvetkovich sur la mémoire et culture lesbiennes aux États-Unis, le concept d'archive est mobilisé en tant que répertoire des sentiments et en particulier du traumatisme du vécu queer. Elle est composée de toute sorte de textes, objets, matériaux, témoignages, performances,. Jack Halberstam reprend cette idée dans son ouvrage In a Queer Time and Place, où il parle de l'ensemble des mémoires, des récits et des traces du meurtre du jeune homme transgenre Brandon Teena, comme d'une archive des émotions et du traumatisme queer. Il appelle à penser l'archive comme un « signifiant flottant » des vies documentées par toutes sortes de traces matérielles, qui participe à la construction de la mémoire collective.
En France, Sam Bourcier prône une pratique de l'archive vivante, comme reprise en main de la subjectivité queer face aux invisibilisations et à la violence des institutions.

L'Institut de sexologie du médecin et sexologue Magnus Hirschfeld est considéré comme la plus ancienne organisation conservant des collections qui donnent une place importante aux minorités de genre et d'orientation sexuelle. Karl Giese, également compagnon de Magnus Hirschfeld, en est l'archiviste jusqu'à sa destruction en 1933.
D'autres organisations issues du premier mouvement homosexuel et des prémices du mouvement LGBT développent des centres d'archives et de documentation.
C'est le cas de Cultuur en Ontspanningscentrum, organisation fondée en 1946 aux Pays-Bas, dont les fonds sont ensuite intégrés aux collections de IHLIA LGBTI Heritage.
Les années 70, 80 et 90 voient la multiplication de ces initiatives, aux côté d'autres bibliothèques, archives et sociétés historiques indépendantes d'initiatives activistes et/ou minoritaires. C'est le cas à Berlin avec la fondation en 1983 des archives lesbiennes du Spinnboden et, deux ans plus tard, du Schwules Museum, musée, centre d'archives et de documentation homosexuel.
Au début des années 2000, le développement technologique facilitant la numérisation et le partage de reproductions à travers des plateformes comme Flickr favorise également la création et la visibilité des archives queer.
En 2012 sont fondées en Argentine les Archives de la mémoire trans, premières archives trans d'Amérique du Sud. Cette ouverture en inspire rapidement d'autres, dans un contexte politique où le travail de mémoire queer s'intègre aux mouvements de lutte pour les droits humains et au militantisme en opposition aux régimes autoritaires.

Les sites web peuvent constituer des supports intéressants pour les archives queer, car ils permettent un archivage participatif, discret et accessible : Queering the Map, L'Armari de la Memòria, Hexagone Gay et Cüirtopia utilisent ainsi Internet comme moyen principal d'archivage.
Les objets collectés par les archives queers sont de natures diverses : rapports de police concernant l'arrestation de minorités sexuelles et de genre, recherches universitaires, publications d'associations communautaires, flyers de bars, objets, archives orales.
Différentes formes d'organisation sont possibles pour les structures conservant des archives queer. Bénédicte Grailles distingue quatre grandes familles de centres en fonction de leur rapport avec la communauté :
Les Gay and Lesbian Archives, aujourd'hui GALA Queer Archive, naissent en 1997 comme projet de collecte et de conservation de documents liés aux vies homosexuelles en Afrique du Sud. Leur création est inspirée par d'autres initiatives européennes et américaines, comme Lesbian Herstory Archives et Homodok.
Nées en 2008 en tant que projet d'histoire orale, les Arizona Queer Archives incluent depuis 2011 la collecte d'archives physiques. Il s'agit des premières archives queer créées dans l'état de l'Arizona,.
Il est possible d'identifier au moins 55 initiatives d'archivage queer en Amérique Latine, ce foisonnement étant dû à une tradition militante de politisation de la pratique de l'histoire et des traces du passé.

Les Archives de la mémoire Trans ont été conçues par les militantes transgenre Claudia Pía Baudracco et María Belén Correa et fondées en 2012. Elles conservent plus de 10 000 documents datant du début du XXème siècle jusqu'aux années 90. Il s'agit d'un projet pionnier qui en a inspirés beaucoup d'autres, en particulier en Amérique Latine,.
Archivo de la Memoria Marica del Perú naît comme projet numérique de mémoire LGBTQI+. La collection se construit à partir des documents collectés par André Mere Rivera, fondateur et aujourd'hui directeur de ce projet d'archivage, et qui témoignent du vécu LGBTQI+ au Pérou. Les archives mettent à disposition aujourd'hui des livres, flyers, posters, dépliants, badges, brochures, broderies et des œuvres d'art. Archivo de la Memoria Marica del Perú organise également des ateliers d'initiation à Wikipédia et Wikimedia Commons, et mène un projet de cartographie des lieux significatifs pour la communauté à Lima,.
Dans cette même ville est fondé Archivo de la Memoria Disidente, installé dans une maison et maintenu bénévolement par ses fondateurs. La collection inclut la série de photographies La Virgen de la Puerta de la photographe britannique Annie Bungeroth, qui documente le quotidien et les pratiques religieuses de la communauté travesti du quartier La Floral de Lima dans les années 1990.
En 2017 naît à Bangalore l'organisation Queer Archive for Memory, Reflection and Activism (QAMRA), comme lieu de conservation d'archives queer physiques, multimedia et multingues. Le centre d'archives a constitué notamment une collection concernant la criminalisation puis la décriminalisation de l'homosexualité à travers l'abrogation de l'article 377 du code pénal indien, incluant des documents judiciaires, recherches scientifiques, articles de presse, imprimés et témoignages enregistrés,. Depuis 2021, les fonds sont conservés à l'École nationale de droit de l'université de l'Inde.
Né en 2019, Queer Indonesia Archive est un espace virtuel d'archives numériques, alimenté par des bénévoles, qui collectent, numérisent et diffusent des archives liées à la communauté LGBTQI+ d'Indonésie.Parmi les premiers documents numériques collectés se trouve une collection de périodiques indonésiens scannés par l'anthropologue Tom Boelstroff. L'équipe de bénévoles constituent également des archives orales à travers des entretiens.
Le site met en place des expositions numériques d'archives, ainsi que des événements comme des lectures de poésie. Les personnes visitant le site sont invitées à contribuer en soumettant une description de leurs propres archives pour qu'elles soient numérisées.
Le musée numérique LGBTQI+ de Taïwan est créé en 2025 suivant une série d'expositions et séminaires sur la thématique LGBTQI+. La plateforme s'intéresse notamment à la conservation des traces des militantismes des années 1990 et 2000 allant au-delà de la lutte pour le mariage pour tous, obtenu en 2019.
On trouve peu d'archives LGBTQIA+ structurées et accessibles en Europe centrale et de l'Est, en raison du développement tardif des mouvements et des études queer et de la persistence de l'homophobie dans les institutions patrimoniales, ce qui constitue un obstacle pour l'accès à des financements durables.

Créé officiellement en 2009 dans la ville de Vienne, QWIEN – Zentrum für queere Geschichte (de) (en français : QWIEN – Centre pour l'histoire queer) naît de l'initiative de Andreas Brunner et Hannes Sulzenbacher qui collectent des documents sur la vie queer depuis les années 1990,. Le centre est financé par la ville de Vienne et il s'agit du premier centre culturel LGBTQIA+ en Autriche.
En France, l'émergence des initiatives d'archivage par et pour la communauté LGBTQI est moins visible que dans les pays anglophones et présente des particularités en raison de la tradition politique du pays, de sa conception de la laïcité et du rapport à la chose publique, ainsi que d'un universalisme porté en opposition au communautarisme Elles sont également moins étudiées.
Cependant, des projets émergent dès les années 70 et 80, dont certains sont toujours actifs. Les centres d'archives communautaires LGBTQI actifs en France et conservant des archives physiques ont été recensés en 2021, avec d'autres centres d'archives communautaires, par les étudiants et étudiantes du master Archives de l'Université d'Angers. Ce travail a été publié sous forme de carte interactive présentée à l'occasion de la XIXe journée archivistique d'Angers.

En 1975 naît à Paris l'Aleph, qui devient en 1977 le Centre d'Information et de Documentation de l'Homosexualité (CIDH) recueillant des informations et des documents sur la répression des homosexuels. Il cesse son activité en 1981. Cette même année est créé l'Association pour un centre d'archives homosexuelles, domiciliée à la librairie Les Mots à la bouche.
Fondé en 1983, le centre d'archives et de documentation Archives Recherches Cultures Lesbiennes est toujours en activité à Paris.
L'association Mémoire des homosexualités est fondée en 1983 à Paris. Renommée ensuite en 1987 Mémoire des sexualités, elle poursuit son activité à Marseille avec le but collecter et conserver les archives LGBTQI+, redynamiser la vie culturelle de la communauté à Marseille et de mener des actions militantes.
Dans ces même années, le militant Hoàng Phan Bigotte prend l'initiative de collecter conserver des documents concernant la vie et la culture LGBTQI+. A partir de cette collection personnelle, il co-fonde en 2001 l'Académie Gay et Lesbienne qui fait vivre les collections du Conservatoire des Archives et des Mémoires LGBTQI,,.

Le Centre d'archives LGBTQI+ Paris Île-de-France se développe, quant à lui, dans la continuité d'un projet d'archives communautaire lié à la municipalité des premières années 2000, mais repris à partir de 2017 par un collectif militant.
Toujours en 2017, c'est l'association Mémoires Minoritaires qui voit le jour à Lyon. Elle anime depuis 2021 une bibliothèque et centre d'archives appelé Le Brrrazero.
En avril 2021 est fondé Big Tata, un réseau décentralisé qui rassemble des Bibliothèques et Centres d’archives LGBTQIA+ de France, de Suisse et du Canada. Les toutes premières Rencontres du réseau ont lieu en juin 2023, dans les locaux du Brrrazero à Vaulx-en-Velin et permettent aux membres d'échanger sur les pratiques et outils de collecte et de transmission des archives. Un catalogue collectif est mis en place pour retrouver les ouvrages, périodiques, travaux universitaires, ephemeras et autres médias conservés dans les différents centres. En 2024, le réseau signe une tribune en réaction à la proposition de loi portant réparation des personnes condamnées pour homosexualité entre 1942 et 1982, qu'il considère comme insuffisante et appelle à des actions de réparation collective à travers le soutien au travail de conservation et transmission des mémoires LGBTQI+.

Les Archives Háttér (en) naissent en 1997 au sein de la Háttér Society (en), une ONG de lutte pour les droits LGBTQIA+ fondée en 1995 et la plus ancienne en Hongrie. Les archives conservent plus de 1500 ouvrages, des productions académiques, des coupures de presse, des périodiques comme la revue Mások, publiée mensuellement entre 1991 et 2008, plus de 1000 films sur différents supports, des enregistrements audio, des photographies de lieux et événements LGBTQIA+, des imprimés, des posters et des documents issus d'organisations LGBTQIA+ ou de personnes privées. Les usagers des archives sont le plus souvent des étudiants, des chercheurs ou des journalistes.
Les archives de Labrisz, association lesbienne hongroise, se constituent suivant un effort de collecte des traces des vies et des luttes lesbiennes. Parmi les archives mises à disposition en ligne se trouvent les interviews réalisées pour un projet d'histoire orale, qui a donné lieu à la réalisation du documentaire Secret Years, sorti en 2009 et consacré au vécu des lesbiennes pendant le communisme. Les archives cherchent à recueillir des documents sur les personnalités historiques hongroises comme Sándor Vay, Minka Czóbel, Cécile Tormay, Hilda Gobbi ou Erzsébet Galgóczi, mais également sur les lesbiennes ordinaires en Hongrie.
Plusieurs projets ont vu le jour en Italie. Cependant, ils font face à des obstacles comme le manque de financements et la sous-représentation de groupes marginalisés tels que les migrants ou les travailleuses du sexe dans les fonds déjà collectés.
Le centre de documentation Flavia Madaschi naît en 1982 au sein du comité aujourd'hui affilié à Arcigay Il Cassero.
Egalement à Bologne voit le jour en 2020 le projet ArchiviST*- Archivi Storia Trans de Movimento Identità Trans, construit autour des fonds des fondatrices de MIT, Marcella Di Folco et Porpora Marsciano.
OUT-TAKES est le premier centre d'archives audiovisuelles LGBTQI en Italie. Le projet est né d'une idée du réalisateur Simone Cangelosi suite à son travail sur le documentaire Una nobile rivoluzione qui retrace le parcours militant de Marcella Di Folco.
Le centre d'archives et de documentation Paolo Poli de l'association Antinoo Arcigay de Naples a été déclaré d'intérêt historique remarquable par le Ministère de la Culture italien en 2025,. Le centre, qui existe depuis 2016, conserve le fonds d'archives d'Arcigay Naples ainsi qu'un fonds documentaire sur les thématiques LGBTQI.
Le centre de documentation Aldo Mieli a été fondé dans la ville de Carrare en 2021 par le collectionneur Luca Locati Luciani. Le point de départ du fonds d'archives est sa collection personnelle de documents et objets liés à la culture queer, qu'il a envisagé de donner à une institution pour garantir son accessibilité, avant de choisir la forme d'un centre d'archives local et indépendant pour ancrer son action dans la petite ville de Carrare.
En 2019 l'association Lestime, sur mandat de la ville de Genève, réalise un état des lieux des archives des luttes LGBTQI+ dans la ville.
Les Archives gaies suisses sont hébergées par les Archives sociales suisses à Zurich. La collection s'est construite à partir de 1992 autour des archives des membres de Der Kreis. Les archives acceptent des dons de documents de la part de groupes et de particuliers mais, par manque de moyens, ne pratique pas une recherche et collecte active.
A Lausanne, des associations en partenariat avec la ville ont lancé en 2025 une collecte d'archives LGBTQI+ de la Suisse romande, afin de les rendre accessibles au public au format numérique sur une plateforme collaborative.
Dans la ville de Prague, la Société pour la mémoire queer (cs) (en tchèque: Společnosti pro queer paměť) ouvre en 2015 un Centre pour la mémoire queer incluant un musée, des archives et une bibliothèque. Le centre est soutenu financièrement par la ville de Prague et par des donateurs privés. Parmi ses priorités se trouve la collaboration avec les seniors de communauté. En 2022 le centre a publié en ligne une carte interactive de la ville de Prague qui recense les lieux de vie LGBTQIA+ et les monuments associés à la communauté.
La constitution et l'entretien d'archives lesbiennes permet de mieux connaître le passé et donc de renforcer l'activisme LGBT selon Mathilde Petit. Pour Bénédicte Grailles, les archives ont aussi un rôle à jouer pour contribuer à conserver les traces du militantisme des minorités sexuelles et de genre. Pour ces raisons, la Bibliothèque à livres ouverts réclame des archives queer publiques. Les luttes autour des archives queer existent aussi en France. Entre 2013 et 2014, Act Up-Paris, une association de lutte contre le sida, est placée en redressement judiciaire et ses archives sont transférées aux Archives Nationales.
Selon Natasha Bissonauth, le recueil de poèmes ZOM-FAM par Kama La Mackerel montre que les enjeux des archives queer sont proches de ceux de l'histoire coloniale.
En 2014 a lieu, à l'université de Victoria, la première conférence internationale dédiée aux archives trans, Moving Trans History Forward. La conférence se tient par la suite tous les deux ans.
Selon Damien Delille, la question de l'archivage des expériences queer est centrale dans l'art performance, notamment des artistes Gran Fury (en), Group Material, John Button, Mario Dubsky (en), Guy Hocquenghem, Lionel Soukaz, Henrik Olesen (en), Fred Wilson (en), Simon Fujiwara (en), Sébastien Lifshitz, Pauline Boudry et Renate Lorenz, Zoe Leonard, Cheryl Dunye, Glenn Ligon, Reina Gossett et Sasha Wortzel (en).
Valentin Saez souligne également l'importance de l'archivage queer dans sa propre pratique artistique.