| Commandant (en) 8e bataillon de chasseurs à pied | |
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Auguste Laurent Adolphe Froment-Coste |
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Auguste Froment-Coste, de son nom complet Auguste Laurent Adolphe Froment-Coste, né le à Stradella, alors dans le département de Gênes, et mort le près du marabout de Sidi-Brahim, en Algérie,, est un officier français de la conquête de l'Algérie. Issu d'une ancienne famille de Briançon, ancien élève du collège de La Flèche et de Saint-Cyr, il sert quinze ans au 6e de ligne, avec lequel il fait l'expédition d'Alger en 1830. Remarqué par le duc d'Orléans, il commande en 1841 le 2e bataillon de chasseurs à pied, puis le 8e bataillon de chasseurs d'Orléans, à la tête duquel il est cité à l'ordre de l'armée à la Sikkak en 1842 et à la bataille d'Isly en 1844, année où il est promu officier de la Légion d'honneur.
En septembre 1845, il prend part à la sortie que le lieutenant-colonel Lucien de Montagnac fait de Djemmaa-Ghazaouet contre l'émir Abd el-Kader. Laissé à la garde du camp le 23 septembre, il se porte avec la 2e compagnie au secours de la colonne engagée au Kerkour et y est tué alors qu'il fait former le carré. Sa mort précède la capture du capitaine Louis Dutertre et la retraite des carabiniers de Géreaux sur le marabout, épisode central de la bataille de Sidi-Brahim. Les récits ultérieurs lui prêtent plusieurs répliques, dont l'une, adressée à un jeune chasseur, apparaît chez Alexandre Dumas. La pyramide élevée au Kerkour porte son nom, comme l'ont porté un boulevard d'Oran et une caserne de Lunéville.


Auguste Laurent Adolphe Froment-Coste naît le 13 frimaire an XIV () à Stradella, dans l'arrondissement de Voghera et le département de Gênes,. Son père, Jean Froment-Coste (né en 1776), âgé de trente ans, y est receveur principal des douanes ; sa mère se nomme Marie Delphine,, ou Marie-Madeleine Delphin. L'acte de naissance écrit le nom à l'italienne, « Froment Costa » ; en 1842, le maire de La Rochelle atteste que le véritable nom est bien Coste, d'après l'acte de naissance du père, daté du à Briançon.
Une tradition familiale rattache sa naissance à Napoléon. En août 1805, ses parents, venus de Stradella, auraient assisté à Pavie au passage du Tessin par l'Empereur ; pris dans la foule qui envahit le glacis, ils auraient été dégagés par un officier envoyé à leur secours, et sa mère, alors enceinte de cinq mois, aurait juré à Napoléon de vouer son enfant, si c'était un fils, au service de la France. Quatre mois plus tard, pendant l'insurrection qui suit l'annexion des duchés de Parme et de Plaisance, la famille reste cachée huit jours dans une maison abandonnée de Stradella, avec ses trois jeunes enfants, dont Auguste, né depuis quinze jours, jusqu'à ce que Junot rétablisse l'ordre. La famille paternelle, l'une des plus anciennes et notables de Briançon, appartient à une nombreuse famille Froment originaire des hameaux du Pinet et des Queyrelles, dans la commune de Puy-Saint-Pierre, dont les branches se distinguent par des surnoms ; celle des Froment-Coste s'établit à Briançon au cours du XVIe siècle. Au XVIIe siècle, elle compte notamment l'avocat Antoine Froment (vers 1589-1657), auteur d'essais sur l'incendie de Briançon de 1624, et le jésuite François Froment (1649-1702), propagateur de la dévotion au Sacré-Cœur. La lignée d'Auguste se rattache, sans certitude, à Pierre, fils de Jehan Froment-Coste.
Son grand-père, Jean-Pierre Froment-Coste, prend part à la querelle qui oppose à Briançon, après une déclaration royale de 1766, les bourgeois aux gradués, lesquels revendiquent un droit exclusif à la charge de premier consul. Sa qualité de bourgeois de la ville lui est alors contestée, au motif qu'il serait du Puy-Saint-Pierre et n'aurait à Briançon qu'une demeure temporaire, et la communauté plaide contre lui à partir de 1768. Le procès dure vingt ans, jusqu'à une transaction, approuvée par la communauté le , qui lui reconnaît son droit de bourgeoisie. Son père, de ses prénoms complets Jean-François-Pierre, a été à Briançon, comme le grand-père, receveur de l'enregistrement et conservateur des hypothèques, ainsi que receveur des douanes, avant d'obtenir, lors de l'organisation de l'administration française dans les États sardes annexés, un poste élevé dans les douanes de Stradella, puis de Plaisance ; sa mère est la fille de Baptiste Delphin, chirurgien-major au fort des Trois-Têtes. Le père poursuit sa carrière dans les douanes : en 1814, il est receveur principal de la direction de Verceil, dans le département de la Sésia, et en 1842 receveur principal des douanes à La Rochelle, où il est mis à la retraite le .
Le couple a six enfants, deux fils et quatre filles. La famille est nombreuse et sa fortune peu considérable, et Auguste renonce à sa part d'héritage en faveur de ses sœurs. Il a une prédilection pour sa sœur Adèle, qui épouse un M. Lamartinière et vit à Lyon. Son frère cadet, François (1807-1891), né le à Plaisance,, fait carrière dans les douanes : directeur des douanes et des contributions indirectes à Vannes, il est fait chevalier de la Légion d'honneur par décret du , puis dirige les douanes de La Rochelle du à sa retraite, le ,. Autorisé par décret du à porter la croix de chevalier de l'ordre de Charles III d'Espagne, il meurt veuf à La Rochelle le , à l'âge de 83 ans,.
En mars 1815, Auguste Froment-Coste entre au collège de La Flèche, où il achève ses études, puis il est admis en août 1823 à l'École spéciale militaire de Saint-Cyr,,, où il entre le , dans la 6e promotion (1823-1825) ; il y est nommé caporal le , puis fourrier le . Il en sort sous-lieutenant au 6e régiment d'infanterie de ligne le ,. Inscrit à Gap sur la liste du tirage de la classe 1825, alors qu'il sert en Espagne, il est libéré par décision du conseil de révision du , en raison de son activité de service, en vertu de l'article 17 de la loi du 10 mars 1818.

Froment-Coste sert quinze ans au 6e de ligne, avec lequel il fait les campagnes de 1826, 1827 et 1828, pendant l'occupation française de l'Espagne qui suit l'expédition d'Espagne de 1823,. Promu lieutenant le , il part la même année pour l'Afrique avec son régiment, désigné pour l'expédition d'Alger. Il serait entré le premier dans la Casbah à la tête de sa compagnie, puis prend part aux expéditions de Blida, de Médéa, du Mont-Atlas et de Bône, et fait campagne en Afrique en 1830 et 1831. Lors de la formation des zouaves, une compagnie lui est offerte ; il l'accepte, puis y renonce sur les instances de son colonel, Boullet, et reste au 6e de ligne, où il repasse aux grenadiers.
Il fait la campagne de Belgique en 1832 et il est promu capitaine dans son régiment le , puis capitaine adjudant-major le . Il fait partie de la commission chargée d'écrire l'histoire militaire du 6e de ligne, dont il rédige les notes sur la campagne d'Alger. Le , il passe comme capitaine au 3e bataillon de chasseurs à pied,, à la tête de l'une des compagnies de carabiniers réunies au camp d'instruction de Saint-Omer. Ses camarades du bataillon le désignent pour porter au ministre de la Guerre les remontrances des officiers contre l'introduction d'officiers d'état-major dans les cadres de l'armée de ligne, mission délicate qu'il accepte.
Remarqué par le duc d'Orléans, organisateur des chasseurs, il est proposé par le prince pour commander un bataillon. Désigné par une ordonnance royale du pour prendre la tête du 2e bataillon de chasseurs, en remplacement du commandant Faivre, nommé lieutenant-colonel au 39e de ligne,, il est promu chef de bataillon le ,. Les dix bataillons de chasseurs quittent Saint-Omer le pour Paris. Le , sur la place du Carrousel, le roi Louis-Philippe les passe en revue et remet au 2e bataillon le drapeau des chasseurs à pied,, dont Froment-Coste reçoit la garde.
Seul de l'arme à rester ensuite à Vincennes, où il est rattaché à la 1re brigade de la 1re division militaire, le bataillon passe l'été de 1841 au camp de Compiègne, où 20 000 hommes sont réunis sous le commandement du duc de Nemours ; il y tient la droite des troupes pendant les grandes manœuvres. À la fin de l'année, le commandant du 8e bataillon, François-Charles-Ernest Uhrich (né en 1806), qui avait formé ce bataillon, ne peut plus servir en Afrique à cause d'une blessure à l'œil, reçue au col de la Mouzaïa.
Froment-Coste, qui désire servir en Algérie, demande à permuter avec lui, et passe au 8e bataillon le , « par suite de permutation » avec Uhrich, qui prend le commandement du 2e,. Le duc d'Orléans fait porter sur l'ordre de départ qu'il passe à l'armée d'Afrique « dans l'intérêt du service », et lui dit lors de sa visite de congé : « Continuez, Commandant, et comptez sur moi. » Après la mort du prince, le , la duchesse d'Orléans lui fait parvenir un portrait du duc, par une lettre du rappelant que le prince aimait à citer les noms des officiers qui commandaient les nouveaux bataillons.
Formé le , le 8e bataillon s'est embarqué pour l'Algérie le . Froment-Coste doit attendre à Mostaganem le retour du bataillon, alors en opérations avec la colonne mobile d'Oran, et n'en prend le commandement que le . Le , le bataillon prend part au combat de la Sikkak, sous les ordres du général Bedeau. Froment-Coste s'y fait remarquer et figure au bulletin de l'affaire ; il est cité à l'ordre de l'armée,, par un ordre du . Il se distingue de nouveau au combat du , puis, sur une nouvelle proposition de Bedeau, il est fait chevalier de la Légion d'honneur le ,.
Le , à l'heure de la parade, à Tlemcen, le maréchal de camp Bedeau, commandant le territoire, fait prendre les armes au 8e bataillon, le range en bataille et reçoit Froment-Coste dans l'ordre devant ses chasseurs. Un an plus tard, le , c'est lui qui, dans les mêmes formes, reçoit dans la Légion d'honneur, en qualité de délégué du grand chancelier, son capitaine adjudant-major, Louis Dutertre (1807-1845). La même année, son général lui annonce qu'il va le proposer pour le grade de lieutenant-colonel ; Froment-Coste le prie de proposer à sa place un camarade plus ancien de grade, ce que le général accepte.
Ses chefs le notent très favorablement : en 1843, le général de La Moricière voit en lui un « officier très distingué » qui « s'acquitte d'une manière très remarquable des fonctions de chef de corps, a de l'avenir et sera à la hauteur des positions où il pourra être appelé » ; l'année suivante, Cavaignac, son inspecteur délégué, écrit qu'il « commande son bataillon avec une véritable distinction ». Fortement constitué, « robuste et leste » selon le duc d'Orléans, mince et brun, il porte la moustache. D'une tenue brillante, il commande avec calme et sang-froid et, joignant à ces qualités une instruction très étendue et très variée, il exerce un grand ascendant moral sur ses officiers et ses soldats.
En 1844, pendant la guerre contre le Maroc, le 8e bataillon arrive le à Lalla-Maghnia avec la colonne de Bedeau. Au combat de Sidi-Aziz, le , il est placé à l'aile droite, sous Bedeau, avec les zouaves et le 9e bataillon de chasseurs, là où le feu marocain est le plus vif. À la bataille d'Isly, le , le bataillon forme la tête de l'avant-garde du colonel Cavaignac et traverse l'Isly sous une grêle de balles ; selon une formule prêtée au capitaine de Géreaux (mort en 1845), l'armée formait une flèche « dont le 8e d'Orléans était la pointe la plus aiguë ».
Dans son rapport du 17 août au ministre de la Guerre, le maréchal Bugeaud nomme Froment-Coste le premier parmi les officiers qu'il cite dans les « bataillons faisant tête de colonne », suivi des capitaines Delmas et Dutertre et de l'adjudant sous-officier Fléchel, du même bataillon ; Froment-Coste est cité une nouvelle fois à l'ordre de l'armée,. Il est promu officier de la Légion d'honneur par ordonnance royale du , ; son brevet est signé à Paris le .
Le , chez les Beni-Snous, dans une gorge proche de la Tafna, son bataillon, qui forme l'arrière-garde, est assailli et entouré dans un mauvais passage. Son cheval est tué sous lui alors qu'il enlève à la baïonnette un village ; il tombe avec sa monture, mais il se relève aussitôt et rallie ses chasseurs, qui mettent l'ennemi en déroute. Ce fait d'armes lui vaut d'être cité à l'ordre du jour et proposé pour le grade de lieutenant-colonel,. Déjà porté au tableau d'avancement après l'inspection de 1844, il attend en septembre 1845 une nomination qui ne peut plus tarder : il allait devenir lieutenant-colonel à quarante ans à peine.
Le , le bataillon est désigné pour renforcer la garnison de Djemmaa-Ghazaouet, que commande le lieutenant-colonel de Montagnac (1803-1845) ; des compagnies du bataillon, la 1re se trouve alors à Tlemcen et les 4e et 5e au dépôt, à Toulouse. Informé que la tribu des Djebala, au sud-ouest de Djemmaa-Ghazaouet, est troublée par des querelles intestines, Montagnac y envoie Froment-Coste, qui part le à trois heures du matin avec deux cents hommes de son bataillon ; sa tentative de conciliation est rapide, et il rentre le jour même vers une heure et demie avec quatre prisonniers. Le 20, Montagnac l'emmène avec deux cents chasseurs et des hussards dans une nouvelle expédition.
Le dimanche , à dix heures du soir, Montagnac quitte Djemmaa-Ghazaouet avec deux pelotons du 2e régiment de hussards, aux ordres du chef d'escadrons Courby de Cognord, et cinq compagnies du 8e bataillon, conduites par Froment-Coste. Celles-ci comptent 346 hommes et neuf officiers, parmi lesquels le capitaine adjudant-major Dutertre, les capitaines Burgard (mort au combaten 1845) et de Chargère (mort au combat en 1845), et le capitaine de Géreaux, à la tête de la compagnie de carabiniers ; environ 130 chasseurs restent à la garde de la place.
Le lendemain, le lieutenant-colonel de Barral, qui commande la colonne de Lalla-Maghnia, réclame les chasseurs du 8e bataillon pour appuyer les opérations du général Cavaignac chez les Traras,. De son bivouac de l'Oued-Taouli, Montagnac refuse de s'en séparer, dans une lettre écrite à cinq heures et demie du soir : « Je ne puis donner les hommes du bataillon de M. Froment-Coste. Nous sommes entourés de goums considérables, composés de gens du Maroc. » Dans la nuit, la colonne se porte vers l'est et établit son camp au point du jour sur le ruisseau de Sidi-Brahim.
Le , à sept heures du matin, Montagnac laisse les bagages à Froment-Coste avec deux compagnies, la 2e du capitaine Burgard et les carabiniers de Géreaux, et marche à l'ennemi avec les hussards et les trois autres,. Une section de carabiniers, postée sur un mamelon à mi-distance du camp et du champ de bataille, tient Froment-Coste informé du combat par l'intermédiaire du lieutenant de Chappedelaine (mort au combat en 1845). Après la destruction des hussards, Montagnac, mortellement blessé, fait former le carré aux chasseurs et envoie le maréchal des logis Barbut lui demander de l'appuyer ; Barbut le trouve au moment où il s'élance déjà avec la 2e compagnie au secours de la colonne,.
À peine a-t-il dépassé la section de carabiniers que la fin de la fusillade et l'arrivée de milliers d'Arabes lui apprennent que le détachement de Montagnac est anéanti ; il n'a parcouru que deux des quatre kilomètres qui le séparaient du combat,. Il ordonne la retraite vers le camp, mais sa compagnie, une soixantaine de chasseurs, est bientôt entourée,. Assailli de toutes parts, il s'ouvre un passage à la baïonnette jusqu'à un piton voisin. À cheval au milieu de ses chasseurs, il vient de commander « Formez le carré » quand une balle l'atteint au front ; il tombe entre le clairon Rolland (1821-1915) et le sergent Saint-Martin, qui le relèvent aussitôt, mais il est mort sur le coup. D'autres récits le disent frappé de plusieurs balles, ou la tête fracassée,.
Le capitaine Burgard tombe à son tour. Dutertre, qui prend le commandement, est blessé et emmené prisonnier avec l'adjudant Thomas et Barbut. Vers onze heures, le hussard Nathaly, rescapé du massacre, apprend à Géreaux, resté au camp, la destruction de la 2e compagnie et la mort du commandant. Géreaux rallie aussitôt ses hommes et gagne le marabout de Sidi-Brahim, où ils résistent jusqu'au . Dès le , Saint-Arnaud, écrivant à son frère, évoque « un bataillon de quatre cent cinquante Spartiates mourant dans de nouveaux Thermopyles » et nomme Montagnac, Froment-Coste et Cognord.
À La Rochelle, où vivent ses sœurs, Le Phare publie dès le une courte nécrologie signée « G. de F. ». L'auteur le tient pour « presque un compatriote », qui comptait dans la ville de nombreux amis, et voit en lui « un des plus brillans officiers qui aient jamais eu le droit de rêver un riche avenir ». Il évoque son dernier passage à La Rochelle et sa dernière lettre, datée du 21 septembre, deux jours avant sa mort, le dit dévoué à « cette nouvelle France, sortie de la Révolution de Juillet », et conclut « avec le poète » sur deux vers latins : « Multis ille bonis flebilis occidit ; nulli flebilior quam mihi ! »
En mars 1846, le même journal publie une seconde notice, beaucoup plus longue, qui l'appelle Adolphe. Rédigée à la demande du père par Ém. Labretonnière, avocat à La Rochelle, pour le Nécrologe universel du XIXe siècle,, elle présente sa mort comme l'accomplissement du « serment de Pavie » fait par sa mère. Elle le décrit comme un homme d'action doublé d'un bon administrateur, alliant la douceur du caractère à la sévérité dans le service, et rappelle qu'on le voyait naguère se promener dans la ville au bras de l'une ou l'autre de ses sœurs ; elle s'achève en associant son nom à ceux de Montagnac et de Géreaux, « trinité guerrière ».
En 1854, l'historien Edmond Pellissier de Reynaud (1798-1858), qui le compte parmi les officiers tués, ajoute pourtant que « des doutes se sont élevés sur le sort de M. Froment-Coste » : il n'aurait été que blessé et vivrait encore dans une tribu très éloignée, au Maroc, et des « faits fort étranges » devraient bientôt être éclaircis. L'année suivante, le duc d'Aumale (1822-1897) reprend cette information dans ses esquisses historiques sur les zouaves et les chasseurs à pied, alors même qu'il y décrit le détachement de Froment-Coste comme « détruit jusqu'au dernier homme », et souhaite que rien ne soit négligé pour éclaircir ce point et, le cas échéant, faire cesser sa captivité.
La tradition rapporte qu'au moment où le carré de la 2e compagnie va succomber, un jeune chasseur s'écrie que tout est perdu ; Froment-Coste lui demande son âge, puis lui répond qu'il aura souffert moins longtemps que lui, avant de tomber. L'épisode apparaît pour la première fois dans Le Véloce d'Alexandre Dumas (1802-1870) ; il ne figure dans aucun rapport officiel et relève sans doute de l'imagination du romancier, selon la chercheuse Laure Demougin. Chez Dumas, le chasseur, nommé Ismaël, dit avoir vingt et un ans, et le commandant lui répond : « Eh bien ! tu auras donc à souffrir dix-huit ans de moins que je n'ai souffert ; regarde-moi, et tu vas voir comment on tombe le cœur ferme et la tête haute. » Une balle le frappe alors au front.
Le récit est ensuite repris et transformé. Dans le feuilleton de L'Indépendant de Mascara, en 1887, le chasseur a vingt-deux ans. En 1890, La Lanterne et Le Matin font disparaître Ismaël et ne gardent qu'une réplique patriotique du commandant sur la manière de mourir « fièrement ». L'ancien sergent-fourrier Pègues, dans ses Souvenirs militaires algériens publiés en 1887 et repris en 1891 par Le Courrier de Tlemcen, fait du jeune homme un volontaire de dix-neuf ans. Pour Laure Demougin, ces variations, où le regret devient peur puis patriotisme, montrent comment l'épisode s'inscrit dans la mémoire de la bataille plus qu'elles n'en restituent les faits.
Le Livre d'or, qui cite Pègues parmi ses sources, fait conclure au commandant : « Si c'est ici que nous devons succomber, montrons à l'ennemi comment les Français savent mourir, fièrement et en braves ! » Le capitaine Pernot reprend la réplique en 1901, avec le chasseur Ismaël : « Eh bien ! j'ai souffert dix-huit ans de plus que toi ; je vais te montrer à mourir le cœur ferme et la tête haute. » En 1905, l'historien militaire Paul Azan (1874-1951) publie un extrait du Journal des marches et opérations militaires du 8e bataillon où figure l'épisode, avec la réplique : « Eh bien ! j'ai souffert dix-huit ans de plus que toi. C'est ici que nous devons mourir, je vais te montrer à tomber le cœur ferme et la tête haute. »
Azan identifie le chasseur dans les registres matricules : François-Paulin Ismaël (1821-1846), né à Senez, entré au service en 1842 comme remplaçant, fait prisonnier au Kerkour et tué au Maroc lors du massacre des prisonniers de 1846. Dans son propre récit, le chasseur a vingt-trois ans, le commandant quarante, et Ismaël lui répond : « Pardonnez-moi, et vous verrez que les jeunes soldats se battent aussi bien que les vieux » ; il est pris après avoir reçu trois blessures.
D'autres récits lui prêtent des paroles différentes. En 1899, l'historien briançonnais Aristide Albert écrit qu'à l'observation que marcher au secours de Montagnac avec une compagnie, c'était « marcher infailliblement à la mort », il aurait répondu : « J'ai reçu un ordre, je dois l'exécuter. » Frappé à la tête en escaladant un mamelon, puis secouru par quelques hommes, il aurait encore dit : « Laissez-moi, combattez, et mourez comme moi… » Albert s'appuie en partie sur la relation du chasseur Bernard, rescapé du massacre. En 1904, L'Écho de Paris, à propos de l'œuvre consacrée au clairon Rolland par le sculpteur Granet et exposée au Salon d'automne, le fait s'écrier au moment de former le carré : « Ils ne sont que 8,000 […] et nous sommes 200 ; formons le carré ! »
Horace Vernet l'a représenté avec le capitaine Dutertre dans sa Bataille d'Isly, où il figure au premier plan, Dutertre, placé à sa droite, recevant ses ordres ; ce détail du tableau a été reproduit dans plusieurs ouvrages consacrés à Sidi-Brahim,. Commandé par Louis-Philippe en 1844 pour le musée historique de Versailles et exposé au Salon de 1846, le tableau est présenté au château de Versailles, dans l'ancienne salle du Maroc.
Sur le lieu où mourut Montagnac, au Kerkour, une pyramide porte sur ses faces les numéros du 2e hussards et du 8e bataillon, avec « les noms inséparables de Montagnac et de Froment-Coste » ; les restes des soldats reposent dans son soubassement. En février 1846, la colonne Cavaignac a enseveli les restes des soldats de Montagnac dans un ossuaire, sur lequel la colonne de Cotte élève à la hâte, en mars 1847, un massif de maçonnerie ; celui-ci est remplacé en 1853, grâce au 4e bataillon de chasseurs à pied, par une pyramide de cinq mètres de haut, dite colonne Montagnac, dont l'une des faces porte l'inscription « 8e bataillon de chasseurs à pied, Froment-Coste ». Presque entièrement détruite par la foudre dans la nuit du 17 au , elle est réédifiée à l'identique.
Les chasseurs entretiennent son souvenir. En septembre 1878, en Algérie, le 17e bataillon de chasseurs célèbre l'anniversaire du combat par une messe ; à droite du catafalque, un écusson porte en premier le nom de « Froment-Coste, chef de bataillon », suivi de ceux des capitaines morts avec lui. Son nom a aussi été donné à des lieux de garnison et de mémoire. À Oran, un boulevard du quartier de Saint-Eugène le porte pendant la période coloniale ; c'est aujourd'hui le boulevard Si Mossadegh. À Lunéville, où le 2e bataillon de chasseurs tient garnison en 1914, une caserne de la rue de Viller porte le nom de caserne Froment-Coste. Pendant l'occupation allemande de la ville, fin août et début septembre 1914, elle sert d'ambulance de fortune, sans médecin attitré, à une centaine de blessés.