Asaf Simhoni

Asaf Simhoni
Asaf Simhoni en 1953
Biographie
Naissance
Décès
(à 34 ans)
JordanieVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
אסף שמחוני
Nationalité
Activité
Période d'activité
Père
Mordecai Simhoni
Mère
Yehudit Simhonit
Conjoint
Delilah Aisrzon
Autres informations
Parti politique
Arme
Grade militaire
Conflit
Lieu de détention

Asaf Simhoni, né le 9 octobre 1922 à Nahalal et mort le 6 novembre 1956, est un alouf. Il occupe le poste de chef du Commandement régional du Nord, chef adjoint de la Division des opérations, puis chef du Commandement régional du Sud. Simhoni dirige l'effort principal d'Israël au cours de la crise du canal de Suez. Il meurt la nuit à laquelle la guerre se termine dans un crash d'avion en direction d'Haïfa.

Biographie

Enfance et formation

Asaf Simhoni naît le 9 octobre 1922 à Nahalal, en Palestine mandataire. Il s'agit du fils aîné de Yehudit Simhonit et Mordecai Simhoni, cinquième génération de fermiers ayant réalisé leur alya en Palestine mandataire en 1921. Issus d'une colonie agricole près de Kherson, en Ukraine (alors Empire russe), ils s'installent à Nahalal, le nouvellement premier moshav établi. Le père de Yehudit Simhonit, Moses Yivzori, est un fervent sioniste ainsi qu'un intellectuel très au fait de la Bible et du Talmud. Sa maison accueille des intellectuels ainsi que des jeunes membres des colonies juives cherchant à immigrer en Israël et travailler dans l'agriculture. La famille Simhoni arrive en Palestine mandataire en 1921, devenant l'une des fondatrices du moshav Nahalal, l'un des premiers moshavim shitufiim de l'État. Sa mère, Yehudit Simhonit, est une militante sioniste ainsi qu'une femme politique, membre de la première Knesset et membre du Mapaï.

En 1931, à l'âge de neuf ans, la famille Simhoni déménage dans le kibboutz Tel-Yossef, situé dans la vallée de Jezreel. Il fréquente l'école commune d'Eïn-Harod-Tel-Yossef. Durant son adolescence, il se distingue par son initiative et son implication au sein de la communauté. Il maîtrise parfaitement tous les domaines de travail du kibboutz, particulièrement de l'agriculture, ainsi que du matériel agricole. Il passe également son temps à faire du sport ainsi qu'à jouer de la trompette dans le brass band du kibboutz.

Vie privée

Delilah, l’épouse de Simhoni, et leurs trois enfants. De gauche à droite : Yoav, Avner, Yiftah. Tel-Yosef, 1952.
Asaf et Delilah Simhoni à Tel-Yossef, 1944

Le 8 juin 1943, il épouse Delilah Aisrzon.

En 1952, ils divorcent. Ils ont trois enfants. Son fils cadet, Avner Simhoni, est assassiné en 1968 lorsqu'une mine terrestre explose dans le Golfe de Suez lors des opérations militaires dans la guerre d'usure dans le conflit israélo-arabe.

Carrière militaire

Haganah et Palmah

Au cours de la révolte arabe, âgé de 16 ans, Simhoni mène une révolte étudiante à l'encontre de l'école refusant de participer à l'effort de guerre. Il estime qu'il est nécessaire de se tourner vers la Haganah afin d'obtenir une protection. En 1938, Simhoni rejoint la Haganah et participe activement à la protection de la région autour du kibboutz contre les attaques arabes.

Simhoni devient l'un des premiers volontaires du Palmah peu de temps après son établissement le 15 mai 1941. En l'espace de deux courts mois, Simhoni est impliqué dans de nombreuses opérations en Syrie en préparation de la prochaine campagne Syrie-Liban par les Alliés sous le commandement de Yigal Allon, près de l'ancien bureau de douane près de Qatzrin dans le plateau du Golan. L'objectif de l'opération est de couper les lignes téléphonies de l'armée française de Vichy, dans une tentative d'empêcher leur occupation des régions sous Palestine mandataire.

Lors de ses deux premières années de son service au sein du Palmah, Simhoni occupe le poste de chef de peloton. Il occupe également le poste de guide dans le cadre de son unité dans la vallée de Jezreel, en Haute Galilée, ainsi que dans le Néguev. En 1944, il suit une formation de chef de peloton et est nommé commandant de la première colonie du Palmah à Beït-Keshet, un petit kibboutz en Basse Galilée près du Lycée agricole Kadoorie.

En 1945, Simhoni est nommé commandant du Gadna à Haïfa. Là, il est aux prises avec les Britanniques empêchant l'entrée des immigrants illégaux en Israël. Il participe à un nombre de campagnes aidant les immigrants illégaux à atteindre les rivages.

Asaf Simhoni, en compagnie de Chaim Herzog et d’un officier jordanien, a établi la ligne d’armistice en 1948.

Le samedi 29 juin 1946, jour de l'opération Agatha, Simhoni est arrêté par les Britanniques. Il est arrêté à Rafah et est détenu pendant cinq mois, étant l'un des derniers à être libérés. Suite à sa libération, Simhoni retourne au kibboutz. Il y travaille jusqu'au déclenchement de la guerre israélo-arabe de 1948.

En novembre 1947, Simhoni retourne au service pour le Palmah. Il est nommé commandant adjoint de compagnie du premier bataillon de la brigade Yiftah. Deux mois plus tard, il est nommé commandant de compagnie. Au cours des premiers mois de la guerre, Simhoni combat avec le régiment contre des bandes arabes à Haïfa, la Galilée occidentale, le Mont Guilboa, ainsi que la vallée de Beït-She'an. Ils combattent également dans la bataille de Mishmar-Haémek contre l'Armée de libération arabe de Fawzi al-Qawuqji. Une bataille ayant commencé avec une attaque à l'encontre de Mishmar-Haémek avec l'intention de s'emparer du kibboutz étant stratégiquement situé près de la route principale entre Jénine et Haïfa.

En mai 1948, Simhoni est nommé commandant de la compagnie B (la « compagnie religieuse »), une unité composée de recrues religieuses et laïques. Après la fin d'une courte formation, il commande un peloton lors de l'Opération Matateh, une attaque offensive avec l'objectif de capturer des plaines entre le lac de Tibériade et la vallée de la Houla dans le but d'ouvrir une route Tibériade-Rosh Pina. À la fin du mois, ils combattent contre l'armée libanaise dans l'Opération Yiftah avec l'objectif de capturer la Galilée orientale. Pour son service ainsi que son implication dans ces batailles, il est loué par le commandant du Palmah, Yigal Allon.

Asaf Simhoni en tant que commandant du 1er bataillon de la brigade Yiftah, 1948
Asaf Simhoni, commandant du 1er bataillon, Yiftah ; 1948

En juin 1948, la brigade Yiftah est déplacée vers le centre d'Israël. Dans le cadre de l'Opération Yoram, la compagnie de Simhoni capture à nouveau le kibboutz Gezer.

Après un bref répit, Simhoni est nommé commandant adjoint du bataillon. À ce titre, il participe aux batailles de la conquête de Lod et Ramla, ainsi qu'à la chute du couloir de Jérusalem lors de l'Opération Dani. Là, il participe également à l'Opération GYS, une tentative de créer un couloir à l'enclave israélienne dans le nord du désert du Néguev. En octobre, il est nommé commandant du premier bataillon et les commande lors de la bataille de Khirbet Mahaz près du kibboutz Beït-Kama. Ils combattent ensuite lors de l'Opération Yoav avec l'objectif d'ouvrir une route à travers le Néguev jusqu'à la périphérie de Gaza.

Au total, Simhoni participe à la guerre dans environ une quarantaine de batailles en tant que commandant de compagnie, commandant adjoint et commandant de bataillon. Suite à la guerre, Simhoni est l'un des officiers de l'armée possédant la plus grand expérience du combat.

En début 1949, Simhoni est au cœur de la tempête politique ayant lieu lors des premières années de l'État. Les règles électorales en vigueur à l'époque sont beaucoup moins restrictives. Il n'y existe aucune règle interdisant la candidature d'officiers en service actif. À leur tour, un certain nombre d'officiers, dont Simhoni, se présentent aux élections constituantes israéliennes de 1949 ayant lieu le 25 janvier 1949. Mapaï est le seul parti à comprendre quatre militaires à des places de choix sur sa liste. Les deux places de choix sont : Moshe Dayan, à la dixième place suivi de Simhoni à la douxième place. Dayan ainsi que Simhoni sont invités à l'Assemblée constituante. Simhoni démissionne immédiatement après les élections et n'y assiste pas.

Tsahal

Simhoni (au centre), Commandement régional du Nord, août 1953

Après la guerre israélo-arabe de 1948 ainsi que sa démission de l'Assemblée constituante, Simhoni s'engage dans l'armée régulière. En avril 1949, vers la fin de la guerre, il est nommé commandant de la brigade Yiftah avec le grade de lieutenant colonel. La brigade est transformée en la 11e Division du Tsahal.

En son sein, il occupe plusieurs postes à responsabilités, tout en bénéficiant d'un parcours de promotion relativement rapide. Il devient commandant adjoint de l'école régimentaire sous le commandement de Yitzhak Rabin, puis commandant de brigade de la 17 Division et enfin commandant de la brigade Golani.

Membres de l’Unité 101 après l’opération Egged (novembre 1955). Debout, de gauche à droite : le lieutenant Meir Har-Zion, le commandant Ariel Sharon, le lieutenant-général Moshe Dayan, le capitaine Dani Matt, le lieutenant Moshe Efron, le colonel Asaf Simhoni ; au sol, de gauche à droite : le capitaine Aharon Davidi, le lieutenant Ya'akov Ya'akov, le capitaine Rafael Eitan.

De 1952 à 1954, Simhoni est le chef adjoint du Commandement régional du Nord. Suite à la fin de son poste, Simhoni est transféré à l'état-major où il occupe le poste de chef adjoint de la Division des opérations. À ce titre, Simhoni se charge de l'organisation et ainsi que de la planification des opérations de représailles ayant été menées par l'Unité 101 ainsi que la 35e brigade de parachutistes sous le commandement d'Ariel Sharon. Là, il se charge également de l'organisation ainsi que de l'entraînement du Corps blindé mécanisé peu de temps après sa formation.

En février 1956, Simhoni est envoyé à une formation destinée aux officiers supérieurs en Angleterre où il excelle dans ses études. Il a l'intention, après sa remise de diplôme, d'être nommé commandant du Corps blindé mécanisé. Cependant, en raison de la détérioration de la situation sécuritaire en Israël ainsi que la préparation à la guerre ayant lieu sur le front sud, Simhoni est rappelé d'urgence en Israël où il est nommé chef du Commandement régional du Sud en août 1956 avec le grade de colonel.

À ce titre, Simhoni participe à la campagne du Sinaï dans une tentative d'éradiquer l'armée égyptienne dans la Péninsule du Sinaï, contribuer à l'ouverture du Détroit de Tiran aux narires israéliens ainsi qu'à la cessation du terrorisme dans le sud d'Israël.

Guerre du Sinaï
Asaf Simhoni, interviewé par la radio de Tsahal après la guerre du Sinaï, en 1956

Le 29 octobre 1956, au déclenchement de la guerre, Simhoni choisit de mener l'attaque sur le secteur central de la Péninsule du Sinaï. Cela, à son avis — et, avec le recul, à juste titre —, allait réduire des éléments essentiels ainsi que l'effort principal de l'armée d'occuper la péninsule entière. Le jour suivant, il fait le choix stratégique scellant le destin de l'opération : engager un déplacement précoce de la 7e brigade blindée, concentrer la puissance afin d'occuper le système central à Abou-Ageila et appliquer une approche indirecte.

Simhoni et Moshe Dayan sur une estrade improvisée à partir de véhicules, lors d’un défilé de la victoire à Charm el-Cheikh ; à droite, le commandant de brigade Avraham Yoffe.

Le 2 novembre, Simhoni dirige ses troupes à l'occupation de Gaza se soldant par la reddition du gouverneur local et commandant des forces armées dans la bande de Gaza. Au cours de ces opérations, ayant duré huit jours avec un nombre minimal de victimes, ils parviennent principalement à atteindre leurs objectifs militaires immédiats : s'emparer avec succès de la bande de Gaza, El-Arich, le Hérisson, ainsi que le Col de Mitla, Charm el-Cheikh s'agit du dernier objectif israélien. Le 6 novembre, à Charm el-Cheikh, le chef de l'état-major Moshe Dayan, Simhoni et le commandant de brigade de la 9e division ainsi qu'Avraham Yoffe examinent la conclusion de la guerre. Durant son commandement, au cours de certains événements, Simhoni dirige la reconstruction de la doctrine de combat de Tsahal, par laquelle le Corps blindé mécanisé est la force décisive principale dans le territoire. Cette décision est directement contraire aux souhaits du chef d'état-major Moshe Dayan. Toujours est-il qu'elle est conforme à l'opinion de David Ben Gourion à l'époque. De plus, suite à la leçon de la guerre du Sinaï, la doctrine de combat de Tsahal repose depuis lors entièrement sur l'effet de surprise, la rapidité de mouvement et de manœuvre, la concentration des efforts et la célérité des opérations. Cette doctrine conduit à de nouveaux succès, et la méthode est appliquée lors de guerres ultérieures.

Mort

Le 6 novembre 1956, à l'issue du défilé de la victoire à Charm el-Cheikh, Simhoni décolle à bord d'un petit avion en direction d'El-Tor dans le but de rendre visite à d'autres unités. Son avion décolle d'El-Tor au crépuscule vers la base aérienne de Ramat David. Il désire rendre visite à sa famille à Tel-Yossef et Geva. Cependant, en raison de conditions météorologiques difficiles ainsi qu'une mauvaise visibilité, l'avion dévie de sa trajectoire et s'écrase dans l'enceinte de la forteresse des croisés, le château d'Ajlun, en Jordanie (à environ 25 km au sud-est de Beït Shéan). Asaf Simhoni, alors colonel, chef du Commandement régional du Sud, ainsi que le pilote Benjamin Gordon meurent dans le crash. D'après certains récits, Simhoni avait une réunion avec le premier ministre David Ben Gourion afin de lui prouver, utilisant des documents secrets, que contrairement à l'allégation du chef d'état-major, il n'a pas enfreint d'ordre lorsqu'il a ordonné à une brigade blindée de pénétrer dans le Sinaï.

Héritage et commémoration

Simhoni est promu major-général à titre posthume par l'ordre du Ministre de la Défense David Ben Gourion, contre les volontés du chef d'état-major, le major-général Moshe Dayan ayant eu de vifs conflits avec Simhoni. Il est enterré sur le Mont Herzl, abritant le cimetière national d'Israël.

Le président Zalman Shazar écrit la chanson « LaMnatzeach Misfad » (en hébreu : למנצח מִספד) en son souvenir.

Notes et références

  1. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 (he) « יזכור - אלוף אסף שמחוני » [« Yizkor – Général de division Asaf Simhoni »] Accès libre, sur Yizkor
  2. 1 2 3 4 5 6 (en) Ronald Eisenberg, The Streets of Jerusalem : Who, What, Why [« Les rues de Jérusalem : qui, quoi, pourquoi »], , 407 p. (ISBN 9781932687545)
  3. 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 11 12 (he) « שרביט המרשל בתרמילו » [« Le bâton de maréchal dans son sac à dos »] Accès payant, sur Haaretz,‎
  4. ↑ (he) Ofer Drori, « אלוף הניצחון » [« Champion de la victoire »] Accès libre, sur News1,‎
  5. 1 2 3 4 5 (he) אנציקלופדיה לחלוצי הישוב ובוניו [« Encyclopédie des fondateurs et bâtisseurs d'Israël »], vol. 8,‎
  6. ↑ (he) « אבנר (אבנריק) שמחוני » [« Avner (Avnerik) Simhoni »] Accès libre
  7. ↑ (he) משמר העמק לא תיפול [« Mishmar HaEmek ne tombera pas. »],‎ , 334 p. (ISBN 9789655525571)
  8. ↑ (en) Yechiam Weitz, « A Marshal's Scepter in His Kit Bag » [« Un bâton de maréchal dans son sac de paquetage »] Accès payant, sur Haaretz,
  9. ↑ (he) Uri Dromi, « עד הגבעות האדמדמות » [« Jusqu’aux collines rougeâtres »] Accès payant, sur Haaretz,‎
  10. 1 2 3 (he) Uri Blau, « שמחוני. הקרב האחרון » [« Simchoni. La dernière bataille »] Accès payant, sur Haaretz,‎
  11. ↑ (he) « בנימין (בני) גורדון » [« Benjamin (Benny) Gordon »] Accès libre
  12. ↑ (en) 1956 : European and Global Perspectives [« 1956 : Perspectives européennes et mondiales »] (ISBN 9783937209562)